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Full text of "Société de l'histoire de France"

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RELATION 



DB 



LA COUR DE FRANCE 



IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUYERNEUR, 



A NOGENT-LE-ROTROU. 



RELATION 



DE LA 



COUR DE FRANCE 

EN 1690 

PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM 

ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE DE BRANDEBOURO 
PUBLIEE POUE LA 80CI<T< DE L'HISTOIEB DE FEANCE 

Par m. Ch. SCHEFER 

MEMBRE DE l'iN6TITUT. 




À PARIS 

LIBRAIRIE RENOUÂRD 

1 ^^ HBNRI L00NB8, SUCCBSSBUR 

LIBRAIRE DE LA BOGIÉTÉ DE l'hISTOIRB DE FRANGE 

RUE DE TOURNON, N« 6 

MDCGGLXXXU. 

209 ^ • 



EXTRAIT DU RÈGLEMENT. 



Art. 44. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

U nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller Texécution. 

Le nom de l'éditeur sera placé à la tète de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail 
lui a paru mériter d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que rédition 
de ta Rblation de là coua de France , préparée par M. Ch. 
ScHBFER, lui a paru digne d'être publiée par la Sociiri de 
l'Histoire de France. 

Faii à Paris y le 30 octobre 4882. 

Signé A. DE BOISUSLE. 



Certifié, 
Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, 

I. DESNOYERS. 



INTRODUCTION 



Saint-Simon, qai avait connu Spanheim lorsque celui-ci 
était, pour la seconde fois, chargé des afiaires de Télecteur 
de Brandebourg en France, lui a consacré quelques lignes 
dans ses Mémoires. « Spanheim, dit-il, si connu dans la 
république des lettres, et qui ne l'a pas été moins par ses 
négociations et ses emplois, mourut en ce même temps à 
Londres, à quatre-vingt-quatre ans, avec une aussi bonne 
tête que jamais et une santé par&ite jusqu'à la fin. Il 
avoit été longtemps à Paris, envoyé de l'électeur de Bran- 
debourg, et il passa en la même qualité à Londres lorsque 
les afhires se brouillèrent sur la succession d'Espagne. » 

Les travaux d'érudition que Spanheim a publiés dans 
la première partie de sa vie sont les seuls que le public 
lettré ait pu connaître et apprécier; mais les mémoires 
historiques qu'il composa dans le cours de ses missions 
ne sont pas moins dignes de voir le jour. L'intérêt que 
présentent les événements si nombreux et si divers du règne 
de Louis XIV , l'accueil favorable fait à tous les documents 
nouveaux qui peuvent ajouter à l'histoire de cette glorieuse 
période, ont déterminé la Société de l'Histoire de France à 
autoriser la publication de la « Relation de la cour de 
France en 1690 » rédigée par Spanheim pendant son séjour 
à Berlin, après la rupture des relations entre Louis XTV 
et les princes de l'Empire. Avant de donner sur cette rela- 
tion quelques éclaircissements nécessaires, je ne crois point 



ij INTRODUCTION. 

inutile de faire connaître brièvement les principaux traits de 
la vie de Spanheim et les circonstances qui ont marqué sa 
carrière diplomatique. 

I. 

Ézéchiel Spanheim appartenait à une famille originaire 
du Palatinat^ Son grand-père, Wigand Spanheim, docteur 
en théologie, était fixé dans la vicomte d*Âmberg et avait 
épousé, vers la fin du xvT siècle, Renée Tossan, fille d'un 
ministre protestant professeur de théologie à Orléans, et 
filleule de Renée de France, duchesse de Ferrare. Frédéric, 
fils de Wigand, naquità Amberg le 1*' janvier del'année 1600. 
 Tâge de treize ans, il se rendit à TUniversité de Heidelberg 
pour en suivre les cours ; puis il les abandonna pour aller à 
Genève. La modicité de ses ressources l'obligea d'accepter 
une place de précepteur dans la famille du baron de Yitrolles, 
gouverneur d'Embrun, en Dauphiné ; mais il ne conserva 
cette situation que peu de temps, et, après avoir fait un 
voyage à Paris , il retourna à Genève où il épousa une 
Française , Catherine du Port *. Il eut de ce mariage, qui 
établit pour la seconde fois des liens étroits entre notre pays 
et les Spanheim, deux fils et une fille. 

L'aîné, Ézéchiel, naquit le 7 décembre 1629 ^ U avait 
treize ans lorsqu'il dut accompagner à Leyde son père, 

i. Voyez les notices qui lui sont consacrées dans Bayle, Ghau- 
fepié, Jean le Clerc, Nicéron et Moréri. 

2. Catherine du Port appartenait à la noblesse et comptait 
Guillaume Budé parmi ses aïeux. (Isaac Terburg, Vita Spanhemii, 
dans les c Dissertationes deusu et prsstantia numismatum antiquo- 
rum, • Amsterdam, 1717, t. U, p. 10.) De là vient la parenté avec 
des familles françaises dont Spanheim parle dans sa Relation, p. 258. 

3. Le cadet, Frédéric, a une longue notice dans le Supplément 
de Bayle. 



INTRODUCTION. uj 

appelé à y occaper une chaire de l'Université sur la demande 
de la reine de Bohème et des États généraux de Hollande. 

Ézéchiel fut confié aux soins de deux érudits célèbres, 
Heinsius et Saumaise, et il fit sous leur direction les études 
classiques les plus brillantes. Il apprit ensuite l'hébreu et 
l'arabe, et, en 1645, il soutint des thèses pour combattre les 
opinions de Louis Cappel sur l'ancienne écriture hébraïque. 
Spanheim avait été consacré ministre : lorsque la mort 
surprit son père au milieu d'une controverse avec Amjraut 
au sujet de la grâce, il crut devoir continuer la discussion 
dans un ouvrage auquel il donna le titre de : Appendix 
vindiciarum, disqtdsitio critica contra Amyraldum. Ce 
traité attira sur lui l'attention de l'église de Genève, et le 
Conseil lui offirit la chaire de philosophie que son père avait 
autrefois occupée. Spanheim l'accepta, et, quelque temps 
après, sur le désir exprimé par des étrangers et surtout des 
Allemands, qui suivaient ses cours, il sollicita et obtint du 
Petit Conseil l'autorisation de prendre le titre de professeur 
d'éloquence (1651). L'année suivante, bien qu'il exerçât le 
ministère évangélique, il se fit nommer membre du Grand 
Conseil. C'est à cette époque que l'électeur palatin Charles- 
Louis lui fit proposer la place de gouverneur de son fils. Le 
séjour de Spanheim à la cour d'Heidelberg développa en lui 
le goût des afiaires diplomatiques ; il se livra à l'étude du 
droit allemand et fit paraître, pour soutenir les intérêts de 
son maître, un « Discours sur les afiaires d'Allemagne et le 
vicariat de l'Empire » et un « Traité du Palatinat et de la 
dignité électorale contre les prétentions du duc de Bavière. » 
Ces mémoires valurent à Spanheim des marques de la bien- 
veillance de rélecteur palatin. Il abandonna alors les devoirs 
du ministère évangélique pour se consacrer à la politique. 

Il n'avait point visité l'Italie : il exprima le désir d'y être 



IV mTRODUCnON. 

envoyé, et l'Électeur lui donna la mission de se rendre à Rome 
pour se mettre au courant des menées des princes catholiques 
allemands. H y fut présenté à la reine Christine de Suède, 
qui l'accueillit avec une distinction particulière^ , et il se fit 
remarquer, aux réunions de savants qui se tenaient toutes 
les semaines chez elle, par la variété et la profondeur de ses 
connaissances. Il voua à cette princesse un souvenir recon- 
naissant et lui dédia la première de ses dissertations latines 
suri' « Excellence et l'utUité des médailles anciennes'. » 

n s'éloigna de Rome pendant quelque temps pour fiaire 
un voyage à Naples, en Sicile et à Malte ^, et, à son 
retour, il eut l'occasion de voir l'électrice Sophie de Hanovre, 
avec laquelle il entretenait déjà une correspondance 
politique et littéraire. Cette princesse, se rappelant les ser- 
vices que Frédéric Spanheim avait rendus à son père et à 
sa mère, le roi et la reine de Bohême, obtint de l'électeur 
palatin, son frère, la permission de le ramener en Allemagne. 
 peine Spanheim était-il revenu à Heidelberg, que Charles- 
Louis l'employa de nouveau dans plusieurs négociations. 
U fut d'abord envoyé à la cour de Lorraine. En 1666, il fit 



1. Spanheim avait prononcé en son honneur, à Crenève, en 1652, 
un panégyrique qui est inséré, avec une dédicace à c très haut et 
très illustre prince Monseigneur Gustave-Adolphe, marquis de 
Baden-Dourlach, » dans les Mémoires concernant Christine, reine de 
Suède, pour servir d'éclaircissement à l'histoire de son règne et prin- 
cipalement de sa vie privée (Amsterdam et Leipzig, 1751), tome U, 
p. 118-144. 

2. Ezech. Spanhemii dissertationes de prsstantia et usu numis^ 
matum antiquorum, Rome, 1664, et Amsterdam, 1671. Ce livre 
eut un grand succès, et il en commença lui-même une troisième 
édition à Londres, en 1706. 

3. Il visita aussi Florence; voyez la Relation, p. 261, où il parle 
en outre de Venise, qu'il aurait vue en revenant en Allemagne, 
au commencement de l'année 1665. 



nmtODUGTioif. V 

on verrage à Paris pour les intérêts de son souveraine II 
fdt ensuite accrédité auprès de l'archevêque^ecteur de 
Mayence, et assista aux conférences d'Oppenheim, de Spire, 
d*Heilbronn, et au congrès de Bréda. Il se rendit une seconde 
fois à Paris, ^n 1668, pour soutenir les droits de l'électeur 
palatin lors de raccommodement des deux couronnes de 
France et d'Espagne*. 

Le mérite, l'activité et les vastes connaissances de Span- 
heim ayant été signalés à l'électeur Frédéric-Guillaume 
de Brandebourg, ce prince lui avait, en 1671, conféré le 
titre de conseiller de cour ; quand Spanheim, après une 
mission en Hollande, fut accrédité près du roi d'Angleterre 
Charles II*, Frédéric-Guillaume lui confia le soin de ses 
afiieiires à Londres, et, en 1679, après les n^ociations de 
Nimègue, où Spanheim figura comme ministre palatin et fut 
fort apprécié des principaux plénipotentiaires^, Croissy, 
Grana, l'Isola, il passa définitivement au service de cet 
électeur. 

Le traité de Saint-Germain, signé le 29 juin 1679, rétablit 
la paix entre la France, la Suède, le Danemark et le Bran- 
debourg. M. Beck, ministre résident de l'Électeur, avait 
jusque-là présidé à la reprise des relations avec la cour de 
France. L'Électeur jugea utile de le remplacer par un envoyé 
extraordinaire, et son choix se fixa sur Spanheim, dont le 
nom était connu de Louis XIV et qui avait été plusieurs 
fois en rapports avec M. de Croissy, secrétaire d'État aux 
affaires étrangères ^ Sa nomination fut signée le 3 février 



i. Belation, p. 5i, 161 et 201. 

l. Ibidem, p. 201, 204-205, 223, 267, etc. 

3. Ibidem, p. 171. 

4. Ibidem, p. 217. 

5. Ibidem, p. 201 et suiv. 



yj urmoDucTiON. 

1680, et Q reçut l'ordre de se rendre directement de Londres 
à Paris, où il arriva vers le milieu d'avril. Il y trouva ses 
instructions, ses lettres de créance pour le Roi, et des 
lettres de l'Électeur pour MM. Colbert et de Louvois. 

Âprâs avoir satisfait aux devoirs de la courtoisie, Span- 
heim ne devait travailler qu'à l'entier accomplissement des 
stipulations insérées dans le traité de Saint- Germain , 
maintenir l'amitié et la bonne intelligence dernièrement 
rétablies, prouver en toute occasion le désir sincère que son 
maître avait de coopérer au maintien de la bonne intelli- 
gence, écarter d'ailleurs ce qui pourrait être nuisible aux 
intérêts de l'Électeur. Celui-ci ignorait ce que l'on pourrait 
lui demander encore pour l'exécution entière du traité de 
paix; mais, si l'on s'avisait de mettre en avant quelque 
nouvelle prétention, l'envoyé la déclinerait complètement, 
ou ne l'accepterait qu'o^? référendum. De son côté, Span- 
heim s'efforcerait d'obtenir : 1^ les subsides stipulés dans le 
traité de paix, et dont;, deux termes étaient déjà échus; 
2° l'évacuation et la restitution de la forteresse de Wesel 
et d'une partie du pays de Clèves, restitution tant de fois 
promise depuis que l'Électeur avait rendu Stettin à la Suède. 

n était enfin recommandé à Spanheim d'avoir de bonnes 
relations avec tous les ambassadeurs et ministres accrédités 
près la cour de France, de rechercher de préférence ceux qui 
y jouissaient de la plus grande considération et ceux dont 
les maîtres vivaient en bonne intelligence avec l'Électeur. 

Enfin , il devait adresser deux fois par semaine un rapport 
circonstancié sur sa négociation, et sur tout ce qui se produi- 
rait de nouveau et d'intéressant. 

Spanheim raconte lui-même dans sa Relation ^ que ses 

i. Pages 217-218. 



DiTRODUCnON. VlJ 

ancieiiD66 attaches avec la maison palatine ne laissaient 
pas d'inspirer quelque ombrage à Groissy, et que même ce 
ministre avait essayé d'éviter sa venue à la cour de France, 
comme personne suspecte et peu agréable ; mais il affecta 
de n'en rien savoir et se contenta c d'aller son droit chemin, » 
ce qui lui réussit parfaitement et lui valut, pendant huit ou 
neuf ans, la considération générale. 

Dès les premiers jours de son arrivée, il sollicita son 
audience. Elle lui fut accordée pour le 5 mai. Le lendemain 

de cette cérémonie, il en donna tous les détails à l'Electeur ^ 

• 

c Ma dernière relation du 3 mai, écrivait-il, rendoit compte du 
jour appointé de mes premières audiences de Leurs Msgestés, 
du Dauphin et de la Dauphine pour ce lundi 6 mai. M. Girault 
vint encore céans le même jour, pour me notifier qu'elles 
seroient anticipées d^un jour, à savoir pour celui de dimanche. . . ; 
qu'ainsi M. [de] Bonneuil et lui viendroient me prendre ledit jour 
d'hier, à six heures du matin, avec les carrosses du Roi et de la 
Reine, pour me conduire à Saint-Germain, ensemble avec l'envoyé 
de Ravière qui devoit avoir son audience de congé au même 
jour. C'est aussi ce qu'ils firent hier matin. Ds se rendirent 
céans avec les carrosses et l'envoyé de Ravière, selon ce que 
j'avois appris de M. le résident Reck qu'il se pratiquoit sou- 
vent, et encore l'an passé, lorsque l'envoyé d'Angleterre, un 
envoyé de l'électeur palatm, comte de Wittgenstein, et im 
envoyé de Wurtemberg furent conduits d'ici à Saint-Germain 
dans un même carrosse du Roi, vu qu'il n'y a qu'un introduc- 
teur. A Saint-Germam, nous filmes conduits dans la chambre 
de lit de S. M., qui étoit retirée en son cabinet voisin, où 
nous devions avoir nos audiences. A notre passage par la salle 
des gardes, ils prirent les armes, ce qu'ils n'ont pas autrement 
coutume de faire pour les audiences des envoyés. Le prince de 
Gondé se trouvant dans ladite chambre de lit, avec autres 
seigneurs et courtisans, j'eus l'honneur de lui foire la révérence 

1. Originaux conservés aux Archives royales de Berlin. Toutes 
les dépêches sont écrites en français. 



viij nmiODucnoN. 

et de lui témoigner en passant que je m'en acquitterois en un 
autre lieu selon mon devoir et les ordres exprès de Votre 
Altesse Électorale : ce qu'il reçut fort obligeamment et avec des 
marques d'une estime et d'une considération particulière pour 
elle. L'envoyé de Bavière ayant été le premier à l'audience de 
S. M. dans le cabinet, j'y fus introduit ensuite, à sa sortie, 
et y tins mot pour mot à S. M. le discours couché dans le 
papier d-joint. S. M. y fit la réponse qui s'y trouvera aussi 
marquée. Elle la ât même d'un air fort gracieux et obli-. 
géant, après avoir eu la bonté de m'écouter avec attention. J'es- 
père de n'avoir rien oublié, en cette première audience, de ce 
qui étoit porté par mes instructions à y insinuer, et que j'ai pu 
croire aucunement conforme aux intentions et aux intérêts 
de Votre Altesse Électorale ou à la bienséance requise. J'en 
ai même tiré cette consolation, si j'ose le dire, que S. H. 
voulut bien s'expliquer en des termes fort obligeants que le 
choix de mon ministère ne lui étoit pas désagréable, et parler 
ensuite de mon audience aux ministres et seigneurs présents, 
et qui voulurent bien me le redire ensuite, d'une manière que 
je ne mérite pas. Le duc de Gréquy, que j'ai connu son ambas- 
sadeur à Rome, et le duc de Saint-Aignan, tous deux premiers 
gentilshommes de la chambre, étoient derrière la chaire du 
Roi. Derrière moi, il y avoit d'autres seigneurs et ministres 
présents, comme H. Golbert-Groissy. Au sortir de là, nous pas- 
sâmes à l'audience du Dauphin, où je fus aussi introduit après 
l'envoyé de Bavière. Il y avoit une grande foule de courtisans, 
qui à peine laissèrent lieu d'approcher le Dauphin.... On avoit 
cru que nous aurions les audiences de la Reine et de la Dau- 
phine après le dîner, selon la coutume ; mais, comme il y avoit 
une partie faite pour aller à Versailles à un régal que l'on y devoit 
faire à la Dauphine, nous eûmes aussi ces audiences séparées 
avant le dîner.... » 

Discours au Roi, 

« Sire, 

a Le sujet de mon envoi de la part de S. A. É. de Brande- 
« bourg, mon maître, ne peut qu'avoir le bonheur d'être déjà 
« pleinement connu de Votre Majesté. Elle sait, Sire, quelle 



• INTRODUCTION. IX 

OBt la grandeur des respects de S. A. Ë. envers Votre Majesté, 
la sincérité de ses désirs à entretenir par toute sorte de 
moyens l'honneur de sa bienreUlance, à en rechercher les 
occasions avec soin, à les embrasser avec zèle, et à s'en fidre 
un mérite et une application particulière. Je pourrois y 
joindre, Sire, si Votre Majesté n'en étoit pas encore suffisam- 
ment informée, l'attachement de S. A. É. à satisfaire, comme 
elle a ftdt en tous ses points, au traité fait à Saint-Germain le 
29 juin de l'an dernier, Tespérance dont elle se flatte que 
Votre Miyesté lui rendra ce glorieux témoignage de n'avoir 
rien omis jusques id de soins et de zèle à observer religieuse- 
ment toutes les conditions annexées audit traité, à aller 
<K même au-devant de tout ce qu'elle a cru pouvoir aucune- 
« ment contribuer à la gloire et aux avantages de Votre Majesté, 
à lui ftdre évidemment connoitre que S. A. É. croira toujours 
y trouver elle-même sa gloire et ses avantages. C'est là. Sire, 
l'abrégé de ce que j'aurois dû représenter plus au long à 
Votre Majesté, dans les termes les plus exprès et les plus 
soumis, selon mes ordres, puisque c'est même l'agréable 
matière de mon envoi à Votre Majesté et du séjour que j'au- 
rai l'honneur de ftdre à sa cour. Aussi S. A. É. s'est trouvée 
trop sensible à l'honneur que Votre Majesté lui a fait de l'en- 
voi de M. le comte de Rebenac * et aux assurances qu'il lui a 
portées de l'affection sincère et constante de Votre Majesté, 
pour ne pas m'avoir chargé de lui en rendre ici ses actions 
de grâce très humbles. Elle ne doute pas même. Sire, que 
ledit envoyé extraordinaire de Votre Majesté ne lui ait rendu 
un compte Adèle du véritable et sincère dévouement de S. A. Ë. 
à être honorée de la continuation de Tamitié et même de la 



4. Le comte de Rebenac-Feuquière, lieutenant général pour le 
Roi en Navarre, était accrédité auprès du duc de Zell lorsqu'il 
reçut Tordre de se rendre à Berlin. Le mémoire qui devait lui 
servir d'instruction est daté de 8aint^Germain-en-Laye, le 
1* décembre 1679. Il lui était enjoint de s'entremettre pour rac- 
commodement du différend soulevé entre rélecteur de Brande- 
bourg et le duc de Zell sur quelques sommes que le premier pré- 
tendait lui être dues par la ville de Hambourg. 



X ormODUcnoN. 

« conflance d'un si grand roi, à s'intéresser et à concourir en 
<c tout ce qui peut dépendre d'elle à ses prospérités et au bien 
« de son service. Heureux mon ministère s'il peut être désor- 
« mais un foible instrument de la fermeté et de la durée de 
« cette amitié et de cette confiance , s'il peut aucunement 
« répondra au bonbeur particulier que je trouve d'avoir été 
« jugé digne d'y être employé, au zèle et à l'application entière 
« que j'y apporterai, et surtout à mériter durant le cours de 
« ce mien emploi, et selon les occasions qui s'en présenteront, 
« rhonneur des commandements, des accès et des audiences 
« favorables de Votre Majesté. Heureux encore, Sire, et par 
« où je dois finir, de pouvoir confirmer de bouche à Votre 
a Majesté jusqu'où S. A. É. se trouve intéressée dans la joie 
« publique de la France et de ses alliés, dans le bonheur récent 
« d'une maison électorale d'avoir donné une fille à la France 
<c et à Votre Ms^esté, une digne et auguste épouse à Monsei- 
« gneur le^ Dauphin, digne de perpétuer la postérité d'un 
a monarque qui, après avoir étendu la gloire et la félicité de 
a son règne au delà de ce que la fortune et la valeur, au delà 
a même de ce que les souhaits des héros et des conquérants les 
« plus fameux l'ont pu porter, n'avoit plus qu'à la rendre 
« immortelle par une longue succession de monarques qui 
« marchent un jour sur ses pas et qui se forment sur son 
« exemple. » 

Quelques jours plus tard, Spanheim eut Thonneur d'être 
reçu par Monsieur, frère du Roi, et par Madame. 

« Mardi 4 4 du courant, écrit-il à l'Électeur sous la date du 
i7 mai, je ftis à Saint-Gloud à l'audience de Monsieur et de 
Madame, conduit dans un carrosse de Monsieur par l'abbé de 
Saint-Laurent, leur introducteur, et je m'y acquittai envers 
l'un et l'autre des curialia requis en telles occasions et que je 
pus juger conformes aux intentions de Votre Altesse Électo- 
rale. Monsieur y répondit en des termes très civils et très hon- 
nêtes, qui marquoient la haute considération qu'il faisoit de la 
personne de Votre Altesse Électorale et de son amitié. Madame 
me dit en souriant : « Il y a longtemps que vous me connoissez. 



OTTRODUCnON. xj 

« Vous savez que je ne sais pas flaire des compliments ; je vous 
« prie d'en faire pour moi les plus propres que vous jugerez à 
« marquer à M. TËlecteur combien je lui suis acquise. » 

« Étant sorti de ladite audience et entré dans une galerie 
voisine, Madame suivit, me donna lieu de l'aborder et de se 
promener avec moi plus d'une demi-heure. Elle m'y renouvela 
de nouveau, et bien sérieusement, la prière de suppléer au défaut 
de son compliment et de mander à Votre Altesse Électorale tout 
ce que je croirois pouvoir mieux lui marquer son estime parti- 
culière et son amitié. Du reste, elle voulut bien se ressouvenir 
fort obligeamment de Thonneur que j'avois eu de la connoitre 
et de la voir tous les jours, dans les temps que j'avois la con- 
duite du prince électoral, son frère; mais elle me chargea 
encore particulièrement de faire insinuer à S. A. S. M"*' TÉlec- 
trice le souvenir particulier qu'elle conservoit des faveurs qu'elle 
en avoit reçues autrefois à Celle (Ze//), dans le temps qu^elle 
demeuroit auprès de la duchesse d'Osnabrûck, sa tante, rési- 
dant alors à Hanovre. 

« En me retirant, je trouvai encore Monsieur sur mes pas, 
qui m'arrêta quelque temps et me confirma obligeamment ce 
qu'il avait oui dire à Madame de notre connoissance passée, 
comme il parloit, et touchant d'ailleurs les agréments de Saint- 
Gloud et ce que j'en trouvois. Il partira demain avec Madame, 
pour aller trouver la cour à Fontainebleau. » 

Les affaires de France fournirent à Spanheim, dès les pre- 
miers jours de sa mission, un vaste champ à ses investiga- 
tions et à son activité ; malgré le rétablissement de la paix, 
Louis XIY avait conservé toutes ses troupes sur pied; 
l'attention des différents États était tenue en éveil par les 
revendications du Roi en Alsace; de grands événements 
semblaient se préparer du côté du Rhin ; la guerre pouvait 
se rallumer, et l'électeur de Brandebourg aurait dû , dans 
ce cas, y prendre une part considérable. Des mouvements de 
troupes dont le but était rigoureusement tenu secret eurent 
lieu vers la fin de l'année 1681 : Louis XIV allait réaliser le 

b 



xij nfTRODUGnoif. 

projet d'occuper Straaboui^ ; à ce moment, la correspon- 
dance de Spanheim avec sa cour devint presque quoti- 
dienne , et ses dépêches nous fournissent , sur cette entre- 
prise si heureusement conduite, des détails intéressants. 

c Je revins hier au soir de Fontainebleau, écrivait-il de Paris 
sous la date du 49 septembre. Je trouvai que tout le monde 
étoit encore à Fontainebleau dans la même incertitude des des- 
seins dont on parle tant depuis quelque temps. Les uns croient 
à présent qu*ils n'ont pour but que d'intimider le duc de Man- 
toue et lui montrer les dispositions prêtes à prendre Casai par 
force, s'il ne veut y entendre sur le pied du traité qui en auroit 
été arrêté il y a deux ans avec son ministre, à Venise, et qui a 
été désavoué par le duc... D'autres sont toujours dans la 
créance que tous ces appareils regardent Strasbourg. Ils s'y 
confirment par les réflexions, tant sur le grand attirail de muni- 
tions et de chariots, avec des remèdes pour des blessés et 
malades, au besoin, qui se trouveroient à Schlestadt, que sur 
le nombre des troupes distribuées dans tous les environs.... » 

c Le 22 septembre, de Paris. 

a Ma dernière relation du 4 9 du courant aura rendu compte à 
Votre Altesse Électorale, en toute soumission^ de ce que j'avois 
appris en mon dernier voyage de Fontainebleau. Le lendemain, 
des gens qui en revinrent parloient comme si, depuis mon départ, 
le Roi s'étoit enfin déclaré de de voi r ikire un voyage dont les dames 
ne seroient pas, et les ordres donnés là-dessus pour tenir des 
voitures prêtes en plus grand nombre qu'il n'en étoit besoin 
pour Ghambord; qu'enfin Ton croyoit que l'on en vouloit tout 
de bon à Strasbourg. La convénience et la facilité que Ton 
trouve à se rendre maître présentement de Strasbourg, et la 
réflexion que, Tafllaiire feite, on en sera, comme on dit, dans 
les mêmes termes que Ton est à présent avec TEmpire, et cepen- 
dant qu'on aura un si bon poste de plus, joint au délai de la 
conférence de Francfort, dont on rejette la faute sur l'absence 
des ambassadeurs impériaux, font croire à bien des gens que 
le dessein sur ledit Strasbourg n'estpas hors d'apparence.... » 



INTRODUCTION. XÎij 

« Lfî 3 octobre, de Paris. 

<E Je touchai déjà, par mes précédentes à M. le conseiller 
Fuchs, écrites de Fontainebleau le 28 septembre, ce qui venoit 
d'y être déclaré et publié du changement du voyage de la cour 
pour Chambord en celui pour Nancy et pour Strasbourg. J'en 
appris la première nouvelle sur la route de Paris à Fontaine- 
bleau, et y ftis entièrement confirmé à mon arrivée en ce der- 
nier lieu. Ce n'est pas que, depuis quelque temps, il n'y eût 
divers bruits du dessein formé sur Strasbourg, et que je n'aie 
aussi mandé de fois à autre, et peu auparavant, tous les préju- 
gés sur lesquels ils paroissoient fondés. Cependant on ne savoit 
encore qu'en croire, puisqu'il y avoit en même temps des dis- 
positions prêtes et des apparences de même pour pouvoir agir 
d'autre c6té, soit de Casai, soit de Luxembourg, et que la con- 
férence de Francfort sembloit à d'autres s'opposer en quelque 
sorte à un pareil dessein; que d'ailleurs toutes les mesures 
continuoient de se prendre pour le voyage de Chambord et 
pour foire croire à tout le monde, jusqu'à la Reine, Madame 
et tous les courtisans, que la cour s'y rendroit infoilliblement, 
et qu'on en prendroit la route au jour arrêté du mardi 30 sep- 
tembre : en sorte même que l'équipage de Madame étoit parti 
pour Chambord et que le duc de Saint-Aignan s'y étoit déjà 
rendu pour ; foire préparer le théâtre et exercer par avance les 
troupes des musiciens et des comédiens de S. M. Ce flit le ven- 
dredi 26 septembre qu^après le départ de M. de Louvois et l'ar- 
rivée d'un courrier S. M. déclara aux courtisans que l'on pren- 
droit la route de Metz et d'Alsace, au lieu de Chambord, et 
même que l'on ne se cacha pas que c'étoit dans le dessein de 
prendre Strasbourg. H. le marquis de Croissy, que je vis le 
même jour de mon arrivée à Fontainebleau, 28 septembre, ne 
m^en parla qu'en termes généraux, c'est-à-dire que S. M. alloit 
voir ses places d'Alsace; qu'au fond, elle ne désiroit que de 
maintenir la paix avec l'Empire; qu'elle le feroit connoitre par 
des propositions justes et raisonnables, dont le comte de Rebe- 
nacauroit ordre de donner part à Votre Altesse Électorale; que, 
dans cette vue, les ambassadeurs de S. M. seroient à présent à 
Francfort, où ils avoient eu ordre de se rendre; et en insinuant 
enfin que les intentions de PEmpereur et ses démarches avoient 



KIV OrmODUGTION. 

obligé le Roi à s'y opposer de bonne heure et y prendre ses 
précautions. 

« Le comte de Mansfeld, envoyé de l'Empereur, arrivé dans 
ce même temps à Fontainebleau, et qui, jusque-là, n'avoit rien 
voulu croire du dessein sur Strasbourg, en témoigna bien de la 
surprise et eut là-dessus deux audiences de M. le marquis de 
Groissy , avec lequel il en vint à bien des reproches et à de grosses 
paroles sur le manque prétendu de foi, eorUreventUm^ à son 
dire, aux paroles qui lui avoient été données et déclarations 
faites à roccasion de la conférence de Francfort. Sur quoi, le 
marquis de Croissy, dans la première audience, lui auroit 
répondu en termes généraux que ce comte verroit que S. M. ne 
manqueroit en rien à tout ce qu^elle avoit promis, justifieroit le 
dessein qu'elle a de continuer à vivre en bonne intelligence avec 
l'Empereur et l'Empire, et leur en donneroit les informations 
sufQsantes. Mais, comme ledit comte ne voulut pas s'en con- 
tenter, et demanda une déclaration positive de ce qui en étoit, 
le marquis de Croissy se chargea de le dire au Roi et de rece* 
voir là-dessus ses ordres. Il lui expliqua le lendemain que 
S. M. alloit recevoir les hommages de la ville de Strasbourg 
pour dernière exécution de ce qui lui appartenoit en vertu de 
sa souveraineté de l'Alsace cédée par le traité de Munster et 
confirmée par celui de Nimeguen. A quoi ledit comte auroit 
répliqué qu'il le prenoit pour un commencement de rupture 
avec l'Empereur et l'Empire; et qu'il auroit accompagné [de] 
plusieurs autres discours et reproches sur le même sujet, selon 
l'information qu'il voulut en donner aux ministres publics qui 
se trouvoient à Fontainebleau. Le même jour, le marquis de 
Ci;pîssy s'en expliqua aussi à d'autres ministres, comme à ceux 
d'Angleterre et de Hollande, que S. M. alloit recevoir les hom- 
mages de la ville de Strasbourg. On sut d'ailleurs que c'étoit en 
effet une prise de possession, et non simplement par précau- 
tion qu'on alloit à Strasbourg; que M. de Louvois avoit porté 
avec lui la capitulation qu'il devoit fisdre insinuer à la ville de 
Strasbourg en la sommant de reconnoître le Roi son souverain*, 
qu'il y avoit des articles, entre autres, touchant la religion et 
par où la cathédrale seroit cédée aux catholiques ; qu'en cas de 
défaut d'acquiescence, la place se trouveroit investie de qua- 



INTRODUCTION. JtV 

rante mille hommes, qui sauroient bientôt la mettre à la raison; 
que Ton ne croyoit pas d'y trouver grande résistance, et qu'il y 
avoit même lieu de croire que l'on auroit bon marché du Magis- 
trat, et qu'il n'y auroit, en tout cas, que des gens de métier et 
ouvriers qui pourroient foire du bruit; que d'ailleurs le peu de 
garnison qu'il y a pour la garde d'une telle place, le manque de 
tout secours, la crainte de traitements pires et du feu du dehors 
en cas de résistance, et les ménagements qu'on peut déjà avoir 
pris sous main dans la ville, la réduiront bientôt à ce qu'on 
veut. Aussi S. M. auroit dit à des courtisans qu'il en coûteroit 
cent mille livres par jour en cas qu'elle attendit le canon. L'on 
&it état que S. M. arrivera devant la place mardi prochain 
7 octobre.... » 

. Le 17 octobre, Spanheim mande encore à l'Électeur : 

« Selon les dernières lettres de la cour, le Roi devoit foire son 
entrée dans Strasbourg. Le comte de Mansfeld croit avoir à pré- 
sent de bons avis comment cette afifoire de la reddition de 
Strasbourg a été ménagée sous main du côté de deçà avec divers 
du Magistrat, et, entre autres, le secrétaire de la ville, et qu'il 
en auroit coûté au Roi deux cent ou trois cent mille écus. .. . » 

Un mois plus tard, se réunissait l'assemblée générale 
du clergé de France. Spanheim crut devoir rendre compte à 
l'Électeur d'une harangue prononcée par Bossuet, pour 
lequel il avait peu de sympathie, tout en rendant un juste 
hommage à son génie et à ses vertus ^ 

« n y eut dimanche passé, écrit-il sous la date du 44 no- 
vembre, l'ouverture solennelle de l'assemblée générale du clergé 
de France dans l'église des Augustins, où.... l'évéquede Meaux 
.... fit un sermon de deux heures sur l'unité de l'Église, la 
louange du clergé de France, les prérogatives du siège apos- 
toUque et des papes, mais restreintes aux canons, et enfin sur 
les éloges de S. M., et, entre autres, à l'occasion de la prise de 



1. Voyez la Relation, p. 273-277. 



XVJ mTRODUGTIOIf. 

Strasbourg avantageuse pour TËtat et la religion. Sur quoi j'ap- 
prends que Tambassadeur d'Espagne, qui n'y Ait pas présent, 
mais l'a su, auroit dit : « Che ha da fare il negozio di Sirasbwrgo 
« col Spirito santo f » 

Les dépêches que Spanheim adressa à l'Electeur deux ans 
plus tard, au moment où la mort frappait presque en même 
temps la Reine et Colbert, paraissent assez importantes pour 
devoir être insérées ici^ 

« Paris, 2 août 4683. 
« Monseigneur, 

« Je dois mander par cet ordinaire le décès de la Reine, qui 
arriva assez subitement à Versailles, et peu d'heures après le 
départ de ma dernière relation de vendredi passé, 30 juillet, et 
avec une surprise et un déplaisir égal de tout le monde. Cette 
princesse, peu de jours auparavant, et depuis le mardi 27 juil- 
let, que je ftis à Versailles, s'étoit trouvée un peu incommodée 
d'un clou au côté gauche, mais sans qu'on appréhendât aucune 
fôcheuse suite; cela ne l'empêcha aussi de manger, comme à 
l'ordinaire, avec le Roi et ceux de la maison royale, sinon qu'on 
ne la vit pas en public. La nuit du mercredi 28 au jeudi 29, sa 
douleur augmenta, et il s'y joignit de la fièvre : ce qui obligea 
le Roi à découcher d'avec elle et aller prendre ailleurs du repos. 
Cette indisposition dura le jeudi, et sur quoi les médecins, et 
entre autres le sieur d'Aquin, premier médecin du Roi, furent 
d'avis qu'elle fût saignée au pied le vendredi matin, 30 juillet, 
bien que quelques-uns, et entre autres le chirurgien qui devoît 
faire la saignée, y trouvassent à redire. En effet, elle se trouva 
plus mal d'abord depuis la saignée, qui lui porta des vapeurs 
au cerveau, qui ne l'ont point quittée jusqu'à sa mort : ce qui Ot 
aussi qu'elle désira de prendre le saint-sacrement ce même matin, 
et en suite de quoi on lui donna l'extréme-onction. Et comme 

1. La perte du volume des Mémoires du marquis de Saurches 
qui contenait le récit des événements de l'année 1683 m'engage 
d'autant plus à donner ces lettres de Spanheim, au moins en 
partie. 



OTTRODUCTION. XVÎj 

son mal continuoit, les médedns se résolurent à lui donner du 
vin émétique, donl on se promettoit un bon eflTet. Aussi le Roî, 
après avoir assisté la Reine et ne Favoir point quittée, surtout 
après que son mal, depuis ce matin du vendredi, avoit redoublé, 
à peine étoit-il allé dîner et se trouvoit-il à table , entre les 
deux et trois heures de Taprès-midi, qu'on vint lui dire que la 
Reine se trouvoit plus mal, et, peu de moments après, qu'on 
craignoit qu'elle ne la fit pas longue. Sur quoi, le Roi s'étant 
rendu en diligence auprès de la Reine, cette grande princesse 
ne put lui dire autre chose sinon : « Monsieur, je me meurs I » 
et en effet expira en même temps, vers les trois heures de 
l'après-midi. La nouvelle en flit bientôt portée à Paris, et sur- 
prit étrangement tout le monde, qui ignoroit la maladie de la 
Reine ou n'en tenoit pas compte. Le Roi en eut et a continué 
de témoigner une douleur inconcevable, de même que toute la 
maison royale et toute la cour, vu la piété et bonté incom- 
parable de cette princesse. Aussi S. M. quitta presqu'au 
m&ne instant Versailles pour se rendre à Saint-Gloud, d'où 
elle doit aujourd'hui aller à Fontainebleau, pour y rester quel- 
ques mois, à ce qu'on dit. Et, comme il a paru du pourpre sur 
le corps de la Reine peu avant et depuis sa mort, et qu'on l'a 
crue d'ailleurs atteinte d'un abcès au côté gauche, on résolut de 
l'ouvrir pour découvrir plus à fond la nature de son indisposi- 
tion, et si elle tenoit en quelque sorte d'un mal contagieux, dont 
on saura plus de détail. On jette à présent la fiiute sur les 
médecins qui ont traité la Reine, et entre autres sur la saignée, 
comme fidte à contre-temps, et on dit qu'il y en a déjà d'exilés. . . . 
D^adUeurs on ne songe plus qu'à prendre le grand deuil, non 
seulement toute la cour, mais tout Paris ^ » 

Un mois plus tard, Spanheim faisait connaîtreà TÉlecteur 
la mort de Golbert' et les changements apportés par le Roi 
dans la composition de son ministère : 

1. Spanheim alla présenter ses compliments de condoléance les 
2 et 7 septembre {Gazette, p. 5i4). 

2. Voyez ce qu'il dit de cet événement dans la Belatùm, p. 172, 
174, 176. 



xviij INTRODUCTION. 

« FoQtainebleaUy 2 septembre 4683. 

« .... Il se répandit id, hier matin, la nouvelle de la mort 
de M. de Golbert, comme étant décédé à Paris dans la nuit pré- 
cédente.... Le marquis de Croissy, son frère, est allé aujour- 
d'hui à Paris pour le voir.... » 

« Fontainebleau, 5 septembre 4683. 

« .... M. Golbert est encore en grand danger. Gomme sa 
maladie empira dès avant-hier, le bruit se répandit dans Paris 
de sa mort, et fit que les particuliers, en grand nombre, qui 
ont de Targent dans la Caisse des emprunts, se mirent en presse 
pour ravoir leur argent, craignant qu'un changement dans les 
finances n'apportât ensuite du retard à leur remboursement, ou 
n'en changeât la nature. On en satisfit quelques-uns des plus 
pressés. Dès le vendredi au soir, qui fut avant-hier, il se sentit 
un peu soulagé, de même qu'hier matin, en sorte qu'on le 
creyoit même autant qu'échappé. Cependant on ne parle 
pas aujourd'hui de même, et on doute qu'il s'en relève. Son 
mal est une colique néfVétique, causée par une pierre qu'il 
auroit dans l'uretère et qui lui fait souffrir d'extrômes douleurs. 
M. de Croissy, qui alla jeudi à Paris et en revint hier au soir, 
m'a témoigné lui-même aujourd'hui de craindre fort pour le 
succès de cette maladie. Il m'a dit, entre autres, que S. M. lui 
avoit dit qu'elle y perdroit plus que lui. On ne dit point encore, 
en cas de mort, qui pourroit remplir une place si importante, 
qui veut également de la confiance, de la bonne foi et de l'ha- 
bileté dans les finances dans un haut degré.... » 

« Fontainebleau, 9 septembre 4 683. 

« .... Il y a eu par deçà, depuis mes dernières, des change- 
ments considérables dans la situation du ministère et de l'admi- 
nistration des finances, le tout par la mort de M. Colbert, 
décédé la nuit du dimanche au lundi, 5 et 6 septembre. Le len- 
demain matin, la nouvelle en fut portée ici au Roi par M. de 
Croissy, son frère, M. de Seignelay, son fils, et le sieur Des- 
maretz, son neveu, l'un des deux intendants dans les finances 
sous M. Colbert. Ledit de Seignelay, secrétaire d'État et qui a 
le département de la marine, en prit occasion, comme j'ai su 



INTRODUCTION. XIX 

île bon lieu, d'insinuer à S. M. la demande d'être trouvé digne 
d'entrer dans son Conseil, c'est-à-dire d'être du nombre des 
ministres d'État, en place de feu son père, et où il ne restoit à 
présent que trois : le chancelier [le] Tellier, M. de Louvois, 
son fils, et M. de Croissy. A quoi le Roi auroit répliqué en 
termes généraux qu'il seroit bien aise de lui faire plaisir et 
qu'il y aviseroit. Cependant toute la cour avoit les yeux pour le 
successeur de M. Golbert dans la direction générale des finances, 
et, dès quelques jours auparavant, qu'on jugeoit sa maladie 
mortelle, on ne s'entretenoit d'autres choses. Les uns parloient 
du maréchal de Bellefonds, qui y avoit eu autrefois des vues; 
d'autres, deM. [de] Gourville ; d'autres, du procureur général Har- 
lay, et quelques-uns, mais peu, de H. Pussort, l'un du Conseil 
royal des finances, onde de MM. Colbert et auquel le sieur Col- 
bert, avant sa mort, devoit avoir déposé dans cette vue plu- 
sieurs secrets qui regardent les finances, pour en rendre compte 
au Roi. Mais on ne tarda pas d'être édairci de ce choix peu 
d'heures après la nouvelle donnée au Roi de la mort de M. Col- 
bert, qu'on sut que S. M. avoit donné sa place de contrôleur 
général des finances, sous laquelle il en a exercé la surinten- 
dance, à M. [le] Peletier, parenl et l'intime créature du chan- 
celier [le] Tellier et de M. [de] Louvois, et de plus conféré la 
charge de surintendant général des bâtiments, qu'avoit eue 
M. Colbert, à M. de Louvois, et remboursé le second fils de 
M. Colbert, qui avoit eu et exercé déjà cette charge en survi- 
vance, de la somme de cinq cent mille livres : ce qui, tout 
ensemble, surprit bien du monde, et d'ailleurs donna une nou- 
velle et illustre marque du grand crédit et de la faveur de ces 
deux grands ministres père et fils, [le] Tellier et Louvois , et 
qu^U n'y avoit plus de balance entre ces deux partis qui seuls 
partageoient jusqu'ici en quelque sorte le ministère et tous les 
premiers et importants postes du dedans et du dehors. On passa 
même à en tirer de mauvais augures pour le reste de la famille 
des Colbert, et, entre autres, pour croire que M. de Seignelay 
ne garderoit pas longtemps la marine ; mais, après tout, ce ne 
sont que des préjugés de courtisans, et, à l'égard de Croissy, il 
fout espérer qu'il n'y aura pas de changement à son égard. On 
peut bien craindre qu'il en reste moins accrédité dans le Con- 



xxij nrmoDUGTiON. 

son hôtel à Paris à ceux qui invoquèrent sa protection et il 
facilita, par tous les moyens, leur sortie hors du royaume^ 
Les préoccupations, les anxiétés, les fatigues qu'il eut à subir 
pendant cette période de sa mission ébranlèrent sa santé, et 
il alla, pour la rétablir, en 1686, aux eaux de Spa, puis. 
Tannée suivante, à celles d'Aix-la-Chapelle. 

La ligue d'Angsbourg ralluma la guerre : Louis XIV, 
pour soutenir ses intérêts dans le Palatinat et dans l'électo- 
rat de Cologne et afin d'effrayer l'Empereur et les princes 
allemands ayant la réunion de leurs forces, ouvrit les 
hostilités et s'empara de Heidelberg, de Mayence et de Phi- 
lipsbourg. On s'était flatté à Versailles de l'espoir que l'élec- 
teur de Brandebourg conserverait la neutralité dans le cours 
de cette nouvelle guerre'; mais M. de Croissy fut bientôt 
informé que l'Empereur avait écrit à tous les princes, en 
les invitant à congédier les résidents français accrédités 
auprès d'eux» L'électeur de Brandeboui^ ', alors à la Haye, 

i. Quinze mois après la révocation de Pédit de Nantes, M. de 
Seignelay écrivait à M. de la Reynie , sous la date du 16 jan- 
vier 1687 : ff Le Roi étant informé qu'il ^'assemble un grand 
nombre de bourgeois de Paris nouveaux catholiques dans les 
maisons des envoyés de Danemark et de Brandebourg, 8. M. 
m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous preniez des 
mesures pour les faire arrêter, en disposant un assez grand nombre 
d'archers pour n'être point en état de craindre rien de la part des 
domestiques desdits envoyés, voulant que le procès soit fait aux 
coupables, afin d'acquérir par ce moyen la preuve que ces ministres 
donnent retraite dans leurs maisons aux sujets de 8. M. pour y 
faire l'exercice de la religion prétendue réformée, i 

2. Voyez la Relation, p. 211. 

3. Frédéric-Guillaume était mort le 29 avril 1688 et avait été 
remplacé par son fils aine Frédéric m, celui qui prit le titre de 
roi de Prusse en 1701. 8panheim, maintenu au poste de Paris, 
avait fait part du décès de son maître le 29 mai, puis, le 29 août, 
de La naissance d'un fils du nouvel électeur. {Gaxette, 1688, p. 245, 
276, 443.) 



INTRODUCTION. XXllj 

fit savoir à M. de Grayd qu'il devait se préparer à sortir de 
ses États^ Le 4 janvier 1689, le marquis de Croissy pré- 
vint également Spanheim qu'on tenait ses passeports à sa 
disposition. Celui-ci demanda son audience de congé, et il 
en fit rapport en ces termes à l'Electeur : 

a Paris, 27 janvier 4689. 

c Je rends compte, par F information d- jointe, et avec toute 
la soumission due, des audiences de congé qu'on m'a données 
ces jours-ci à Versailles, et dont j'eus seulement hier celles de 
Monsieur et de Madame : en quoi je puis dire qu'on a gardé, de 
ce côté-ci , toutes les bienséances et formai! tés requises à congédier 
honnêtement un ministre de Votre Altesse Électorale, et quoique, 
de mon c6té, je m'en fusse tenu (suivant que j'en ai mandé en 
tout respect, et à Toccasion de ce qu'on me renouveloit la men- 
tion de mon départ et de mes passeports) si je n'aurois pas 
l'honneur de me présenter au Roi et de lui faire la révérence 
avant mon départ sans parler d'audience réglée. Les manières 
mêmes et les expressions de S. M. furent modérées et hon- 
nêtes sur les conjonctures , et quoique je n'y dissimulasse pas 
ce qu^il étoit le plus essentiel de lui insinuer, et d'ailleurs avec 
les égards que requéroit une audience publique : ce que je dois 
d'autant plus remarquer qu'on se fiattoit encore par deçà, sans 
que je puisse bien juger sur quel fondement, de plus de dispo- 
sition du côté de Votre Altesse Électorale d'accepter le parti de 
la neutralité. » ' 

Récit de mes audiences de congé à Versailles j lundi 24 janvier 

et mardi 25 du même mois\6S9. 

c Le marquis de Grbissy me fit savoir samedi au soir, 22 du 
mois, par un exprès qu'il m^envoya de Versailles, que le Roi 
avoit appointé mon audience de congé pour le lundi matin sui- 
vant, 24 du courant. Le sieur Girault, [sous-]introducteur des 
ambassadeurs, vint céans, le lendemain dimanche, me donner le 
même avis de la part de Pintroducteur, le sieur de Bonneuil, 

1. Journal de Dangeau, tome II, p. 288. 



xxir nnnODUcnoN* 

qui le lui mandoit de Versailles, et qu'ils Tiendroieut me 
prendre le jour suivant, dans les manières accoutumées, avec 
les carrosses du Roi et de M"** la Dauphine : d'où je pus recueil- 
lir que l'on vouloit me donner les audiences de congé dans les 
formalités les plus honnêtes qu'on pratique ici au licenciement 
des ministres publics. C'est à quoi lesdits introducteurs ne 
manquèrent pas le lundi matin, avant les sept heures, 24 du 
courant * , et que je me rendis avec eux à Versailles, c'est-à-dire 
l'introducteur étant avec moi dans le carrosse du Roi, et le sous- 
introducteur dans celui de M"** la Dauphine avec ceux de ma 
suite, outre mon carrosse, qui suivoit et qui, dans ces occa- 
sions , a le privilège d'entrer aussi dans la dernière cour du 
Louvre au château de Versailles, ce qui ne se permet qu^aux 
carrosses des ambassadeurs dans le reste des allées et venues 
de la cour. Je fus conduit par ces messieurs à Taudienoe, à 
l'heure que le Roi a coutume de la donner, qui est après son 
lever et avant le Conseil. Comme elle étoit publique et avec 
une assez grande affluence de monde, j'y dis au Roi ce qui suit, 
et, comme je puis ajouter, dans tous les mêmes termes : 

c Sire, 

c Je viens satisfâdre en même temps aux intentions de Votre 
« Majesté et aux intentions de S. A. É. mon maître ea m^aoquît- 
c tant aujourd'hui de ce dernier devoir. Elle a cru. Sire, que 
« les fâcheuses circonstances qui y donnoient lieu ne dévoient 
c pas la dispenser de témoigner à Votre Majesté, par ma bouche, 
c le déplaisir particulier qu'elle y trouve de voir que ses véri- 
c tables intentions, avant et depuis sa régence, n'aient pas eu 
« les heureux succès qu'elle s^en promettoit pour l'aSermisse* 
c ment du repos de l'Empire et pour celui d'une bonne et 
« parfaite intelligence avec Votre Majesté. Il lui reste, Sire, cette 
c consolation particulière de n'avoir en rien contribué aux 
ç changements qui y sont arrivés, ni ainsi à l'impuissance où 
a elle s'est vue par là réduite à se détacher d'un corps dans la 
« conservation duquel elle a un intérêt aussi grand et aussi 
c connu que le rang qu'elle y tient, par les États qu'elle y pos- 

1. GaMetU de 1689, p. 48. 



nnnODUcnoN. xxv 

aède et par les obligations qui en résultent. Parmi cela, Sire^ 
S. A. É. n'en a point perdu de vue, ou ne souhaite avec 
moins d'ardeur le retour de la tranquillité publique, et celle 
de TEmpire en particulier, à se trouver en état d'y contribuer 
par ses soins et par son zèle, enfin par ses vœux, à ce que 
ces sombres nuages qui couvrent ou qui menacent la face de 
l'Europe soient beureusement dissipés par des influences 
bénignes et salutaires d'une Providence qui rend le calme et 
arrête les tempêtes quand il lui plaît. Ce sont, Sire, des 
souhaits et des vues trop légitimes pour ne pas croire qu'elles 
pourront non seulement mériter l'approbation de Votre 
Majesté, mais même donner lieu encore à S. A. É. d'espérer, 
comme elle le souhaite ardemment, le puissant et le favo- 
rable concours de Votre Majesté à un si grand et si salutaire 
ouvrage, à en frayer les chemins, à en aplanir les difQcultés, 
en un mot, Sire, à ce que TEmpire et la France y puissent 
également trouver le repos pour le présent et la sûreté pour 
l'avenir, et ainsi à ce qu'un règne aussi glorieux que celui de 
Votre Majesté, une vie aussi abondante en actions héroïques, 
se trouve heureusement couronnée par celle qui porte avec 
soi le caractère le plus auguste des véritables héros, et surtout 
des héros très chrétiens. Cependant, Sîre, et vu la circonstance 
de ce dernier devoir qui doit finir le ministère que j^ai eu 
l'honneur d'avoir auprès de Votre Majesté depuis près de 
neuf ans, il ne me reste qu'à rappeler l'agréable souvenir des 
temps plus heureux et plus tranquilles qui Tavoient accom» 
pagné jusqu'ici, qui m'y ont fait trouver des marques glo- 
rieuses du support et de la bienveillance de Votre Majesté, qui 
m'en laissent des ressentiments profonds, et qui, dans quelque 
situation et éloignement où je puisse me trouver désormais, 
ne pourront que redoubler l'ardeur de mes vœux pour la con- 
servation de la sacrée personne de Votre Majesté et pour la 
félicité durable et tranquille de son règne. » 
c S. M., qui m'avoit écouté avec attention, y répliqua en- 
suite « qu'elle faisoit et avoit toujours fait la considération 
« due de la personne et de l'amitié de M. l'Électeur, et auroit 
« été bien aise de pouvoir le lui témoigner; qu'il n'avoit pas 
« aussi tenu à elle qu'elle ne fftt entrée avec lui en de plus 



XXVJ INTRODUCTION. 

« étroites liaisons et utiles au bien public ; qu'elle croyoit encore 
c que M. rÉlecteur le reconnoitroit quand il Toudroit réfléchir 
c sur ses véritables intérêts ; qu'au reste, pour ce qui me regar- 
c doit, elle avoit toujours été fort satisfaite de la ccmduite que 
« j'avois tenue durant mon emploi par deçà ; » en y ajoutant 
encore d'autres expressions fort obligeantes de l'estime dont 
elle étoit prévenue sur mon sujet, et qu'elle seroit toqj^^i^ 
prête à me le témoigner dans les rencontres, S. M. accom- 
pagna tout cela d'un air fort honnête et obligeant. Après quoi, 
je n'eus qu'à me retirer, oonune S. M. fit de son côté, en 
paroissant, au dire de ceux qui le remarquoient, et contre sa 
coutume, fort réfléchie en elle-même. » 

De là, Spanheim, passant chez le Dauphin, adressa à ce 
prince le compliment suivant, où les éloges sur la yaleur 
qu*il Tenait de déployer dans la première campagne d'Alle- 
magne étaient habilement tempérés, comme le demandait la 
politique : 

a Ce devoir que j'ai l'honneur de vous rendre avyourd'hui, 
c Monseigneur, me fourniroit une ample matière à m'étendre en 
«c des ressentiments ou en des souhaits conformes aux obliga- 
c tions qui pourroient m'y porter; mais, outre qu'il seroit assez 
c superflu de vous étaler à vous-même ce que vous venez de 
« faire éclater à la face de l'Europe, ou de prévenir par des 
c vœux ce qu'elle a déjà tout sujet d'en attendre, je dois être 
« dispensé d'en fkire aujourd'hui pour les suites des mêmes 
« succès, qui d^ailleurs ont eu des commencements aussi glo- 
c rieux pour vous et aussi heureux pour la France. Que ne 
c puis-je, là-dessus. Monseigneur, mêler mes acclamations 
c toutes pures, ou plutôt que ne puis-je emporter avec moi 
c cette douce espérance que cet heureux et ce rare assemblage 
c de valeur et de bonté, de courage et de douceur, de chaleur 
« et de modération, de maître et de père des soldats dès la pre- 
« mière campagne que vous venez de faire, que ces rares qua- 
€ lités, dis-je, puissent trouver désormais une autre carrière à 
c s^y déployer avec tous les succès qu'elles méritent I Après 
c tout, Monseigneur, quel moyen que je parte, aussi pénétré des 



INTRODUCTION. XXVI] 

c bontés du Roi, aussi accoutumé du passé à entrer dans les 
c sentiments de la gloire de son règne et du bonheur de la 
« France, sans lui souhaiter ardemment la conservation d'une 
« vie aussi précieuse et aussi importante que la vôtre, et en 
€ qui elle voit déjà fort heureusement renaître un véritable des- 
c oendant des Rons et des Débonnaires, aussi bien que des 
<t Lions et des Augustes, héros de sa racel » 

Chez les trois petits-fils du Roi, raudience ne fut que de 
pure formalité; chez leur mère, elle avait plus d'importance, 
et je regrette que la place me manque pour reproduire le 
discours de Spanheim et le compte rendu de la réponse qui 
lui fut faite. Mais il faut, tout au moins, donner ici quelques 
lignes d'une des dépêches relatives aux derniers entretiens 
qu'il eut avec le marquis de Croissy : 

« Paris, S\ janvier \ 689. 

« .... Le marquis de Croissy prit occasion de me dire que, 
pour ce qui me regardoit en particulier, S. M., comme elle me 
Tavoît aussi témoigné elle-même, avoit toujours été très satis- 
faite de ma conduite et avoit aussi, à ce qu'il voulut bien ajou- 
ter, toute l'estime due de ma personne, et même de ma régula- 
rité au service de mes maîtres... ; qu'il est vrai que S. M. et 
son Conseil avoit cru qu'il n'étoit pas à propos pour le service 
du Roi qu'un ministre aussi éclairé (à ce qu'il lui plut de dire, 
et, suivant ce que je dois croire, pour dorer, comme on dit, la 
pUule) que moi, et informé des affaires et du dedans du royaume, 
y restât, pour donner lieu par delà à se prévaloir de mes infor- 
mations et de mes avis.... 

« Je lui dis là-dessus qu'on m'àvoit fait trop d'honneur 
d'avoir si bonne opinion de moi en ce qu'il venoit de me dire ; 
que j'y trouvois une consolation particulière, vu qu'elle portoit 
avec soi la justice qu'on m'y rendoit à l'égard de mon attache- 
ment que je devois au service de mon maître... ; que j'étois 
retourné exprès à Versailles dans le dessein, comme je faisois, 
d'avoir l'honneur de me licencier de lui et de lui réitérer là-des- 
sus les ressentiments particuliers que je remportois de toutes 
ses bontés et honnêtetés pour moi durant le cour^ de mon long 

c 



XXviij INTRODUCTION. 

emploi par deçà, et même de ma créance qu'il n'auroit pas tenu 
à ses insinuations et à ses offlces que les cboses fussent allées 
si loin, soit à l'égard des conjonctures puUiques, soit à l'égard 
des particulières avec Votre Altesse Électorale. Après quoi, je 
me licenciai de lui. .. . » 

Le 4 févri^, on lui apporta, selon l'usage, un présent du 
Roi : c'était une boite au portrait de Louis XIV, ornée de 
diamants et semblable à celle que l'envoyé firançais avait 
reçue à Berlin. 

Spanheim ne s'éloigna pas de la France sans regrets : le 
Roi lui avait constamment témoigné de l'estime et de la bien- 
veillance ; Madame, qui l'avait connu à Heidelberg S avait 
recours à ses avis pour enrichir sa collection de médailles, et 
elle l'honorait de son amitié; il avait toujours eu avec 
M. de Croissy les meilleures relations, et la cour en géné- 
ral le considérait comme « le plus sage, le plus habile et 
le plus savant ministre qu'aucun prince étranger eût en- 
voyé depuis vingt ans*. » Dès son arrivée à Paris, il 
avait fréquenté les réunions savantes qui se tenaient chez le 
duc d' Aumont 3, et il s'était mis en rapport avec les érudits 
et les gens de lettres, dont il se plaisait à signaler les tra- 
vaux à l'attention de l'Électeur^. Le P. La Chaise aimait 
à le consulter sur la numismatique et sur les sujets ayant 
trait à l'étude de l'antiquité; Spanheim nous apprend même 
que ce Père aurait désiré lui voir embrasser le catholicisme, 
et prétend qu'on avait promis un évêché à certain abbé dont il 
tait le nom, si celui-ci réussissait à obtenir cette conversion^. 

i. Voyez la Relation, p. 64. 

2. Ce sont les expressions du marquis de Sourches, en 1687. 

3. Relation, p. 135-136. 

4. II parle des médailles et des manuscrits du Roi dans la Rela^ 
tion^ p. 168. 

5. Relation, p. 257-258. 



INTRODUCTION. Xxix 

Pendant son séjour à Paris, Spanheim avait formé une 
bibliothèque de livres rares et précieux; il la transporta à 
Berlin, où le roi de Prusse Tacheta douze ans plus Utrd ^ 

Spanheim s*était, depuis 1684, occupé avec un grand zèle 
de la fondation dé la colonie française à Berlin. A son 
retour, quand il prit place au Conseil des ministres, TÉlecteur 
lui confia les délicates fonctions d'inspecteur de Téglise fran- 
çaise réformée et de rapporteur au Conseil des affaires des 
réfugiés français ; il fut de plus adjoint au comte de War- 
temberg comme surintendant de la bibliothèque électorale*. 

En 1694, un agent français fut envoyé en mission à 
Berlin par le roi de Pologne^ pour réclamer les bagages de 
Tabbé de Polignac confisqués à Riîgenwalde, à la suite du 
naufrage du navire qui les transportait^. Sa négociation 
dura huit mois, et il consigna ses remarques dans une 
Relation de la cour de Brandebourg en 1694 restée 
manuscrite, et qui abonde en détails piquants ^. Il fut alors 
en rapports avec Spanheim, et void en quels termes il s'ex- 
prime sur son compte : 

i. Nicéron et Ghaufepié. — Cette bibliothèque se composait de 
neuf mille volumes, tous reliés en maroquin ou en basane rouge. 
On y comptait une centaine de manuscrits. (Œhichs, Entwurf 
Biner Geschichte der Kœniglichen Bibliotkek su Berlin, Berlin, 1752, 
p. 24, 116 et 120.) La collection fut achetée par le roi Frédéric pour 
une sommé de 12,000 thalers. (F. ^'ûken^ GesehichU der K. Biblùh 
thek zu Berlin, Berlin, 1828, p. 54-55.) 

2. CElrichs, Bntwurf^ etc., p. 137. 

3. La Gaiette mentionne cette réclamation dans une correspon- 
dance datée de Varsoyie le 17 avril 1694, p. 229. 

4. Ce manuscrit est en ma possession. L'auteur est un secré- 
taire de Tabbé de Polignac à qui Ton doit également les Mémoires 
et anecdotes sur la cour de Pologne publiés en 1759 dans le tome I*' 
des Curiosités historiques^ p. 169-346; il y parle, p. 339, de sa 
mission à Berlin, et, en un autre endroit, p. 232, qualifie Span- 
heim t un des ministres d'Europe le plus délié, t 



XXX' INTRODUCnON. 

« M. Spanheim a un mérite qui feit honneur à toute l'Alle- 
magne. C'est un homme qui n'ignore rien. Sa bibliothèque est 
toute des plus belles : on l'aime mieux que celle de l'Électeur, 
quoiqu'eUe ne soit pas si nombreuse. Tout y est choisi et de 
bon goût. C'est là qu'il passe les plus doux, moments de sayie, 
car on lui donne peu de part dans les af&ires. Son mérite fait 
peur à M. Dankelman, qui M ôte la connoissance de tout. 
M Spanheim est de nos bons amis, toiyours prêt à nous obli- 
gOT. Lorsque l'équipage de M. l'ambassadeur de France M 
arrêté, il ftit le seul à opiner à la restitution, et parla si forte- 
ment que l'Électeur ne fût pas content et lui en fit des reproches. 
. Je m'étonne, M. Spanheim, lui dit -il, que vous parliez 
« comme vous fiiites ; vous avez bientôt oubUé l'affront qu'on 
« vous flt en sortant de France, lorsqu'on arrêta votre équipage 
c malgré les passeports que vous aviez. Je vous croyois plus de 
« mémoire -, mais je m'en souviendrai pour vous. C'est à moi 
« que l'affront fût fait, pmsque vous éUez mon ministre •. » 

« Il n'est pas riche ; il est le moins accommodé de tous ceux 
oui aont dans le ministère. Il voudroit de tout son cœur que la 
naix fût Mte, car il espère qu'on l'enverroit encore en France, 
où il se plait fort.... L'Électrice a une esUme singuUère pour 
M. Spanheim. > 
Les diverses fonctions qui lui avaient été confiées après 

1 Quand l'embarras de ses afiaires détermina Spanheim à 
vendre sa bibUothèque, il présenta au roi Frédéric I" deux 
mémoires qu'il intitulait : Considérations sur lavmUdema btblto- 
thèaw et : Considérations qui me portent à me défaire de ma 
Mliothèque. Nous voyons, dans cette dernière pièce, que, lors- 
qi'U v^lut expédier, en 1689, ses bagages a Rouen et les faxre 
ïmbarquer pour Hambourg, ils furent saisis et visites à Paris 
, par ordre du roi T. G., sous des prétextes et faux rapporte que 
mes baltots fussent rempUs de bardes de prix pour des réfugiés 
françois hors du royaume. » (J. Wilken, GeschioMeder Koen^gh- 
Znmiiothek zu Berlin. Berlin, 1828, p. 188-189 ; cf. tes Mémoires 
Tanecdotes sur la cour de Pologne, p. 102-104.) Dangeau ne 
mentionne pas ce fait; mais on le trouvera peut-être dans les 
Mémoires du marquis de Sourehes. 



INTHODUCTION. XXXJ 

son retour à Berlin lui laissèrent assez de loisir pour pou- 
voir mettre au jour une nouvelle édition des œuvres de l'em- 
pereur Julien et faire paraître le grand travail historique 
et critique de YOrbis romantis, dont Chaufepié a donné 
une notice détaillée dans les notes de son supplément au 
Dictionnaire de Bayle ^ 

Quand les traités de Rysv^k eurent rendu la paix à TEu- 
rope, l'Électeur ne crut pouvoir mieux faire que de confier 
encore à Spanbeim le soin de soutenir ses intérêts à la cour de 
France : Spanheim y revint pour la quatrième fois, et pré- 
senta ses lettres de créance à Versailles le 18 février 1698'. 
Trois années ne s'étaient point encore écoulées lorsque Fré- 
déric, prenant le titre de roi de Prusse, le désigna pour 
remplir auprès de la cour d'Angleterre les fonctions d'am- 
bassadeur extraordinaire. Il reçut de Louis XIY, le 25 jan- 
vier 1701, son audience de congé^. La même année, au 
mois de mai, Bayle ajoutait ces lignes élogieuses à l'article 
consacré par lui au père de Spanheim^ : 

c Frédéric Spanbeim laissa sept enftints, dont les deux aînés 
sont devenus très illustres. Le premier (Ézéchiel) est consommé 
dans la science des médailles et dans toute sorte de littérature , 
et d'ailleurs ses ambassades lui donnent un rang glorieux parmi 

i. Tome m, p. 333, note. 

2. Gazette de 1698, n' 12, et Gasette d'Amsterdam, n* xvn. Celle- 
ci disait précédemment (n* zni) : « Le retour de M. Spanheim en 
cette cour y a donné beaucoup de joie, et en particulier aux gens 
de lettres, à cause de l'estime générale qu'il y a ci-devant acquise, i 

3. Dangeau ne parle que deux ou trois fois de cette dernière mis- 
sion en France : la première fois à propos de chevaux du Bran- 
debourg que rÉlecteur envoyait au Roi, la seconde lorsque Span- 
heim essaya de justifier la conduite de l'Électeur pour prendre le 
titre de roi, et enfin il mentionne, sous la date des 19 et 25 jan- 
vier 1701, l'audience de congé de Spanheim. 

4. Tome III, p. 2627, note £. 



XXXÎj INTRODUCTION. 

les hommes d'État. C'est une personne d'un mérite extraordi- 
naire. ... Si l'on désire des preuves de l'érudition de M. Spanbeim 
l'ainé, on n'a qu'à lire son ouvrage Jk prœstantia ei utu numù' 
matum^ celui que je cite ci -dessus (lettres à Laurent Beger 
sur les médailles), les cinq lettres qu'il a écrites à M. Morel, 
ftuneux antiquaire et grand médailiiste..., ses notes sur Calli- 
maque et sur les Césars de Julien, et quelques autres traités 
dont on peut trouver les titres dans le Maréri^ à l'édition de 
Paris, 4699. On y peut trouver aussi la suite de tous les emplois 
qu'il a eus auprès des princes (aussi dans le Moréri de Hollande 
de 4693) jusques à son quatrième envoi à la cour de France 
après la paix de Ryswyk. Il fût à Paris depuis ce temps-là 
jusqu'au commencement de l'année 4704, c'est-à-dire jusqu'au 
temps de la nouvelle de la glorieuse métamorphose de S. A. É. 
de Brandebourg en roi de Prusse. Il prit alors son audience de 
congé, à cause que le changement du cérémonie! fsic) n'avoit 
pas encore ses règles dans la cour de France. Il est passé en 
Angleterre depuis peu de jours (on écrit ceci en mai 4704), par 
ordre du nouveau roi son maître. Disons en passant que cette 
nouvelle époque de la royauté de Prusse signalera le commen- 
cement du XVIII* siècle.... » 

Avant de se rendre à Londres, Spanheim fit un court 
séjour en Hollande. II reçut de la reine Anne un accueil des 
plus flatteurs, et son mérite fut aussi apprécié en Angle- 
terre qu'il Tavait été en France ; mais il perdit en 1707, à 
Chelsea, sa femme Anne-Elisabeth Kolb, qui, au dire de 
ses biographes, était une personne très instruite, versée dans 
la philosophie, parlant plusieurs langues avec une fscilité 
extraordinaires et, trois années après, il la suivit au tom- 
beau. Sa dernière maladie fut courte : il rendit l'âme le 
14 novembre 1710'^ et, selon sa volonté formellement 

1. Elle mourut le 14 janvier 1707, et fut inhumée le 19 dans la 
chapelle Saint-Paul, à Westminster. Elle avait été fille d'honneur 
de la mère de Madame. 

2. f Gum, mense novembri, anno 4710, comedisset plus uva- 



roTRODUCTION. XXxiîj 

exprimée, il fut enseveli quatre jours plus tard, à côté 
de sa femme, à Westminster, dans la chapelle Saint-Paul. 
Il avait quatre-vingts ans onze mois et sept jours. 

< n fiit aussi généralement regretté, qu'il étoit estimé pour 
son intégrité, son grand savoir et ses autres beaux talents, 
de même que pour sa charité envers les pauvres ^ » La reine 
Anne, voulant donner un témoignage public de Testime 
qu'elle professait pour lui, fit remettre à la fille qu'il laissait 
le présent qui lui aurait été ofiert à lui-même si le roi de 
Prusse avait mis fin à sa mission. Cette fille, Marie-Anne 
de Spanheim , avait épousé quelques mois auparavant un 
réfugié français d'une illustre naissance, le marquis de 
Montendre'. Il n'y eut point d'enfants de cette union, et la 
descendance de Spanheim s'éteignit avec M^^ de Montendre, 
qui mourut en janvier 1772, à l'âge de quatre-vingt-neuf 
ans. 

La nouvelle de la mort de Spanheim excita des regrets 
unanimes à la cour de France et dans le monde savant. Les 

ram quam stomachus seuls fere octogenarii poterat concoquere^ 
calore naturali superato a frigido uvarum succo, die septimo istius 
mensis diem obiit supremum, cum summa animi tranquillitate 
ac spe mêlions vitœ per mérita Jesu Ghristi parandœ. i (Biogra- 
phie de Spanheim, par Isaac Verburg, en tôte du second volume 
de la troisième édition des Dissertationes de prsstarUiaet usu numis-' 
matum; Amsterdam, 1717, in-folio.) La date du 7 est erronée; 
celle du 14 est attestée par les registres de Westminster et par 
les gazettes de Hollande. 

1. Gazette d'Amsterdam, 1710, n« XCVn. 

2. François de la Rochefoucauld-Fonsèque, marquis de Mon- 
tendre, né en 1672, petit-fils par sa mère de Pierre Pithou et de 
Catherine Loisel, quitta Thabit religieux pour embrasser le pro- 
testantisme. D alla prendre du service en Angleterre et y devint 
feld-maréchal de la cavalerie, maître de l'artillerie, conseiller privé 
pour l'Irlande, gouverneur de Guernesey, etc. Il mourut à Londres 
le 18 août 1739. (Agnew, Protestant exiles from France in the reign 
of Louis XIV, tome II, p. 122-125.) 



XXxiv INTRODUCTION. 

Mémoires de TrévotuCj les Acta eruditorum^ le Jour^ 
nal littéraire j le Joui^nal des Savants, la Bibliothèque 
choisie de Jean le Clerc, toutes les gazettes lui consa- 
crèrent des articles que, quinze ans plus tard, le P. Nicéron 
réunit et commenta dans le tome II des Mémoires pour 
servir à Vhistoire des hommes illustres dans la répur- 
bligue des lettres. Quelques lignes seulement du P. Ni- 
céron suffiront à donner une idée de la réputation que 
Spanheim s'était acquise : 

c II est surprenant qu^en faisant les fonctions de ministre 
public avec tant d'exactitude et en tant de voyages différents, 
Spanheim ait trouvé assez de temps pour faire les ouvrages 
qu*il a publiés, qui sont proprement des pièces d'érudition et 
de travail qu'il ne pouvoit faire que dans son cabinet et parmi 
ses livres. On peut dire de lui qu'il s'est acquitté des négocia- 
tions et des emplois dont il a été chargé comme auroit fait un 
homme qui n'auroit eu autre chose en tête que cela, et qu'il a 
écrit comme un homme qui auroit pu employer tout son temps 
à l'étude et dans le cabinet. Les affaires et le grand monde ne 
lui donnèrent jamais de dégoût pour l'étude, et l'étude assidue 
à laquelle il s'appliquoit ne le rendit pas moins propre à vivre 
dans le monde et à se ikire estimer de ceux mêmes qui n'avoient 
aucun goût pour l'érudition, n n'étoit savant que quand il fal- 
loit l'être, et il n'entroit dans le commerce de ceux qui ne savent 
ce que c'est que science qu^autant que cela étoit nécessaire pour 
&ire réussir ses négociations. » 

Le Journal des Savants nous fournit aussi ce curieux 
renseignement^ : 

« M. de Spanheim est m(M*t à Londres le 44 du mois de 
novembre. Cet illustre savant a eu une si grande indifférence 
pour ses manuscrits, quil n'en a point parlé dans son testament. 
Gomme le prince dont il étoit envoyé en a demandé le catalogue, 
proposant en même temps de donner ce que les héritiers sou- 

1 

i. Année 1711, p. 386. 



INTRODUCTION. XXXV 

haiteroient pour ceux qu'il pourroit choisir, ils ont résolu de 
les lui offrir tous, excepté ce qu'il a laissé pour le second volume 
de ses Médailles*.... 

<x M. Spanheim avoit chargé de remarques de sa fkçon les 
marges d'un grand nombre de livres, et il y en a tels qui, par 
ce moyen, se trouvent augmentés de la moitié, et il a eu soin 
d'ordonner dans son testament que ces livres seroient envoyés 
à Berlin pour être mis dans la bibliothèque qui porte son nom. » 



IL 



C'est dans les premiers mois de Tannée qui suivit son 
retour à Berlin, c'est-à-dire de 1690, que Spanheim écrivit 
sa relation sur la cour et le gouvernement de la France. 
Comme l'indiquent les titres mis par lui-même en tête de la 
première et de la seconde partie, la rédaction fut terminée 
à la fin du mois d'avril. Un préambule de quelques lignes 
qu'on trouve dans la copie conservée aux Archives royales 
de Berlin, mais qui n'existe pas dans mon exemplaire, fait 
entendre que ce travail fut fait à la demande de l'électeur 
Frédéric III ; il est ainsi conçu : 

« Puisqu'on a désiré de moi une relation de la cour de France 
après un emploi public de neuf années que je venois d'y rem- 
plir de la part de Leurs Altesses Électorales de glorieuse mémoire 
et aujourd'hui régnante, il est juste que j'y satisfasse et que je 
rappelle à ce sujet les idées qui m'en doivent encore être pré- 
sentes par le long séjour que j'y ai fait, et par les occasions que 
j'ai eues de m'en éclaircir : ce que je ferai autant qu^elIes me 
sont connues, avec toute la fidélité, l'exactitude et sincérité qui 
doivent être inséparables de ces sortes de relations et qui peuvent 
être particulièrement requises dans la conjoncture de la guerre 

1. Sait la description des manuscrits français ou latins, tous 
relatifs à l'antiquité, auxquels Spanheim avait eu le temps de 
mettre la dernière main. 



xxxyj nrrRODUGTioif. 

présente de TEmpire, de rAngleterre, de l'Espagne et des PrcH 
vinces-Unies avec la France, b 

On ne saurait mieux résumer l'esprit et le caractère de 
l'œuvre de Spanheim. Profondément dévoué au prince qu'il 
servait, et qui voulait connaître dans sa réalité l'état des 
choses de France, afin de se diriger dans la lutte engagée 
contre Louis XIV, il ne pouvait cependant oublier ni les 
liens de famille qui l'attachaient aux Français, ni l'accueil 
qu'il avait reçu dans ses différents séjours à la cour de 
Versailles, ni les relations de science ou d'amitié qu'il avait 
laissées à Paris. Son rapport est, dans toutes les parties, con- 
sciencieux, impartial, exact, et je dirais presque désinté- 
ressé, excepté peut-être en ce qui a trait à certains membres 
du haut clei^é fiançais. C'est le £ait d'un homme chez qui 
la différence de nationalité et de religion ou les obligations 
du service diplomatique ne priment point les devoirs de 
l'observateur et du peintre de caractères. Alors même qu'il 
parle avec une juste émotion de ses amis et coreligionnaires 
les protestants français, forcés par la persécution de renon- 
cer à leur foi, ou d'émigrer et de mettre au service d'une 
puissance étrangère leur industrie, leur activités jamais 
nous ne le voyons tomber dans ces excès de dénigrement qui 
caractérisent la polémique protestante et les pamphlets diri- 

1. Tous les historiens du grand exode des protestants français 
s'accordent pour dire qu'il rendit les plus utiles services à ceux- 
ci, malgré les entraves que le gouvernement royal essaya de 
mettre à son action; voyez, entre autres, l'ouvrage d'Erman et 
Reclam, Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés français 
dans les États du roidePrusse^ 1782-1784, tomes I, p. i5i , H, p. 304, 
340 et 343, m, p. 22-28. Mais, en revanche, certains écrivains qui 
ont connu le manuscrit de sa Relation l'accusent, lui protestant 
fervent, d'avoir eu trop d'indulgence pour les auteurs de la révo- 
cation de redit de Nantes. 



INTRODUCTION. XXX vij 

gés contre la politique de Louis XIY . Aussi ses jugements, 
rendus de visu et motivés avec soin, se trouvent-ils concor- 
der presque toujours avec ceux de nos propres écrivains et 
avec ceux des contemporains et des compatriotes des per- 
sonnages qu'il passe successivement en revue. N'est-ce pas le 
meilleur éloge que l'on puisse faire de l'œuvre du représen- 
tant d'un des princes les plus hostiles à la France ? 

n a évidemment pris pour type et pour modèle les rela- 
tions des ambassadeurs de Venise qui, depuis plusieurs 
siècles, étaient si justement goûtées, appréciées par les 
curieux, et qu'imitait toute la diplomatie européenne ; il 
a même emprunté leur dénomination spéciale. Ce n'est donc 
point un journal comme celui de son prédécesseur Blumen- 
thalS dont quelques extraits ont été publiés dans les 
Vrkunden zur Oeschichte der Kurfûrsten Frie- 
drich WUhem. D'autre part, il s'est gardé de faire un 
« état général du royaume, ramassé de ce qui s'en trouve 
publié dans les livres'. » Quoique très grand lecteur, il ne 
se sert point des livres, mais seulement de ses souvenirs 
encore vivaces et récents, peu1>-etre aussi de notes prises 
pendant son séjour à Paris (nous avons vu qu'il était un 
notateur infatigable^), et ces matériaux lui ont suffi ample- 
ment d'abord pour peindre Louis XIV et les principaux 



i. Envoyé de Brandebourg en France de 1660 à 1664. 

2. Relation^ p. 280. Et il ajoute : c 11 me suffit de réfléchir sur 
ce qui est de la constitution présente de la cour de France et de 
tout ce qui mérite d'en être remarqué à l'égard de ceux qui ont 
le plus de part dans le temporel ou le spirituel. » 

3. Le Clerc, qui lui a consacré une notice dans sa Bibliothèque 
choisie^ tome XXII, p. 174-199, dit que, c'était un homme « d'une 
très grande lecture et d'une très forte mémoire, > et qu'il anno- 
tait tous les livres qu'il lisait. « Il est surprenant, ajoute ce biblio- 
graphe, comment Bpanheim a pu amasser tant de matériaux, i 



XXXviij imUODUCTlON. 

personnages de sa cour, puis pour décrire l'organisation 
du gouvernement, le mécanisme de l'administration civile, 
ecclésiastique et militaire ^ 

Et lorsque, sans prétendre rien remontrer aux gens du 
métier et aax ministres , il arrive enfin à dire de quelles 
ressources le Roi peut disposer en face de l'Europe liguée 
contre lui, quels sont, pour Louis XIY , les avantages et les 
désavantages de la « situation présente, » ses conclusions, 
appuyées sur l'anatomie générale du royaume et non moins 
impartiales, non moins indépendantes que ses jugements ou 
ses portraits, s'imposent naturellement, devançant de huit 
ans les événements qui devaient mettre fin à une guerre 
désastreuse, quoique souvent glorieuse, pour la France. 

Mais le lecteur, j'en suis persuadé, appréciera mieux que 
je ne saurais le faire pour lui la valeur historique de ce docu- 
ment; je n'y insiste pas, devant disposer des dernières 
pages qui me restent pour décrire le manuscrit dont j'ai fait 
usage et les règles suivies dans sa publication. 

On a vu plus haut qu'un exemplaire de la Relation de la 
cour de France en 1690 est conservé aux Archives royales 
de Berlin ; ce doit être l'original officiel remis en 1690 à 
l'Électeur. L'exemplaire actuellement en ma possession , et 
qui m'a servi pour établir le texte du présent volume, a un 
caractère plus personnel. C'est la mise au net conservée par 
l'auteur et jointe par lui à divers documents de nature 
analogue, c'est-ànlû^ relatifs à l'état de la France vers la 
même époque, dont voici du reste l'énumération donnée 
par lui-même, en forme de table des matières, sur une feuille 
de garde : 

1. Cest bien le programme des reUuioni, sauf on article qull 
oublie, celui du peuple. 



INTR0D130TI0N. XXXIX 



Table générale des matières contenues dans ce livre. 

RBMABQUBS DE l'ÉTAT DB LA FRANCE. 

4 . Recaeil du caractère de diverses personnes considérables 
de la cour de France. P. 4 -34 . 

2. Tableau généalogique de la cour de France ^ P. 32-88. 

3. Énumération des principales charges de la cour de France. 

P. 89-94. 

4. Relation de la cour de France, faite au commencement de 
Tannée 4 690, dans laquelle est contenu le caractère du Roi, de 
ses maltresses, de sa passion, de ses favoris, de la famille 
royale, des princes et princesses du sang, des enfants légitimés 
de France, des princes étrangers, et des autres grands seigneurs 
de cette cour, comme aussi quelques réflexions générales sur 
ce qui la regarde. P. 95-250. 

Seconde partie de la relation de la cour de France, achevée 
sur la fin d'avril 4690, dans laqueUe il est fait mention du 
Conseil du Ministère et des ministres d^État en général et en 
particulier, du Conseil royal des finances, des forces du Roi par 
mer et par terre, des généraux françois, et où on voit aussi 
diverses considérations sur la situation des affaires de France 
d'alors, et sur les alliés en guerre contre la France. P. 254-494. 

5. Mémoire touchant la compétence du lieutenant général de 
police de la ville et des faubourgs de Paris. P. 495-498. 

6. Mémoires particuliers de Messieurs les députés du Conseil 
du commerce présentés au Conseil royal en 4 700 et 4 704 , sur 
les différents commerces des îles firançoises de TAmérique, de 
la Guinée, du Levant, de l'Espagne, d'Angleterre, de Hollande, 
du Nord, etc., et des causes de la sortie de Tor et de l'argent du 
royaume de France. P. 499-579. 

7. Cérémonies qui s'observent à la réception des comman- 
deurs et chevaliers des ordres du Roi. P. 584-594 . 

i. Ce morceau n'a point de titre, et celui qne donne ici 
Spanheim n'est pas du tout exact. Voyez plus loin, p. Ivj. 



xl WTROùJJCnOfX. 

8. Fragment d'une relation de la cour de France composée 
par Mons' Erizzo, ambassadeur de la république de Venise ^ 

P. 597-6^2. 

9. Réflexions politiques de M. de Pomponne sur la rupture 
du duc de Sayoie avec la France en 4690. P. 643-627. 

(Mémoire sur les revenus du roi de France, bit en 4694 *.) 

P. 628-684. 

Le tout forme 631 pages, en comptant un certain nombre 
de feuilles blanches qui séparent les différents documents, 
et que Spanheim a comprises dans la pagination continue'. 

Le Tolume se termine également par un cahier d'une tren- 
taine de feuilles blanches, dont sept ont été arrachées en ne 
laissant que le talon. 

Après avoir formé et paginé son recueil, Spanheim a 
ajouté en tête, de sa propre main, la table générale des 
matières que je viens de reproduire, puis une «table particu- 
lière des diverses matières contenues sur tous les susdits 
sujets, » qui est le relevé, par ordre alphabétique, des noms 
de lieux, de personnes et de matières, renvoyant seulement 
aux endroits principaux, sans tenir compte des simples 
mentions ou des citations incidentes. 

Le volume est relié grossièrement, en basane fauve, sans 
aucun ornement ni titre. A l'intérieur du plat on voit un 
ex-libris gravé de L. Frbd. Bonbt, au bas duquel le der- 
nier possesseur, E. H. Oaulueur, a écrit son nom. Plus 
haut, celui-ci, sans doute, a ajouté cette inscription dou- 
blement fautive : « Manuscrit autographe de Frédéric 

1. Voyez plus loin, p. xlix. 

2. Ce dernier mémoire, non porté à la table, est écrit tout 
entier de la main de Spanheim. 

3. Les feuillets 595 et 597 ont été coupés, mais par Spanheim 
sans doute, car les cotes de pagination ont été reportées par lui 
sur le talon. 



INTRODUCTION, xlj 

Spanheim, envoyé extraordinaire de l'électeur de Brande- 
bourg à Paris et à Londres. » 

Ces ex-libris ne font connaître qfu'incomplètement This- 
toire du manuscrit et ses différents possesseurs ; mais ils éta- 
blissent sa proTenanoe. Louis-Frédéric Bonet était un des 
deux fils que la soeur de Spanheim avait eus de son mariage 
avec Théophile Bonet, médecin de Genève S et q[ui, ayant 
été attachés à la mission de leur onde en Angleterre, le remr 
placèrent Tun aprè» l'autre dans le poste de chargé d'af- 
faires ou d'ambassadeur du roi de Prusse auprès de la cour 
anglaise. Nul doute que Louis - Frédéric, considéré par 
Ezéchiel Spanheim comme son héritier et son successeur pré- 
somptif, n'ait reçu de lui ce volume, où il avait consigné les 
souvenirs de ses séjours en France. 

Bonet, qui adjoignit à son nom patronjonique le surnom 
d'une terre de Saint-Germain, mourut en 1761, laissant trois 
enjbnts. J'ignore comment le manuscrit passa des mains de 
ses héritiers dans celles du journaliste et professeur suisse 
Eusèbe-Henri-Âlban Gaullieur (né en 1808, mort le 29 avril 
1859). Gaullieur, qui avait fait une partie de ses études 
dans notre pays et qui s'intéressait beaucoup à l'histoire de 
la France', reconnut l'importance de ce volume et voulut 
le publier avec le concours de M. Joël Gherbuliez. Il com- 
mença par en communiquer quelques pages à la revue 

1. Théophile Bonet, issu d'une famille de médecins proyençaux 
qui étaient venus se fixer à Genève, publia une très grande quan- 
tité d'ouvrages de médecine. Il mourut le 29 mars 1689, laissant 
de Jeanne Spanheim deux fils : Frédéric, qui fut littérateur, 
numismate et diplomate au service de la Prusse, et Louis-Frédé- 
ric, docteur en droit et en médecine, académicien, ambassadeur 
de Prusse à Londres jusqu'en 4720. (Haag, la France protestante.) 

2. Voyez la notice qui lui est consacrée dans le Bulletin du Bou^ 
quimste^ 1863, p. 371. 



xHj INTRODUCTION. 

YAthenœum français^ que dirigeait alors notre confirère 
de la Société de l'Histoire de France, M. Ludovic Lalanne. 
Une brève notice, accompagnant des fragments des por- 
traits de Racine, du maréchal de NoaiUes, du maréchal 
de Yilleroy, de M"'* de Maintenon, du duc de Bourgogne et 
de Madame S parut dans la livraison du 5 juillet 1856, p. 566- 
567. En prenant ces spécimens, sauf un seul, en dehors de la 
Relation de la cour de France, dans le premier morceau qui 
se présentait tout au commencement du volume, et que recom- 
mandait son apparence d'original autographe, GauUieur fai- 
sait probablement fausse route, comme je l'expliquerai tout à 
l'heure* ; on pouvait induire cependant de son article qu'il 
avait l'intention de publier la Relation elle-même, et ce 
projet fut approuvé unanimement par les érudits et les 
curieux, mais il n'eut point de suites. Je ne puis croire que 
GauUieur ait été amené à y renoncer en découvrant que la 
Relation était imprimée depuis soixante-dix ans en Prusse, 
car cette publication avait été faite dans de telles conditions 
qu'aucun des bibliographes et des archivistes allemands ou 
français ne la connaissait : c'est une indication rencontrée 
fortuitement dans le livre d'Erman et Reclam ^ qui m'a £siit 
retrouver ce texte de Spanheim au milieu du recueil de l'ar- 
chiviste Chrétien-Guillaume de Dohm^ qui a pour titre : Mate- 



i . Les six premiers portraits appartiennent au recueil particu- 
lier que je donne en Appendice : voyez plus loin, p. xWij-l. Le 
septième seul est pris dans la Relation. 

2. Gi-après, p. xlviij. 

3. Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés français dans les 
États d^ roi de Prusse (1782), tome I, p. 181 et 375. 

4. Né en 1751, mort en 1820. II fut successivement professeur 
à Gassel, archiviste des affaires étrangères et de la cour à Berlin 
(1779), puis envoyé de cette cour à Cologne et plénipotentiaire à 
Rastadt. Sous le règne du roi Jérôme, il devint membre du Gon- 



nmiODucnoN. xliij 

rialien fwr die Statistik und neuere Staatengeschichte, 
imprimé à Leoigo, tome III (1781), p. 161-286, et tome Y 
(1785), p. 5-218. Le docteur Œlrichs, conservateur de la 
Bibliothèque royale de Berlin, avait communiqué à Dohm 
une copie de la Relation restée entre les mains de J.-Ch. 
Schott , premier secrétaire de Spanheim à Paris et à Londres^ , 
et, quoique ce manuscrit ne contînt qu'une portion tronquée 
de la première partie*, Dohm s*empressa de le publier tel 
quel dans son recueil, où figuraient déjà d'autres documents 
firançais. Par la suite, ayant recouvré un manuscrit com- 
plet, il fit paraître en 1785 la seconde partie de la Relation. 
Quels étaient ces manuscrits, et que sont-ils devenus aujour- 
d'hui ? Dohm ne nous renseigne pas sur ce point ; il dit seu- 
lement, dans le préambule de son tome Y : 

c Quand je publiai la première partie de cet intéressant écrit 
du célèbre Ëzéchiel, baron de Spanheim, je ne pus qu^exprimer 
tous mes regrets de n'être pas en mesure de donner en même 
temps la seconde partie, qui, d'après l'énoncé du titre, devait 
être encore plus curieuse. J'avais trop peu d'espoir de la retrou- 
ver jamais, car, même aux Archives royales, cette relation, &ite 
pour l'électeur Frédéric m (depuis le roi Frédéric P'), ne se 
trouve pas complète. ^ Un hasard heureux m'a depuis mis en 
possession d'un manuscrit renfermant le tout. Je suis donc en 
mesure de publier ce complément, et je suis certain que mes 
lecteurs se laisseront, surtout dans la seconde partie, entretenir 
avec plaisir par un homme qui eut l'occasion de pratiquer si 

seil d'État de Westphalie et ambassadeur à Dresde. On a de lui 
plusieurs ouvrages d'histoire diplomatique; ses matières favo- 
rites étaient la statistique et les finances. 

1. GESlrichs était parent de Schott et avait hérité de son fils. Ces 
renseignements sur la provenance du manuscrit sont donnés, non 
par Dohm, mais par Erman et Reclam, dans une note rectifica- 
tive à la fin de leur tome I"'. 

2. Ciorrespondant à nos pages i-124. 

d 



xliv INTRODUCTION. 

bien les hauts personnages qui ont illustré le règne de Louis XIV , 
et qui, comme on s'en est déjà certainement aperçu, fut un 
observateur aussi exercé et aussi avisé des caractères et des 
actions humaines qu^on le reconnaissait jusqu'ici pour un des 
premiers savants de son époque, b 

Une étude attentive du texte publié dans le tome Y des 
Materialien me semble prouver presque péremptoirement 
qu'il provient d'une transcription faite d'après le manuscrit 
que j'ai en ma possession : j'y retrouve un ceiiain nombre de 
fautes de copie conservées par mégarde ; quelques-unes seu- 
lement ont été amendées ; la plupart des corrections faites par 
Spanheim en marge ou en interligne sur mon manuscrit sont 
reportées avec soin ; certains passages politiques ont disparu, 
mais, en revanche, quelques phrases d'addition postérieure 
feraient croire que Spanheim les a dictées lui-même en diri- 
geant la transcription. 

Quant au fond même, le texte de Dohm présente peu de 
variantes importantes : on les trouvera relevées à la fin du 
présent volume, avec l'indication des suppressions et le texte 
des additions, qui sont parfois considérables ; mais je n'ai 
pas cru devoir tenir compte de certaines dififérences de style 
ei d'orthographe qui n'ont point de portée. Le texte imprimé 
dans le tome Y des Materialien s'arrête à la septième ligne 
de notre page 345 : c'est donc une lacune de cinquante pages 
à peu près, contenant les Considérations de la situation 
présente, lacune peut-être motivée par des raisons poli- 
tiques. 

Gomme je le disais, la nature du recueil des Materialien^ 
le £ait de la publication du texte français de Spanheim en 
pays étranger et au milieu de documents allemands, l'absence 
du nom de l'auteur sur le titre (car Dohm le prononce seule- 
ment dans ses deux très courtes préfaces), sont autant de rai- 



INtRODUCTION. xh 

sons qui expliquent que la Relation ait passé inaperçue, ou 
qu'on ait oublié cette publication même en Prusse, et que, 
jusqu'ici, les érudits mis en £ace du volume de Spanheim 
l'aient tous considéré comme inédit. Il en faut d'ailleurs 
rabattre bien peu, puisque le recueil de Dohm est inconnu 
en France et n'est même pas mentionné dans les biographies 
que nous possédons de cet historien. 

En qualifiant, un peu plus haut, de « mise au net » le texte 
du manuscrit possédé jadis par GauUieur et acquis par moi 
après la mort de celui-ci, je n'ai pas entendu dire qu'il 
fût parfait et irréprochable : tant s'en faut. Spanheim s'est 
servi pour sa Relation, comme pour ses dépêches ofiGlcielles, 
de la langue française, sa langue maternelle, ne l'oublions 
pas, qui lui était familière de tout temps, et que d'ailleurs la 
diplomatie allemande employait presque universellement. 
Mais, s'il en possédait le mécanisme à peu près aussi bien que 
celui du latin, ce qui n'est pas peu dire, et s'il recourait à 
elle en toute circonstance, de préférence même à l'allemandS 
je dois reconnaître , avec l'abbé de la Bletterie , que ses 
« finesses » lui échappaient , et qu'il était aussi peu habile 
à la manier légèrement qu'à digérer les matériaux de ses 
écrits d'érudition. De plus, ce défaut s'est aggravé lorsqu'il 
a &it faire la mise au net de la Relation : la première page 



1. Parmi ses ouvrages écrits en français, on cite une disserta- 
tion faite au sujet de la dispute de Ménage avec Tabbé d'Aubi- 
gnac sur les règles des anciennes pièces a dragmatiques, i et une 
autre dissertation sur les fêtes de Bacchus dont il venait d'ache- 
ver le premier fragment quand les événements de 1701 le for- 
cèrent de quitter Paris. Il a môme publié en français des discours 
qu'il avait prononcés en latin à Genève. « Il ne savoit pas seule- 
ment, dit Jean le Clerc, du grec et du latin , mais savoit écrire 
joliment en vers et en prose dans sa langue maternelle. » (Notice 
sur Spanheim, dans la Bibliothèque choisie^ tome XXII, p. 185.) 



xlvj INTRODUCTION. 

de mon texte est presque entièrement écrite de sa main ; mais 
le reste de la transcription a été fait, soit sous sa dictée, soit 
d'après le brouillon original S par des auxiliaires (on recon- 
naît plusieurs mains différentes dans le manuscrit) qui igno- 
raient le français, selon toute apparence, ouïe connaissaient 
fort mal. De là des altérations considérables dans l'ortho- 
graphe , la langue et peut-être même le style , altérations 
tellement gênantes qu'il y aurait eu lieu de remanier et de cor- 
riger de fond en comble le texte ainsi gâté, si un travail de 
ce genre, bien difiScile d'ailleurs à concilier avec les règles 
de la publication des documents historiques, n'avait risqué de 
compromettre non seulement la forme, mais aussi le sens et 
la pensée de l'auteur. J'ai donc cru, d'accord avec le com- 
missaire responsable désigné par le Conseil, qu'il était préfé- 
rable de maintenir en principe le texte tel qu'il se trouve ; 
de corriger seulement l'orthographe (en conservant toutefois 
quelques particularités orthographiques et grammaticales 
qui appartenaient bien à Spanheim et à, la langue française 
des dernières années du xvn" siècle) , et de ne faire des modi- 
fications de forme ou de style qu'à la dernière extrémité, 
avec une extrême réserve, et à charge de prévenir le lecteur 
et de reporter en note le texte exact du manuscrit. Sous 
les lourdeurs et les barbaries de construction que je mets au 
compte des copistes aussi bien qu'à celui de Spanheim, 
on retrouvera sans trop de peine, au bout de quelques lignes 
ou de quelques pages, la langue usuelle de la cour qu'il 
décrit et dépeint ; je crois même que l'on y pourra relever 
avec profit pour l'histoire du parler de cette époque quelques 
particularités intéressantes. 



1. Les indices qui autorisent ces deux suppositions ont été 
relevés dans les notes. Voyez p. 91, 95, 96, etc. 



INTRODUCTION. xlvij 

Au point de vue historique, annoter ce texte, lui adjoindre 
un commentaire courant, eût été impossible, puisqu'à lui 
seul déjà il dépasse les dimensions ordinaires des volumes 
puBliés pour la Société ; et où me serais-je arrêté dans cette 
voie, si j'avais entrepris, soit de compléter les portraits, soit 
de contrôler les jugements et les appréciations de Spanheim, 
avec références, renvois et preuves à l'appui? Quant à 
l'identification des personnages, il l'a faite lui-même avec 
une exactitude presque toujours suffisante : je n'ai eu qu'à 
rectifier un très petit nombre de dates, de noms ou de faits, 
et me suis borné à établir aussi correctement que possible 
les noms de personnes et de lieux. J'ai pris soin d'indiquer 
partout les traces d'une revision faite par l'auteur lui-même, 
revision trop incomplète, il £aut le dire, et qui ferait suppo- 
ser qu'il fut découragé par les façons de lire et de transcrire 
de ses auxiliaires. J'ai conservé aussi les très utiles divi- 
sions et subdivisions que porte le manuscrit, et qui forment 
à elles seules une excellente table des matières. 

Le morceau d'une trentaine de pages qui se présente le 
premier dans mon manuscrit (ci-dessus, p. xxxix), sous le 
titre de Remarques sur Vétat de la France (dans la table 
générale il a ce titre plus exact : Recueil du caractère de 
diverses personnes considérables de la cour de France)^ 
offre tout à la fois des analogies et des différences considé- 
rables avec la Relation. 

Par la date de rédaction tout d'abord , il appartient 
au temps de la dernière mission de Spanheim ; mais, tandis 
que Racine et Pomponne y figurent comme vivant encore 
(ils moururent, l'un en avril, l'autre en septembre 1699), 
Philippe V y est déjà qualifié roi d'Espagne (il ne fut procla- 
mé que le 16 novembre 1700) ; le chancelier Boucherat est 



xhriij INTRODUCTION. 

présenté aussi comme ylvant, sa mort n'est mentionnée que 
dans une addition marginale, et cependant on trouve à la 
page précédente le portrait de son successeur Pontchartrain, 
« à présent chancelier de France. » Ainsi les « caractères » 
dont se compose ce morceau datent les uns de 1699, les 
autres de la fin de 1700, c'est-à-dire des tout derniers mois 
du séjour de l'envoyé prussien, et Ton n'y constate pas une 
unité de temps absolue comme dans la Relation, 

D'autre part, tout en constituant une sorte de galerie 
complémentaire de la Relation, ils diffèrent absolument de 
celle-ci, soit comme forme, soit comme fond. Us lui sont, il 
£aut le dire, tellement supérieurs en valeur littéraire, qu'on 
s'explique comment Gaullieur, lorsqu'il voulut donner un 
spécimen de l'œuvre de Spanheim, prit dans ces premières 
pages de son manuscrit, plutôt que dans la Relation même, 
les fragments communiqués en 1856 à YAthenœum fran^ 
çais*. 

Je ne pouvais hésiter non plus à reproduire ce morceau, 
et on le trouvera tout entier à l'Appendice. Mais quel est 
l'auteur de ces « caractères » si nettement, si hardiment 
dessinés , qu'ils rappellent parfois le style des bons écri- 
vains du xvif siècle? Au premier abord, devant le manu- 
scrit original que Spanheim a mis en tête de son volume et 
dont il a écrit lui-même les trois premières pages, passant 
ensuite la plume à un secrétaire dont la main et l'ortho- 
graphe correctes — en cela si différentes de l'écriture et de 

1. Ainsi on ne connaît jusqu'ici, de mon manuscrit, que les 
quelques portraits publiés incomplètement dans VAtherumm 
(celui de Racine a été reproduit dans Tédition des Grands Écri- 
vains, ainsi que dans les Lectures choisies de littérature française 
de M. le major StaafT), et trois portraits de la duchesse de Guise, 
de Dangeau et du maréchal de Bellefonds insérés, en 1880, dans 
le tome m du Saint-Simon de la même collection. 



INTRODUCTION. xlix 

TorOiographe de la Relation — sont presque absolument 
semblables à celles de notre ambassadeur, au premier abord, 
dis-je, on ne peut l'attribuer qu'à Spanheim, et c'est ce que 
j'ai &it, ainsi que GauUieur l'avait fait ayant moi, jusqu'au 
jour où, étudiant de plus près un des autres morceaux qui 
terminent le volume, celui qui a pour titre : Fragment 
(Tune relation de Mon^ Erizzo^ ambassadeur de la 
république de Venise, et qui date, selon une annotation de 
Spanheim, de « peu après la paix de Ryswyk, en 1697, > j'ai 
retrouvé dans cette relation les six premiers « caractères », 
ceux qui sont écrits par Spanheim lui-même en tête du mor- 
ceau dont je parle en ce moment. Nos lecteurs pourront, du 
reste, jEaire facilement cette constatation par eux-mêmes, 
car la Relation d'Erizzo a été imprimée, en 1827, par le 
marquis de Ghâteaugiron, d'après un manuscrit appartenant 
à M. Bérard, dans le tome Y de Mélanges de la Société 
des Bibliophiles françois^. De part et d'autre, le por- 
trait du Dauphin est exactement pareil; mais, dans le 
texte d'Erizzo, il se termine par une anecdote des plus carac- 
téristiques sur les démarches infructueusement tentées auprès 
de ce prince pour lui faire reconnaître le mariage de son 
père avec M°^ de Maintenon. Par contre, la phrase qui, chez 
Spanheim, termine le portrait du duc de Bourgogne, manque 
dans Erizzo. Le paragraphe consacré à Philippe Y est plus 
long et autrement disposé dans Erizzo que dans Spanheim ; 
celui-ci a en outre supprimé cet autre paragraphe après la 
phrase consacrée au duc de Berry : 

« Tous deux (les deux frères) sont encore d'une belle espé- 
rance, connoissent la grandeur de leur extraction, et qu'ils sont 



1. Je me suis efforcé vainement de découvrir quel était ce 
manuscrit. Peut-être le mien? 



1 mTRODUCTION. 

appelés à la succession des Espagnes, dont, dans des rencontres, 
iLs ont tous entre eux des discours avec émulation. » 

Puis vient dans Erizzo cette anecdote non moins curieuse 
que celle du Dauphin , et dont la conclusion seule a été 
assez maladroitement conservée dans le texte de Spanheim : 

c Je ne dirai plus qu'un mot du duc de Bourgogne. Étant, 
peu après son mariage, dans la chambre de M*^' de Maintenon, 
froid, rêveur, même abstrait, elle lui en fit un doux reproche, 
ajoutant qu'il sembloit qu'il ne la connoissoit pas. « Si fait, 
« Madame, je vous connois fort bien ! » reprit le prince d'un air 
rude et sévère. Cette réponse la fit taire elle-même. Le duc de 
Beauvillier, gouverneur du duc de Bourgogne, s'approchant 
d'elle, lui dit : < Le temps vous apprendra, Madame, à quel 
« homme nous avons à faire. » On peut s'attendre que, si le 
Roi mouroit, il y auroit un grand changement dans la cour et 
que cette dame en sortiroit avec peu de satisfaction, non pas 
qu'elle fasse, etc. » 

Deux mots sur la paix de Ryswyk ajoutés en interligne 
dans le texte de Spanheim n'existent pas dans celui 
d'Erizzo. 

Avec le portrait de la « petite » duchesse de Bourgogne, 
que Spanheim reproduit textuellement, s'arrête la série de 
« caractères » d'Erizzo, et par conséquent l'analogie entre les 
deux textes. Tout le reste de la relation vénitienne est consa- 
cré à un examen de la situation des affaires européennes et 
des conditions dans lesquelles la succession d'Espagne allait 
s'ouvrir lorsqu'Erizzo quitta la France. 

Ainsi, les six premiers portraits du recueil de Spanheim, 
écrits entièrement de sa main, comme je l'ai déjà dit, 
et qui ne représentent qu'une minime partie du document, 
ont été empruntés (sauf les modifications que j'indique), 
sans dire mot de cet emprunts à un texte qui non seu- 

1. Ni dans le titre, ni dans la table. 



INTRODUCTION, Ij 

lement devait être très connu, ainsi que l'étaient alors 
toutes les relations vénitiennes , mais q[ue même Spanheim 
a &it ensuite copier en entier à la fin de son volume , sous 
le nom d'Erizzo, et précisément par le secrétaire auquel 
il avait déjà donné à transcrire les vingt-sept dernières 
pages de son « recueil de caractères ». 

Mais le problème présente encore plus d'une complication. 
Si nous nous reportons au recueil des Relazioni des ambas- 
sadeurs vénitiens en France publié par MM. Barozzi et 
Berchet, nous y trouvons, dans le tome III, p. 577-598, la 
relation qu'Erizzo présenta au Sénat lors de son retour, et 
que les éditeurs reproduisent d'après l'original. Cette rela- 
tion est totalement différente de celle que Spanheim avait 
fait copier et qui est publiée dans le volume des Bibliophiles 
français. Erizzo j a inséré toute une série de portraits, très 
remarquables d'ailleurs, du Dauphin et des petits-fils du Roi, 
du duc d'Orléans et de son fils, des Condé et Conti, des bâtards, 
de la duchesse de Bourgogne et des autres princesses, de 
Mme de Maintenon, de MM. de Pomponne, de Beauvillier, 
de Pontchartrain et de Torcy, de trois ou quatre favoris du 
Roi, et des cardinaux ; mais il n'y a aucune analogie, ni 
avec notre prétendue relation , ni non plus avec la suite des 
« caractères » de Spanheim. 

Nous nous trouvons donc en face de deux relations du 
même ambassadeur, alors que la règle absolue, exposée 
en termes très précis dans l'ouvrage de notre confrère 
Armand Baschet sur la Diplomatie vénitienne, était de ne 
faire qu'une relation unique lorsque l'ambassadeur rentrait 
à Venise ou passait à un autre poste. Le document recueilli 
par Spanheim et publié pour les Bibliophiles a cependant 
tous les caractères d'une relation proprement dite, puis- 
qu'Erizzo y dit en terminant qu'il n'a pensé, « suivant le 



lij nrmoDiKiTiON. 

devoir accoutumé des ambassadeurs, qu'à faire un récit 
sincère de ce qu'il a appris et de ce qui lui a paru le plus 
solide durant son séjour à la cour de France, qu'il a cru 
important de représenter au Sénat le véritable intérêt de 
l'Espagne, etc., » et il n'est guère à supposer que l'ambas- 
sadeur vénitien , après avoir écrit cette relation si remar- 
quable en 1697 ou au commencement de 1698, ait cru 
devoir en refaire une autre toute différente, non moins inté- 
ressante d'ailleurs*, et qu'il ait communiqué la première, 
avant de quitter Paris, à son collègue Spanbeim, quoique 
cela fût absolument interdit aux agents de la République. 

Nicolas Erizzo, arrivé à la cour de Louis XIY en 1694, 
prit congé le 18 novembre 1698, et quitta la France en avril 
1699, pour aller occuper le poste d'ambassadeur auprès du 
Pape. Sa causticité lui avait fait un renom : on voit dans 
le Journal de Dangeau qu'il fit paraître à Rome un « écrit 
très offensant » contre le cardinal d'Estrées, avec lequel il 
avait commencé une polémique en France. Il pouvait donc se 
complaire à écrire ces portraits ou caractères qui tournent si 
vite à la satire, et, par suite, on comprend facilement que sa 
relation fût fort recherchée des curieux : nous en trouvons en 
effidt deux autres copies, sous la datedel698, dans les papiers 
du P. Léonard de Sainte-Catherine de Sienne, bibliothécaire 
du couvent des Petits-Pères' ; mais c'est encore celle que 
Spanheim a fait transcrire, et non point la relation officielle 
publiée de nos jours par Barozzi et Berchet. Il est donc bien 
évident qu'on regardait la première comme authentique, et 
seule authentique. Nous ne pouvons guère supposer que ce 
soit une contrefaçon ; quel intérêt y eût eu le faussaire ? 

1. Les éditeurs italiens la signalent comme une des plus im* 
portantes et des mieux rédigées du xvii* siècle. 

2. Archives nationales, K 1326, n«« 10^ «^ b. 



INTRODUCTION. liij 

Quoi qu'il en soit, pour nous ce point est acquis : les 
six premiers « caractères » du recueil de Spanheim pro- 
yiennent d'une adaptation française de la relation d'Erizzo 
ou attribuée à Erizzo. Les suivants, et c'est ici que la question 
se complique de nouveau , se retrouvent en grande partie 
dans un petit livre des premières années du xvm^ siècle 
qui eut une assez longue vogue, et qu'on aurait tort de 
dédaigner pour sa modeste apparence. 

On sait que les recueils de « caractères » étaient très à la 
mode depuis le commencement du règne de Louis XIV, non 
seulement dans le monde littéraire, mais dans le monde offi- 
ciel. Ainsi celui qui s'était formé sous les auspices de 
Mademoiselle de Montpensier fat plusieurs fois imprimé entre 
1659 et 1663. Mazarin laissa en mourant une série de por- 
traits de toute la cour, portraits peu flatteurs en général, ce 
qui ne veut pas dire qu'ils manquassent de véracité et d'exao- 
titude. Nous avons, delà même époque, les fameux rapports 
sur la magistrature qui paraissent avoir été faits pour 
Foucquet, par Pellisson ; puis des'« Portraits de la cour pour 
le présent » qui datent de 1667 et 1668 ; ceux aussi qui ont 
été publiés dans les Archives curieuses de l'histoire de 
France (2* série, tome VIII, p. 369-423), et qui sont anté- 
rieurs à la mort d'Anne d'Autriche , etc. Si nous poussions 
plus loin cette énumération , elle nous mènerait peut-être 
jusqu'à l'inimitable la Bruyère, et, par conséquent, nous 
ferait sortir du genre particulier auquel appartiennent les 
€ caractères » de Spanheim , et qui , après tout , n'était 
encore qu'une imitation des relations vénitiennes. Je me 
contenterai de citer, dans le même genre et comme tout 
récemment mis au jour, l'état général de la cour par lequel 
débutent, en 1681 , les précieux Mémoires du marquis de 
Sourches, et j'ajouterai que, si Saint-Simon avait écrit ses 



liv INTRODUCTION. 

véritables mémoires, il les eût certainement £ait précéder de 
quelque préambule semblable. 

OntrouveraitdoncbiendesprécédentsaurecueildesCarac- 
tères de la famille royale, des ministres d'État et des 
principales personnes de la cour de France , qui s'impri- 
ma plusieurs fois de suite en 1702, 1703, 1704, 1706, sous le 
couvert de Paul Pinceau, à Yillefiranche, et qui a même été 
reproduit encore de nos jours par M. Edouard de Barthé- 
lémy ^ C'est dans ce petit livre, qui provoqua du reste des 
imitations intéressantes, que nous rencontrons une partie des 
« caractères » réunis par Spanheim : le fond et les idées sont 
absolument semblables; il n*y a que des différences peu 
considérables de style et de rédaction. Les portraits du prince 
de Conti (voyez ci-après, p. 396-397), du maréchal de Vil- 
leroy (p. 400-401), de Boufflers (p. 394-395) et de Catinat 
(p. 395-396), une partie de celui du duc de la Rochefoucauld 
(p. 401-402), sont dans ce cas; mais les trois pages si, 
curieuses consacrées au maréchal de Noailles (p. 398-400) 
et les portraits du maréchal de Duras, du maréchal de 
Lorge, de Beauvillier, de Pontchartrain, de Boucherat, 
diffèrent absolument. Plusieurs autres manquent, notam- 
ment celui de Racine (p. 402-403). 

Le nom de l'auteur des Caractères de la cour de France 
n'est pas connu. Un passage du portrait de Louis XIY 
ferait croire que c'était un vétéran des premières guerres 
de ce prince qui, en 1658, occupait déjà un rang consi- 
dérable auprès du Roi. N'est>-ce là qu'une de ces feintes fami- 
lières aux écrivains apocryphes? Pour moi, il me semble recon- 

1. Dans la Revue française^ avec tirage à part, sans date. M. de 
Barthélémy s'est servi de Tédition de 1703, qui a pour titre : 
Nouveaux caractères, etc., et ne porte plus l'indication de a traduit 
de Tanglois » qu'on remarque sur Tédition de 1702. 



INTRODUCTION, Iv 

naître la plume d'un protestant établi en Angleterre» et de là 
à attribuer la paternité du livre à notre Spanheim, il n'y 
aurait qu'un pas ; mais ce qui m'arrête, c'est la différence de 
touche que j'ai déjà signalée et qui frappe si vivement les 
yeux lorsqu'on passe de la Relation aux portraits de 1702. 
Le style est tout autre que celui des dépêches de Spanheim 
et de ses écrits en général : vives et bien coupées, les 
phrases ne se surchargent point de ces propositions inci- 
dentes, de ces adverbes, conjonctions et locutions exotiques, 
qui alourdissent la Relation d'une façon si regrettable. 
Quelque soin qu'il eût apporté à écrire ces portraits, il n'eût 
pu obtenir une pareille netteté. Et d'ailleurs certains de ces 
morceaux sont par trop satiriques pour venir d'un homme 
que son compatriote et coreligionnaire Jean le Qerc dépeint 
connue un causeur agréable etd'humeur enjouée, aimant à dire 
son bon mot, mais incapable de M et de médisance^ A cela, 
il est vrai, on pourrait répondre que Spanheim n'a point 
eu scrupule de faire une copie de ces portraits satiriques, 
avec la seule précaution de laisser en blanc le nom de l'ori- 
ginal de chaque portrait, et que le fait de cette transcription, 
où l'on remarque, dans les premières pages, des espaces vides 
ménagés pour les additions à venir, est par lui-même assez 
compromettant. 

J'ai dit d'avance que la question était fort complexe, et, 
jusqu'à plus ample information, je pense qu'il faut s'en tenir 
à ce point prouvé : que le recueil mis par Spanheim en tête de 
son volume se compose, pour une minime partie, de portraits 
empruntés à la relation prétendue d'Erizzo ; pour une moitié de 
ce qui reste, de portraits copiés ou paraphrasés en 1702 dans 



i. Bibliothèque choisie^ tome XXII, éloge du baron de Spanheim, 
p. 185. 



lyj INTRODUCTION. 

le petit livre des Caractères de la cour de France ; et que^ 
selon toute vraisemblitnce, les autres portraits ont quelque 
semblable origine, qui est à découvrir ultérieurement ^ Si Ton 
veut, nous supposerons, pour terminer, que Spanheim eut 
communication, soit à Londres, soit en Hollande, de quelque 
manuscrit des Caractères ^ et qu'il trouva piquant, inté- 
ressant, de comparer ceux-ci avec la relation qu'il avait 
écrite dix ans auparavant ; mais, encore une fois, je n'ose- 
rais suggérer qu'il soit l'auteur du livre imprimé pour la 
première fois en 1702. 

Son goût pour les « caractères » est encore attesté par le 
second morceau de mon manuscrit, qui fait comme le pendant 
du premier, et dont les éléments se retrouvent aussi en partie 
dans le petit livre des Caractères de la cour de France. Je 
n'ai pas hésité à donner également placeà cette pièce dansl'Âp- 
pendice. Dans la table générale des matières, elle est intitulée : 
Tableau généalogique de la cour de France ; mais c'est 
là un titre absolument trompeur. Sur l'original, Spanheim a 
oublié de mettre aucune indication. J'ai expliqué dans une 
note de la p. 441 les dispositions de ce tableau : c'est conune 
un meinento concis du caractère des princes et princesses, des 
ducs, des prélats et des ministres de Louis XIY, où, poussant 
encore plus loin la précaution que dans son Recueil de 
caractères y notre diplomate a eu soin de dissimuler ses juge- 
ments, favorables ou non, sous des signes hiéroglyphiques. 
Trois ou quatre signes par personnage lui sufOsent pour 
résumer le sens des portraits qui figurent tout au long dans 

1. Un autre recueil de 1703, que M. de Bolslisle a cité plusieurs 
fois d'après l'original inédit du Musée britannique, ne renferme 
aucun portrait semblable à ceux de Spanheim ; mais on peut le 
comparer avec certains passages de la Relation, 



mTRODUCnON. Ivîj 

le morceau précédent. Il 7 a les bonnes et les mauvaises 
qualités, division méthodique que Spanheim j)araît avoir 
affectionnée, puisqu'on la retrouve dans plusieurs des prin- 
cipaux chapitres de la Relation. Malgré une certaine ana- 
logie entre les articles de plusieurs ducs et pairs dans ce 
singulier répertoire et ceux qui sont consacrés aux mêmes 
personnages dans les Caractères de la cour de 1702-1706, 
je n'hésite pas cette fois à en attribuer l'idée et la rédac- 
tion à Spanheim lui-même. On observera d'ailleurs que la 
clef des hiéroglyphes, écrite sur une petite feuille volante 
et attachée par une épingle au recto de la première page, 
est bien de sa main. 

Quant à la date, ce morceau se rapporte, comme le précé- 
dent, à la dernière mission de Spanheim en France ; mais il 
n'j a pas non plus d'unité de temps, et les articles ne con- 
cordent pas exactement entre eux. Ainsi il est parlé de la 
mort de Barbesieux (5 janvier 1701) et du titre de duc de 
Brissac relevé par le comte de Cossé (6 mai 1700), et cepen- 
dant le secrétaire d'Etat Chftteauneuf, qui mourut le 27 
avril 1700, est porté comme vivant. A voir l'article de Mon- 
sieur, on croirait aussi ce prince vivant (il mourut le 9 juin 
1701); mais, dans les deux articles suivants, le duc et la 
duchesse de Chartres sont qualifiés duc et duchesse d'Orléans 
par le fait de la mort de Monsieur. L'auteur ne parle que 
d'une fille du duc de Saint-Simon, celle qui était née en 1696, 
et pourtant deux fils lui étaient nés en 1698 et 1699. Il est 
vrai que le nom du petit duc est suivi du signe conven- 
tionnel : « à qui on ne fait pas d'attention, » et que la 
naissance de ses héritiers n'avait point d'importance par 
conséquent pour Spanheim. 



RELATION 



DE LA COUR DE FRANCE 



FAITE AU COMMENCEMENT DE l' ANNÉE 1 690 



PAR R S. 



LOUIS XIV, ROI DE FRANCE. 



DE SA CONSTITUTION. 

Les avantages de sa personne se peuvent tirer de sa 
taille, du port, de Fair, de la bonne mine, d'un dehors 
plein de grandeur et de majesté, et la constitution 
d'un corps propre à soutenir les fatigues et le poids 
d'un si grand poste. Son régime de vie a été réglé et 
uniforme dès sa jeunesse : ce qui a affermi la bonté de 
sa constitution, comme aussi sa modération dans les 
divertissements, à la réserve des attachements connus. 

En 1 686, il fut atteint d'une fâcheuse fistule au fon- 
dement, dont il fut guéri par une opération qu'il 
soufiBrit avec beaucoup de courage. L'opération se fit 

\ 



2 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

le matin, et, le soir, on tint Conseil devant son lit, de 
même que les jours suivants, jusques à ce qu'il fût 
guéri, n a eu depuis des atteintes de goutte et des accès 
de fièvre intermittente, dont il se guérit par le quin- 
quina préparé par un médecin anglois. Quoique remis 
de ces maux, il ne laisse point de paroitre de temps 
à autre des abattements qui se répandent dans son 
air, dans soh visage, et même dans son humeur. 

DE SES QUALITÉS PERSONNELLES. 

Les qualités du Roi se développèrent avec surprise 
après la mort du cardinal Mazarin, qui arriva en 1 661 , 
auquel temps il commença à régner par lui-même. La 
conduite qu'il tint à Tégard de M. Fouquet, qui dispo- 
soit des finances en maître plutôt qu'en surintendant, 
surprit le monde, et fit voir qu'il étoit maître de son 
secret quand il vouloit, et que sa première application 
alloit à redresser les finances et à remplir son Trésor, 
qu'il trouvoit vide, à établir son autorité, et à abaisser 
celle des grands et des cours souveraines, dont il 
avoit été insulté durant sa minorité ; enfin, de ne vou- 
loir plus vivre dans la dépendance d'un premier et 
absolu ministre. Il y joignit en même temps, et dans 
un âge peu avancé comme celui de vingt-trois ans, 
une grande application aux affaires, une assiduité aux 
Conseils, un secret dans les délibérations, et beaucoup 
de fermeté dans l'exécution des résolutions prises : ce 
qui a paru, entre autres, par celle avec laquelle il a 
maintenu jusques ici la défense des duels, et [a] été 
inflexible à faire grâce à ceux qui en étoient convain- 
cus, malgré le poids et la considération des intéressés. 



• « 






PAR ÉZÉGHIEL 6PÀNHEIM. 3 

OU les sollicitations pressantes, et de la part des plus 
grandes puissances de TEurope, en leur faveur. On 
peut dire qu'il fut aidé à tout cela par un tempérament 
natorellemeot rassis, qui n'avoit rien de brusque ni 
d'emporté, qui le rend a^ssez maître de soinmème et 
de ses mouvements, qui tient plus d'un naturel grave, 
sérieux et réservé, que d'une humeur libre, enjouée 
et ouverte. C'est par là que son génie, qui, naturelle- 
ment, n'a riai de fort brillant ni de fort élevé, dont 
les connoissances d'ailleurs étoient fort bornées, par 
le peu de soin qu'on avoit pris de les cultiver dans sa 
jeunesse, et par la dépendance dans laquelle on l'avoit 
tenu, ou il s'étoit tenu lui-même durant la vie du Car- 
dinal, que ce génie, di&je, prit de nouvelles forces et 
parut assez grand dans la suite pour soutenir par lui- 
même le poids des a£Paires et du gouvernement, ou 
au moins pour s'en conserver au dedans et au dehors 
tout l'édat et toute l'autorité. C'est par là que toutes 
les factions passées se dissipèrent, que les grands ren- 
trèrent dans leur devoir, les cours souveraines dans 
la dépendance, les peuples dans l'obéissance, et que 
les prétextes des désordres et des troubles passés 
contre le gouvernement furent retranchés. C'est dans 
cette même vue qu'il se rendit véritablement maître 
de toutes les grâces, qu'il sut les dispenser sans profu- 
sion, en surprendre même agréablement ceux qu'il en 
honoroit, et enfin les ménager avec adresse. Aussi 
affecta-t-il, sans parler ici des ministres et des géné- 
raux, dont il sera fait mention ci-après, «de n'avoir de 
favoris ou de maîtresses que pour s'en délasser l'esprit 
ou satisfaire à sa passion, sans leur donner plus d'em- 
pire sur ses volontés ou de part dans le gouvernement. 



4 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 
SUITE DBS BONNES QUALITÉS DU ROI. 

En sorte qu'on peut déjà recueillir de ce que je viens 
d'en dire que Sa Majesté, sans avoir rien ni de bril- 
lanty ni de vaste, ni de fort éclairé dans l'esprit, en a 
cependant assez pour remplir les devoirs d'un grand 
roi ; qu'il est réglé dans son assiette, qu'il a du choix, 
du discernement et de la pénétration suffisante pour 
ne se laisser pas aisément surprendre, et pour faire 
justice au mérite où il en trouve. Aussi n'est-il natu- 
rellement ni chagrin, ni emporté, ni railleur, ni même 
qui prenne plaisir qu'on raille en sa présence aux 
dépens du prochain : ce qui est d'autant plus rare 
dans une cour et nation pleine d'ailleurs de gens de ce 
caractère. Sans être savant ni s'appliquer à la lecture, 
ou s'y être jamais attaché, il écrit bien et justement ; 
il aime les beaux-arts et les protège ; il se connott 
particulièrement en musique, en peinture et en bâti- 
ments. Il juge sainement et équitablement des choses 
et des personnes, autant qu'elles lui sont connues. 
Maître , comme j'ai déjà dit, de son secret et jaloux 
qu'on le lui garde, il s'en est heureusement servi 
comme d'un des principaux instruments du succès de 
ses entreprises : d'où vient qu'il n'a point eu de retour 
pour ceux qu'il honoroit de son affection, et qui, par 
indiscrétion ou par foiblesse, se sont trouvés avoir 
manqué à sa confidence. C'est par où il a su fixer en 
quelque sorte l'humeur volage et indiscrète des cour- 
tisans, imprimer de la retenue et de la circonspection 
à ceux qui, par leur charge ou par l'amitié du Roi, 
approchent le plus de sa personne. Aussi parle-t-il 



PAR ÉZÉGHIEL SPÀimEIM. 5 

peu, mais à propos ; s'exprime avec justesse et avec 
dignité, et se ménage dans les rencontres d'éclat ou 
d'audience qu'il donne, pour s'y renfermer dans les 
bornes qu'il se prescrit, sans s'étendre au delà, ainsi 
sans que rien lui échappe qui puisse lui faire tort ou 
donner aucune prise : ce que j'ai pu remarquer, entre 
autres, en tant d'audiences publiques et particu- 
lières, et en des matières et conjonctures bien diffé- 
rentes, durant non seulement mes deux envois passés 
en France, de la part de feu l'électeur palatin Charles- 
Louis, en 1666 et 1668, et qui furent de peu de 
durée, mais particulièrement dans mon dernier emploi 
et séjour de neuf années, de la part de feu Son Altesse 
Électorale, de glorieuse mémoire, et de Son Altesse Élec- 
torale régnante. A quoi on peut ajouter qu'il sait heu- 
reusement garder le mélange de grandeur et de 
familiarité dans ses conversations particulières, et s'y 
conduire également sans hauteur et sans bassesse. 

Pour les inclinations, on peut dire qu'elles sont 
naturellement portées à la droiture, à la justice et à 
l'équité, lorsqu'elles ne sont pas détournées ou préve- 
nues par de mauvais conseils et par les motifs d'inté- 
rêts, de gloire, ou, en un mot, de grandeur de son 
règne ; qu'il se plaît à faire du bien de son choix ou 
par mouvement, quelquefois en ami, comme il en a 
pris la qualité en certaines rencontres à l'égard de 
quelques^ns de ses favoris, d'autres fois en amant, 
mais le plus souvent en maître. Aussi le désordre qu'il 
trouva dans ses finances à la mort du cardinal Mazarin 
lui laissa quelque penchant pour amasser de l'argent 
et pour n'en être pas prodigue, hors dans les occasions 
d'éclat, comme en bâtiments, ou en des engagements 



6 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

d'honneur et de passion, comme envers des créatures 
affidées et des maltresses. Gomme il aime Tordre, la 
dépendance et la sobriété, qu'il est attaché aux devoirs 
de sa religion et fort régulier à les pratiquer, aussi 
a-t-i] une cour réglée, des courtisans soumis, et il a su 
en éloigner des vices qui n'y étoient que trop fré- 
quents, les querelles, la débauche, l'impiété, le liber- 
tinage et l'irrévérence en matière de culte divin. Il 
s'est aussi déclaré hautement contre des vices criants 
où la jeunesse de la cour et de son propre sang s'étoit 
malheureusement portée, et n'a pas épargné d'en 
punir ou d'en corriger ceux qui en étoient suspects ou 
atteints, comme le duc de Vermandois, fils du Roi et de 
Mme de la Yallière, le prince de Gonti, prince du sang ; 
en sorte qu'on ne peut refuser au Roi le témoignage 
qu'il est naturellement ennemi du vice, hors celui 
peut-être où il a été entraîné par son tempérament et 
par les mauvais exemples, et dont il sera parlé dans 
la suite ; qu'il est d'ailleurs modéré dans ses passions, 
maître de ses mouvements, peu accessible à la colère 
et à l'emportement, d'une conduite de vie réglée et 
uniforme dans ses divertissements et dans les affisdres, 
et ainsi sans se dissiper ou s'oublier dans les premiers, 
ou se relâcher dans celles-ci. Il n'a pas fait paraître 
moins de fermeté d'âme, et d'une assiette peu com- 
mune, dans l'atteinte d'une fâcheuse maladie dont il 
a été parlé, et dans l'usage des remèdes sensibles qui 
ont été employés pour l'en guérir. 

MAUVAISES QUALPTÉS DU ROI. 

Mais, parmi ces bonnes et belles qualités du Roi, et 



PAR ÉZÉGHIEL SPÀNHSIM. 7 

qui d'ailleurs ont tiré et tirent beaucoup d'édfit des 
avantages extérieurs de sa perscmne et des heureux 
succès de son règne, il y en a d'autres qui ne lui sont 
pas également avantageuses. On peut mettre en pre- 
mier lieu celle d'un génie naturellement assez borné, 
peu cultivé d'ailleurs, comme j'ai déjà dit, dans sa 
jeunesse, par ceux qui avoient intérêt à le tenir éloigné 
des aflPaires. U ne s'est tiré depuis de cette médiocrité 
que la naissance lui avoit donnée, et que l'éducation 
lui avoit laissée, que par les changements qu'il trouva 
à faire dans le gouvernement, et les désordres à répa- 
rer après la mort du cardinal Mazarin, et ensuite par 
les longs et heureux succès de son règne : d'où il s'est 
(ait un art de régner, moins par science et par réflexion, 
que par les conjonctures et par habitude , en sorte qu'on 
peut dire, sans offenser le Roi, et malgré les éloges 
outrés de ses panégyristes, que ce n'est pas un de ces 
génies de premier ordre qui voit, qui pénètre, qui 
résout, qui entreprend tout par lui-même, qui en forme 
le plan et en exécute le projet, et ce qui fait le véri- 
table caractère des héros donnés pour la gloire de leur 
siècle et pour la félicité publique. De là vient aussi 
une capadté du Aoi assez bornée dans le fond des 
affiôres, qui le rend aisé par là à être préoccupé par 
les personnes où il prend confiance et qu'il en croit 
aucunement instruites ; et, après tout, un attachement, 
ou, pour mieux dire, un entêtement, qui n'est pas 
moins grand, pour l'exécution des desseins ou des 
projets formés ou conseillés par un ministre violent ou 
artificieux. On y peut joindre une jalousie ou une 
aversion véritable, mais cachée, pour tout ce qui peut 
entrer en concurrence de grandeur, de puissance et 



& RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

de mérite, ou être l'objet d'ailleurs de Testime et de 
la véDération publique : d'où il arrive encore qu'il 
règle plus souvent ses desseins et ses opérations par 
ses forces et par sa convenance que par la bonne foi 
et par la justice. C'est qu'en effet il juge moins des 
affîdres et des intérêts publics par ses propres lumières 
que par celles qu'on lui en donne , que l'idée qu'il a de 
sa grandeur le prévient aisément et l'occupe, et qu'il 
réfléchit bien plus sur les succès passés de son règne 
que sur les prétextes et les voies dont on s'y est servi, 
ou bien sur les favorables conjonctures qui, d'ailleurs, 
y ont eu le plus de part. Après tout, s'il a assez de talent 
pour comprendre les grandes affaires, on peut dire 
qu'il ne s'en occupe pas assez pour les digérer et pour 
les envisager par tous les biais qu'elles peuvent avoir : 
en sorte que son assiduité qu'on lui voit aux Conseils 
et sa grande application est bornée le plus souvent 
à donner lieu au rapport intéressé ou altéré qu'on lui 
fait, aux délibérations conformes qui s'en prennent en 
sa présence, et au choix qui s'y résout des moyens ou 
des personnes pour les faire réussir. Jaloux au der- 
nier point de son autorité, sensible outre mesure à 
tout ce qui la regarde ou qui la peut blesser, il s'en 
laisse entraîner aisément à embrasser les conseils 
qu'on lui donne et les mesures qu'on lui propose 
pour la soutenir, et ainsi à réfléchir davantage si on 
s'en peut raisonnablement promettre une heureuse 
issue, que si l'entreprise est accompagnée de toute 
l'équité et de la bonne foi requise. C'est là la fatale 
source, et dont il sera parlé plus amplement ci-après, 
des calamités et des guerres qui ont surpris et 
affligé l'Europe en plusieurs rencontres, et qui la 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHBIM. 9 

désolent encore aujourd'hui. D'ailleurs, comme il est 
plus porté à se faire considérer de ses peuples en 
maître qu'en père, il se paye plutôt de leur soumission 
et de leur dépendance que de leur inclination, et qu'il 
n'est touché du véritable désir de les soulager : aussi 
peut-on dire que, s'il aime à donner, il aime encore 
plus à amasser, que sa bienfaisance ou sa libéralité est 
d'ordinaire intéressée, qu'il donne même autant et 
plus par ostentation que par choix : d'où vient qu'il 
est également ami du faste et de l'épargne , qu'il y a 
souvent de la profusion là où il pourroit y avoir du 
ménage, et trop d'économie là où la dépense seroit 
mieux employée. Il ne faut, en tout cela, que réfléchir : 
d'un c6té, sur les quatre-vingts millions que le château, 
les jardins et les eaux de Versailles lui coûtent, sur 
l'ouvrage conunencé de l'aqueduc de Maintenon, où 
plus de trente mille hommes ont travaillé, trois ans 
durant, pour conduire depuis la distance de seize lieues 
de France l'eau d'une rivière dans les réservoirs du- 
dit Versailles ; de l'autre, sur la misère du petit peuple 
et des gens de la campagne, épuisés par les tailles, 
par les logements de gens de guerre et par les ga- 
belles; et enfin sur le peu de soin de ménager ses 
amis et ses alliés, et de satisfaire aux obligations où il 
a pu entrer à leur égard. 

SUITE DU MÊME SUJET ET DES AMOURS DU ROI. 

Mais il a surtout des attachements qu'il a fait trop 
éclater, et qui ont eu et ont encore de suites trop 
funestes pour la religion, pour l'état de l'Europe, ou 
même pour celui de la France, pour n'en rien dire ; à 



10 RELATION DB LA COUR DE AANCE 

savoir : une dévotioii, ou, pour mieux dire, une super- 
stition aveugle, une passion démesurée et sans bornes 
pour la gloire, et une autre passion criminelle, à la- 
quelle il n'a été que trop sensible, et qui a fait assez 
de bruit dans le monde pour n'en pas faire quelque 
mention en cet endroit. 

POUR LA màCB DU CARDINAL UAZARIN. 

Et pour commencer par celle-<;i, qu'il a fait aussi 
éclater la première, ce fut la Mangini, une des nièces du 
cardinal Mazarin, qui, dans la grand ^ jeunesse du Roi 
et avant son mariage, fut le premier objet de son incli- 
nation. Elle pensa même aller si loin, qu'il auroit 
consenti à l'épouser, si la Reine mère, quelque consi- 
dération ou prévention même qu'elle eût témoignées 
jusque-là pour le Cardinal, ne l'en eût détourné, et si 
le Cardinal lui-même ne fût entré dans ces sentiments : 
ce qui fit résoudre l'onde à marier la nièce hors du 
royaume, au connétable Colonne, porta le Roi, en- 
core sensible à sa première flamme, à accompagner 
de ses larmes le départ de sa maltresse, et donna lieu 
à celle-ci de lui faire là-dessus ce reproche connu de 
toute la France : c Sire, vous pleurez, je pars, et vous 
êtes roi ! » 

Le mariage de Sa Majesté, qui se fit quelque temps 
après avec l'infante d'Espagne, en 1 660, qui fut pré- 
cédé, et un gage, de la paix des Pyrénées, et suivi de 
la naissance du Dauphin l'année d'après, et ensuite 
encore de celle de quelques autres enfants de France, 

i. Sic, sans accord. 



PAR ÉZÉGHIEL sPAïamm. 41 

de Fun et de Fautre sexe, mais qui furent enlevés dans 
leur enfance, tout cela, dis-je, ne (ut pas capable de 
fixer comme il devoit Finclination du Roi et son pen- 
chant pour le Sexe. 

POUR AUTRES DEMOISELLES DE LA COUR DE FRANGE. 

Il eut, en premier lieu, des passions passagères 
pour quelques bdies dames de la cour, mais qui 
n'y répondirent pas conmie il souhaitoit, ainsi que 
Mlle d*Elbeuf, d'une branche cadette de la maison 
de Lorraine, et qui a épousé depuis le prince de Vau- 
démont ; Mlle de Touoy, fille de la maréchale de la 
Mothe, gouvernante alors du Dauphin, et depuis du- 
diesse d'Âumont, mais qui ne voulurent pas ruiner 
leur vertu ou leurs vues pour un mariage légitime. La 
princesse de Soubisk, fille de la duchesse de Rohan et 
du duc Chabot de Rohan, et femme dès lors d'un 
prinoe de la même maison de Rohan, de la branche 
de Montbazon, eut aussi la même destinée, à savoir : 
de plaire au Roi, d'en être poursuivie, et de n'y pas 
répondre, en feoune vertueuse qui étoit attachée à son 
devoir et qui aimoit son mari. 

La princesse de Monaco, fille du feu maréchal duc 
de Gramont et fenmie du prince de Monaco, génois 
et de la maison Grimaldi, d'ailleurs d'humeur galante 
et d'une réputation moins entière, se trouva aussi plus 
facile, ou par tempérament, ou par habitude, ou par 
intâ^ét, à satisfaire un premier penchant que le Roi 
lui fit parottre, mais dont aussi il se dégoûta bientôt, 
et qui fut de peu de durée. 



12 REIATION DE LA COUR DE FRANGE 



POUR MADEMOISELLE DE LA YALUÈRE. 

Aussi, comme ces attachements n'eurent point de 
suite ou qu'il en fut bientôt débutté, il n'en fût pas de 
même de sa passion pour Mlle de la Valuère, fille 
d'honneur de feu Mme la duchesse d'Orléans, et qui, 
avec une naissance et une beauté médiocre, et un 
esprit assez borné, put inspirer au Roi la plus forte 
inclination dont il a été capable. Elle sut l'y engager, et 
l'y retenir par un air tendre et réfléchi, par une déli- 
catesse particulière d'humeur et de sentiment, par le 
combat d'une pudeur qui lui étoit naturelle, et d'une 
véritable et sensible inclination dont elle se trouva 
fortement prévenue pour la personne du Roi. Cette 
amour tendre et réciproque, quoique peu légitime, 
accompagnée de tous les ménagements qu'elle est 
capable d'inspirer à deux amants passionnés, donna 
le premier lieu aux retraites de Versailles, et ensuite 
aux divertissements et aux fêtes galantes qu'on inventa 
pour flatter la passion d'un Roi amant. Aussi durâ- 
t-elle environ deux ans dans toute sa chaleur, jusques 
à ce qu'elle fit place à une nouvelle inclination pour 
Mme de Montespan, qui, avec plus de naissance et de 
beauté, avoit joint un esprit plus vif, plus brillant, plus 
éclairé, mais aussi plus artificieux, et qui arriva enfin 
au but qu'elle s'étoit proposé, de détacher le Roi de 
l'amour pour la duchesse de Yaujours, qualité dont 
la Vallière se trouvoit alors revêtue, et d'en prendre 
la place. Celle-là, qui aimoit sensiblement le Roi pour 
lui-même, qui, hors ce foible et le malheureux enga- 
gement où il l'avoit jetée, avoit naturellement de 



PAR ÉZÉGHIEL SPÀNHEIH. 13 

rhonneur et de la retenue, pénétrée vivement de Tin- 
oonstance de son amant, s'en fit un heureux retour, 
et, malgré tous les obstacles que le Roi même y 
voulut apporter, et la tendresse pour les deux enfants, 
une fille et un fils, qu'elle en avoit, et dont il sera parlé 
en son lieu, abandonna la cour et le monde avec une 
fermeté d'âme et une résignation qui a peu d'exemples 
dans une personne de son âge et de son sexe et qui 
avoit été prévenue d'un aussi grand et tendre engage- 
ment, le tout pour embrasser une vie aussi austère 
que celle dans laquelle elle se jeta , y a vécu jusques 
ici, et vit encore aujourd'hui en véritable pénitente 
et en bonne religieuse. 

POUR MADAME DE MONTESPAN. 

Pour Mme de MornissPAN, elle étoit fille du duc de 
Mortemart, gouverneur de Paris et de l'Ile-Kle-France, 
sœur du duc de Vivonne, général des galères, et ma- 
riée déjà depuis quelques années au marquis de Mon- 
tespan, gentilhomme de Guyenne, dont elle avoit un 
fils, qui s'appelle le marquis d'Antin, qui a épousé 
dernièrement la fille du duc d'Uzès et petite-fille du 
duc de Montausier, et est un des minions , comme on les 
nomme, et favoris du Dauphin. L'amour du Roi pour 
cette dame, quoique plus criminelle, comme avec 
une femme mariée et enlevée à son mari, qui en con- 
çut et fit éclater hautement son juste dépit, dura 
cependant plus longtemps dans toute sa force que 
celle pour la duchesse de la Vallière : ce à quoi elle 
contribua autant par les charmes de son esprit , de 
son entretien, que par ceux de sa beauté ; et, comme 



14 RELATKm DE LA COUR DE FHANGE 

la vie et le reseentiment du mari contre sa déffunte 
femme^ oomme il Tappeloit» et dont il eo prit le deuil, 
ausai lûen que son chagrin contre la cour, fiûsoit un 
(JMtade à la déclarer dudiesse, le Roi trouva moyen 
de la contenter d'ailleurs par la grande et belle charge 
qu'il lui donna de surintendante de la maison de la 
Reine, et par les prérogatives du tabouret ou autres 
qui y étoient attachées : en sorte que Fattadiement du 
Roi et sa complaisance pour cette maltresse se ren- 
forcèrent de plus en plus, malgré les raisons d'hon- 
neur et de conscience qui l'en dévoient détoiu^ner. 
Mais, comme tous les attraits de la beauté et de l'esprit 
de cette maltresse se trouvoient accompagnés d'une 
humeur fière, impérieuse, pleine d'artifice et capable 
d'emportement, aussi s'accoutuma-trelle insensible- 
ment à la faire ressentir au Roi, à lui faire de fois à 
autre, et sur le moindre refroidissement qu'elle croyoit 
lui trouver, de sanglants reproches, et, par là, ou par 
autre dégoût, ou par inconstance, ou par remords 
secrets d'un tel attachement, contribua elle-même 
à affoiblir peu à peu l'inclination du Roi pour elle, et 
à le rendre susceptible d'autres impressions. La chose 
parut même assez avant pour faire conseiller à Mme de 
Montespan la retraite hors de la cour, et à faire la 
due pénitence de sa faute. C'est à quoi elle fit mine 
quelquefois de vouloir se résoudre, mais dont elle 
revenoit bientôt, et sans même avoir pu jusques ici 
être portée à embrasser et à exécuter avec fermeté 
une si salutaire résolution. Il est vrai que, la passion 
du Roi s'étant entièrement ralentie par les considéra- 
tions susdites, il cessa, au bout d'environ dix ans de 
leur conamerce, de la voir en particulier et comme 



PAR ÉZÉCRIEL SPANHEDI. 15 

amant, et en se contentant, en considération de leurs 
enfants communs, que le Roi avoit fait reoonnoltre et 
légitimer, de la visiter cependant assez régulièrement, 
et en présence d*&utres courtisans, dans l'appartement 
qu'elle avoit dans les maisons du Roi, comme de 
Saint-Clermain, de Versailles et de Fontainebleau : ce 
qui, joint enfin aux attraits d'une nouveUe et jeune 
beauté qu'on vit briller à la cour avec beaucoup 
d'éclat, acheva de faire éclater ce diangement du Roi 
aux yeux de toute la cour et de la France, et enfin de 
lui faire succéder une autre rivale. 

POUR MADfillOISELLE DB FOlfTANOES. 

Ce M Mlle de FoirrANGES, fille du comte de Rous- 
sille, gentilhomme considérable d'Âuvei^e, laquelle 
vint à la cour, dans Tannée 1679, en qualité d'une 
des filles d'honneur de Madame, et avec le dessein 
formé et les espérances, fomentées même par ceux de 
sa famille, de faire du Roi son amant. Sa jeunesse, sa 
beauté fort au-dessus de tout ce qu'on avoit vu depuis 
l<»igtemps à Versailles, accompagnée d'une taille, d'un 
port et d'un air capables de surprendre et de charmer 
une cour aussi galante, quoique d'ailleurs avec un es- 
prit médiocre et qui tenoit encore d'une véritable 
provinciale, produisit bientôt tout l'effet qu'elle s'étoit 
promis, ht duc de la Rochefoucauld, un des courtisans, 
comme nous dirons ci-après, des plus accrédités dans 
les bonnes grâces duHoi, fut l'entremetteur de sa pas- 
sion, et n'eut pas de la peine à y faire répondre agréa- 
blement la dame. Sa complaisance réciproque fut bien- 
tôt récompensée du rang et de la qualité de duchesse, 



16 RELATION DB LA COUR DE FRANCE 

qu'elle a voit mis dans son marché , et qu'elle soutenoit 
avec tout Téclat d'une belle et jeune maltresse de son 
Roi, et qui par là se voyoit arrivée au comble de ses 
désirs, mais aussi, de son côté, avec une dépense si 
excessive, qu'elle n'auroit pu, à la longue, que déplaire 
au Roi et lui donner lieu de la retrancher, comme on 
avoit déjà conunencé. Mais son règne fiit de peu de 
durée, ayant été enlevée au monde, à la cour et à sa 
faveur en l'an 1 683^, par une f&cheuse maladie qui lui 
resta de sa première couche, et qu'un bruit assez pu- 
blic, quoique peut-être sans fondement, attribua à un 
breuvage qui lui auroit été donné par les ordres secrets 
de Mme de Montespan . Cet attachement du Roi , par cette 
mort ou autrement, changea de nature, et laissa la 
place entière à un autre qui se fit remarquer plus 
sensiblement qu'il n'avoit fait jusque-là, et qui est 
aussi assez extraordinaire pour mériter qu'on y fasse 
quelque réflexion particulière. 

POUR BIADAME DE BIAINTENON. 

On peut bien juger que je parle de Mme de Mainte- 
non. Son nom de famille est Françoise d'Aubigny. 
Scarron l'épousa à la fin de ses jours, et mourut en 
1 660 ; son père étoit conseiller au parlement de Paris^. 
Elle étoit petite-fille de M. d'Aubigny qui est assez 
connu pour un des courtisans de Henri le Grand, dont 
il avoit été page étant roi de Navarre, mais plus connu 
par l'histoire qu'il a composée des événements qui 

1. Sic, pour 1681 (28 juin). C'est la reine Marie-Thérèse qui 
mourut en 1683. 

2. Cette phrase a été ajoutée après coup, en marge. 



PAR ÉZÉCHIEL SPANHEIM. 17 

sont arrivés sous le règne de ce roi et les précédents , 
par le livre des Aventures du baron de Fomeste^ qui 
est une satire contre le vieux duc d'Épernon, et qui 
enfin, durant ce cours de guerres civiles pour la reli- 
gion, se retira à Genève, s'y maria en secondes noces, 
et y mourut. Son fils d'un premier lit, resté en France, 
mais assez mal partagé des biens de la fortune, et 
d'ailleurs embarrassé en de mauvaises affaires, prit le 
parti, pour s'en mettre à couvert, de s'aller établir en 
Canada, dans l'Amérique, où il mena sa famille , et ainsi 
dont sa fille, encore enfant, qui est aujourd'hui Mme de 
Maintenon, étoit du nombre. Étant revenu en France, 
et sa fille, depuis sa mort, conduite à Paris, avec 
beaucoup de beauté et beaucoup d'esprit, mais sans 
bien et sans fortune, s'y vit réduite à épouser le poète 
Scarron, célèbre par ses ouvrages burlesques, de même 
que par ses infirmités, qui l'attachoient comme cloué 
dans un lit, en cuUde^cAte^ comme il s'appela lui-même 
et en porta aussi le nom. Gomme d'ailleurs il ne sub- 
sistoit que par des pensions et des revenus de sa poésie, 
sa veuve, depuis sa mort, se trouva réduite à de 
grandes extrémités et à avoir besoin de l'assistance 
des personnes de sa connoissance. Mme deMontespan, 
qui étoit alors dans le comble de sa faveur et à qui on 
la fit connoltre dans la suite, la prit en amitié, et la 
retint chez elle pour gouvernante des enfants qu'elle 
avoit du Roi : ce qui donna lieu au Roi de la connoltre, 
de se plaire à son entretien, de s'accoutumer dans les 
visites qu'il rendoit tous les jours à l'appartement de 
Mme de Montespan, et, peu à peu, d'en faire une consi- 
dération particulière. Gela augmenta à mesure que son 
inclination pour Mme de Montespan s'affoiblissoit de 



y 



18 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

plus en plus, et que l'humeur iière et les manières 
hautaines et artificieuses de sa maîtresse commen- 
cèrent à le fatiguer et à se joindre, comme j'ai dit, au 
dégoût et au remords de la jouissance d'une maltresse 
qu'il avoit enlevée à son mari, qui en a voit témoigné 
beaucoup du ressentiment, qui vivoit encore, et dont 
elle avoit un fils. Le duc du Maine S fils du Roi et de 
cette dame, et élève de Mme de Maintenon, étant venu 
en âge d'avoir plus besoin de gouvernant que de gou- 
vernante, le Roi, déjà fort prévenu en faveur de Mme de 
Maintenon, et dans la vue, comme il a paru depuis, 
de la faire éclater davantage, sous prétexte de récom- 
pense de ses services, lui fit donner un appartement 
dans le château de Versailles, séparé de celui de Mme de 
Montespan. Il l'éleva même peu à peu au rang d'une 
des deux dames d'atour de Madame la Dauphine, qui 
vint alors en France, et dont l'autre étoit Mme la maré- 
chale de Rochefbrt. Sa faveur commença à s'établir et 
à éclater de plus en plus, par l'attachement et la con- 
sidération particulière que le Roi témoigna ouverte- 
ment d'avoir pour elle, par les visites assidues qu'il 
lui rendoit et les longs entretiens qu'il avoit avec elle, 
par le dégagement entier de ses habitudes passées avec 
Mme de Montespan, et même de tout autre attachement 
pour le sexe, depuis la maladie et la mort suivie de 
la duchesse de Fontanges. L'âge d'ailleurs de Mme de 
Maintenon, qui passoit déjà les cinquante ans et en doit 
avoir présentement- soixante ou environ ; d'autre part, 
son esprit solide, doux, agréable, et enfin sa qualité de 

i. n écrit : c Le duc de Maine. » 

2. En marge sont écrits les mots : c Savoir en 1690. » 



PAR ÉZÉGHIEt SPÀNHEIM. 19 

veave de Scarron, firent d'abord considérer cet atta- 
chement plutôt comme un commerce d'amitié, de 
confidence, et d'une estime particulière pour la dame, 
que pour l'effet d'une passion plus tendre qui pût 
venir de ses charmes et être compatible avec son âge 
ou avec celui du Roi. Cependant, comme il ne passoit 
plus aucun jour sans de longs et particuliers entretiens 
avec elle, sans la mettre de toutes les parties de pro- 
menade et de voyage, comme j'ai été témoin dans le 
voyage du Roi en 1683, en Alsace, et en 1684, à 
Valenciennes, durant le siège de Luxembourg, où il 
lui faisoit donner place dans son carrosse quand il y 
étoit avec la feue Reine, ou avec Madame la Dau^ 
phine, Mme la duchesse d'Orléans et quelqu'autre prin- 
cesse, et sans y admettre plus, comme autrefois, Mme de 
Montespan, aussi la jalousie de cette dernière dame 
contre une personne qui lui étoit en tout inféi^eure, 
dont elle avoit fait l'établissement, et pour ainsi dire 
la fortune, ou au moins les acheminements de sa 
faveur, ne put qu'éclater en plusieurs rencontres ; mai» 
on aperçut, en même temps, que cela ne servoit qo^ 
&ire d'autant phis paroltre le crédit de da rivale, dont 
la faveur, par là, brilloit toujours davantage, et qui 
savoit s'y maintenir par l'assiette d'une humeur plus 
égale, plus réfléchie et plus soumise. Et, comme on 
vit le Roi même, depuis la mort de la Retoe, dans la 
ligueur, on peut dire, de l'âge, renoncer à ses incli- 
nations passées pour les belles de sa cour, et malgré 
les avances qu'on ne manquoit de lui en faire, éloigné 
d'ailleurs de toute pensée d'en venir à un second 
mariage qui donnât une nouvelle reine, et, outre 
cela, dans un grand penchant à la dévotion, tout cela, 



%0 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

dis-je, ne put que faire réfléchir davantage sur la 
nature et sur les suites de cette conduite qu'il gardoit 
et redoubloit de plus [en plus] pour Mme de Mainte- 
non. Enfin ce commerce, qu'on n'attribua longtemps, 
conune j'ai dit, qu'à une pure estime et aux scxils 
agréments de l'esprit et de l'humeur de la daaie, a 
paru si grand et si particulier dans la suite, que le 
bruit sourd se répandit que le Roi l'avoit épousée 
secrètement, sans autres témoins que le père La Chaise, 
son confesseur, et Tarchevèque de Paris. Cette créance, 
qui fut prise d'abord pour des chimères de cour à 
tourner en ridicule un attachement aussi extraordi- 
naire, dans la suite n'a point paru mal fondée à la 
plupart des gens, mais d'avoir même d'assez grands 
préjugés pour l'affermir. Ceux qui en sont persuadés, 
et qui ne peuvent l'attribuer ni à la jeunesse , ni à la 
beauté, ni à la grande naissance de la dame, et qui y 
trouvent d'ailleurs tant de raisons opposées à un par^l 
engagement d'un grand roi, et si jaloux d'ailleurs de 
sa gloire, ceux-là, dis-je, ne peuvent que l'imputer 
au penchant susmentionné du Roi à la dévotion, à 
une mortification de ses sens, à une pénitence de ses 
amours criminelles, et à une conduite particulière par 
où elle a su engager en premier lieu toute l'amitié et 
la confidence de Sa Majesté, et ensuite par crainte de 
retomber en ses foiblesses passées, ou par la consi- 
dération même de ses infirmités suivies, le porta enfin^, 
si ces bruits sont véritables, à en faire non seulement 
sa confidente, mais sa femme légiUfne : à quoi j'ajou-* 
terai, pour ne rien taire sur le sujet d'une aventure 

1. Lft phrase est .incorrecte. 



PAR ÉZÉGHIEL SPÂNHEIM. 21 

OU d'une personne aussi extraordinaire, que cette dame 
a un frère d'un mérite assez médiocre, mais que sa 
faveur n'a pas laissé d'attirer à la cour, sous le titre 
de marquis d'Aubigny, et de lui procurer le cordon 
bleu dans la dernière promotion, le gouvernement de 
Cognac en Guyenne, et, outre d'autres bienfaits, une 
pension annuelle de vingt-quatre mille livres de rente. 
Elle eut soin aussi de prendre auprès d'elle, et succes- 
sivement, trois nièces^, filles de trois diverses sœurs, 
et, après les avoir obligées à se rendre catholiques 
romaines, les marier avantageusement, l'une au 
marquis de Caylus^, l'autre au comte de Mailly^, et la 
troisième^ au marquis de Momay, fils unique de M. et 
de Mme de Montcbevreuil, dont celle-ci étoit déjà 
l'amie et la confidente particulière de Mme de Mainte- 



1 . Nièces à la mode de Bretagne. 

2. Mlle de Villette-Mursay, mariée en 1686, et auteur des 
Souvenirs. 

3. Mlle de Saint-Hermine, mariée en 1687 : voyez les Mémoires 
de Saint-Simon, éd. 1879, tome I, p. 87-88. 

4. On ne s'explique pas comment Spanheim a pu commettre 
une erreur aussi forte que de supposer trois nièces à Mme de 
Maintenon et de faire d'une d'elles la belle*fille de M. et de 
Mme de Montcbevreuil. Ceux-ci avaient pour fils aîné Henri- 
Charles, comte, puis marquis de Mornay, que Mme de Maintenon 
maria en 1685 à Mlle de Coêtquen, riche héritière ; mais il fut tué 
trois ans après devant Mannheim. Les titres de marquis de Mor- 
nay et de Montcbevreuil revinrent, par cette mort prématurée, à 
un fils cadet, Léonor, lequel ne se maria qu'en 1696, avec Mlle du 
Gué de Baguols. Ces deux dames de Mornay, comme leur belle- 
mère, étaient de l'intimité de Mme de Maintenon, mais non de sa 
&miile. Quant au mariage de sa véritable nièce, Mlle d'Aubigné, 
avec l'héritier du duc de Noailles, il ne se fit qu'en 1698, et, à 
l'époque où Spanheim écrivait, cette nièce n'avait que six ou 
sept ans. 



22 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

non, et par qui elle a aussi obtenu le cordon bleu pour 
son mari. 

DE l'établissement DE LA MAISON DE SAIN1K2YR 
PAR MADAME DE MAINTENON. 

D'ailleurs, comme elle a eu en vue de se rendre 
considérable et au Roi même et à la France par un 
établissement qui eût de Téclat, et fôt en même temps 
une preuve de sa piété, de son zèle et de sa charité, 
elle porta le Roi de fonder la Maison de Saint-Gyr, 
dont elle seroit comme Tabbesse et la directrice, et à 
faire bâtir la maison, qui est très belle et très com- 
mode, et peu éloignée des jardins et du parc de 
Versailles, pour y recevoir et élever en toutes sortes 
d'exercices de piété, et convenables à une pareille 
jeunesse, deux cents jeunes demoiselles de sept à qua- 
torze ans, dont les familles avoient besoin de ce 
secours, et qui ensuite, passé l'âge de vingt ans, en 
seroient tirées, suivant leurs diverses inclinations ou 
leur destinée, soit pour être mariées à des partis 
sortables qui se présenteroient, soit pour embrasser 
la vie religieuse et se retirer en des couvents, soit, à 
défaut de l'un et de l'autre, pour être renvoyées à 
leurs parents. Elle fit même ensuite que le Roi affecta 
les revenus de l'abbaye de Saint-Denis, qu'on tient 
décent vingt mille livres de rentes, à l'entretien de 
ladite abbaye de Saint-Gyr, et en obtint les bulles de 
la cour de Rome, ainsi qu'elle en a obtenu du depuis 
la confirmation du nouveau pape. 

Et comme elle a contribué et contribue par là au 
soulagement de plusieurs familles considérables par 



PAR âZÉGHIEL 8PANHEIM. S3 

la naissance ou par les services, elle a pris aussi d'ail- 
leurs à tâche d'entretenir et de varier même les diver- 
tissements de la cour, en portant le Roi à y donner 
fréquemment des fêtes galantes magnifiques, accompa- 
gnées même de circonstances nouvelles, surprenantes 
et agréables, comme de loteries, de boutiques assor- 
ties de toutes sortes d'étoffes et de bijoux ou curio- 
sités de prix, et données aux dames qui y étoient 
conviées, quelquefois en pur don, d'autres fois 
jouées par les dames et les courtisans, à plus bas 
prix de leur valeur, et dont le surplus étoit aux dépens 
du Roi. 

C'est ainsi par où Mme de Maintenon a tâché et tâche 
de faire également deux personnages assez différents, 
mais tous deux conformes à son état, à sa fortune, et au 
dessein de s'y maintenir, avec approbation même d'une 
cour d'ailleurs aussi galante : à quoi on peut joindre en- 
core l'adresse particulière avec laquelle elle a su balan- 
cer le crédit et l'ascendant du marquis de Louvois sur 
l'esprit du Roi, et empêcher qu'il ne restât seul maître 
des affaires et du gouvernement. C'est dans cette vue 
qu'elle a su relever la famille Colbert, qui parut 
d'abord déchue de considération par la mort du 
ministre de ce nom, soutenir le marquis de Seignelay, 
son fils, lui conserver la direction en chef des affaires 
de la marine, et le porter enfin au poste qu'il remplit 
aujourd'hui de ministre d'État ; pour ne rien dire, ou 
de la duchesse de Chevreuse, sœur dudit Seignelay et 
sa bonne amie, d'ailleurs dévote, qu'elle a su mettre 
dans une considération particulière auprès du Roi, ou 
du duc de Beauvillier, mari d'une autre fille du ministre 
Colbert, lequel elle a su élever au poste de chef du 



S4 RELATION DE LÀ COUR DE FRANCE 

Conseil royal des finances, et récemment de gouver- 
neur du duc de Bourgogne. 

Je devrois ajouter ici quelques réflexions sur la part 
funeste qu'on lui attribue dans la malheureuse et 
cruelle persécution suscitée aux gens de la Religion 
en France : ce qui a paru d'autant plus étrange qu'elle, 
et toute sa famille, étoit née et élevée dans la même 
religion ; que son grand-père , dont il a été parlé , 
y a signalé son zèle, sa plume et son courage; 
que presque toute sa parenté s'y trouvoit encore, et 
qui n'a pas été à l'abri de ces mêmes persécutions. 
On n'en sauroit rien dire, ni deviner autre cause sinon 
qu'elle a tout sacrifié au penchant du Roi et à la réso- 
lution qu'il en avoit prise de longue main; qu'elle a 
voulu s'en faire un mérite particulier auprès de lui ; 
qu'eUe a pu même se flatter quelque temps qu'on 
viendroit à bout de ce grand dessein sans y employer 
des moyens aussi extraordinaires et aussi violents que 
ceux dont on s'y est servi dans la suite ; qu'elle n'a 
pas eu alors ou le pouvoir ou la volonté de les détour- 
ner, et que la bigoterie enfin est venue au secours de 
la prévention, et d'ailleurs de son entière résignation 
aux volontés et à l'engagement du Roi. Voilà l'état où 
les choses s'en trou voient à mon départ de France, il 
y a un an S et en sont encore, autant qu'on sait, et 
qui, après tout, d'une simple demoiselle, vieille, pau- 
vre, veuve d'un auteur burlesque, la suivante de la 
maîtresse du Roi, d'une cour d'ailleurs la plus galante 
de l'Europe, en a fait la confidente, la maîtresse, et, 
conmie on croit, l'épouse même d'un grand monarque, 

1. En marge sont écrits encore les mots : • Savoir en 1690. i 



PAR ÉZâCHIEXi SPAIfHEIM. 25 

et lorsqu'il se trouvoit encore dans la vigueur de Tàge 
et dans le comble de sa gloire. 

DE LA DÉMESURÉE PASSION DU ROI POUR LA GLOIRE. 

Ce qui ne peut (}ue paroitre d'autant plus étrange 
qu'en effet la gloire est l'autre passion du Roi qui le 
doaiine et le possède jusques à l'excès, et qui aussi 
a eu le plus de part aux événements fatals de nos 
jours. Gomme les qualités personnelles du Roi, les heu- 
reux succès de ses établissements ou de ses entreprises, 
l'état florissant de son règne dans ses finances, dans 
ses armées, dans ses généraux, dans ses conquêtes, 
joint aux flatteries ordinaires des courtisans et au génie 
soumis de la nation envers son prince, relevèrent bien- 
tôt au-dessus non seulement des monarques ou des 
souverains de son temps, mais de ceux même des 
règnes précédents, il s'accoutuma insensiblement à 
prendre goftt à ces éloges et à croire qu'ils n'étoient 
point sans fondement. On s'attacha à le faire seul 
l'auteur et le mobile de tous les heureux succès de 
son règne, à les attribuer uniquement à ses conseils, à 
sa prudence, à sa valeur et à sa conduite, bien plus 
qu'à ses forces, à ses ministres, à ses généraux et 
aux conjonctures. On ne garda même point de mesures 
à s'écrier sur toutes ses paroles et sur toutes ses 
actions, et a ériger des monuments à sa gloire, qui 
l'élevoient non seulement au-dessus des héros de sa 
race ou de ceux des autres peuples, mais bien au delà 
de la portée et des bornes de la condition mortelle. 
Il s'en fit aussi une confiance qui lui inspira une 
autre opinion de ses entreprises et de ses forces, et 



26 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

du mépris de celles de ses ennemis, et qui passa si 
avant qu'à lui faire considérer pour injure tout ce qui 
sembloit traverser ses desseins ou diminuer aucune- 
ment sa considération ou son autorité dans l'Europe. 
On peut même dire que c'est là son grand foible, fatal 
au repos de la même Europe, et la principale et véri- 
table source des révolutions malheureuses, soit à 
l'égard des af&ires de la Religion suscitées dans son 
royaume, soit à l'égard des affaires étrangères et des 
guerres passées depuis la paix des Pyrénées, et renou- 
velées malheureusement contre l'Espagne, contre la 
Hollande et contre l'Empire. C'est sur quoi il y aura 
lieu de faire quelques réflexions dans la suite, puis- 
qu'il n'est question en cet endroit que de s'arrêter à 
la personne du Roi, et d'en toucher les traits qui font 
son véritable caractère et qui, de là, se répandent 
sur les actions de son règne. Aussi ne peutr-on discon- 
venir que ce ne soit ce même attachement à la gloire 
et à la grandeur du monde, qui lui a fait passer par- 
dessus les lois divines et humaines, pour reconnoltre 
à la face de l'Europe et faire légitimer par des cours 
souveraines des fruits clandestins de ses amours cri- 
minelles, pour leur procurer même un rang plus élevé 
qu'il ne s'étoit vu, en pareil cas, sous d'autres règnes, 
et dont il sera encore parlé dans la suite. 

DE LA DÉVOTION DU ROI ET DE SES EFFETS. 

C'est à quoi on peut ajouter un penchant à la dévo- 
tion où on le croit se porter de plus en plus, et qui 
ne pourroit même que mériter un éloge particulier, 
s'il étoit conduit par plus de connoissances, et moins 



PAR ÉZéGHIEL SPANHEIM. 27 

par la direction de son confesseur, s'il n'avoit endurci 
son naturel, au lieu de TamoUir dans les rencontres, 
et enfin s'il ne s'en étoit formé ce grand et terrible 
orage qui est tombé sur ses bons et fidèles sujets de 
la Religion. Ce n'est pas qu'on ne puisse croire que la 
dévotion du Roi ne soit sincère, fondée sur les prin- 
cipes de sa religion autant qu'on la lui a fait con- 
noltre, et ainsi qu'il ne soit attaché .de bonne foi aux 
dbjets de son culte et de sa créance ; aussi lui voit-on 
une grande régularité et beaucoup de soumission dans 
toutes les fonctions ou exercices qui y ont du rapport, 
en sorte même que, comme j'ai déjà touché ci-des- 
sus, l'impiété et la profanation ^es choses sacrées, les 
blasphèmes, le libertinage, qui ont eu cours sous 
d'autres règnes, et peut-être sous celui-ci durant sa 
minorité, sont bannis de sa cour, sont punis quand 
on les connolt, et au moins font un obstacle invin- 
cible aux avancements des prétendants, pendant que 
les dévots, ou qui sont en réputation de l'être, trou- 
vent leur compte et leur fortune. Le choix, touché déjà 
ci-dessus ^ du duc de Beauvillier pour la charge de 
chef du Conseil royal, qui vint à vaquer par la mort 
du maréchal duc de Yilleroy, et encore du même duc 
choisi nouvellement, et depuis mon départ de France, 
pour gouverneur du duc de Bourgogne, en a été et 
est une preuve éclatante, puisque, du su et aveu des 
courtisans, c'est la seule qualité ou réputation de dévot 
qui lui a pu donner cette préférence pour l'un et pour 
l'autre emploi par-dessus d'autres compétiteurs plus 
aco^ités d'ailleurs et plus en passe pour les rem- 

1. Pages 23, 24. 



%S RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

plir. Tout cela sans doute pourroit mériter beaucoup 
de louange 9 et d'ailleurs avoir un véritable rapport 
aux obligations d'un roi très chrétien ; mais, comme 
les choses en apparence les plus saintes et les meilr 
leures intentions ont de ftcheux revers et produisent 
des choses funestes quand l'entendement n'est pas 
assez éclairé pour le garantir d'erreur ou de surprise, 
on peut dire aussi avec vérité que la dévotion du Roi 
n'a pu éviter ces deux fâcheux écueils, causés par 
l'ignorance, entretenus par la prévention, et fortifiés 
par les illusions de s'en faire un véritable mérite. C'est 
ainsi que, d'un côté, la crainte de la mort, à quoi le 
Roi est naturellement sensible, les réflexions sur les 
désordres de sa vie passée, l'envie de les expier, 
l'appréhension des jugements de Dieu, et là-dessus sa 
résignation aveugle aux directeurs de sa conscience, 
ont été capables de lui faire prendre des résolutions 
et d'en faire suivre de tristes effets. Je n'ai pas besoin, 
là-dessus, de retoucher ici la cruelle persécution sus- 
citée et poussée à bout dans son royaume, et par ses 
ordres sanglants, contre ses fidèles sujets de la Reli- 
gion, et dont il y aura lieu de parler encore dans la 
suite ; je dirai ici seulement qu'on ne peut que l'attri- 
buer à ces deux sources malheureuses dont je viens 
de parler : l'une, de la gloire du Roi, qu'on a su inté- 
resser à résoudre et à exécuter une entreprise qui 
paroissoit au-dessus des forces royales et de toute 
apparence d'y réussir, et ainsi à en faire la plus grande 
et la plus éclatante action de son règne ; l'autre, d'un 
zèle aveugle, prévenu par de fausses idées et intéressé 
à s'en faire un mérite devant Dieu, capable même de 
contribuer à l'expiation de ses crimes passés. C'est 



PAR ÉZÉGHIBL SPÂimEDf. 29 

d'où aussi oa peut juger qu'il n'y a guère d'apparence, 
à parler suivant le cours du monde et sans toucher 
aux ressorts admirables et cachés de la Providence, 
que cette disposition du Roi à une dévotion supersti- 
tieuse change avec l'âge et le temps; qu'il y en a 
plutôt à croire que les mêmes vues et considérations 
susmentionnées de l'état et de l'humeur du Roi, d'ail- 
leurs peu susceptible de réflexions sur sa créance plus 
solides et plus fondées, joint à l'intérêt qui se trouve 
de son confesseur et de la dame qui le possède entière- 
ment^ soit en femme, soit en confidente, que tout 
cela, dis-je, contribuera plutôt à l'y entretenir et à l'y 
afiermir. Ce qui est remarquable, et qui se recueille 
même assez de ce que dessus, c'est qu'on peut dire 
hardiment, sans blesser la vérité, que ce même esprit 
de dévotion ne se trouvera point accompagné jusques 
ici de rhumilité, de la charité, de la compassion, ou 
enfin de k modération qu'on attribue à un saint Louis, 
l'un de ses plus glorieux ancêtres ; aussi n'a-t-elle pas 
laissé, cette dévotion, de conunettre le fils avec le 
père, je veux dire de brouiller le Roi avec le défunt 
pape et le saint-siège, comme ils l'appellent, et de le 
porter à l'attaquer et à l'insulter en plusieurs manières. 
La cour de Rome, aussi bien que le parti du roi Jacques, 
peut encore attribuer à cette même dévotion le détrône- 
ment de ce roi, la ruine de ses affaires et de celles de 
la religion romaine dans l'Angleterre, et la grande 
révolution qui y est arrivée. C'est à quoi on ne peut 
nier que les exemples, la conduite, le conseil, les intel- 
ligences de la cour de France, l'appui au besoin qu'on 
s'en promettoit, n'aient donné le plus grand branle, 
et y [aient] engagé et précipité le roi Jacques, et 



30 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

par là porté la nation à y chercher le seul remède 
qu'on y pouvoit apporter. Cette dévotion n*a pas eu 
plus de crédit ou de suites pour détourner le Roi de ^ 
renouveler une guerre injuste, de rompre la foi des 
traités solennels, de n'en alléguer même ou y faire 
valoir que des motifs et des prétextes vains et fri- 
voles de précaution, de hauteur et de gloire; à^ y 
faire suivre immédiatement des ravages terribles, des 
désolations inoiiies, contre des princes et États de 
même religion, sans épargner les églises, ni monas- 
tères, ni tombeaux, ni ainsi tout ce qui peut être de 
plus sacré et de plus privilégié par les lois divines et 
humaines ; et le tout au lieu de tant de restitutions k 
faire, et à l'exemple d'un prince de son sang^, qui 
avoit bien moins sujet d'en faire , et qui en prit et 
exécuta une résolution généreuse et chrétienne, après 
un heureux retour à soi et une sérieuse réflexion sur 
sa conduite passée. Ajoutez le peu de rapport d'une 
véritable dévotion d'un roi très chrétien avec la oon- 
duiteàse rendre volontairement, par cette mêmeguerre, 
l'appui et l'associé de l'ennemi du nom chrétien , au 
moins, et dont on ne peut disconvenir, à l'y servir d'une 
puissante diversion, lui donner lieu par là de faire de 
nouveaux ravages dans les pays chrétiens, et enfin à 
le détourner, par cette même diversion, de oondure 
une paix stable et avantageuse à la même chrétienté ; 
c'est-à-dire que la gloire, dont j'ai parlé, remporta 
encore sur la dévotion , que la vue de demeurer arbitre 

i . À, dans le mcuiuscrit. 

2. Sic. 

3. En marge : « Le feu prince de Conti, père du prince vivant 
de ce nom et du dernier mort. » 



PAR ÉZÉGHIEL SPAITHBIM. 34 

des aflhires de l'Europe, d'en prescrire les conditions 
et d'en usurper les droits, d'y donner la loi quand il 
lui plaît, sans qu'on soit en droit d'y trouver à redire 
ou en état de s'y opposer, d'arriver enfin à ce but et 
de s'y maintenir par toutes sortes de moyens, que tout 
cela, dis-je, l'emporta sur toutes autres considérations, 
ou dirétiennes, ou morales, ou même de bonne et 
saine politique, qui l'en auroit* dû détourner, et ce qui 
peut-être seroit arrivé, si on eût donné lieu au Roi, et 
à temps, d'y faire les Iréflexions convenables, et, au 
contraire, s'il n'y eût été aidé ou porté par des conseils 
violents, artificieux, et surtout par des préventions 
prises de son foible susmentionné pour la gloire du 
monde et pour une dévotion aveugle, ou au moins peu 
éclairée. 

DBS FAVORIS OU SEIGNEURS LES PLUS AGGRÉDrfÉS 

AUPRÈS DU ROI. 

Mais, pour achever le portrait du Roi, ou en parti- 
culier celui de ses inclinations, il reste à parler de 
celles qu'il a fait paroltre jusques ici, non seulement 
pour la dévotion telle que je viens de dire, pour la 
gloire fausse ou véritable, et pour ses maltresses ou 
ses confidentes, dont il a été fait mention, mais aussi 
pour ses &voris, ou au moins ceux pour qui on lui a 
vu jusques ici plus de penchant et de distinction ; et, 
comme on ne peut mieux reconnoltre que par là le 
génie d'un prince , son fort et son faible , comme on 
parle, puisqu'ils sont plus les objets de son dioix et de 

1. Si€, en faisant accorder le verbe avec politique. 



32 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

son indioation que les ministres, portés souvent à ce 
poste ou par les conjonctures, ou [iar le besoin des 
affiiires, ou par reconnoissance de leurs services pas- 
sés, on ne peut aussi que réfléchir sur ceux qui se 
trouvent élevés à un degré, apparent ou véritable, de 
faveur et de confidence particulière de leur prince. 
Sur quoi on peut dire jusques ici que le Roi n'en a point 
eu dans ce haut point de faveur qu'on en a vu sous 
d'autres règnes, et, sans aller plus loin, que le conné- 
table de Luynes l'étoit sous le feu roi son père. 

DU COMTE DE LAUZUN. 

La faveur du comte de Lauzun, qui a paru celui 
pour qui le Roi a eu le plus de penchant, et qu'il a 
porté le plus haut, surprit d'autant plus les courtisans 
qu'elle avoit été précédée d'un emprisonnement du 
même comte pour punition des paroles hautaines avec 
lesquelles il traita le Roi et maltraita sa maîtresse, qui 
étoit la princesse de Monaco, dont il a été parlé, fille 
du feu maréchal de Gramont, et la proche parente du 
même comte. D'ailleurs, ce dernier, qui étoit un gen- 
tilhonunede Guyenne sans bien et sans appui, hors celui 
du même maréchal susdit, son oncle, brave véritable- 
ment, vif et entreprenant , mais fier à excès, parois- 
soit d'un caractère assez opposé à celui du Roi. Il 
n'avoit rien non plus dans l'extérieur qui pût gagner 
ou attacher l'inclination d'un prince d'un naturel rassis, 
modéré et sérieux, et le faire préférer à d'autres cour- 
tisans d'un tempérament et d'un génie plus conforme 
à celui de Sa Majesté. Cependant, ou Y étoile dudit 
comte, comme on parle, ou l'opinion que le Roi con- 



PAR éZÉGHIEL SPANHEIM. 33 

çut de l'intrépidité et de rattachement à elle seule de 
son favori, et aussi l'envie de se faire une créature 
particuUère, tant de son pur choix que d'un homme 
incapable, vu son humeur altière, d'autre dépendance 
que de son maître et de son bienfaiteur, tout cela, 
dis-je, engagea insensiblement Sa Majesté à l'honorer 
de sa confidence, de ses bienfaits, et à lui donner 
des marques d'éclat et de distinction : ce qui parut 
d'autant plus extraordinaire, que ce même comte ne 
gardoit aucun ménagement avec le marquis de Louvois, 
avec lequel il étoit fort brouillé, et en avoit peu d'ail- 
leurs pour la maltresse de Sa Majesté , qui étoit alors 
Mme de Montespan. Cette faveur, qui dura trois ou 
quatre ans malgré le pouvoir de la maltresse et le 
crédit du ministre, se perdit par l'endroit qui pensa 
l'élever au comble du bonheur, enfin à une fortune 
aussi extraordinaire pour un gentilhomme que celle 
d'avoir été sur le point d'épouser une cousine ger- 
maine du Roi et de devenir, par ce mariage avec 
Mlle de Hontpensier, un des premiers princes de son 
sang, et des plus grands et riches seigneurs du 
royaume. Il eut le malheur d'y échouer par l'obstacle 
imprévu qui y survint lorsqu'il s'y attendoit le moins, 
qu'il ne tint même qu'à lui de prévenir, qu'il ^ se tenoit 
sûr de son affaire, et lequel obstacle lui fut suscité par 
les sérieuses remontrances faites au Roi par le duc 
d'Orléans, son frère, et par le prince de Gondé. Aussi 
le dépit que ledit comte en conçut et en garda, malgré 
les bontés avec lesquelles Sa Majesté tàchoit de lui en 
adoucir le refus, celui qu'il eut encore dans la suite de 

i. Sic. 



34 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ne parvenir pas à la charge de colonel de l'infanterie fran- 
çoise, dont il fit sonder le Roi par Mme de Montespan, 
les emportements qu'il eut là-^lessus contre la même 
dame, qui étoit encore la maltresse favorite du Roi, 
et toutes les injures atroces qu'il lui dit, tout cda, 
dis-je, entraîna enfin la disgrâce de ce comte et son 
emprisonnement à Pignerol. Il n'en fiit tiré, après une 
prison étroite de près de dix ans, que par la cession 
que Mlle de Montpensier, avec laquelle on le tenoit 
marié secrètement, fit de la principauté souveraine de 
Dombes et autres terres au duc du Maine, fils du Roi 
et de Mme de Montespan. Il est vrai que la liberté et le 
retour à Paris dudit comte, qui y arriva durant mon 
séjour en France, en l'an 1 684, ne fut pas suivi du 
retour de sa faveur; que celui-là ne lui fut même 
accordé qu'à condition qu'il ne se tiendroit point à 
Versailles, et n'approcheroit de la personne du Roi 
qu'il n'y (ùi appelé : ce qui a duré jusques à la part 
qu'il a eue, dans le mois de décembre 1688, à la 
retraite en France de la reine épouse du roi Jacques, 
avec son fils réputé prince de Galles; c'est ce qui lui 
donna lieu de se présenter au Roi à Versailles, d'en 
être bien reçu, d'avoir permission d'y rester, et qui a 
été suivi d'un appartement qu'on lui a donné audit 
château de Versailles, comme aux autres seigneurs de 
la cour, et d'ailleurs de l'ordre de la Jarretière, que le 
roi Jacques lui a conféré avant son départ pour l'Irlande. 
Il n'y a pas apparence, après tout, que sa faveur revienne 
jamais au point où elle a été, tant par le naturel du Roi, 
peu porté à ces sortes de retour, et arrêté d'ailleurs 
par d'autres attachements qui l'en éloignèrent, que par 
le mérite présent du comte de Lauzun, dont le brillant 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 35 

de Tesprit a été fort affoibli par sa disgrâce et par sa 
prison. 

DU DUC DE LÀ ROGHKFOUGAULD. 

Le duc DE LA Rochefoucauld» appelé prince de 
MarcîUac du vivant du feu duc son père, avec un 
esprit et un mérite fort médiocre et fort inférieur à 
celui de ce duc, de son vivant un des plus beaux 
esprits, des plus heureux génies de la France, ne laissa 
pas de gagner Tinclination du Roi dès qu'il eut occa- 
sion de s'approcher de sa personne, d'en être tiré du 
nombre des courtisans de son rang par les traitements 
et par la confidence, honoré par là de plusieurs bien- 
faits, et, entre autres, des charges considérables de 
grand maître de la garde^robe du Roi, et ensuite de 
celle de grand veneur, dès qu'elle vint à vaquer par la 
disgrâce et ia mort du chevalier de Rohan, en 1 679* . 
Sa Majesté même ajouta une manière fort agréable et 
peu commune au présent qu'elle lui fit de la première 
de ces deux charges, en lui mandant par un billet de sa 
maio qu'il le félicitoit comme son ami de ce qu'il lui 
donnoit comme son maître : en quoi on ne peut dire 
ou juger autre chose sinon que Y étoile j conune on 
parle, vint au secours du mérite, ou plutôt qu'un na- 
turel éloigné ou incapable d'intrigues, d'irrégularité, 
de hauteur, tint lieu à ce seigneur de qualités plus 
solides et plus éclatantes, et que la pesanteur et quelque 
rudesse même du génie furent prises pour un sang iW>id 
et rassis. Il conserve encore ces charges et les bonnes 
grâces de son maître, quoiqu'avec moins d'éclat que 

i. Sic, pour 1674. , 



36 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

dans ]e temps qu'il les a obtenues : à quoi on peut 
ajouter l'appui qu'il chercha au poste où il se trouvoit 
par une alliance avec le marquis de Louvois, en faisant 
épouser à son fils, qu'on appelle le prince^ de la Ro- 
cheguyon, la filie dudit marquis, ce qui cependant n'a 
pas empêché que ledit fils de ce duc, et gendre du 
ministre, n'ait été exilé, il y a environ trois ans, et 
enveloppé en la même disgrâce que d'autres jeunes sei- 
gneurs de la cour, au sujet des lettres interceptées et 
fort licencieuses contre le Roi et Mme de Main tenon, et 
où le beau-père même, M. de Louvois, n'étoit pas 
épargné par son gendre. 

DU MARÉCHAL DE BELLEFONDS. 

Le maréchal DE Bellefonds, gentilhonunede Norman- 
die, du nom et famille de Gigault, a été un des seigneurs 
et officiers de la cour qui, durant quelques années, pa- 
rut d'avoir le plus d'ascendant sur lesprit du Roi. La 
chaîne de premier maître d'hôtel de sa maison, qui 
l'attachoit à un service actuel et régulier auprès de Sa 
Majesté, lui donna lieu de s'insinuer dans les bonnes 
grâces du Roi par les manières et la conduite d'un 
esprit vif, droit et régulier, d'un grand attachement à 
son devoir et auprès de la personne de Sa Majesté, et 
d'ailleurs par la réputation d'un homme fort entendu 
dans le métier de la guerre. Il quitta enfin cette chaîne 
de premier maître d'hôtel pour une autre plus consi- 
dérable, de premier écuyer de Madame la Dauphine, à 
son arrivée en France. Cependant la conduite qu'il tint 
dans la guerre passée de Hollande, où il conunanda 

1. Sic, pour duc. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 37 

rarmée en place de H. de Turenne, à n'obéir pas 
d'abord aux ordres du Roi pour l'évacuation des places 
conquises dans les Provinces-Unies, la disgrâce qu'elle 
lui attira, la dévotion dans laquelle il se jeta, et qui 
contribua à le tenir plus longtemps dans la retraite et 
l'éloignement de la cour, accoutuma aussi le Roi à se 
passer de lui : à quoi se joignit le peu d'intelligence 
entre ledit maréchal et le marquis de Louvois, et en- 
suite le malheureux succès du siège de Girone, en 
Catalogne, en 1 684, où il commandoit l'armée Fran- 
çoise, et ce qui confirma l'opinion qu'on avoit déjà de 
lui, comme d'un honune fort entier dans ses senti- 
ments, entêté de ses avis, et peu soumis naturelle- 
ment aux ordres de la cour et aux volontés du 
ministère : ce qui a aussi contribué à le tenir éloigné 
jusques ici de l'emploi dans la direction des finances 
à quoi plusieurs le destinoient depuis la mort de 
M. Golbert, et même de celui de chef du Conseil royal, 
qu'on appelle , où il se traite des finances , qui vint 
vacant par la mort du maréchal de Yilleroy, et dont 
on le jugeoit plus capable à s'en acquitter que le duc 
de BeauviUier, qui lui a été préféré, et dont il a été 
parlé ci-dessus ^ . 

DU DUC ET MARÉCHAL DE LA FEUILLADE. 

Le duc et maréchal de la Feuillade, connu ci-devant 
sous le nom du duc de ROAimois par son mariage avec 
l'héritière de cette maison, est encore un de ceux qui, 
à mon départ de France, avoit beaucoup de part, et 
qu'il conserve, autant que je sais, dans les bonnes 

1. Pages 23 et 27. 



38 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

grâces du Roi : à quoi il a eu aussi l'adresse ou le 
bonheur de se pousser de lui-mêmey sans obligation ou 
attachement à aucun ministre ou à la faveur des mat- 
tresses de Sa Majesté» et au contraire par une indépen* 
dance affectée de toute autre que de la seule personne 
du Roi. C'est par où aussi il sut s'insinuer et faire 
comprendre à Sa Majesté qu'il lui importoit d'avoir 
une créature et un officier de guerre auprès d'elle, 
détaché entièrement de la dépendance et des ordres du 
ministre qui en avoit d'ailleurs toute la direction : à 
quoi joignant, malgré l'humeur et le procédé, qu'il a 
naturellement brusque et impétueux, toutes les qualités 
d'un courtisan assidu, vif, pénétrant, et un attache- 
ment particulier à étudier l'humeur de son maître, à 
s'y conformer, et à ne perdre aucun moment de l'en- 
tretenir ou de lui plaire, et d'ailleurs la réputation de 
beaucoup d'intrépidité et de valeur, il en obtint [le] 
poste de colonel du régiment des gardes françaises, 
l'an 167SS, et dont il dispose absolument, sans en 
dépendre des ordres et recevoir la paye, comme font 
tous les autres corps et troupes de la maison du Roi 
ou du royaume, du commissariat de la guerre du 
marquis de Louvois. Le Roi a encore, de son pur 
mouvement et durant mon dernier emploi en France, 
honoré ledit maréchal du gouvernement du Dauphiné, 
dont il est originaire, et qui vint à vaquer par la mort 
du duc de Lesdiguières, arrivée en 1 683*. Pour ce qui 
regarde la guerre, il y a trois occasions où il s'est le 
plus signalé : l'une ^, parmi les chefs des troupes que le 



1. Sic, pour 1681 (9 mai). 

2. L'tui, dans le manuscrit. 



PAR ÉZiGHIEL SPANHEIM. 39 

Roi envoya eu Hongrie, au secours de TEmpereur 
contre le Turc, et en la bataille de Saint-Gothard, en 
1 663 S au gain de laquelle les troupes prétendent qu'il 
eut beaucoup de part ; Tautre, au siège de Candie, où 
il se rendit à la tète du secours qui y fut envoyé en 1 668, 
et y donna toutes les preuves d'une valeur intrépide, 
quoiqu'avec peu de succès pour le besoin de la place ; 
et la troisième, à retirer les François hors de Messine, 
où, sous prétexte d'en être le vice-roi, il fut envoyé 
comme à une expédition qui vouloit beaucoup d'intré- 
pidité et de résolution, et qui lui réussit. Il y a d'ail- 
leurs quelques années que, pour flatter la gloire du 
Roi et montrer combien il en étoit zélateur particulier, 
il prit le dessein de faire faire à ses dépens uoe statue 
colossique du Roi, en bronze, couronnée par la Victoire, 
avec d'autres ornements, soit du piédestal, soit de bas- 
reliefs élevés en pyramide aux quatre coins de la place, 
où étoient gravées les actions les plus éclatantes arri- 
vées sous le règne de Sa Majesté, embellies de devises 
magnifiques, et laquelle place où elles sont en porte 
depuis le nom de la Victoire. La dédicace s'en fit solen- 
nellement, il y a bientôt trois ans passés^, avec Tassi- 
stance de toute la cour, qui s'y rendit de Versailles, la 
présence du régiment aux gardes, dont ce duc est 
colonel , et de plus d'une cavalcade du prévôt des 
marchands, des échevins et du reste du Magistrat 
de la ville de Paris. Au reste, ce duc est du nom et de 
la maison d'Âubusson, le grand maître de Malte qui 
défendit l'Ile de Rhodes contre le Turc dans l'an [1 480] ^ 

' 1. Sic, pour 1664. 

2. Le 28 mars 1686. 

3. La date est restée en blanc. 



40 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

et a pour frère l'évèque de Metz, d-devant archevêque 
d'Embrun et ambassadeur en Espagne au temps de la 
rupture de la paix des Pyrénées par la guerre faite en 
Flandres en Tan 1667. 



FAMILLE ROYALE. 

Le Dauphin^ né dans Tannée 1 661 , est d'une taille 
au-dessous de la médiocre, ramassée, d'un visage plein, 
beau, et qui a également de la douceur et de la ma- 
jesté. Il a été élevé en premier lieu par les soins de la 
maréchale de la Mothe , sa gouvernante , et ensuite , 
dès qu'il. eut atteint l'âge de sept ans, par ceux du duc 
de Montausier, qu'on lui donna pour gouverneur, et 
qui fut préféré à d'autres compétiteurs, tant par la 
faveur de la duchesse sa femme, dame d'honneur de 
la Reine et alors la confidente des amours du Roi 
pour Mme de Montespan, que par la considération de 
la probité et du mérite particulier de ce duc, de son 
esprit droit, rigide, fort opposé à la foi blesse et com- 
plaisance ordinaire des courtisans; il étoit d'ailleurs 
également recommandable par son courage, qu'il avoit 
signalé dans sa jeunesse et en des emplois et occasions 
considérables durant la grande guerre d'Allemagne, 
sous le règne passé, et par ses connoissances et ses 
lumières, particulièrement dans les belles*lettres : ce 
qui le rendoit, sans contredit, le seigneur le plus savant 
et le plus éclairé, comme il étoit d'ailleurs le plus ver- 
tueux, de la cour. Tout cela fit aisément déterminer le 
Roi à lui confier l'éducation du Dauphin, et d'autant 
plus qu'il jugea, par quelques traits d'une humeur 



PAR ÉZÉGHIEL SPAlfHEIM. 41 

opiniâtre et revéche de ce prince encore enfant, qu'il 
avoit besoin d'être tenu en bride et élevé avec plus 
de sévérité que de relâchement. Le duc de Montausier 
ne manqua pas d'y répondre â ce qu'on s'y attendoit 
de lui, et d'y apporter tout le soin et l'attachement 
qu'une charge aussi importante que celle de former 
les mœurs et l'esprit d'un héritier de la couronne 
pouvoit exiger. Il s'y donna aussi tout entier, et dans 
la vue de le faire également instruire dans la piété et 
dans les sciences dignes de l'application d'un grand 
et jeune prince, et d'en réparer par là le défaut qu'on 
avoit apporté â l'éducation du Roi, qui depuis s'en 
étoit plaint souvent. 

Le duc, à cet efiPet, se servit de l'aide de l'évèque de 
Gondom, aujourd'hui évéque de Meaux, choisi pour 
précepteur, et de l'abbé Huet, à présent évéque de 
Soissons, pour sous-précepteur du Dauphin , l'un et 
l'autre déjà célèbre et recommandable par leur 
vertu, par leur esprit et par leur savoir, quoique 
dans un divers genre d'érudition. Leur occupation 
particulière, et à des heures diverses, où ils y va- 
quoient séparément, fut d'instruire le Dauphin dans la 
religion et dans les devoirs qu'elle exige , de lui donner, 
à mesure qu'il se fortifioit par l'âge, les principes de la 
langue latine, de lui en lire et expliquer les bons 
auteurs, de lui apprendre l'histoire ancienne et mo- 
derne, et de l'accoutumer à y faire de bonne heure 
des réflexions convenables à un prince qui les doit un 
jour mettre en pratique, ou qui doit s'en garantir. 
C'est dans cette même vue que le duc de Montausier 
prit le dessein, en l'an 1668, qu'il venoit d'être élevé 
à ce poste de gouverneur du Dauphin, je veux dire de 



42 RELATION DE LA GOUR DE FRANGE 

faire publier les principaux anciena auteurs latins ea 
prose et en vers, avec des panqphrases et des notes à 
en rendre et expliquer le sens littéral et la force, sans 
s'y étendre sur des remarques hors du sujet ou pure- 
ment critiques, qu'il croyoit moins nécessaires pour 
l'étude d'un jeune prince, et être cependant la tàdie 
ordinaire des commentateurs modernes sur les mêmes 
auteurs, et qu'on publioii entre autres en Hollande, 
sous titre de Notœ variarum. Ce dessein, en soi qui ne 
pouvoit être que très louable et très utile, et qui, dans 
la suite, a produit ce grand nombre d'anciens auteurs 
publiés en France sous le titre spécieux : cum interpre- 
tatione et notis in usum Delphinif n'a pas eu tout le 
succès qu'on s'en pouvoit promettre, ni répondu à 
l'attente publique, par le choix peu heureux des per- 
sonnes, si l'on en excepte un fort petit nombre, qui y 
ont travaillé, et par la manière dont ils s'en sont 
acquittés. C'est ce que le même duc de Montausier n'a 
pas dissimulé, non plus que le déplaisir qu'il en avoit. 
Mais, pour revenir au Dauphin, on ajouta dans la suite, 
et à mesure qu'il se rendoit capable de son instruction, 
des habiles maîtres dans les mathématiques, particu- 
lièrement pour lui enseigner celles qui sont le plus 
requises pour l'instruction et l'usage d'un prince, telles 
que la géographie ancienne et moderne, les principes 
de la géométrie, et l'architecture civile et militaire, 
outre l'art de dessiner, à quoi il prenoit beaucoup de 
goût. 

Tout cela, el le grand soin qu'on y apportoit par 
les ordres et l'application particulière de son gouver- 
neur, ne pouvoit que rendre le Dauphin fort édairé, 
et au delà même de ce qui s'étoit vu jusque-là dans 



PAA ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 43 

les princes de son sang et de sa nation, et ce qui appa- 
remment auroit eu aussi plus de succès, et lui en 
auroit laissé des impressions plus avantageuses, si on 
l'y avoit plus ménagé, si on se fût autant attaché à lui 
rendre l'étude agréable que nécessaire, à la lui faire 
goûter plutôt par inclination que par devoir, et ainsi 
à lui donner plus de relâche et moins de dégoût : ce 
qui a paru dans la suite, et dès qu'il est sorti, comme 
on dit, de tutelle par son mariage arrivé en 1680, et 
en la dix-neuvième année de son âge. On lui vit dès 
lors une assez grande adversion pour tout ce qui res- 
sentoit l'étude, peu d'inclination pour la lecture, et 
ainsi un éloignement visible à cultiver ou à approfondir 
davantage les diverses lumières et connoissances qu'on 
avoit tâché de lui donner jusque-là , et , ce qui sur- 
prit davantage, peu de marques même d'en avoir 
profité. Son esprit, dont on avoit publié ou attendu 
de merveilles, ne brilla par aucun endroit. Il parois- 
soit surtout médiocre dans les audiences des ministres 
publics, où il ne faisoit que prêter de l'attention, sans 
y répondre que par des signes de tète et deux ou trois 
mots prononcés d'un air timide, embarrassé, et sans 
même qu'on les pût bien entendre. Sa conversation 
familière ne paroissoit pas moins contrainte, peu 
libre ou accompagnée d'un air et d'un entretien qui 
répondit à son rang et à son éducation. Il parut même, 
assez longtemps après son mariage, et dans une cour 
d'ailleurs aussi galante, peu attaché ou sensible à 
aucun divertissement particulier, hors le penchant 
qu'on lui vit pour la chasse, et qui s'est augmenté de 
plus en plus : ce qui étoit attribué par les uns à défaut 
de génie, et par d'autres à la grande contrainte dans 



44 RELATION BE LA COUR BE FRANGE 

laquelle il avoit été élevé, au profond respect qu'il 
avoit pour le Roi, et à quelque défiance où il étoit 
pour ceux qui Tapprochoient, et qu'il croyoit gagés 
à veiller sur ses discours et sur ses actions : à quoi ne 
put encore que contribuer Téloignement où on le te- 
noit des afiPaires, en sorte que, jusques en Tannée 1 689, 
il n'avoit jamais été appelé au Conseil du ministère, le 
seul où se traitent toutes les grandes affaires, et n'y 
avoit que le Conseil des finances, qui se tient aussi 
devant le Roi, deux fois la semaine, où il avoit pouvoir 
de se trouver quand il vouloit, de même qu'à celui 
des dépèches, qu'on ne tient qu'une fois dans la quin- 
zaine. D'ailleurs, il vivoit fort régulièrement avec 
Madame la Dauphine, et en témoignant beaucoup 
d'égard et de considération pour elle. Ce n'est aussi 
que trois ou quatre ans après son mariage qu'on com- 
mença de s'apercevoir de quelque penchant qu'il avoit 
pour une de ses filles d'honneur nommée Mlle de 
Rambures, qui, sans avoir une grande beauté, avoit 
un tour d'esprit adroit, insinuant, porté à l'intrigue, 
et ainsi capable d'entretenir l'inclination d'un amant de 
cette importance : ce qui fit prendre le parti, dans la 
suite, de la marier à un jeune gentilhonmie de 
Guyenne nonuné le marquis de Polignac, et de l'éloi- 
gner de la cour, où on ne la vit depuis que très rare- 
ment. Le Dauphin, de son côté, fit succéder à cette 
première inclination une seconde, pour une autre fille 
d'honneur de Madame la Dauphine, qui avoit plus de 
jeunesse, plus de beauté et moins d'esprit : ce fut 
Mlle de la Force, fille du duc de ce nom, née et 
élevée, comme le reste de sa famille, dans la religion 
réformée, mais qui, ayant suivi l'exemple d'une sœur 



PAR ÉZÉCHIEL SPAimEIlf. 45 

atoée, laquelle avoit embrassé la religion romaine en 
bigote, prit aussi le parti d'une véritable convertie, 
quoiqu'il n'en fût pas de même du duc son père, qui, 
après une longue résistance et des traitements assez 
rudes pour un seigneur de ce rang, avoit bien eu la 
foiblesse de signer^ comme on parle en France, mais 
nullement d'abandonner par là sa créance, ou de con- 
sentir à aucun acte qui en pût servir de préjugé. Il ne 
put cependant empêcher que, comme on lui avoit 
enlevé ses enfants en assez bas âge, qu'il avoit de la 
duchesse vivante, sa seconde fenmie et demeurée 
ferme jusques ici dans la profession de la religion réfor- 
mée, cette fille qu'il avoit du premier lit ne fût prise 
pour fille d'honneur de Madame la Dauphine, dont on 
lui donna le poste avec une pension considérable. Le 
Dauphin, dans la suite, ayant conçu ou marqué de 
l'inclination pour elle, et dont il ne se cachoit guère, 
cela joint à quelque intrigue qui se passa avec deux 
autres filles d'honneur de la Dauphine et filles du 
comte de Gramont, et où le Dauphin étoit mêlé avec 
le marquis de Gréquy, fils du maréchal de ce nom et 
qui en fut exilé, cela, dis-je, joint à une autre aven- 
ture d'ailleurs peu considérable, donna lieu, sous un 
autre prétexte, et du consentement de Madame la 
Dauphine, de lui ôter les- filles d'honneur, qui furent 
renvoyées chez leurs parents, et sans qu'il y en ait 
plus qui occupent ce poste depuis ce temps-là. Et, 
comme Mlle de la Force étoit cependant restée à la 
cour, chez la duchesse d'Arpajon, dame d'honneur de 
la Dauphine, et ainsi dont la présence entretenoit l'in- 
clination du Dauphin, on trouva moyen de la marier 
au comte du Roure, fils du lieutenant du roi de ce 



46 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

nom de la province du Languedoc, et avec la survi- 
vance de la charge du père, qu'on donna au fils en 
considération de ce mariage. 

D'ailleurs, outre ces inclinations susdites que le 
Dauphin fit paroltre successivement, et une autre 
intrigue qui fut découverte par son premier valet de 
chambre, avec une des fenmies de chambre de la 
Dauphine, et dont celle-là fut bientôt exilée, son plus 
grand attachement redoubla pour la chasse, et, entre 
autres, celle du loup, pour laquelle il se donnoit peu de 
relâche : à quoi succéda, dans l'automne 4688, la 
campagne du siège de Philisbourg, où il Ait envoyé 
après l'épreuve que le Roi fît du secret qu'on lui avoit 
confié de ce dessein quelques semaines auparavant, et 
qu'il avoit su garder religieusement. On lui donna 
pour surveillant de sa conduite le duc de BeauviUier, 
un des quatre premiers gentilhommes du Roi et chef 
du Conseil royal des finances, dont il a été parlé 
ci-dessus, et ce, en considération du caractère de ce 
seigneur, que j'y ai touché, d'honmie dévot, régulier 
et ennemi du vice. Le succès de ce siège, conduit 
d'ailleurs par les ordres du maréchal de Duras, et 
encore plus par ceux de l'intendant Vauban, ne manqua 
pas d'attirer au Dauphin les applaudissements insépa- 
rables des premiers exploits qui se font sous le nom 
et avec la présence des jeunes princes. Ce qu'on loua 
le plus en lui fut l'attachement qu'il y fit paroitre à 
apprendre le métier de la guerre, à se trouver dans 
les ouvrages et les approches autant qu'on le lui per- 
mettoit, à rendre un compte exact, et de sa main, au 
Roi, presque par chaque jour, de tout ce qui se pas- 
soit au siège, mais encore plus son humeur généreuse 



PAR ÉZÉGHIEL 8PANHEDi. 47 

et libérale à assister d'argent, de son pur mouvement , 
les oflBciers qu'il connoissoit ou apprenoit en avoir 
besoin, et en soulager les troupes : ce qui aussi lui 
avoit gagné l'affection de l'année, et n'a pas peu con- 
tribué peut-être à n'avoir pas continué à lui en donner 
le commandement. La conduite qu'on apporta depuis 
son retour à ne point tenir les capitulations solen- 
nelles faites sous son autorité et en sa présence, à la 
réduction de Hadelberg et de Mannheim, et au con- 
traire à les enfreindre avec autant de violence et de 
barbarie qu'on a fait, ne lui donna pas lieu d'en 
demeurer ou d'en paroitre satisfait, comme il donnoit 
assez à connoltre dès lors que Madame lui parla des 
menaces ou premières vexations qu'on en faisoit. 
Après tout, le grand et profond respect dans lequel il 
a été élevé et qu'il conserve pour le Roi , le peu de 
part qu'on lui donne des affaires du gouvernement, 
joint à son humeur naturellement posée et éloignée de 
tout empcNrtement, ne lui a guère donné lieu d'aller 
plus loin et d'en venir là-dessus à des reproches et 
des marques de ressentiment, quoique justes, tels 
qu'on l'a publié quelquefois dans les nouvelles. Au 
reste, il a toujours bien vécu, conmie j'ai déjà dit, avec 
Madame la Daupfaine, malgré les attachements sus- 
mentionnés, ou plutôt le penchant ' qu'il en faisoit 
pan^tre, et a d'ailleurs une particulière liaison d'amitié 
et de confidence avec la princesse de Gonti, fille du 
Roi et de la Vallière. 

A l'égard de ses favoris ou des seigneurs de la cour 
qu'il fréquente le plus, on peut mettre le duc de Ven- 
dôme et son frère le Grand*Prieur, arrière-petit-fils 
naturels de Henri IV, qui le régalèrent entre autres 



48 RELATION BE LA COUR DE FRANCE 

magnifiquement et avec le concours de toutes sortes 
de passe-temps de jeux, de chasse et de comédie» 
d'opéra, de bonne chère, qu'on faisoit succéder les 
uns aux autres, et ce, durant quelques jours, dans leur 
maison de campagne, à Ànet ; et ce qui fut suivi, peu 
de temps après, par le prince de Gondé d'aujourd'hui, 
dans la maison et parc de Chantilly. Enfin, il est 
difficile de répondre précisément par le peu d'occasion 
qu'on lui en donne ou qu'il en affecte, je veux dire de 
ce qu'on peut attendre ou se promettre du Dauphin 
au cas qu'il vienne un jour à la couronne. Ce qu'on en 
peut dire ou recueillir jusques ici, c'est le caractère d'un 
grand fond de bonté, de douceur, de débonnaireté, 
d'une humeur libérale et bienfaisante, comme j'ai 
déjà dit, peu emporté, et à quoi je puis ajouter peu 
remuant et inquiet, d'ailleurs d'un esprit médiocre, et 
réservé plutôt que vif et fort enjoué, d'un attachement 
insatiable pour la chasse, et d'une indifférence assez 
grande et peu réfléchie pour d'autres occupations 
sérieuses. 

BE LA DAUPmNE. 

Madame la Dauphine, soeur de l'électeur de Bavière, 
née à Munich en novembre 1 660 , fut mariée en jan- 
vier 1680. Le marquis de Groissy, deux ou trois mois 
auparavant, et au retour de l'ambassade deNiemeguen, 
y fiit envoyé pour en faire la demande et ajuster les 
conditions, dont l'une ne lui réussit pas, qui étoit 
d'engager un mariage réciproque, à savoir de l'électeur 
de Bavière avec Mademoiselle , fille du duc d'Orlé^qs 
frère du Roi, et laquelle a été mariée depuis au duc de 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHRIM. 49 

Savoie. Le duc de Gréquy, premier gentilhomme de la 
chambre du Roi et connu d'ailleurs par l'affaire des 
Corses suscitée durant son ambassade à Rome sous le 
pape Alexandre VII , fut chargé d'aller porter les présents 
à l'épouse et de l'épouser au nom du Dauphin ; mais 
la difficulté qu'il trouva à faire agréer à la cour de 
Bavière qu'en qualité d'ambassadeur extraordinaire, 
qu'il prendroit le jour du mariage, et dans cette fonc- 
tion, il pût précéder l'Électeur, et qui ne put être 
surmontée, fit prendre le parti d'en laisser faire la 
cérémonie au duc Maximilien, oncle de l'Électeur et 
de la Dauphine. Le départ de cette princesse suivit 
bientôt son mariage, en sorte qu'elle arriva au com- 
mencement de mars suivant, 1 680, à Chàlonsen Cham- 
pagne, où la cour de France s'étoit rendue, et où le 
mariage fut renouvelé et s'accomplit. Les lumières de 
son esprit, jointes aux charmes de son entretien et à 
d'autres attraits de sa personne, suppléoient abondam- 
ment à ce qui pouvoit manquer aux agréments du 
visage, ou, pour mieux dire, aux traits d'une beauté 
régulière. On ne laissoit pas de lui voir la taille belle 
et aisée , l'air noble, quoique moins brillant , le teint 
vif, bien que sans éclat, les yeux grands et non sans 
pénétration, quoique l'entre-deux qui les sépare, 
oonune d'ailleurs le nez et la bouche, n'eussent pas les 
mêmes agréments ; en échange, de beaux cheveux d'un 
clair brun, et en grande quantité ; enfin, tout le main- 
tien digne d'une grande princesse. On peut même 
ajouter que le séjour de la cour de France lui donna 
insensiblement un air plus adouci et plus ouvert qu'elle 
ne l'y avoit porté. Quoi qu'il en soit, elle plut et surprit 
même la cour, dès son arrivée, par la noblesse de 

4 



50 RELATION DE LA COUR BE FRANCE 

son port^, par la justesse et la vivacité de ses compli- 
ments ou de ses réparties, par les traits d'un esprit 
également délicat et éclairé, et enfin par les manières, 
qui n'avoient rien de contraint ou de trop libre , et 
ainsi par des qualités que les courtisans ne s'atten- 
doient pas de trouver à ce pointrlà dans une princesse 
qui venoit d'un climat aussi opposé, comme on 
croyoit, à Tair, à l'esprit et aux manières polies et 
aisées de la cour de France. On lui trouva d'ailleurs 
le discernement fort fin et fort juste, un goût exquis et 
accompagné de beaucoup de lumières pour les beaux- 
arts ou pour les ouvrages d'esprit, et en partie' 
pour la musique et pour les pièces de théâtre, beau- 
coup d'agrément et de disposition pour la danse, et 
d'ailleurs une facilité, jointe à une justesse d'expres- 
sion et de langage en françois et en italien, qui ne 
pouvoit être plus grande dans une princesse née et 
élevée dans l'un ou dans l'autre de ces deux pays : ce 
qui étoit, en même temps, soutenu par un entretien 
raisonné et agréable, qui avoit du brillant et du solide 
et qui lui faisoit toujours beaucoup d'honneur dans 
les audiences qu'elle donnoit aux ministres publics et 
dans les réponses qu'elle leur adressoit. Elle sut même 
conserver partout son rang, sa dignité et la considé- 
ration qui leur est due, et en rendre par là d'autant 
plus sensibles et agréables les manières obligeantes et 
distinguées dont elle honoroit les personnes qu'elle en 
jugeoit dignes ou pour qui elle témoignoit quelque 
penchant. Tout cela répara aisément, comme j'ai dit 

1. Port corrige esprit. 

2. Le raanuscrit porte bien partie; mais il faudrait sans doute 
lire : particulier. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 51 

et qu'on le croira sans peine, quelques traits moins 
délicats et un tour moins régulier du visage, surtout 
lorsqu'on lui vit joindre de plus en plus une grande et 
exacte régularité dans toute sa conduite, une vertu 
solide et chrétienne, une humeur réfléchie sur ses 
actions et sur ses discours, entre autres un attache- 
ment particulier à s'insinuer dans les bonnes grâces 
du Roi et à gagner ou conserver celles du Dauphin. 
Aussi n'eut-elle pas de peine à y réussir par une route 
aussi propre à y atteindre, et ce qui ne put encore 
que redoubler par son heureuse conduite, qui, après 
une fausse couche dont on appréhenda les suites, a 
donné trois princes : les ducs de Bourgogne, d'Anjou 
et de Berry; ce qui fîit encore suivi de quelques 
fausses couches. Mais aussi eut-elle le malheur d'en 
prendre et d'en conserver des incommodités fâcheuses 
qui ont ruiné sa santé, changé et altéré sa constitution, 
et gâté sa taille, et ainsi qui commençoient à lui enle- 
ver une partie des avantages extérieurs, et dont il a 
été parlé, de sa personne. C'est aussi ce mal qui l'a 
engagée, depuis quelques années en çà qu'il a com- 
mencé sans que le public des courtisans s'en aperçût 
ou fût instruit, qui l'a engagée, dis-je, à aimer encore 
plus la retraite qu'elle ne faisoit auparavant, à garder 
fréquemment le lit et la chambre, et ainsi à prendre 
moins de part dans les divertissements de la cour, 
surtout des parties de promenade, enfin à se mettre 
dans les remèdes, et à les changer suivant le besoin 
ou les occasions qui s'en présentoient : ce qui ne put 
d'ailleurs qu'éclaircir mieux les courtisans et les dames 
qui l'ignoroient jusque-là des véritables motifs des 
fréquentes retraites et du peu d'intérêt qu'elle pre- 



59 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

noit dans les plaisirs susdits, et particulièrement à 
l'égard de ceux qui vouloient de Tèxercice et du mou- 
vement incompatible avec son état, et ainsi à les con- 
vaincre de rinjustice qu'on lui avoit faite de l'attribuer 
assez longtemps à une humeur trop retirée, trop par- 
ticulière, ou même trop hautaine; et comme ces 
incommodités et leurs suites inévitables, qu'on croyoit 
tenir déjà de l'hydropisie, redoublèrent de plus en 
plus et n'en devinrent par là que trop visibles, aussi 
la compassion qu'on eut des soufirances et du danger 
de cette grande princesse prit la place des autres 
sentiments susmentionnés qu'on avoit auparavant sur 
son sujet. 

Cependant, comme il est bien difficile de trouver le 
secret de plaire indifféremment par des endroits plus 
ou moins conformes au génie d'une cour aussi grande 
et aussi difficile à contenter, et composée de personnes 
qui y sont dans une situation assez différente et assez 
opposée d'esprit, d'humeur et de conduite, il en est 
aussi arrivé que toutes ces grandes et belles qualités 
de Madame la Dauphine n'ont pas toujours eu le même 
applaudissement ou le même succès : en sorte que des 
personnes de la cour, de l'un et de l'autre sexe, qui n'au- 
roient pas eu sujet de blâmer ses retraites, ne laissoient 
pas de blâmer son indifférence ou son peu d'application 
pour contribuer à les divertir, à lui désirer à ce sujet 
plus de penchant pour la joie et pour les plaisirs, plus 
de familiarité et moins de distinction dans son abord et 
dans son entretien,, plus d'ouverture et d'enjouement 
dans son humeur et dans le commerce du monde, 
moins de régularité, ou dans les devoirs qu'elle exige, 
ou dans ses attachements pour le Dauphin, et ainsi qui 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 53 

la portoient, par l'effSet de sentiments à leur dire trop 
scrupuleux et trop délicats, à vouloir lui retrancher 
les occasion sconformes d'ailleurs à Tâge et aux incli- 
nations de ce prince. 

On peut ajouter à ces sortes de préjugés d'une 
partie de la cour touchant l'humeur ou la conduite de 
cette princesse la confidence particulière et la ma- 
nière qu'elle prit, et qu'elle garde jusqu'ici, avec une 
de ses filles, nommée Mlle Bessola^. C'est une fille 
piémontoise, dont le père, en qualité de médecin, sui- 
vit rélectrice de Bavière, mère de Madame la Dauphine, 
et laquelle, lui ayant servi de femme de chambre dès le 
bas âge de sa maîtresse, est aussi la seule qui lui est 
restée des femmes qu'elle avoit enmienées^ avec elle de 
Munich en France. Cette considération, jointe à l'atta- 
chement connu de cette fille, à son zèle et dévouement 
entier pour sa maîtresse, à l'amitié particulière dont 
celle-ci étoit déjà prévenue en sa faveur, à l'habitude 
qui s'en étoit formée entr'elles dès le jeune âge de la 
Dauphine, ne put que donner lieu à redoubler dans ce 
nouveau séjour de la cour de France, et où cette prin- 
cesse ne se trouvoit environnée que de personnes du 
sexe qui lui étoient nouvelles et étrangères, et ainsi 
pour qui elle devoit avoir nécessairement plus de 
réserve et de précaution : ce qui, joint encore à la 
bonne et sage conduite de cette fille, fit aussi que sa 
maîtresse la choisit pour lui tenir compagnie assidue 
dans les heures de retraite et qu'elle pouvoit dérober 
aux yeux et à la foule de la cour, et des dames mêmes 



1 . Bezola, dans le manuscrit. 

2. Ammenées. 



54 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

OU demoiselles de sa suite, à ne s'y entretenir qu'avec 
la seule Bessola, à en faire l'unique dépositaire de ses 
pensées, de ses réflexions et de sa conduite, et même 
à n'en faire pas un mystère : ce qui, sans doute, n'avoit 
garde de se trouver entièrement du goût de la nation 
et d'une cour qui, en tous cas, auroit voulu une con- 
fidente ou une favorite françoise et de plus d'éclat, et 
d'ailleurs qui eût cherché ou été d'humeur à en faire 
valoir le poste ; car on peut dire, à la louange de cette 
fille, qu'elle n'en abuse point, qu'elle ne fait point 
par là d'affaires à sa maîtresse ou à d'autres, cpi'elle 
n'entre en rien que dans le seul et particulier attache- 
ment à lui plaire, à la divertir ou à la soulager dans 
les maux ou dans les déplaisirs inséparables des con- 
ditions les plus élevées et, en apparence, les plus heu- 
reuses dans le monde, et qu'enfin toute cette faveur et 
cette distinction, qui d'ailleurs ne sauroit être plus 
grande et plus connue, se réduit après tout au com- 
merce particulier, domestique et innocent entre la 
maltresse et la confidente. Cependant il n'a pas laissé 
d'attirer de la considération pour cette fille, de faire 
rechercher son amitié aux personnes qui ont envie de 
plaire à Madame laDauphine, de la distinguer d'ailleurs 
du rang de ses femmes de chambre, et dont elle ne 
faisoit plus les fonctions : ce qui parut, entre autres, à la 
tailettôy comme on en parle en France, de cette prin- 
cesse, où on a coutume^ de la voir, et où la Bessola 
se trouve présente et à côté d'elle, à l'entretenir pen- 
dant que ses femmes de chambre l'habillent ou la 
coiffent, et d'où elle se retire ensuite dès que le 

1. Accoutume, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉCHIEL SPAimSIM. 55 

oerde se remplit et que les filles d'honneur de la Dau- 
phine s'y trouvent. Aussi a-t-elle un train et un appar- 
tement séparé à Versailles, au-dessus de celui de sa 
maltresse, où on la peut voir, mais où elle évite sage- 
ment de donner beaucoup d'accès aux visites des gens 
de la cour de l'un et de l'autre sexe, pour ne laisser 
aucune prise sur elle et pour se donner toute entière 
à sa maltresse. Elle n'a pas laissé, malgré toute cette 
conduite, de croire qu'une maladie de consomption et 
de langueur dont elle a été atteinte depuis quelques 
années venoit d'être empoisonnée, et l'a même dit 
plus d'une fois à des personnes en qui elle avoit 
quelque confiance. 

Au reste, je me suis un peu étendu sur ce sujet et le 
caractère de Madame la Dauphine , et de ce qui y a 
du rapport, comme s'y agissant d'une princesse alle- 
mande et de maison électorale, qui, depuis la mort de 
la reine de France, en remplissoit déjà comme le 
poste, et en devoit porter un jour la qualité, si le 
mauvais état de sa santé ^ n'abrège ses jours. Elle a un 
bon et un grand cceur, une âme droite et sensible, 
des sentiments nobles et généreux ; elle en conserve 
de fort obligeants, et même de tendres, pour sa patrie, 
pour sa maison, et pour les électeurs ses frères en 
particulier. 

DU DUC d'Orléans, frère du roi. 

Le duc d'ORLÉANS, frère unique du Roi, et qu'on 
appelle en France du seul nom de Monsieur, né en 

1. Ici récriture change jusqu'à la fin de Tarticle, qui doit avoir 
été terminé (c'est une fin de page) par Bpanheim lui-môme. 



56 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

septembre 1640, et d'une taille médiocre, fort au- 
dessous de celle du Roi, d'un visage et d'un teint plus 
délicat, dont il prend aussi plus de soin, d'une taille 
plus déliée, et enfin qui, dans tout l'extérieur, a peu de 
rapport avec celui de Sa Majesté. Il n'y a pas moins de 
différence dans leur humeur, leur procédé et leurs 
incUnations. Celle de Monsieur, comme on l'appelle, 
est toute portée aux plaisirs, éloignée d'aucune appli- 
cation sérieuse, et ainsi plus caressante, plus ouverte, 
et plus insinuante que celle du Roi : d'où lui vient un 
procédé civil, obligeant et fort régulier même, envers 
les personnes qui l'abordent ou qui lui font la cour. 
Aussi se plalt-il qu'on la lui fasse, et à n'être pas 
négligé par les courtisans, ou même par les ministres 
étrangers qui fréquentent la cour, et ainsi qu'on se 
trouve à son lever, qui est d'ordinaire assez tard, et 
quelques heures après celui ^ du Roi. Gomme U est 
curieux à l'excès de sa parure et de son ajustement, 
aussi met-il en usage tout ce qui peut y contribuer, 
jusqu'à porter dans les bras des bracelets de pierre- 
ries, et à ne rien omettre de ce qui peut entretenir la 
fraîcheur ou l'éclat de son teint. Il aime assez à parler, 
et d'où vient que, dans les repas, qu'il prend d'ordi- 
naire avec le Roi et le reste de la maison royale, on 
n'entend presque que lui durant le même repas. Ses 
entretiens, après tout, ne partent pas d'un génie fort 
éclairé, ni rempli d'autres idées que de celles qui se 
peuvent trouver conformes au train ordinaire de la 
cour de France et aux conjonctures qui s'y présentent, 
et, comme on ne le tient pas propre à garder un 

1. Celui remplace midi. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 57 

secret, il arrive qu'on ne lui en confie guère : aussi 
nVtnil aucune part aux affaires d'État ou du gouverne- 
ment, ni même entrée ou séance dans aucun conseil, 
que purement dans celui qu'on appelle des dépêches^ 
qui s'assemble une fois tous les quinze jours, où il ne 
se traite que des affaires particulières des provinces, 
et dont il sera parlé ci-après. 

D'ailleurs, on ne peut disconvenir que les inclinations 
de Monsieur ne soient naturellement douces, bienfai- 
santes, du reste éloignées des occupations ou des 
divertissements qui sont accompagnés de peine et de 
fatigue, jusques à n'avoir aucun penchant pour le plaisir 
de la diasse et à ne prendre aussi point de part dans 
les parties qui s'en font. Il s'attache plus à celles des 
fêtes galantes, et à en donner quelquefois dans sa belle 
maison de Saint-Gloud, ou même dans le Palais-Royal, 
qu'il occupe à Paris, où il aime à se rendre de fois à 
autre, et à y faire un séjour de quelques semaines de 
suite : ce qui n'a pu aussi que lui attirer l'inclination 
des Parisiens. Et conmie, au reste, suivant qu'on le 
peut déjà assez recueillir de ce que dessus, le génie de 
Monsieur n'est pas naturellement martial, et est même 
assez éloigné de tout ce qui y a du rapport, il n'a pas 
laissé cependant de se signaler, ou au moins de faire 
du bruit dans le monde, à la prise de Saint-Omer et 
à la bataille de Mont-Gassel, arrivée en 1677, où il 
oommandoit l'armée de France, et ainsi dont on lui 
attribua la victoire. 

Il seroit de vrai à souhaiter que le bruit public lui 
attribuât des inclinations moins criminelles qu'on ne 
fait, et que sa conduite eût contribué à détruire ce 
bruit, plutôt qu'à l'autoriser. 11 est arrivé même qu'il 



58 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

en a été brouillé plus d'une fois avec le Roi son frère, 
fort ennemi d'un vice aussi haïssable, qui eût voulu 
l'en détourner, mais ce qui , après tout, n'a pas eu à 
cet égard le crédit et le succès qu'il devoit avoir. On 
en donne principalement la faute au chevalier de Lor- 
raine, frère puîné du comte d'Ârmagnac, grand 
écuyer de France, et qui est considéré depuis assez 
longtemps, savoir : ledit chevalier, conmie le favori et 
l'arbitre absolu des volontés et des inclinations de 
Monsieur, aussi bien que de toute la conduite de sa 
maison, dont il dispose à son gré. Mme de Granoey, 
fille du maréchal de ce nom, élevée d'ailleurs dans la 
maison de Monsieur, et qui accompagna en Espagne la 
Reine et sa fille, d'où elle revint bientôt en France, 
passe encore pour la maltresse, comme on tient, et du 
maître et du favori, et ainsi pour entrer dans un com- 
merce peu honnête, sur lequel il n'est pas besoin de 
réfléchir ici davantage. Le pouvoir et le commerce 
susdit de ce favori, qui avoit déjà pris pied du vivant 
de feu Madame, fille du défont roi d'Angleterre 
Charles P, mariée avec Monsieur en 1661, joint à 
l'esprit beau et délicat et à l'humeur enjouée et 
galante de cette princesse, et à quelque éclat que fit 
dans le monde une intrigue galante entre elle et le 
comte de Guiche, fils aîné du feu duc et maréchal de 
Gramont, et qu'on avoit rendu public par l'imprimé 
qui s'en fit en Hollande, tout cela, dis-je, ne put que 
causer du trouble et de la désunion, et enfin de la 
jalousie entre Monsieur et feu Madame : ce qui aUa 
même si loin, que la mort assez subite de cette prin- 
cesse, arrivée en 1 670 et en suite d'une limonade à 
la glace qu'elle prit à Saint-Gloud et d'une colique 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 59 

flkîheuse et mortelle que ce breuvage lui causa, donna 
lieu aux soupçons, et aux preuves même qu'on crut en 
avoir assez fortes, savoir : que sa mort n'étoit point 
naturelle. 

DB MADAME, SECONDE FEMME DU DUC d'ORLÉANS ; 

DE SON MARU6E. 

Cette mort ne laissa pas d'être bientôt suivie d'un 
second mariage de Monsieur avec la princesse palatine 
Charlotte - Elisabeth , fille du feu électeur palatin 
Charles-Louis, et lequel se fit, l'année suivante, en dé- 
cembre 1671, [à] la négociation ^ delà princesse pala- 
tine de Nevers, veuve du feu prince Edouard palatin, 
oncle de Madame d'aujourd'hui. Gonune cette prin- 
cesse palatine avoit été de tout temps fort attachée 
aux intérêts de Monsieur, et d'ailleurs d'un esprit 
merveilleusement adroit et insinuant, il ne lui fut pas 
difficile de le^ porter à donner lieu à ce mariage 
moyennant le changement préalable de religion de la 
fiiture Madame, ni, d'autre côté, à y disposer l'Électeur 
son père, plus attaché aux intérêts politiques et aux 
avantages de sa maison qu'il prétendoit recueillir de 
cette alliance, que prévenu d'un grand zèle et attache- 
ment pour sa religion. Il en voulut néanmoins sauver 
les apparences, et à ce que ce changement , dont il 
convint secrètement avec cette princesse sa belle- 

i. La rédaction primitive était : c Lequel fit .... la négocia- 
tion. » Spanheim a ajouté après coup, en interligne, ce entre 
lequel et fit ; mais il a oublié de mettre la préposition devenue 
nécessaire avant la négociation, 

t. Le ou Vy, dans le manuscrit. 



60 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

sœur, la médiatrice de ce mariage, se fit hors de 
retendue de ses États et à l'arrivée en France de la 
duchesse d'Orléans sa fille. Il y eut plus de peine à y 
faire résoudre cette même princesse, et tout Téclat 
qu'on lui faisoit valoir de ce mariage et du rang qu'elle 
alloit tenir dans la plus belle et plus florissante cour 
de l'Europe ne se trouvoit pas capable de la faire 
condescendre de bon gré à ce changement de religion, 
qu'on lui proposoit avec tous les adoucissements pos- 
sibles, et qu'on lui rendoit d'ailleurs indispensable : en 
sorte qu'elle s'y laissa enfin entraîner par sa destinée 
et par la profonde soumission qu'elle avoit pour les 
sentiments de l'Électeur son père, plutôt que par son 
choix et un consentement véritable qu'elle y apporta. 
Je ne parle pas cependant pour en avoir été témoin. 
Quoi qu'il en soit, le changement de religion de cette 
princesse, malgré le peu de penchant qu'elle y avoit, 
ne laissa pas de se faire dès son arrivée à Metz, au 
commencement de janvier 1672, où il lui en fallut 
subir toute la cérémonie, et dont il paroissoit assez, 
par l'air et les manières dont elle s'y prit, qu'elle s'en 
acquittoit par pure déférence de ce qu'on exigeoit 
d'elle, et au reste peu persuadée ou convaincue d'autre 
raison qu'elle en eût : ce qu'elle a témoigné aussi, pour 
le dire ici en passant, par toute la suite de sa con- 
duite, par le peu de bigoterie qu'elle y a fait paroltre 
jusques ici , par divers discours et usages peu conformes 
aux sentiments et à la pratique d'une véritable con- 
vertie à la religion qu'on lui avoit fait embrasser, ou 
au moins qui vouloit encore garder quelques ménage- 
ments pour sa première créance. Son arrivée d'ailleurs 
à la cour de France, qui fut précédée de ce change- 



PAR ézÉGHIEL SPÂNHEIM. 61 

ment susdit, lui attira bientôt d'un côté la considération 
de Monsieur, son époux, de l'autre l'amitié du Roi et 
l'estime de toute la cour. 

Pour la personne de Madame, elle porta en France, 
avec l'âge de dix-neuf ans, une taille belle et libre, un 
port dégagé, un air ouvert et aisé, un visage qui, sans 
avoir les traits d'une beauté délicate et régulière, ne 
laissoit pas d'avoir de l'agrément, de la noblesse et de 
la douceur. Elle y joignit des manières firanches, libres, 
honnêtes, éloignées entièrement d'affectation et d'arti- 
fice, d'ailleurs peu portées à vouloir plaire par sa pa- 
rure ou le grand soin de son ajustement. Son esprit 
tenoit aussi du même caractère, vif, prompt, aisé, 
oonunode, ennemi sur toutes choses de la contrainte 
et de la dissimulation ; ses inclinations s'y trouvèrent 
entièrement conformes, douces, bienfaisantes, inca- 
pables d'intrigue, ou d'un penchant également opposé 
et à son naturel et à son devoir. Aussi s'aperçut-on 
bientôt qu'elle avoit le meilleur cœur du monde, droit, 
sincère, sensible à l'amitié pour les personnes qu'elle 
en jugeoit dignes, à la tendresse pour ses proches et 
pour sa maison, et à une considération particulière 
pour les gens de sa nation et de son pays. Au reste, 
insensible à des commerces et attachements d'ailleurs 
assez ordinaires dans la cour et la condition où elle se 
trouvoit; on ne lui en vit même de véritables, et 
auxquels elle prit un goût particulier, que pour les 
parties de chasse, où elle accompagnoit toujours le 
Roi, et faisoit également parottre son adresse et sa 
vigueur à courre le cerf et à en soutenir toutes les 
fatigues, durant un jour entier. Aussi ces qualités 
suppléèrent aisément à celles assez différentes de feu 



6& RELATION DE LA GOUH DE FRANGE 

tioe qu'on lui faisoit, et crut là-dessus que sa conduite 
et son humeur assez connue la devrait mettre hors 
d'atteinte de ce c6té-là, sans avoir la complaisance ou 
la contrainte d'éviter les occasions et les rencontres 
innocentes que ce courtisan, qui paroissoit d'ailleurs 
d'un extérieur froid et passoit pour homme sage et 
sensé , ne pouvoit qu'avoir par ses charges à la cour, 
je veux dire, à se trouver dans les lieux où elle étoit. 
Quoi qu'il en soit, cette bonne princesse a eu le mal* 
heur de se voir exposée par tous les fâcheux endroits 
susdits à des déplaisirs sensibles, qui aussi, quelque 
bonne mine qu'elle tâche de faire, ont troublé et trou- 
blent tout le repos et toute la douceur de sa vie : à 
quoi se sont joints en dernier lieu ses regrets et ses 
larmes pour la cruelle désolation du pauvre Palatinat, 
de l'ancienne demeure de ses ancêtres et où elle avoit 
pris naissance, sans avoir pu rien contribuer pour les 
détourner, et au contraire en voyant, pour surcroit 
d'affliction, que ses droits prétendus en servoient mal- 
heureusement de prétexte, ainsi qu'elle m'a fait l'hon- 
neur de me le témoigner plus d'une fois avec toutes 
les marques d'une douleur extrême. Elle a eu même 
le malheur, pour comble de ses infortunes, qu'elle 
supporte néanmoins ou dissimule comme elle peut, 
de voir diminuer la considération particulière que le 
Roi avoit eue assez longtemps pour elle, soit que ce 
soit un effet des mauvais offices qu'on lui a rendus 
auprès de Sa Majesté, et en particulier sur sa conduite 
et son humeur peu portée à déguiser ses sentiments 
dans les rencontres et à se contraindre, soit encore 
en suite de tout le chagrin et mécontentement qu'elle 
n'a pu ni voulu cacher sur les sujets des promiers 



PAR ÉZÉGHIEL SPÂNHEDf. 65 

malheurs, et, bientôt après, de la désolation susdite de 
sa patrie et de son pays. Aussi n'y a-t-il guère d'appa- 
rence que sa condition devienne plus heureuse avec le 
temps, et ainsi que Monsieur change d'inclination ou 
de conduite à son égard, ou que le Roi, assez incapable 
de retour dans ses premiers sentiments quand il les a 
une fois quittés, lui redonne toute la même considéra- 
tion qu'il avoit témoignée assez longtemps pour elle. 
Du reste, eUe vit dans une assez grande intelligence avec 
Madame la Dauphine, et qui, étant moindre dans les 
premières années de leur commerce, ou par quelque 
émulation entre des princesses allemandes et de même 
maison, ou par la supériorité du poste de la dernière, 
ou par quelque différence même de leurs caractères, 
s'est augmentée dans la suite par la confidence réci- 
proque de leurs intérêts ou de leurs déplaisirs, ou par 
le rapport même qui s'y trouvoit en plusieurs ren- 
contres. Enfin je ne puis m'empêcber d'ajouter ici cette 
dernière réflexion sur le sujet de Madame, savoir ; qu'il 
a plu à la Providence divine de confondre hautement 
les vues de la politique humaine dans le mariage de 
cette princesse. C'est qu'au lieu des suites avanta- 
geuses que l'Électeur son père avoit cru de trouver 
pour la sûreté de ses États et l'agrandissement de sa 
maison, et en sacrifiant d'ailleurs les intérêts de la 
conscience et de la religion, il est arrivé que ce même 
mariage en a causé la ruine totale, et une désolation 
d'autant plus funeste et mémorable à tous les siècles, 
qu'il a été le flambeau fatal qui a allumé ces feux mal- 
heureux qui ont embrasé et réduit en cendres la plus 
belle province d'Allemagne, et le palais même où cette 
princesse avoit pris naissance et où son mariage et 

5 



66 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

8on changement de religion avoit été agréé ou résolu 
par le même Électeur son père. 

DBS ENFANTS DU DUC d'ORLÉANS. 

Les enfants de M. le duc d'Orléans et de feu 
Madame ne furent que deux filles : l'ainée, Mards- 
LouiSB d'Orléans, née en mars 1662, mariée au roi 
d'Espagne en autonme 1 679, l'année après les traités 
de Niemeguen. Le marquis de los ^ Balbazès, qui y étoit 
premier ambassadeur d'Espagne, en concerta dès lors 
les premières ouvertures avec les ambassadeurs de 
France, et, l'année suivante, fut chargé de son roi 
d'en venir faire la demande en France. Cette princesse, 
qui, durant quelque temps, s'étoit flattée d'épouser le 
Dauphin, d'ailleurs étoit d'un tempérament vif, gai, 
enjoué, faite pour les plaisirs et les manières d'une 
cour de France, eut de la peine à se résoudre d'en 
sortir^ malgré l'éclat des couronnes qui en étoient le 
prix, pour aller mener un genre de vie fort opposé à 
celui auquel elle étoit accoutumée et qui étoit conforme 
à son humeur. Madame n'eut pas moins de regret de 
la perdre, qui vivoit avec elle plutôt en sœur qu'en 
belle-mère ; aussi, depuis le départ de ladite reine sa 
belle-fille, elles entretinrent ensemble un commerce de 
lettres fort régulier. Monsieur l'aimoit aussi tendre- 
ment, et d'où on peut assez recueillir que la mort de 
cette même reine sa fille , arrivée à Madrid il y a un 
an ^, lui aura été fort sensible, de même qu'à Madame, 

1 . Las, dans le manuscrit. 

2. En marge : c Savoir en 1690. » La reine d'Espagne mourut 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 67 

pour ne pas dire à toute la cour de France, où 
cette princesse avoit laissé des impressions d'elle 
fort vives, et qu'elle entretenoit agréablement par 
des marques obligeantes et réelles de fois à autre, 
suivant les personnes qui lui avoient été chères, du 
tendre souvenir qu'elle en conservoit. Je laisse à part 
celle que la politique et les intérêts publics de la 
France ne pouvoient que prendre dans cette mort 
imprévue, qui rompoit tout d'un coup toutes les me- 
sures prises jusque-là ou ménagées par cette prin- 
cesse et de concert avec les ministres du Roi son 
oncle. 

L'autre fille de Monsieur et de feu Madame est 
ÂI4NE d'Orléans, née en août 1664^, et à présent dur 
chesse de Savoie en suite du mariage qui s'en fit à 
Versailles, en avril 1 684, et où le Dauphin l'épousa au 
nom du duc de Savoie. Il y eut d'abord quelque diffi- 
culté, pour le cérémonial des lettres et dans la signa- 
ture du contrat, entre ce duc et Monsieur, son beau- 
père, qui fut bientôt levée à l'avantage et préférence 
du dernier. Le feu électeur palatin, père de Madame 
d'aujourd'hui, sut mieux garder les droits de son sang 
en pareille occasion, n'ayant jamais voulu qu'il y eût 
la moindre inégalité de titres entre lui et Monsieur 
dans le contrat de mariage de sa fille, ni accepté d'autre 
parti, en s'écrivant l'un à l'autre, que par manière de 
billets de leur main, et avec la même égalité. 

A l'égard des enfants de Monsieur et de Madame 
d'aujourd'hui, il n'en reste que deux, dont il a été déjà 

le 12 février 1689, au moment où Spanheim quittait la France. 
On sait que ce trépas prématuré fut attribué au poison. 
1. Le 27 août 1669, et non 1664. 



68 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

fait mention dans ce qui a été dit de cette princesse, 
savoir : le duc de Chartres et Mademoiselle^ comme on 
rappelle. 

Le duc DE Chartres, né en août 1 675 ^ et un prince 
fort accompli pour son âge, bien fait et agréable de sa 
personne, d'un air noble et plein d'attraits, d'une 
taille aisée, quoiqu'au-dessous de la médiocre, adroit 
dans les exercices du corps ; d'ailleurs d'un esprit vif, 
insinuant, qui témoigne déjà beaucoup de pénétration, 
de justesse et de discernement, qui parolt entr'autres 
dans les audiences des ministres étrangers et les ré- 
ponses qu'il leur fait, pleines d'esprit, d'honnêteté et 
de bon sens. Comme on a eu soin de bonne heure à 
mettre auprès de lui des personnes propres à lui for- 
mer les moeurs et l'esprit, à l'instruire dans toutes les 
connoissances dignes de l'application d'un prince de 
cette naissance, et qui y apportèrent un attachement 
particulier^, aussi ont^ils eu le bonheur de voir que le 
beau et heureux génie de leur élève y a répondu hau- 

1. 1674, et non 1675. 

2. En marge : c En 1690, le marqnis d'Arcy, qui a été durant 
quelques années envoyé de France aux cours de Lunebourg, et 
depuis ambassadeur à la cour de Savoie, a été honoré à son 
retour de la charge de gouverneur du duc de Chartres. Elle étoit 
demeurée vacante depuis la mort du duc de Yieville (»c), décédé 
en 1688. Il avoit succédé au maréchal d'Estrades, et celui-ci au 
duc de Navailles. En 1689, le marquis de Béthune, qui étoit 
envoyé en Pologne en 1690, et le marquis de Villars, qui a été 
ambassadeur à Turin, en Espagne et en Danemark, étolent sur le 
tapis pour remplir cette charge, et qui aura été donnée au mar- 
quis d'Arcy en considération non seulement de son mérite, mais 
de ce qu'il a été autrefois de la maison de Monsieur et frère du 
feu comte de Glères, capitaine de ses gardes. » (Note ajoutée en 
marge, postérieurement à la rédaction de 1690, et écrite de la 
main môme de Spanheim.) 



PAR ÉZÉGHIEL SPAimEIH. 69 

tement, et a surpassé même leur attente et celle du 
public : en sorte que ce jeune prince fait justement les 
délices de Monsieur et de Madame, et s'attire déjà une 
considération particulière de toute la cour. 

Mademoiselle, comme on l'appelle, née en sep- 
tembre 1 676, et ainsi d'une année ^ plus jeune que son 
frère susdit le duc de Chartres, et d'assez petite taille 
et ramassée pour son âge, d'une beauté médiocre, 
d'un tour de visage plus carré que rond ou ovale, avec 
de beaux yeux, la bouche moins belle et le nez un peu 
camard ; d'ailleurs d'un abord riant et honnête, d'un 
air vif et animé, et dont l'esprit est à peu près de 
même caractère : aussi lui trouve-t-on des réparties 
justes et heureuses, et les inclinations belles et élevées, 
ce qu'on recueilloit, entre autres, de ce qu'elle répondit 
un jour à Madame la Dauphine, qui lui proposant, par 
manière de discours ou de caresses, et au temps qu'on 
parloit du mariage de la duchesse de Savoie sa soeur, 
qu'elle seroit peut-être un jour sa belle-sœur, savoir : 
de ladite Dauphine, en épousant le prince Clément de 
Bavière, frère de l'Électeur, cette petite Mademoiselle^ 
comme on l'appelle, repartit sur-le-champ à la Dau- 
phine : c Je ne suis pas faite. Madame, pour un 
cadet. 1 Â quoi on peut ajouter le plaisir particulier 
qu'on lui fait de lui parler de la marier un jour au roi 
de Hongrie, à présent roi des Romains. Le comte et 
la comtesse de Lobkowitz^, durant leur séjour en 
France, où le premier étoit envoyé extraordinaire de 

i. De vingt-cinq mois, et non d'un an. Voyez la note 1 de la 
page 68. 

2. Ce nom, ayant été mal lu par le copiste, a été rétabli après 
coup en interligne. 



70 RELATION DB LA GOUR DE FRA^fGE 

TEmpereur, quoique d'ailleurs Tun et Fautre peu por- 
tés d'inclination pour les intérêts de la France ou bien 
vus à la cour, ne laissoicnt pas d'affecter, dans les 
rencontres et auprès des personnes qui pouvoient le 
redire à Monsieur ou à Madame, à faire paroitre de 
souhaiter ce mariage et de croire qu'il pourroit un 
jour avoir lieu. On peut bien juger que ce n'étoit pas 
faire mal sa cour à Monsieur et à Madame, laquelle dit 
même un jour là-dessus à la comtesse de Lobkowitz 
que, si on craignoit à Vienne l'éducation de la cour de 
France, on n'avoit qu'à y prendre dès à présent sa 
fille et la faire élever à l'allemande. 

DBS PRINCESSES FILLES DU FEU DUC D'ORLÉANS. 

Après les enfants de Monsieur suivent les filles du 
feu duc d'Orléans, oncle du Roi , qui font encore au- 
jourd'hui partie de la maison royale et sont trois 
princesses, issues de deux mariages : Mademoiselle 
d'Orléans ou de Montpbnsier, seule du premier lit ; 
et du second, la grande-dughesse de Toscane et la 
duchesse DOUAIRIÈRE DE GuiSE; saus parler mainte- 
nant d'une troisième princesse du même lit, mariée 
au duc de Savoie en 1 663 et morte l'année suivante, 
ni d'un fils du même feu duc d'Orléans qui mourut 
en bas âge. 

Mademoiselle d'Orléans ou de Montpensier, et qu'on 
désigne le plus souvent à la cour de France par le nom 
de la GRANDE Mademoiselle, eu égard à sa taille et à 
la petite Mademoiselle, fille de Monsieur et de Madame, 
dont il a été parlé, naquit en mai 1 6S7. Gomme la du- 
chesse d'Orléans sa mère, fille unique et héritière de 



PAR ÉZÉGHIEL SPAIOflfilM. 71 

Henri de Bourbon, duc de Montpensier, mourut peu 
de jours après son mariage S elle resta de même fille 
unique et héritière des belles terres et principautés, et 
entre autres de la souveraineté de Dombes, des duchés 
de Ghàtellerault, de Montpensier, comté d'Eu et plu- 
sieurs autres, qui lui revenoient de l'héritage de la sus- 
dite duchesse sa mère : ce qui, joint à sa naissance, au 
rang et à la considération du feu duc d'Orléans son 
père durant la minorité du Roi d'aujourd'hui , et qui 
mourut en 1 660, fit regarder Ipngtemps cette princesse 
pour un des plus avantageux partis de l'Europe : ce qui 
étoit encore soutenu par une taille avantageuse et un 
port digne d'un si haut rang, par une beauté mâle, par 
un esprit qui parut élevé, par des inclinations nobles, 
un grand courage, et capable même de vues et de 
résolutions hardies pour attirer de la considération et 
pour parvenir à son but : ce qui parut en premier lieu 
par la pratique qu'elle introduisit et fomenta secrète- 
ment, dans Tannée 1 648, et au fort de la guerre entre 
la France et l'Espagne, je veux dire de son mariage 
avec l'archiduc Léopold, alors gouverneur et capitaine 
général du Pays-Bas espagnol. Le regret qu'elle eut que 
la cour de France en eût rompu le coup dès qu'on en 
pénétra le projet, l'anima de ressentiment, et contre la 
cour, et, en particulier, contre le cardinal Mazarin, qui, 
en ce temps-là, avoit tout le pouvoir du gouvernement. 
Aussi entra-t-elle dès lors dans toutes les intrigues et 
les cabales qui se fiiMinèrent bientôt après, et à Paris 
et dans le royaume, contre la cour et le ministre, et 



1. Six jours après ses couches, et uon son mariage; cela va sans 
dire. 



78 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

8*y rangea toujours du parti des mécontents, pour en 
augmenter le crédit et la considération : ce qu'elle re- 
doubla avec plus d'éclat dans la guerre suivie^ des Pari- 
siens contre la cour, en 1 65S, où elle ne se contenta 
pas de se tenir à Paris, à y assister le parti, et à lui 
donner du courage et de la chaleur, mais même, au 
temps de Fapproche de Tarmée royale jusques au fau- 
bourg de Saint-Antoine, à se transporter en personne 
au château de la Bastille, qui y est contenu, faire dresser 
des batteries sur les remparts, y transporter et tirer 
les canons, et où elle mit elle-même le feu contre l'ar- 
mée royale. Tout cela ne donna pas au Roi des impres- 
sions fort avantageuses pour sa cousine, et ce qui, joint 
à ces grands biens dans le royaume, ne put aussi que 
contribuer dans la suite à éloigner, du côté de la cour, 
tous les partis sortables et avantageux pour elle qui 
se préseotoient ou qu'elle croyoit pouvoir être portés 
à l'épouser, conmie, entre autres : l'Empereur régnant, 
sur lequel elle avoit eu ses vues après avoir manqué 
celles pour l'Archiduc son oncle ; Monsieur ou le duc 
d'Orléans, frère unique du Roi et son cousin germain, 
avec lequel elle entretenoit d'ailleurs des liaisons par- 
ticulières ; ensuite, le duc de Savoie, auquel on aima 
mieux donner sa sœur cadette du second lit, et, en 
dernier lieu, feu Son Altesse Électorale, dont le mariage 
avec cette princesse fut mis sur le tapis en France, et 
auroit trouvé plus d'approbation du côté de ladite cour 
que ceux dont je viens de parler. Elle eut encore le 
déplaisir de voir le mariage de ses autres deux sœurs 
du second lit, et dont il sera bientôt parlé, sans se 

i. C'est-à-dire dans la guerre qui s'ensuivit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAMHEDi. 73 

voir plus en passe, par les traverses du côté de la 
oour, de trouver en France ou hors de France un 
parti di^e de son rang, de sa fortune et de son cou- 
rage : ce qui la porta insensiblement à en abandonner 
les vues et à prendre le parti de retraite, qu'elle 
chercboit de fois à autre, et qu'elle pouvoit varier à 
son choix dans ses belles et diverses maisons de cam- 
pagne qui lui appartenoient, et où elle témoignoit de 
se plaire à la lecture et à l'entretien de gens d'esprit 
et de mérite, de l'un et de l'autre sexe, dont elle se 
faisoit accompagner. C'est aussi le genre de vie qu'elle 
mena assez longtemps, jusques à ce que, sortant de 
ce calme, eUe se rengagea mal à propos dans l'orage 
par une forte inclination dont elle se laissa prévenir 
pour un simple gentilhomme, qui est le comte de 
Lauzun, dont il a été assez parlé ci-dessus ^ Gomme 
cette inclination alla même assez avant pour la porter 
à consentir à l'épouser, pour en demander elle-même 
et en obtenir le consentement du Roi, elle ne put aussi 
en apprendre bientôt après la révocation, lorsqu'elle 
s'y attendoit le moins, sans en témoigner un ressen- 
timent et un déplaisir extrême. 11 fut bientôt suivi de 
celui que lui causa la disgrâce et l'emprisonnement à 
Pignerol dudit comte, avec lequel on la tenoit secrète- 
ment mariée, et qui cependant ne sortit de prison, au 
bout de dix ans, que par la rançon ou le prix de la 
souveraineté de Dombes et d'autres terres dont cette 
princesse se défit en faveur du duc du Maine, fils du 
Roi et de Mme de Montespan. Mais elle ne jouit pas 
longtemps de la douceur que lui donna la liberté de 

1. Voyez p. 3Î-35. 



74 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ce comte et son retour à Paris, qu'elle avoit racheté à 
si haut prix, et dont il lui étoit entièrement redevable, 
de même que d'autres bienfaits qu'il en recevoit, et 
de belles terres et seigneuries dont eUe lui avoit aussi 
fait présent : tout cela ne fut pas capable de fixer 
l'humeur ou l'inclination de son amant, ou de régler 
sa conduite à la faire uniquement dépendre des volon- 
tés et des faveurs de sa bienfaitrice. Il commença à 
s'ennuyer, à n'en cacher pas son dégoût, à se plaindre 
et à se lasser de la contrainte de vie dans laquelle elle 
prétaidoit le tenir, à se rebuter des emportements 
que la jalousie de cette princesse, qui s'augmentoit 
avec l'âge, lui inspiroit assez fréquemment. C'est enfin 
d'où il se forma entre eux un dépit et un chagrin 
réciproque, qui dégénéra dans la suite dans une aver- 
sion et une rupture entière, et en sorte que cette 
même princesse ne vouloit plus ouïr parler de lui, ni 
se trouver même à Versailles, dès qu'elle apprit qu'il 
y étoit bienvenu et qu'on lui donna même un appar- 
tement pour y loger en récompense de la part qu'il 
avoit eue à la sortie et conduite en France de la reine 
d'Angleterre et de son fils appelé le prince de Galles : 
ce qui alla même si avant ^ , qu'elle se seroit fait entendre 
de vouloir faire jeter le comte hors des fenêtres du 
château de Versailles, s'il se trouvoit où elle seroit. Je 
n'ai point appris depuis s'il y a quelque retour entre 
ces deux amants, et pour lequel même Tâge, les incono- 
modités et l'humeur présente de cette princesse, non 
plus que le génie ou l'intérêt même de ce comte, ne 
laisse guère de préjugé ; outre même que, de la plus 

1. Le manuscrit porte : t suivant. » 



PAR ÉZÉGHIEL SPÂNHEIM. 75 

riche princesse de l'Europe pour une sujette, elle se 
trouve à présent réduite, par les seigneuries et biens 
dont elle s'est dépouillée de son vivant, par d'autres 
libéralités et dépenses qu'elle a faites, et par le peu 
de ménage qu'eÛe y a apporté, à n'avoir plus qu'un 
revenu assez médiocre. Au reste, c'est une princesse 
fort civile, honnête au dernier point, et qui, dans les 
rencontres de deuil ou de joie de la sérénissime maison 
Électorale, a toujours fait paroltre d'y prendre part en 
bonne parente. 

La GRANDE-DUCHESSE DE TOSCANE, sa sœur aînée du 
second lit, née en juillet 1 645, du second mariage du 
feu duc d'Orléans avec une princesse sœur du feu duc 
de Lorraine. Celle-là fut mariée au prince de Toscane, 
à présent grand-duc, en avril l'année 1663!^, et con- 
duite à Florence au mois de juin suivant. On put 
juger, dès les premières solemnités de ce mariage, qu'il 
ne serait pas fort heureux dans la suite, par le peu de 
rapport qu'on voyoit déjà visiblement d'humeur, de 
génie, d'inclination et de manières entre ces deux 
nouveaux mariés : ce qui venoit, entre autres, d'une 
éducation aussi opposée que la leur, et d'une manière 
de vivre aussi différente que celle des cours de France 
et de Florence. Cette princesse étoit dans la fleur de 
la plus grande jeunesse, d'une beauté extrême, d'une 
humeur enjouée, aimant la joie et le plaisir, nourrie 
d'ailleurs avec peu de contrainte, et, la plupart du 
temps, avec une assez grande liberté, dans le séjour 
de Blois, où le feu duc son père passa les dernières 
années de sa vie et étoit mort dans la précédente. Le 

1. 1661, et non 1662. 



76 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

prince de Toscane, en échange, avoit été élevé dans 
une grande contrainte à l'égard du Grand-Duc son 
père, et dans une entière dépendance de la Grande- 
Duchesse sa mère, qui vit encore et le gouvernoit à 
sa mode : d'où il avoit pris, ou par tempérament, ou 
par habitude, ou par le procédé ordinaire de cette 
cour-là et de la nation, un air sombre, des manières 
contraintes, un esprit sérieux, en un mot plus de 
gravité et de connoissance que d'enjouement et d'ou- 
verture d'esprit : ce qui, joint aux mauvais conseils et 
à la conduite peu judicieuse des François ou Françoises 
que cette princesse avoit amenés avec elle, et qui lui 
restèrent les premières années de son mariage, et à la 
résolution qu'on prit à la cour de Florence de les ren- 
voyer en France contre le gré et à l'insu de leur mat- 
tresse, cela, dis-je, causa en premier lieu la désunion, 
et l'augmenta ensuite entre ces deux mariés, en sorte 
qu'elle devint même assez grande pour porter, en 
premier lieu, le prince son époux à s'éloigner d'elle et 
à aller voyager par toute l'Europe, et eUe ensuite à 
prendre brusquement la résolution de s'éloigner en- 
tièrement de lui et de se retirer en France, comme 
elle a fait. C'est aussi où elle se trouve encore à pré- 
sent, sans avoir jamais pu être portée à retourner à 
Florence, auprès de son mari et de ses enfants, dont 
elle a un prince, qui ftit marié à la princesse de Ba- 
vière, et une princesse, à ce qu'on dit, fort belle, et à 
qui on a déjà destiné plusieurs partis d'importance. 
Au reste, cette Grande-Duchesse est à Paris, dans une 
assez grande retraite, dans le monastère de Mont- 
martre, où elle a son habitation ordinaire où on la va 
voir, et d'où elle se rend fréquemment à l'hôtel de 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 77 

Luxembourg, où elle est née, et la demeure ordinaire 
de Mlle de Montpensier, dont il a été parlé, et de la 
duchesse douairière de Guise, ses soeurs, et où, avec 
cette dernière, elle va s'acquitter firéquemment des 
devoirs de charité et d'une espèce d'anéantissement, 
dont il sera encore parlé, de leur rang et état. Elle va 
assez rarement à Versailles, et, quand elle s'y trouve, 
y tient et garde le rang qu'elle y a par sa naissance. 
Elle conserve encore des traits et des restes agréables 
de sa première beauté ; d'ailleurs, des manières fort 
civiles, honnêtes, et, ce qui est assez particulier pour 
une princesse françoise et mariée en Italie, elle s'est 
appliquée, dès son séjour à Florence, à y apprendre 
l'allemand, qu'elle entend et parle fort bien. 

La DUCHESSE DOUÂnuÈRE DE GuiSE , ci - devant 
Mlle d'Alençon , et la seconde fille du second ma- 
riage du feu duc d'Orléans son père, née en dé- 
cembre 1646, et ainsi une année plus jeune que la 
Grande-Duchesse sa soeur ; d'une taille moins belle et 
aisée, d'un visage qu'on peut dire ni beau ni laid, 
d'une humeur fort charitable, et d'un esprit entière- 
ment tourné depuis son veuvage à une dévotion outrée : 
ce qu'elle a affecté, entre autres, de faire paroltre dans 
la conversion prétendue des gens de la Religion qui se 
trouvoient dans les lieux de son domaine ou patri- 
moine, comme à Alençon, ou d'ailleurs, qui étoient de 
sa connoissance. Je laisse à part le zèle et la charité 
qui la porte à visiter régulièrement les hôpitaux, y 
panser les malades, leur donner à manger, ensevelir 
les morts, et y faire d'autres fonctions pareilles, où 
elle est souvent accompagnée de la Grande-Duchesse 
sa sœur, et qui les partage avec elle. Elle avoit épousé, 



78 RELATION DE LA COUR DR FRANGE 

eu 1 667, le duc de Guise, chef des brandies de la mai- 
son de Lorraine en France, qui mourut en 1 671 , et 
dont elle avoit eu un fils, qui décéda aussi en 1675. 
Au reste, elle avoit conservé, malgré son mariage avec 
un prince françois et sujet du Roi, son rang et les 
prérogatives considérables qui sont attachées aux 
princesses de la maison royale, et qu'elle conserve 
encore à présent. 

Ainsi, voilà toutes les personnes qui composent pré- 
sentement ladite maison royale, qui tiennent un rang 
en France fort au-dessus et distingué, non seulement^ 
d'autres princes et princesses du sang^ qu'on appelle, 
et des enifants légitimés du Roi. Les prérogatives sont 
entre autres que les carrosses des personnes qui les 
vont voir dans l'hôtel de Luxembourg n'entrent point 
dans la dernière cour, comme étant maison royale, 
que ceux^ qui ont l'^r^^ du Louvre^ comme on parle 
en France, ou chez le Roi ; qu'elles ne donnent point 
le pas chez elles aux princes et princesses du sang ; 
qu'elles seules ont droit de manger avec le Roi et la 
Reine, ou Dauphin ou Dauphine, aux repas ordinaires, 
et aussi qu'elles s'y trouvent toujours lorsqu'elles sont 
où le Roi est et à la suite de la cour. 

DES PRINCES ET PRINCESSES DU SANG ET ENFANTS 

DU ROI LÉormiÉs. 

Les princes et princesses du sang qui sont présen- 
tement en France se réduisent aux enfants des deux 

i. Sic. Il y a sans doute une omission. 
2. Si ce n'est ceux qui.... 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHBIII. 79 

firères, les feus princes^ de Gondé et de Gonti, dont le 
dernier, père de celui d'aujourd'hui et de feu son 
frère aîné du même nom, mourut dès Tan 1 666, et à 
la princesse de Garignan, veuve du prince Thomas de 
Savoie et sœur du comte de Soissons mort à la 
bataille de Sedan, en l'an 1 641 . 

Pour le feu prince de GormÉ, comme il n'est mort 
que vers la fin de l'année 1687^, au reste ce grand 
prince est assez connu par les actions éclatantes de 
valeur et le gain des batailles qu'il remporta dès sa 
jeunesse, à la gloire et à l'avantage de la France, 
ensuite par le sort agité de sa vie, qui l'engagea dans 
les troubles et les factions de la guerre du royaume , 
et par le malheur, qui suivit, de sa prison^ avec le 
prince de Gonti et le duc de Longueville, frère et beau- 
firère, et, depuis sa liberté, par la nécessité où il se 
crut réduit à embrasser le parti opposé à la cour et 
au ministère, et enfin à se jeter dans celui des enne- 
mis de la France, et dont même il ne se dégagea que 
par la paix des Pyrénées entre les deux couronnes. 
Je laisse à part les occasions qu'il eut depuis de 
signaler de nouveau son zèle et sa valeur pour la 
gloire et les intérêts de la France, conmie à la pre- 
mière prise de la Franche-Gomté, dans les mois de 
janvier et février 1 668 ; après, dans la première cam- 
pagne de la guerre contre la Hollande, en 1 67S, et au 
fameux passage du Rhin; ensuite, dans la bataille de 
Seneflf, en l'an 1 674, et, l'année suivante, à conunander 

i . Le manuscrit porte : c le feu prince. » 

2. Erreur d'un an : le grand Gondé mourut le il décembre 1686. 

3. Le manuscrit porte, par mégarde ou mauvaise lecture du 
copiste : « Il a le malheur, qui suivit de sa prison.... » 



80 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

rarmée d'AUemagDe après la mort de M. de Turenne, 
et pour arrêter les progrès de celle de l'Empereur, 
commandée par le général-lieutenant Hontecuculli. Ce 
fut là la dernière e3q)édition de sa vie, et depuis 
laquelle il se tint ordinairement dans sa belle maison 
de Chantilly et s'y adonna tout entier, autant que ses 
infirmités de goutte, assez grandes et (àdieuses, le 
permettoient, s'y adonna, di&-je, ou à embellir ce beau 
lieu par tout ce que l'art pouvoit suppléer à la nature 
pour les eaux, canaux, jardins, parc, et où il eut lé 
plaisir de voir que le succès répondoit hautement au 
soin qu'il en prenoit, ou à s'attacher à la lecture de tout 
ce qui lui en paroissoit digne et pouvoit contribuer 
à le divertir ou à l'instruire, dont il faisoit ses princi- 
pales délices, et en jugeoit sainement, sans entêtement 
ou prévention sur les différents partis de religion ou 
de politique dont il y étoit traité. A quoi il joignoit 
encore la conversation des personnes qui lui étoient 
chères ou considérables par leur valeur, par leur 
esprit, par leur mérite ou par leur affection, et qu'il 
y attirait fréquemment, ou qui se faisoient honneur de 
lui aller rendre leurs devoirs : en sorte que ses allées 
et venues en cour ne furent, depuis ce temps-là, que 
d'une durée chaque fois de peu de jours, et dans la 
seule vue de s'y présenter et de faire sa cour au Roi, 
qui, d'un côté, le recevoit toujours avec marques d'une 
considération, et même d'une inclination particulière, 
mais d'ailleurs sans l'admettre à aucune part du gou- 
vernement, ni au secret des affaires, que quand elles 
se sont trouvées d'une natui*e à avoir besoin de ses 
avis et de ses lumières. Le dernier voyage en cour de 
cette nature que fit ce prince fut à Fontainebleau, où 



PAR ÉZÉGHIEL SPAimEOf. 81 

le Roi se trouvoit en automne 1687 S et où étant 
resté malade après le retom* de la oour à Versailles, il 
y miomnit bientôt après. Il ne demanda au Roi pour 
toute faveur, avant sa mort, que le retour en grâce 
du prince de Gonti, son neveu, par la lettre soumise 
et touchante quMl en écrivit à Sa Majesté, et qui eut 
aussi son effet. Le Roi fut touché de la perte de ce 
grand prince, qui avoit réparé les égarements de sa 
jeunesse et le malheur *des engagements où il étoit 
entré ensuite, contre les intérêts du Roi et de la cou- 
ronne, par la faction des partis et la haine du minis- 
tère ; il avoit, dis-je, tâché de les réparer depuis son 
retour en France, d'un côté par un heureux retour à 
soi et une conduite régulière à Tégard de la vie et des 
mœurs, et de l'autre par un attachement fort soumis 
pour le Roi, et dévoué pour les intérêts de sa monar- 
chie, suivant même les preuves susmentionnées qu'il en 
a données, et qu'on a exigées de lui depuis ce temps- 
là. Je pourrois encore ajouter à l'égard de ce même 
prince que, s'il étoit grand dans le monde par sa 
valeur et par un génie tout extraordinaire pour la 
guerre, il n'a guère moins brillé, surtout durant les 
années de sa retraite, par la beauté, le fond et 
l'étendue de son esprit, par les belles et diverses 
lumières dont il avoit tâché et tâchoit incessamment 
de le remplir, par le bel usage qu'il en faisoit, et en 
un mot par un abord et un entretien qui soutenoit 
admirablement la haute réputation des grandes et 
rares qualités de ce prince. 
Le prince de GormÉ, son fils unique, et qui, de 

i. 1686, comme nous l'avons déjà dit. 



82 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

son vivant, portoit la qualité de duc d'Enghien, est né, 
dans Tan 1643, du mariage du prince son père avec 
la fille du maréchal de Brezé et nièce du cardinal de 
Richelieu. Gomme il a voit été attaché à la fortune et 
aux disgrâces du prince son père, et ainsi à son enga- 
gement dans le parti d'Espagne contre la France, il 
fut aussi compagnon de son retour et compris dans les 
conditions de l'accord qui s'en fit par le traité des 
Pyrénées, conclu, dans Tannée 1659, entre les deux 
premiers ministres des couronnes de France et d'Es- 
pagne, le cardinal Mazarin et don Luis^ d'Haro. Ce fut 
même, comme on sait, le rétablissement dudit prince 
de Gondé père dans ses biens et dans ses charges 
qui fut l'article de tous le plus contesté dans cette 
importante négociation de ces deux grands ministres, 
et qui enfin ne fut emporté que par l'opiniâtreté de 
celui d'Espagne à s'en faire un point d'honneur et 
d'intérêt pour la gloire de cette monarchie, et à n'en 
point relâcher ; c'est à quoi le Gardinal, qui craignoit 
d'ailleurs le retour d'un puissant et implac^le ennemi 
dans la personne du prince de Gondé, se vit finale^ 
ment contraint de ployer sous les deux conditions 
spécieuses^ qu'il demanda en échange, et qu'on lui 
accorda, savoir : la cession à la France par l'Espagne 
de la place d'Âvesnes dans les Pays-Bas, et la resti- 
tution au duc de Neubourg de celle de Juliers. Et, 
conmie un des articles qui fut accordé, du rétablisse- 
ment du prince de Gondé dans ses charges qu'il avoit 
eues en France avant sa retraite, emportoit celui de 



1. Luigt, dans le manuscrit. 

2. Espécieuses, dans le manuscrit. 



PAR AzÉGHIEIi 8PANHBIM. 83 

grand maître de la maison du Roi, qui est la première 
charge de la cour, qui a le pouvoir et une^ espèce de 
jurisdiction sur tous les officiers de la maison du Roi, 
le prince de Condé, qui aimoit d'ailleurs tendrement 
son fils, n'eut pas de peine, après son retour, d'ac- 
cepter le parti qu'il eût cette charge avec sondit fils le 
duc d'Enghien, en survivance l'un de l'autre, et que ce 
dernier même l'exerçât dès lors actuellement. II se 
contenta d'aller prendre possession du gouvernement 
du duché de Bourgogne, qu'il avoit eu avant la guerre 
civile, et qu'il avoit ch&ngé avec le duc d'Épernon, 
dans l'an 1651 , contre celui de Guyenne pour le duc 
d'Enghien son fils. Il obtint aussi dès lors, sans peine, 
la survivance dudit gouvernement de Bourgogne, et 
en exerça même la charge dès que les fréquentes 
indispositions du prince son père le portèrent à la 
lui résigner pour aller faire sa retraite et demeure 
ordinaire à Chantilly. D'ailleurs, ce même duc son fils, 
dans l'année 1663, se maria avec la seconde des trois 
princesses palatines filles du prince Edouard palatin, 
frère de l'électeur Charles-Louis et de la princesse de 
Nevers sœur de la reine de Pologne alors régnante. 
Ce fut aussi ensuite que cette reine, qui n'avoit point 
d'enfants, adopta cette nièce pour fille en faveur de 
ce mariage, la déclara son héritière, et même dans la 
vue de lui procurer, après sa mort, et à son époux, la 
couronne de Pologne. Mais, comme la mort de cette 
reine prévint l'effet de ses vues à la renonciation que 
le roi Casimir son époux fit ensuite de ladite couronne 
pour aller devenir abbé de Saint-Germain en France, 

i. Un, dans le manuscrit. 



84 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

le parti resté en Pologne de ladite reine, et appuyé 
sous main de celui de France, pendant qu'il travailloit 
en apparence pour le duc de Neubourg, ne manqua 
pas, dans l'année 1669, de se remuer et d'agir pour 
mettre cette couronne sur la tète du prince de Gondé 
ou du duc d'Enghien son fils; mais ce qui ayant 
manqué par l'opposition du parti qui tenoit pour le 
prince Charles, aujourd'hui duc de Lorraine, et ensuite 
par l'élection tumultueuse qui, en dépit des grands 
du royaume, se fit par la noblesse à cheval du duc 
Michel, duc de Wiecnowiecki ^ , le prince de Gondé et le 
duc son fils n'y attachèrent plus leur espérance et 
leurs vues ; ils y renoncèrent même dans la suite en 
faveur du jeune et brave duc de Longueville, fils d'une 
sœur du prince susdit, et qu'on travailla sous main, 
en Pologne, du côté de la France, de faire élire en 
place du roi Michel, qu'on décrioit incapable de sou- 
tenir le poids de cette couronne et trop attaché aux 
intérêts de la maison d'Autriche par son mariage avec 
la sœur de l'Empereur. Mais la mort survenue de ce 
jeune prétendant au fameux passage du Rhin, dans 
la guerre de Hollande, en 167%, rompit tout à coup 
cette pratique. Mais, pour en revenir au duc d'En- 
ghien, aujourd'hui prince de Gondé, conmie il est 
encore plus à propos de le connoitre par lui-même 
que par ses charges, par son mariage, par sa qualité 
de premier prince du sang de France, ou bien par sa 
destination passée à la couronne de Pologne , on peut 
dire en premier lieu que ce prince est d'une taille 
au-dessous de la médiocre et assez déliée, d'un port 

1. Viasnovischi, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 85 

assez vif et dégagé, mais, après tout, qui n'a rien, dans 
Textérieur de sa personne, ni dans tout son air, qui 
réponde à celui du feu prince son père, ou remplisse 
à la vue le grand et glorieux nom qu'il porte. Il n'en 
est pas de même du côté du cœur et de l'esprit, qu'il 
a également bien rempli des qualités exquises à s'y 
distinguer et à les faire valoir. On peut croire qu'il 
doit le premier à son heureuse naissance, à l'exemple 
et à la valeur d'un père aussi illustre, et aux occasions 
qu'il a eues de signaler de bonne heure son courage et 
d'en faire l'apprentissage sous un si grand maître : ce 
fiit en premier lieu dans les engagements de son père 
avec les ennemis de la France jusques à la paix des 
Pyrénées, ensuite dans la guerre de Flandres suscitée 
en 1667 sous prétexte des droits prétendus de la 
Reine, et, au commencement de l'année suivante, dans 
l'expédition de la conquête de la Franche-Comté, où 
il accompagna le prince son père, qui en étoit chargé, 
et eut grand part aux actions et aux événements qui 
y furent le plus remarquables. Il ne s'est pas épargné 
non plus dans la guerre qu'il suivoit en 1 672 contre 
la Hollande, où il fit la première campagne avec le 
même prince, qui commandoit une des armées 
royales, non plus que dans la bataille de Seneff, qui 
arriva en 1674, où il donna encore toutes les preuves 
de son intrépidité et de son courage ; le tout cepen- 
dant sans y avoir eu autre emploi que de lieutenant 
général sous le prince son père. Aussi n'y a-t-il guère 
d'apparence qu'on lui confie un poste pour la guerre 
plus proportionné^ à son rang et à sa naissance, ni 

i. Portionné, dans le manuscrit. 



86 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ainsi le commandement en chef d'une armée, quelque 
impression qu'il ait donnée d'ailleurs de sa valeur et 
de sa capacité, même dans le métier des armes. Il 
n'est pas moins partagé des dons de l'esprit que le 
prince son père. IH prit grand soin de le faire cultiver 
et instruire dès son enfance dans tout ce qui pouvoit 
contribuer à le rendre habile et éclairé au delà de la 
portée d'un prince de sa naissance et de sa nation ; il 
en confia, à ce sujet, la première éducation aux jésuites 
du Pays-Bas espagnol, dans le parti duquel il étoit 
alors, et trouva que le fils surpassa même son attente 
par les grands et surprenants progrès qu'il fit dans 
tous les genres d'étude et d'instruction où il s'ap- 
pliqua. On n'oublia pas même de lui faire apprendre 
la langue allemande, qu'il parle et écrit bien, en sorte 
que le père fut charmé de l'habileté et des lumières de 
son fils et commença dès lors à en faire ses princi- 
pales délices. Aussi continua-t-on depuis de recon- 
noitre, et comme on s'aperçoit encore aujourd'hui, 
que l'esprit de ce prince étoit non seulement vif et 
brillant et d'une conception aisée et prompte, mais 
encore fort éclairé et rempli de mille belles connois^ 
sances, d'un discernement exquis pour en juger, et 
d'une grande facilité à les débiter et à les faire valoir 
dans les occasions. D'ailleurs, comme on lui trouva 
dès sa jeunesse beaucoup de penchant pour la fierté, 
l'humeur naturellement altière et défiante, et un pro- 
cédé et les manières assez conformes à cette humeur, 
et dont, par l'indulgence ou la préoccupation du père 
envers ce cher fils, on ne prit pas assez soin de le cor- 

1. Le prince son père. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEM. 87 

riger, il n'a pu que s'y fortifier avec Tàge, et s'en être 
fait une habitude dont il n'aura pas lieu aisément, ni 
même envie de se défaire : oe qui se rendit d'autant 
plus visible par les manières assez opposées du père 
dans l'abord et dans l'entretien, et^ qui, surtout depuis 
son retour en France, ne témoignèrent que de l'hon- 
nêteté, de la douceur et de la distinction pour les 
personnes qu'il en jugeoit dignes. Cette fierté de 
naturel et de manières du fils, et qui d'ailleurs n'étoit 
pas soutenue par un grand extérieur, ni la haute répu- 
tation du père, ne lui gagna pas l'inclination des cour- 
tisans. Il ne put même s'empêcher de faire ressentir 
cette fierté à ses maîtresses, dont il en traita quelques- 
unes, comme la marquise d'Olonne, avec assez de hau- 
teur et de dureté. Cependant il ne laisse pas d'avoir 
un procédé assez honnête et obligeant pour les per- 
sonnes qu'il en croit dignes, ou en faveur de qui il est 
prévenu, et, entre autres, d'en bien user avec les mi- 
nistres publics qui ont occasion de l'aborder ou de 
l'entretenir. Â l'égard du Roi, Sa Majesté se contente 
de témoigner de la considération pour lui et pour son 
rang de premier prince de son sang, outre que, par 
sa charge de grand maître, il a toujours les occasions, 
quand il veut, de se trouver près de la personne de 
Sa Majesté, ou à son lever ou aux heures de repas et 
des parties de promenade et de fête. D'ailleurs, il 
n'entre dans aucun conseil, ni ne paroît point jus- 
ques ici de confidence particulière du Roi, soit pour les 
affaires, soit pour le plaisir : en sorte que ce prince, 
content en apparence et de son poste à la cour, et de 

1. Ce, dans le manuscrit. 



88 RELATION DE LA œUR DE FRANCE 

son rang, d'ailleurs de grands biens qu'il possède et 
qui le rendent le plus riche aussi bien que le premier 
prince du royaume, ne brille guère à la cour que par 
ces endroits, et même sans faire paroltre aucun atta- 
chement particulier à s'introduire plus avant dans la 
confiance du Roi et à se faire des créatures. Du reste, 
il a eu plusieurs enfants, de l'un et de l'autre sexe, 
issus de son mariage susmentionné avec la princesse 
palatine, et dont il ne lui en reste que trois, un fils et 
deux filles, dont nous allons bientôt parler. 

DE LA PRINCESSE DE CONDÉ MÈRE. 

Je dirai seulement ici en passant que la princesse 
DE GONDÉ, mère du prince de Condé susdit et nièce, 
comme il a été remarqué, du feu cardinal de Riche- 
lieu, est encore en vie, mais en retraite, et ainsi sans 
être visible depuis longues années. Sa disgrâce sui- 
vit d'assez près son mariage et la mort du cardinal 
son oncle, dont la seule considération avoit porté le 
prince de Condé, grand-père de celui d'aujourd'hui, à 
consentir à une alliance qui étoit d'ailleurs assez au- 
dessous de celle qui pouvoit être requise pour son fils 
aine le duc d'Enghien, comme on l'appeloit alors, 
tout brillant déjà de la gloire acquise à Fribourg et à 
la bataille de Nordlinguen, et d'ailleurs l'héritier de la 
qualité de premier prince du sang de France. Aussi ce 
fils, dans la suite, n'eut pas les mêmes égards pour une 
femme qu'il n'avoit épousée que par une espèce de 
sacrifice que son père fit à la faveur de l'oncle, et 
laquelle ayant cessé par la mort de ce grand et tout- 
puissant ministre, il ne se crut plus obligé bientôt 



PAR ÉZâGHIEL SPANHEDI. 89 

après à dissimuler le mépris qu'il avoit pour cette 
princesse, d'un esprit d'ailleurs et d'un génie fort 
médiocre, à quoi se joignit encore la jalousie qu'il en 
conçut au sujet de quelques démêlés qui éclatèrent 
entre deux pages de cette princesse, et ainsi à perdre 
entièrement toute considération pour elle : en sorte 
qu'elle se vit réduite à de longs et fâcheux ennuis, à 
vivre dans un éloignement continuel de son mari, 
d'ailleurs à le savoir attaché de fois à autre à des 
engagements fort opposés à quelque reste d'affection 
pour elle, et ce qui tout ensemble contribua à lui 
affoiblir l'esprit, et à se voir même contrainte de 
vivre en personne renfermée, et ainsi hors de tout 
conamerce du monde. Elle eut même le déplaisir, pour 
surcroit de toutes ces infortunes, de ne trouver pas 
moins de dureté du côté de son fils, le prince de 
Ciondé d'aujourd'hui, que du feu prince son mari. 

DE LA PRINCESSE DE GONDâ D'AUJOURD'miI . 

Pour la princesse de Gondé femme dudit prince 
son fils, et née de la maison palatine, comme il a été 
dit, je n'ai rien d'autre à en remarquer sinon qu'avec 
les avantages de sa naissance, qui est de maison sou- 
veraine de père et de mère, et la qualité de nièce et 
d'héritière de la reine de Pologne sa tante, elle se 
trouva douée de toutes les qualités d'une femme 
douce, commode, vertueuse, charitable, éloignée 
même des vanités du monde et de la cour, n'en aimant 
guère le commerce ou les plaisirs que pour y garder 
son rang et en remplir les obligations, et enfin atta- 
chée à son devoir et à l'éducation de sa famille dès 



90 RELATIOIf DE LA COUR DE FRANGE 

qu'elle eut le bonheur d'avoir des enfants. Elle sup- 
porta même en femme sage les divers engagements de 
galanterie où le prince son époux se trouva sensible, 
et qui, après tout, ne lui laissoit guère à son égard que 
le rang et la considération due à sa naissance ou 
acquise par son mariage. Ce fut d'ailleurs un assez 
grand sujet de contentement et de consolation pour 
elle que l'arrivée en France de Madame, sa cousine 
germaine et de même nom et maison, comme étant 
filles de deux frères : ce qui depuis a été suivi du 
retour en France de sa sœur cadette, qui avoit épousé 
le feu duc de Hanover, et dont il y aura lieu de parler 
dans un autre endroit. Pour sa sœur aînée, conune 
elle avoit quelque dé&ut de taille, elle avoit été des- 
tinée au couvent par la princesse sa mère, et, dans 
cette vue, mise auprès de l'abbesse de Maubuisson^, sa 
tante et sœur du feu prince Edouard palatin, son père, 
et de l'électeur Charlesp-Louis, mais où elle ne put être 
persuadée de finir ses jours et de renoncer au mariage : 
en sorte que, contre le gré de la princesse sa mère, 
qui ne l'aimoit guère, il l'en fallut tirer pour la marier 
au prince de Salm, qui a été fait depuis gouverneur 
du jeune archiduc, depuis roi de Hongrie, et à présent 
roi des Romains. 

DU DUC DE BOURBON. 

Le duc DE Bourbon, fils du prince et de la prin- 
cesse de Condé dont je viens de parler, et le second 
prince du sang de France, d'une taille encore plus 

1. Maubasson, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 91 

petite que celle du prince son père, et qui a donné 
lieu à ce dernier de dire que sa race dégénérera enfin 
en nains ; il n'a pas non plus la mine haute, ni Tair 
fort noble , quoiqu'il l'ait assez dégagé. On n'a rien 
négligé d'ailleurs pour lui former l'esprit et pour lui 
faire apprendre tout ce qui pouvoit convenir à un 
prince d'une si haute naissance; cependant il n'a 
guère briUé jusques ici, ni marqué même des inclina- 
tions fort élevées, ou même fort régulières pour sa 
conduite. 

DE LA DUCHESSE DE BOURBON. 

Ce qui n'a pas empêché que, eu égard à son rang et 
à sa naissance, le Roi n'ait été bien aise de lui faire 
épouser sa fille aînée de lui et de Mme de Montespan, 
qu'on appeloit Mademoiselle de Naistes, et d'en 
obtenir le plein agrément du feu prince de Gondé et 
de celui d'aujourd'hui, père du duc de Bourbon 
susdit. Aussi ce mariage s'en célébra à Versailles, du 
vivant encore du premier, dans l'année 1 686^, quoique 
l'époux n'eût encore que dix-sept ans et la jeune 
épouse treize. Pour celle-ci, elle n'avoit pas laissé de 
briller déjà dans la cour de France et d'y paroitre 
fort aimable pour son air vif et ouvert, des manières 
libres et aisées, une^ humeur enjouée et qui aime la 
joie et les plaisirs ^, un port noble et dégagé et une 
grâce merveilleuse à la danse : ce qui, malgré sa 

1. En 1685, et non en 1686. 

2. D'une, dans le manuscrit. 

3. Ici, le copiste a répété par mégarde les mots : c déjà dans 
la cour de France >, qui se trouvent trois lignes plus haut. 



98 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

grande jeunesse, Ta voit déjà mise de tous les bals 
qu'on avoit dansés à la cour depuis quelque temps. 
Aussi n'a-t-elle rien perdu de ces mêmes agré- 
ments depuis son mariage et à mesure que Tàge 
contribue à les former et à les faire briller davan- 
tage; elle eut seulement le malheur de voir, en 
quelque sorte, diminuer les beaux traits du visage et 
du teint par la petite vérole, dont elle se trouva 
atteinte la même année de son mariage, et par des 
marques assez visibles qu'elle lui en a laissées. Après 
tout, elle n'en parut pas moins aimable, comme j'ai 
dit, par les charmes susdits de l'air, du port, des ma- 
nières et de l'humeur. 

DU PRINCE DE GONTI. 

Le prince de Gonti d'aujourd'hui, troisième et der^ 
nier prince du sang, est le second fils du prince de 
Gonti mort dès l'an 1666, et d'une Martinozzi, sa 
mère, nièce du feu cardinal Mazarin. Ce prince, né 
en 1 664, et qui portoit le nom de prince iSR la Roghe- 
SUR-YON du vivant de son frère atné, appelé prince 
de Gonti, en prit aussi le nom et le rang dès la mort 
de ce dernier, décédé à Fontainebleau, en 1 686^, d'une 
maladie qu'il y prit à assister la princesse sa femme, 
fille du Roi et de la duchesse de la Yallière, alors 
atteinte des petites véroles. Le prince de Gonti d'au- 
jourd'hui, son frère, se trouvoit, au temps de cette 
mort, en disgrâce auprès du Roi, retiré à Ghantilly 
auprès du prince de Gondé, encore vivant, son oncle, 

1. Le 9 novembre 1685. 



PÂH felfeHIKL SPAITHEDi. 93 

et sans avoir la permission de venir en cour et de se 
présenter devant le Roi : ce que ce même prince 
appelé alors, comme j'ai dit, duc de la Rodie-sur-Yon, 
s'étoit attiré par la réputation d'un vice inf&me 
auquel il s'étoit laissé entraîner par des débauches 
conformes, et qui avoient fait de Téclat, avec de 
jeunes seigneurs et courtisans de même humeur, et 
d'ailleurs par des lettres interceptées, fort licendeuses 
et où le Roi même n'étoit pas épai^né, non plus que 
Mme de Maintenon : ce qui tout ensemble avoit causé 
un grand éloignement du Roi pour ce prince, et avoit 
porté même Sa Majesté à s'en expliquer d'une manière 
à faire croire qu'il n'y avoit plus de retour pour lui. 
Aussi ce ne fut qu'en considération de la prière sou- 
mise et touchante que le feu prince de Gondé en fit en 
son lit de mort, par sa lettre au Roi, pour recevoir ce 
prince son neveu en grâce, que Sa Majesté ne crut 
pas le pouvoir refiiser, et en voulut même faire assu- 
rer ce prince mourant par son fils, aujourd'hui prince 
de Gondé : ce qui fut en effet suivi du retour en cour 
de ce prince de Gonti, et peu après de son mariage 
avec sa cousine germaine, la petite-fille du même 
prince de Gondé son oncle, et fille du prince de Gondé 
d'aujourd'hui. On l'avoit destiné auparavant pour 
épouser l'infante de Portugal, du vivant de la reine sa 
mère, et ainsi dans la vue de lui voir un jour cette 
couronne sur la tête ; ce fut aussi le principal motif du 
choix et de l'envoi en Portugal de l'abbé Saint-Romain 
en qualité d'ambassadeur extraordinaire de France, 
personnage consommé dans les négociations et ambas- 
sades, et qui en avoit déjà fait autrefois en Portugal, 
mais ce qui après tout n'eut point de suite, par les 



94 RELATION DB LA COUR DE FRANGE 

obstacles qu'on y trouva, et particulièrement par la 
mort suivie ^ de la reine de Portugal, qui y changeoit 
Tétat des affaires de la cour, et surtout la condition de 
Tinfante, par les secondes noces qu'on prévoyoit déjà 
du roi son père. Au reste, le prince de Gonti d'à pré- 
sent est de belle taille et assez déliée, d'un esprit 
qu'on jugea d'abord plus vif et plus brillant que celui 
de son aîné, avec lequel d'ailleurs il vivoit dans une 
parfaite union et un commerce inséparable d'intérêts 
et de conduite, ce qui parut, entr'autres, par leur su- 
bite retraite hors de France en \ 687 * et leur voyage 
en Hongrie , à l'armée de l'Empereur , d'où ils ne 
revinrent qu'après être rappelés par des ordres 
sévères du Roi. Ce prince d'ailleurs, qui, de même que 
son aîné, en témoigna du courage et de la valeur, l'a 
fait encore paroitre en d'autres rencontres, et voulut 
aussi accompagner le Dauphin dans l'expédition du 
siège de Philipsbourg, en automne 1688. 

DE LA PRINCESSE DE GONTI. 

La princesse de Gonti, son épouse, et fille, comme 
je viens de dire, du prince de Gondé d'aujourd'hui, 
née en 1 666, n'avoit pas le bonheur d'avoir joint une 
^ grande beauté à une grande naissance, ayant le teint 
basané et les traits en moresque, l'air un peu hagard, 
quoiqu'avec de beaux yeux, le nez camard et la taille 
assez petite ; mais, en échange, elle se trouve ornée 
d'un esprit vif et éclairé, de sentiments et d'inclina* 



1. Qui s'ensuivit, qui survint. 

2. En 1685, et non 1687. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEDf. 95 

tiens fort nobles et bienfaisantes, et d'une humeur 
douce et engageante, qui charme les personnes qu'eUe 
aime et avec qui elle s'entretient. On la destinoit en 
premier lieu, et par les^ mêmes destinées dont je viens 
de parler du prince son époux, au roi de Portugal, dès 
la mort de la reine sa femme, et on en fit même 
ouverture à l'envoyé de ce roi qui vint de sa part en 
France notifier la mort de cette reine, outre l'ordre 
conforme qui en fut donné au ministre de France en 
Portugal; cependant cette af&ire n'eut point de suite. 
Après quoi, le bruit de la cour la destinoit au prince 
de Pologne, mais sous la condition d'en être un jour 
la reine, et ainsi que ce prince fût auparavant assuré 
de la succession à la couronne : ce qui n'ayant pas 
trouvé les sûretés ni les dispositions requises du côté 
de la cour polonoise, ou par autre raison, fit qu'on 
changea aussi de vue pour cette princesse, et qu'on 
lui donna pour époux, en 1 688, le prince de Gonti, 
son cousin germain, et pour lequel elle témoigne 
toute l'afTection d'une femme sage, vertueuse, et qui 
aime véritablement son mari. 

Je ne parle pas ici d'une jeune sœur qu'elle a, 
née en 1 675, qui n'a guère paru à la cour jusques 
ici, et dont aussi il n'y a rien à dire sinon qu'elle 
tient de même et tiendra le rang de princesse du 
sang de France *. 



i . Le manuscrit porte : c la mêmes destinées. » 
2. Cette princesse, surnommée Mademoiselle de Gondé, mourut 
sans alliance en 1700. Il existait en outre deux autres sœurs, qui 
devinrent : Tune, dès 1692, la duchesse du Maine; et l'autre, 
beaucoup plus tard, la duchesse de Vendôme. 



96 RBLAîlON DE LA COUR DE FRANGE 



DE LA PRINCESSE DE GONTI LA VEUVE. 

Il y a encore une autre princesse de Gonti, veuve 
du feu prince de ce nom et frère atné de celui d'au- 
jourd'hui. Cette princesse mérite bien qu'on en parle, 
puisqu'elle fait depuis quelque temps un des plus 
beaux ornements de la cour de France. Elle est fille, 
conrnie il a déjà été dit en passant ci-dessus, du Roi 
et [Mlle] ^ de laValIière, duchesse deVaujours, naquit en 
octobre 1666. Elle fut mariée au feu prince de Conti 
en janvier 1680, âgée seulement de quatorze ans, 
mais déjà avec tous les agréments d'une taille, d'un 
port, d'un air et d'une beauté qui charmoit toute la 
cour. Aussi peut-on dire que sa taille, grande dès lors 
pour une personne de son sexe et de son âge, pour 
ne pas dire de sa nation, et qui s'est accrue depuis au 
delà même des belles tailles, n'en est pas moins la 
plus belle, et la plus aisée, et la plus noble qu'on 
puisse voir. Le port surtout qui l'accompagne a 
quelque chose de si grand, de si dégagé et de si par- 
ticulier, qu'on n'en vit peut-être jamais un qui eût 
tout ensemble plus de majesté et plus d'agrément, qui 
fût aussi plus distingué de celui des autres fenmies 
qui sont d'ailleurs les mieux partagées du côté de la 
taille et du port : ce qui se trouve accompagné en 
même temps d'un air et de manières si hautes, si 
belles, si assorties d'un charme nouveau, qu'elle ne 
peut qu'attirer les yeux sur elle et l'admiration de 

1 . Et se trouvant à la fin d'une ligne, il est probable que le 
copiste a oublié Mademoiselle. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 97 

toute la oour. Elle brilla, entr'autres, par tous ces 
endroits dans les divertissements de cette même cour, 
et surtout dans les bals ou les ballets qui s'y faisoient, 
et où sa grâce et son adresse merveilleuse à la danse 
se joignit à tous ces avantages susdits de sa personne. 
La blancheur et la beauté du teint n'y répondoit pas 
entièrement, mais après tout qui ne laissoit pas 
d'avoir de l'éclat ; et, conune elle fut depuis atteinte de 
petite vérole, durant le séjour de la cour à Fontaine- 
bleau, en automne 1686, son teint en a conservé 
quelques marques, surtout plus de rougeur qu'elle n'y 
avoit auparavant^. Pour les qualités de l'esprit, on peut 
dire, sans leur faire tort, qu'elles tirent plus d'éclat 
des agréments ou avantages susdits de sa personne, 
que d'un grand brillant qu'on y trouve, ou d'une 
imagination fort vive et remplie. Aussi, comme les 
lumières en sont assez bornées, elle s'y conduit, après 
tout, et s'y ménage en sorte qu'elle ne donne point de 
prise sur elle par quelque affectation hors de saison à 
les faire paraître, et ainsi n'affoiblit point par là les 
grandes idées qu'elle ne peut qu'inspirer par son 
abord : ce qu'elle soutient encore par une humeur 
commode, douce, aisée, des manières honnêtes et 
engageantes, et par un entretien qui s'y trouve assez 
conforme. Sa conduite, dans ce grand éclat qui l'en- 
vironne par tant d'endroits, et qui l'expose, ce semble, 
à tant d'embûches dans une cour aussi galante, n'en 



1. Spanheim fait ici erreur : ce fut la duchesse de Bourbon, et 
non la princesse de Gonti douairière, qui fut atteinte de la petite 
vérole pendant le séjour de la cour de Fontainebleau, en no- 
vembre 1686; mais la princesse de Gonti eut de bonne heure le 
visage couperosé. 

7 



98 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

est pas moins sage, régulière, hors d'atteinte, et 
même de vues qui puissent en donner le moindre 
préjugé ou la contraindre. Et comme le Dauphin, fils 
d'un même père, a beaucoup de considération pour 
elle, ils ont aussi ensemble une assez grande liaison 
d'amitié, de confidence et de commerce. Elle ne peut 
aussi, faite comme elle est, qu'avoir grande part dans 
les bonnes grâces du Roi son père, et qui fait assez 
connoitre la considération qu'il a pour une fille 
aimable. D'ailleurs, comme elle s'est trouvée veuve 
depuis la mort du prince son époux, décédé, comme il 
a été dit, en automne 1 686^, d'ailleurs sans enfants, et 
dans la fleur de l'âge et de la beauté, on a parlé, de 
fois à autre, de la voir passer à un second mariage, 
et, entr'autres, avec quelque prince souverain d'Italie, 
conune le duc de Modène ; mais, comme cela n'a point 
eu de suite, qu'on la croit même trop attachée à la 
cour de France, et par sa naissance, et par le rang 
qu'elle y tient, et par l'éclat qu'elle lui donne, et enfin 
par la satisfaction qu'elle y trouve et qu'elle y tire de 
tous ces avantages, sans parler des grands biens 
qu'elle y possède, il y a apparence qu'elle est des- 
tinée à n'en point sortir, et qu'elle pourra, malgré 
quelque^ différence d'âge, épouser un jour le duc de 
Chartres, fils unique de Monsieur et de Madame, et 
même que la chose seroit déjà comme arrêtée par 
l'aveu du Roi et le consentement desdites Altesses 
Royales'. 

i. Le 9 novembre 1685. 

2. Quelque a été ajouté en interligne par Spanheim. 

3. CSe projet n'eut pas de suite, et le duc de Chartres dut 
épouser, en 1693, une des filles du Roi et de M»« de Montespan. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHBIM. 99 



DE LA PRINCESSE DE GARIGIfAN. 

Il y a encore la princesse de Garignan, qui porte le 
nom, par sa naissance, de Marie [de] Bourbon-Soissons et 
tient un rang parmi les princesses du sang de France. 
Elle est soeur du feu comte de Soissons, qui fut tué à 
la bataille de Sedan en 1 641 , et, dès Tannée 1 624, fut 
mariée au prince Thomas de Savoie, fils de Charles- 
Emmanuel, duc de Savoie, et frère de Yictor-Amédée, 
son successeur. Elle eut deux fils de ce prince : Em- 
manuel-Philibert, et Eugène-Maurice , comte de Sois- 
sons, et une fille, qui fut mariée au feu marquis Fer- 
dinand de Bade, et duquel mariage est né le marquis 
de Bade S qui, après avoir signalé son courage et sa 
valeur dans les campagnes passées en Hongrie contre 
le Turc, s'y est encore signalé davantage cette der- 
nière campagne', qu'il y a conmiandé en chef Tarmée 
impériale. Pour la princesse de Garignan susdite, sa 
grand'mère, comme elle est^ née en 1606, se trouve 
présentement fort avancée dans Tàge. C'est une prin- 
cesse qui a témoigné beaucoup de courage dans les 
divers événements de la vie et de la fortune du feu 
prince Thomas, son mari, qui fut conduite en Espagne 
et y resta quelque temps prisonnière, ensuite que le 
prince son époux eut quitté le parti et le service de 
cette monarchie et fut passé à celui de France. 

i. Le prince Louis de Bade, un des plus redoutables adversaires 
de nos armées d'Allemagne. 

2. Victoires de Jagodina, de Nissa et de Widdin, 30 août, 
24 septembre et 14 octobre 1689. 

3. Bst a été ajouté en interligne par Spanheim. 



100 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

Depuis sa délivrance et son retour, elle fut envoyée en 
France comme en otage, pendant que le prince son 
mari conunandoit l'armée de cette couronne en 
Italie, et où il mourut en 1 656, durant le siège de 
Pavie. Son second fils, le comte de Soissons, qui étoit 
resté en France, épousa l'année suivante une des 
Mancini , nièce du cardinal Mazarin ; en a eu des 
enfants : le comte de Soissons d'aujourd'hui, et le 
prince son frère ^. C'est dont il sera parlé, ci-après, et 
en son lieu, dans l'article des princes étrangers en 
France*. 

Après les princes et princesses du sang suivent les 
enfants légitimés du Roi, selon le rang et la condition 
où il les a élevés, avec peu de différence même des 
premiers, et au-dessus de tous les autres princes 
étrangers^ ainsi qu'on les appelle en France, qui sont 
issus de maison souveraine, comme de Savoie et de 
Lorraine. 

DES ENFANTS LÉGITIIIÉ8 DU ROI. 

Les enfants légitimés du Roi sont de lui et de deux 
différentes maltresses, la duchesse de la Vallière ou de 
Vaujours, et Mme de Montespan. 

DU DUC DE VERMANDOIS. 

De la première, il n'y a eu que deux : la princesse de 
Gonti, dont je viens de parler et qui a le rang de 

1. Le prince Eugène. 

2. Gi-aprèB, p. 110. 



PAR ÉZÉGHIEL SPÂIOIEIM. 101 

princesse du sang par son mariage, et le feu duc de 
yERMÂin)Ois, son frère. Ce dernier, né en octobre 1 667, 
et ainsi un an plus jeune que ladite princesse sa 
sœur. Il étoit revêtu de la charge importante de grand 
amiral de France; il étoit d'une taille médiocre, mais 
bien prise, et d'ailleurs fort aimable dans tout Tair, le 
port et les manières de sa personne; les agréments 
de l'esprit et de l'humeur y répondoient, aussi bien 
que la noblesse et les sentiments du cœur, et ce qui 
tout ensemble donnoit déjà de grandes et de belles 
espérances de ce qu'on en pouvoit un jour attendre. 
Il n'y eut qu'un endroit malheureux dans sa conduite, 
au sujet de l'engagement d'un vilain commerce entre 
déjeunes seigneurs de la cour, où, sortant à peine de 
l'enfance, on trouva qu'il avoit été entraîné, et dont 
il fiit châtié sévèrement par ordre du Roi son père : 
en sorte que cette correction^ , la crainte de retomber 
dans la disgrâce de Sa Majesté, jointe à des réflexions 
d'un âge plus capable d'en faire sur son devoir et sur 
sa conduite, et à la beauté d'ailleurs de son naturel, 
donnoit lieu de croire qu'il répondroit hautement à la 
bonne opinion qu'on en avoit conçue sur des fonde- 
ments assez plausibles ; mais ce qui fut retranché tout 
à coup par sa mort suivie' à Gourtray, en Flandres, 
sur la fin de l'an 1683, où il avoit accompagné les 
princes de Gonti et [de la] Roche-sur- Yon frères, au 
sujet des exécutions militaires qui s'y firent par ordre 
du Roi contre les sujets d'Espagne, et où ce jeune duc 
ftit atteint d'une fièvre chaude qui l'emporta en^peu 

1. Le copiste avait écrit coreption. Spanheim a corrigé en coT" 
reetwn, 

2. On a déjà vu ce participe pris dans le sens de survenu. 



10S REXiATION DE LÀ œUR DE FRANCE 

de jours. La princesse de Gonti, sa soeur unique de 
mère, resta, par sa mort, héritière du duché de Yer^ 
mandois et d'autres grands biens qu'il possédoit 
déjà. 

LES ENFANTS LÉOrmiÉS DU ROI ET DE MADAME DE 

MONTES? AN. 

Les enfants légitimés du Roi et qui sont issus de lui 
et de Mme de Montespan sont, outre la duchesse de 
Bourbon, dont il a été parlé ci-dessus^, le duc du Maine, 
le comte de Toulouse, son frère, et Mlle de Blois, leur 
sœur. 

Le duc DU Maine, né en mars 1 670, vint au monde 
avec un corps infirme , les jambes tournées et estro- 
piées, en sorte qu'il en conserve un marcher fort 
incommode, une petite taille et mal aisée, sans que 
l'usage des bains de Bai*èges, aux Pyrénées, où on lui 
fit faire quelques voyages, l'en ait* pu soulager : en 
quoi il est d'autant plus à plaindre que d'ailleurs il est 
beau de visage, d'une physionomie heureuse, d'un 
abord agréable, et d'un esprit dont les charmes et les 
lumières sont peu conmiunes. Le soin particulier qu'on 
eut, dès son bas âge, à mettre auprès de lui des per- 
sonnes habiles et capables de l'élever et de l'instruire 
en tout ce qui pouvoit attacher ou mériter son appli- 
cation, eut aussi tout le succès qu'on en pouvoit sou- 
haiter. Celui-ci fut même d'autant plus grand, qu'il s'y 
adonna autant par inclination et par un penchant qui 



1. Gi-dessu8, p. 91. . 

2. Corrigé mal à propos, par Spanheim lui-môme, en ayent. 



PAR éZÉGHIEL SPANHEIM. 103 

l'y portoit, que par devoir ou par bienséance : en sorte 
qu'il fit bientôt un grand progrès, et assez rare pour 
un seigneur de son rang, dans toutes les connoissanoes 
des belles-lettres, de l'histoire, de Tantiquité et des 
mathématiques. D'ailleurs, il n'est pas mal partagé non 
plus du côté des établissements et de la fortune, 
comme on parle, puisque, outre le rang qu'il tient à 
la cour immédiatement après les princes du sang et le 
titre d'Altesse que les courtisans lui donnent, il est 
revêtu de deux importantes charges, et dont il tire de 
gros appointements : l'une est celle de colonel général 
des Suisses et Grisons, que le Roi lui donna presque 
dès son bas âge ; l'autre est le meilleur gouvernement 
de France, qui est celui de la province du Languedoc, 
que le Roi lui conféra en 1 682 , dès la mort du duc 
de Verneuil, fils naturel de Henri IV, et en lui donnant 
pour conunandant, ou gouverneur-lieutenant et sous 
lui durant sa minorité, le duc de Noailles, le premier 
des quatre capitaines des gardes de Sa Majesté : à quoi 
il faut ajouter la souveraineté de la principauté de 
Dombes que Mlle de Montpensier lui a cédée, et dont 
elle ne s'est gardé que l'usufruit sa vie durant, et qui 
fiit une des conditions avec quoi, comme il a été dit 
ci-dessus^, elle racheta la liberté du comte de Lauzun : 
à quoi on doit ajouter que Mme de Maintenon, en 
reconnoissance de ce qu'elle devoit au poste qu'elle 
avoit eu de gouvernante desdits enfants du Roi et de 
Mme deMontespan^, a pris à tâche de contribuer aux 
grands établissements susdits de ce duc son élève, et 
de s'en attirer tout le gré. 

i. Gi-des8U8, pp. 34 et 73. 
2. Ci-dessus, p. 18. 



104 RELATION DE LA œUR DE FRANGE 

Le comte de Toulouse, frère du duc du Maine et 
autre fik du Roi et de Mme de Montespan , en sa 
dixième année fut revêtu déjà de l'importante charge 
de grand amiral de France, que le Roi lui donna dès la 
mort touchée ci-dessus du duc de Yermandois, fils de 
Sa Majesté et de la duchesse de la Yallière. Ce jeune 
comte de Toulouse a encore eu le gouvernement de la 
province de Guyenne, pour en confier le soin durant 
sa minorité au maréchal de Loi^e : par où on voit, 
pour le dire en passant, l'intention et les maximes du 
gouvernement présent, de remettre les plus impor- 
tantes charges de la couronne et la conduite des pro- 
vinces les plus considérables et les plus éloignées de la 
cour entre les mains des enfants du Roi , tant pour 
leur donner par là des établissements capables de 
soutenir le haut rang où ils sont élevés, que pour avoir 
lesdits emplois en des mains d'autant plus sûres et 
d'une confiance entière. Au reste, ce jeune prince de 
Toulouse est d'une extrême beauté, et qui promet 
beaucoup pour son âge. 

Il avoit un frère avant lui et après le duc du Maine, 
nommé de son vivant le duc de Yexin, mais qui mou- 
rut en janvier 1 683. 

A l'égard des filles du Roi et de Mme de Montespan, 
outre la duchesse de Rourbon, appelée auparavant 
Mlle de Nantes, et dont il a été parlé, il y a encore en 
vie Mlle de Rlois, sa sœur, et qui ne manque pas 
d'agrément du visage et de taille^. 



1. Nous avons déjà dit qu'elle épousa le duc de Chartres au 
commencement de 1692. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEDf. 105 

DES BNFÂNTS LÉGITIMÉS ET DESGENDAirrS DE HENRI lY. 

On peut ajouter aux en&nts légitimés du Roi 
régnant ceux de Henri lY, son grand-père, ou qui en 
descendent. 

Le duc DE Verneuil, fils de ce grand roi et de la 
marquise de Yerneuil, sa maltresse, mourut sans 
enfants en 1 688, âgé de plus de quatre-vingts ans. Il 
avoit été destiné à l'église dès sa jeunesse, fait à ce 
sujet les études qui y pouvoient être requises, et eut 
assez longtemps la riche abbaye de Saint-Germain, 
qu'il résigna, âgé de plus de soixante ans, pour se 
marier et épouser, comme il fit, la duchesse douai- 
rière de Sully, fille du chancelier de France. Ce sei- 
gneur, d'un naturel doux, afiable, civil au dernier 
point, qui avoit de l'étude et surtout beaucoup de con- 
noissance de l'histoire et de l'antiquité, qui étoit 
curieux entre autres des médailles antiques et en avoit 
un très beau cabinet, vivoit ^ avec éclat , aimoit pas- 
sionnément la chasse, avoit à ce sujet une très belle 
écurie, et faîsoit grand chère et bon accueil à ses hôtes. 
GoDune sa maison et terre de Yerneuil n'étoit qu'à 
deux lieues de Chantilly, maison et retraite, comme il 
a été dit, du feu prince de Gondé, ils se voyoient 
fort souvent et familièrement ensemble. 

Gomme ce duc est mort sans enfants, aussi il ne 
reste aujourd'hui, des descendants légitimés et recon- 
nus de Henri le Grand, que le duc de Vendôbie et le 
Grand-Prieur, son frère. Ils sont fils du feu duc de 

1. Le manuscrit porte : il vivoit. 



106 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

Mercœur et cardinal en dernier lieu, et petits-fils du 
duc de Vendôme né de Henri IV et de la belle Gabrielle 
d'Estrées, duchesse de Beaufort : en sorte que ces 
deux frères susdits, duc de Vendôme d'aujourd'hui et 
le Grand-Prieur, sont arrière-petits-fils de Henri IV. Le 
premier est gouverneur de la Provence, et en particu- 
lier des tours du port de Toulon, et l'autre dievalier 
de Malte, d'où il est monté à la dignité de grand-prieur 
de France. Us vivent tous deux dans une parfaite 
union et dans une espèce de couununauté de biens, 
de séjours et de plaisir. L'alné n'est point marié, et, le 
cadet ne pouvant l'être par sa profession , ce dernier 
n'en est pas plus régulier à l'égard des fenomes, entre- 
tenant depuis quelque temps une des musiciennes 
françoises de l'Opéra, et pour laquelle il fait beaucoup 
de dépense. D'ailleurs leur genre ordinaire de vie et 
quand ils sont à la cour, et sans l'éclat et sans les 
suites ou les marques extérieures du rang qu'ils y 
tiennent après les fils légitimés du Roi régnant et 
avant Içs princes étrangers ^ . fls sont au reste fort aimés 
et considérés du Dauphin , comme il a été remarqué 
ci-dessus^. 

Les ducs DE LONGUEVILLE, qui descendent du fameux 
comte de Dunois fils bâtard du duc d'Orléans, frère 
du roi Charles VI, tenoient encore le rang des princes 
légitimés. Le feu duc de Longueville, qui étoit gou- 
verneur de Normandie, avoit conunandé l'armée de 
France en Allemagne dans la grande et longue guerre 
passée, et été ensuite premier ambassadeur et pléni- 

1. Cette phrase ne semble ni très correcte, ni très intelligible. 
Peut-être faudrait-il lire : « est sans réclat. > 

2. Ci-dessus, p. 47. 



PAR iZÉOHIEL SPANHEDf. 107 

potentiaire de France aux traités de Mttnster, et mou- 
rut en 1663. Il n'eut qu'une fille de sa première 
fenune , mariée au feu duc de Nemours , et deux fils 
de la seconde, soeur du feu prince de Gondé, dont le 
cadet, connu sous le nom de comte de SaintrPol, d'un 
rare mérite et d'une valeur extrême pour son âge, 
fVit tué au fameux passage du Rhin en 1673, et dans 
le temps, conune il a été remarqué ci-dessus ^ qu'on 
travailloit sous main, du côté de la France, à le faire 
élire roi de Pologne en place du roi Michel. Ce 
même comte de Saint-Pol, et qui portoit déjà 
le nom de duc de Longueville , depuis la vie reli- 
gieuse que son aîné avoit embrassée, a laissé un fils 
naturel de lui et de la maréchale de la Ferté, né 
durant la vie du maréchal son mari, mais qui, par ses 
infirmités, n'avoit plus aucun commerce depuis assez 
longtemps avec sa femme : en sorte que l'aventure fiit 
assez extraordinaire, de voir que le fils dudit duc de 
Longueville et de cette maréchale, et du vivant de 
son mari, n'a pas laissé d'être reconnu et légitimé en 
Parlement sous le nom de chevalier de Longueville. 
Le fi*ère aîné du défunt, étant d'un esprit imbécile, 
avoit pris la résolution de se retirer entièrement du 
monde et d'embrasser la vie religieuse, ce qu'il fit 
aussi dans Tan 1 669 , qu'il se retira parmi les Pères 
de l'Oratoire^, en prit l'habit quelque temps après, et 
l'ordre de prêtrise : en sorte que, par la mort depuis 
survenue de son frère cadet sans enfants légitimes, 

i. Gi-desBus, p. 84. 

2. Les contemporains ne disent pas que ce duc soit entré à 
rOratoire. Il avait passé ses premiers temps de retraite chez les 
Jésuites. 



108 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

tous les grands biens de cette maison, et parmi les- 
quels il y a une souveraineté du comté de Neufchàtel 
en Suisse, doivent passer, après le décès du frère aîné ^ , 
à des familles alliées et parentes de la maison de Lon- 
guevîlle, et dont les principales sont celles de Rothelin^ 
et de Matignon, en la province de Normandie, et de 
laquelle, savoir : la dernière, est issue la marquise de 
Seignelay, femme du ministre d'État de ce nom. Et 
comme ladite maison de Longueville avoit prétendu 
de succéder dans les droits et Théritage de la 
maison de Ghàlons, de laquelle les princes d*Orange 
avoient hérité la principauté d'Orange, qui est située 
au milieu de la France, et autres grandes terres et 
considérables dans le comté de Bourgogne, dit autre- 
ment Franche-Comté, appartenant alors à l'Espagne, 
de là vinrent les procès que les princes de la maison 
de Longueville intentèrent là-dessus aux feus princes 
d'Orange, et qui furent remis sur le tapis depuis 
quelques années, au nom du duc de Longueville susdit, 
et de la part de son tuteur le feu prince de Gondé. 

DES PRINCES ÉTRANGERS ET AUTRES GRANDS SEIGNEURS 

DE LA COUR DE FRANCE. 

Les Princes étrangers, comme on les appelle en 
France, sont ceux qui, quoique nés François et sujets 
du Roi, sont issus de maison souveraine hors du 
royaume, et dont il n'y a plus en France que les 
princes sortis des deux maisons de Savoie et de Lor- 
raine. 

1. n mourut, à peu près fou, en 1694. 

2. Le manuscrit porte : Rothelay. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 109 

DBS PRINCES DE SAVOIE EN FRANGE. 

Les princes de Savoie ont été connus en France, 
dans Je siède passé et dans celui-ci, sous le nom de 
ducs DB Nemours, depuis que Philippe de Savoie, 
comte de Genevois et fils de Philippe, duc de Savoie, 
s'établit en France sous François I*' et en fut investi 
du duché de Nemours. 

DES DUCS DE NEMOURS. 

Hais cette branche se trouve à présent éteinte 
depuis la mort des deux derniers ducs de Nemours 
frères, dont Tatné, qui fut tué en duel par le duc 
de Beaufort, son beau-firère, à Paris, en 165SI, ne 
laissa que deux filles : l'aînée épousa le feu duc 
de Savoie, et la cadette successivement les deux 
rois de Portugal frères. Pour l'autre frère du duc 
susdit, et qui porta le nom de duc de Nemours 
depuis la mort de son aîné, il avoit épousé la fille du 
feu duc de Longueville, laquelle est encore en vie, sous 
le nom de duchesse douairière de Nemours, et mou- 
rut sans enfants en 1 659 : en sorte que cette branche 
des ducs de Nemours, conmie je viens de dire, se 
trouve entièrement éteinte. 

DU PRINCE THOMAS DE SAVOIE OU DE CARIGNAN. 

Hais il y eut un autre de la même maison de Savoie 
qui s'établit en France sous la fin du dernier règne, et 
qui y subsiste encore : ce fut le prince Thomas de 



410 RELATION DE LA COUR DE FRAIfCE 

Savoie, filB de Gharles-Emmanuel, duc de Savoie, et 
de la duchesse, fiUe de Philippe II, roi d'Espagne, et 
frère du feu duc de Savoie grand-père de celui d'au- 
jourd'hui, et qui a voit épousé, dès l'an 1634, une 
princesse du sang de France, soeur du comte de Sois- 
sons tué en la bataille de Sedan, en 1 641 , et qui a été 
connue depuis sous le nom de princesse de Garignan, 
dont il a été parlé ci-dessus^. Ce prince Thomas, son 
époux, après avoir porté les armes en Italie pour les 
intérêts de l'Espagne, s'en étant détaché et ayant em- 
brassé le parti de la France, en obtint, entre les autres 
conditions, celle qu'il tiendroit le premier rang en 
France après les princes du sang, sous le nom de 
prince de Garignan, qu'il a porté depuis , et que son 
second fik porteroit le nom de comte de Soissons, 
qu'il tiroit du côté de la princesse de Garignan, sa 
femme, qui étoit, comme on a vu ci-dessus, princesse 
du sang de France. Il hit honoré ensuite de la chaire 
de grand maître de la maison du Roi, dont le feu 
prince de Gondé se trouvoit alors dépouillé par sa 
retraite dans le parti d'Espagne et les armes qu'il y 
portoit actuellement contre la France. Le prince Thomas 
susdit étant mort en 1 656, au siège de Pavie, où il 
commandoit l'armée de France, il laissa deux fils : 
l'ainé, Enunanuel-Philibert, né sourd et muet et qui est 
resté à Turin, à la cour de Savoie, où il n'a pas laissé 
de se marier contre l'attente de ceux de sa famille 
qui sont en France, même à l'insu de la cour de 
France, et d'épouser une princesse de la maison de 
Modène ; le Roi se crut en droit d'en témoigner 

1. CSi-de88U8, p. 99. 



PAR éZÉGHlEL SPANHEIM. 111 

quelque ressentiment, et d'obliger le duc de Hodène 
d'éloigner pour quelque temps, de sa cour et de sa 
faveur, un prince de sa maison qui avoit été l'entre- 
metteur de ce mariage. 

DES C0MTB8 DE SOISSONS DESCENDANTS DU 

PRINCE THOMAS. 

Le comte de Soissons Eugène-Maurice, second fils 
du prince Thomas susdit, resta en France et fiit revêtu 
des diarges de colonel général des Suisses et Grisons 
et du gouvernement de Champagne. Il épousa en 1 657 
uneMandni, nièce du cardinal Mazarin, et qui se trouve 
présentement à la cour d'Espagne, après avoir été 
obligée de sortir de la cour de France au sujet d'une 
intrigue où elle entra, dès Tan 1 668, avec le marquis 
de Yardes, capitaine alors des Gent-Suisses, dans la 
vue de brouiller le Roi avec sa maltresse, qui étoit 
alors la duchesse de La Yallière, et de mettre une 
autre à sa place. Au reste, ledit comte en a eu plusieurs 
enfants, et dont l'aîné se trouve appelé de même 
comte de Soissons depuis la mort du père, décédé 
en 1673. 

Ce dernier, qui est à présent le chef de la branche 
des princes de la maison de Savoie en France, et qu'on 
y appelle assez souvent du seul nom de Monsieur le 
Comte, s'est contenté d'épouser par inclination une 
simple demoiselle qui étoit fille d'honneur de Madame 
et s'appelle Mlle de Beauvais, et dont il a déjà des 
enfants. Ce mariage, qui se fit en cachette et à l'insu 
de la cour et de la princesse de Garignan, sa grand'- 
mère, fut enfin déclaré, et avec le consentement du 



118 RELATION DE lA COUR DE FRANGE 

Roi, en 1 684, malgré toute Topposition de ladite prin- 
cesse, qui n'a jamais voulu recevoir en grâce ledit 
comte son petit-fils , ni abandonner en apparence le 
dessein de le déshériter : ce qui fait que ce même 
comte est assez mal partagé jusques ici des biens de la 
fortune, n'a pas de quoi soutenir la dignité de sa nais- 
sance et de son rang, ne subsiste que par quelques 
pensions que le Roi lui donne et dont même il est 
assez mauvais ménager. Il ne laissa pas, dans la dernière 
promotion de chevaliers de Tordre du Saintr-Esprit, qui 
fiit faite sur la fin de l'année 1 688, de refuser honnête- 
ment d'en être pour n'être pas obligé de mardier 
après le duc de Vendôme en suite du règlement qui a 
été fait sous ce règne en faveur des enfants légitimés 
de France ou de leurs descendants, d'avoir rang et 
séance avant les princes étrangers, et suivant qu'il en 
a été parlé ci-dessus^. Au reste, ce comte de Soissons 
a encore deux frères : l'un, qui est resté en France, et 
qu'on appelle le prince PmLippE, et l'autre, le prince 
Eugène de Savoie, qui, s'étant attaché à la disgrâce de 
la comtesse sa mère, passa en Espagne, où elle étoit, 
et de là à Vienne, au service de l'Empereur, où il est 
encore, et où il a su s'y faire distinguer par sa valeur 
et par son attachement audit service. en a donné 
encore des preuves récentes l'an passé, au dernier 
siège de Mayence, où il fut dangereusement blessé et 
en sorte qu'on ne croyoit pas qu'il en réchapperait 
comme il a fait. 

1. Gi-des8U8, p. 100. 



PAR ÉZlÊCmEL SPAmiEIM. 413 



DBS PRINCES DE LA MAISON DE LORRAINE. 

Les princes de la maison de Lorraine qui se trouvent 
aujourd'hui en France y sont bien déchus de Fétat et 
de la considération oii y étoient leurs prédécesseurs 
dans le siècle passé, qui, après y avoir tenu les pre- 
miers postes et dans la cour et dans TÉtat, dans 
TÉglise et dans les armées, y devinrent les chefs de la 
Ligue, les compétiteurs de leur roi, et les prétendants 
à la couronne, qu'ils disputèrent et furent sur le point 
d'enlever au grand-père du Roi d'aujourd'hui : ce qui 
ne put aussi que porter le Roi son fils et le Roi 
régnant, Louis XIY, de même que leurs premiers 
ministres, à abaisser les princes de cette maison et les 
mettre hors d'état de se rendre à l'avenir redoi^tables 
à leurs rois et de faire plus renaître de pareilles pré- 
tentions : à quoi a concouru la conduite du feu duc de 
Lorraine, chef et le souverain de cette maison, et le 
sujet ou le prétexte que la France en a pris de le 
dépouiller de ses États, de se les approprier, et qu'elle 
retient encore sur son successeur, le duc de Lorraine, 
son neveu : ce qui n'a pu que contribuer à diminuer 
l'appui et la considération que les princes de cette 
maison, d'ailleurs nés françois et sujets du Roi, ne 
pouvoient que tirer du voisinage du chef et du sou- 
verain de leur maison. Il est vrai que la considération 
des princes susdits pensa se rétablir par l'accord 
fait à Paris avec le feu duc de Lorraine, depuis son 
rétablissement et la paix des Pyrénées, par lequel, en 
récompense de la cession qu'il offroit de son duché de 
Lorraine, entre les autres conditions, on promettoit du 

8 



114 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

côté du Roi aux princes de sa maison et établis en 
France de les reconnoitre pour princes du sang , leur 
donner le premier rang après ceux de la maison et du 
sang de Bourbon, et les déclarer habiles à succéder à 
la couronne au défaut que ceux-là vinssent à man- 
quer ; mais, conune ce traité n'eut point de suite, la 
condition susdite, qui trouvoit d'ailleurs bien des 
obstacles, et qu'on jugeoit tirer après soi de grands 
inconvénients pour la France et la maison royale, 
n'eut aussi aucun effet : à quoi on peut ajouter en 
dernier lieu que d'un côté la mort et Fextinction des 
princes de la première branche de cette maison de 
Lorraine qui étoit établie en France et y avoit tou- 
jours le plus brillé, savoir : des ducs de Guise, et 
d'autre part le nombre des princes qui y restent 
encore des deux autres branches , avec peu de biens 
que ceux qu'ils tirent des bienfaits du Roi ou de Mon- 
sieur, que tout cela, dis-je, ne peut encore que con- 
tribuer à en affoiblir le crédit et la considération où 
on a vu leurs prédécesseurs en France. 

DE LA BRANCHE DU DUC DE 6UISB. 

 l'égard de la branche aînée susdite, appelée des ducs 
de Guise, elle se trouve éteinte par la mort du petit 
duc DE Guise, décédé en 1 675, et né en 1 670 du ma- 
riage du feu duc de Guise son père, le dernier prince 
de cette branche, avec Mademoiselle d'Âlençon, fille 
du feu duc d'Orléans, et de laquelle il a été parlé ci- 
dessus parmi les princesses de la maison royale^ , et 

1. Gi-de88U8, p. 77. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 115 

lequel duc mourut en 1 671 . Mlle de Guise, sa tante, 
qui restoit la seule princesse en vie de la même 
brandie, et ainsi rhéritière de ses terres et de ses 
biens, mourut en 1 686, et par où toute cette branche 
aînée de la maison de Guise se trouve présentement 
entièrement éteinte, tant du côté des princes que des 
princesses qui en étoient sortis. Il est arrivé la même 
chose d'une autre brandie sortie de la maison de 
Guise, et étemte aussi par la mort du duc de Che- 
vreuse, décédé en 1657. 

Après quoi, il ne reste maintenant en France que 
des princes des deux branches cadettes de la maison 
de Lorraine, savoir : d'Ëlbeuf et d'Armagnac, et dans 
lesquelles sont compris ceux qui portent le nom de 
princes, de comtes, de chevaliers et d'abbés^ d'Har- 
oourt. 

DE LA BRANCHE LORRAINE d'ELBEUF. 

La branche d'ElbeuF se réduit aujourd'hui au duc 
d'Elbeuf, au prince d'Harcourt, son neveu, fils de 
son frère puîné, au prince de Lislebonne, son frère 
cadet, et à leurs enfants. 

Le duc d'Elbeuf, qui se trouve chef à présent de la 
maison de Lorraine en France, gouverneur de Picardie 
et du comté d'Artois , a des enfants de trois femmes 
qu'il a eues de suite, et dont la dernière, fille du feu 
duc de Navailles ^ , et qu'il épousa en 1 68 5 ^ . La princesse 
de Yaudémont est sa fille du premier lit, et le prince 
d'Elbeuf, son fils du second, qui a la survivance du 

1. Ces quatre titres sont ainsi au pluriel dans le manuscrit. 

2. Le manuscrit porte : Noailles. , 
.3. Le 25 août 1684. 



416 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

gouvemement de Picardie ; mais ni le père, ni le fils 
ne sont guère considérés à la cour de France par leur 
mérite personnel, ni par une conduite qui soutienne 
la grandeur de leur naissance, quoique le fils ne 
manque pas de courage, mais qu'il n'emploie pas 
comme il faut. Le père vient rarement en cour, et 
n'y est en aucune estime. 

Le prince d'HARGOURT, neveu du duc d'Elbeuf, est 
bien fait de sa personne, et qui a fait paroltre son 
adresse dans les exercices et les courses de bagues. 
D'ailleurs, comme il se trouvoit sans emploi considé- 
rable en France depuis ces dernières années, il est 
passé au Levant, au service des Vénitiens, et a signalé 
son courage au dernier siège de Négrepont, où il fut 
blessé. La princesse d'Harcourt, sa femme et^ de la 
maison de Brancas, y étoit restée, a été une des 
dames du palais de la feue Reine, et suit ordinaire- 
ment la cour, où elle est bien vue par son mérite par- 
ticulier et la réputation où elle est de femme dévote 
et régulière. 

Le prince deLislebonne, frère cadet du duc d'Elbeuf 
susmentionné, s'est fait considérer dans les guerres 
passées de la France contre l'Espagne, et où il a 
encore servi en qualité de lieutenant général dans la 
campagne de Lille, en 1 667 ; il venoit aussi de com- 
mander les troupes du feu duc de Lorraine au Pala- 
tinat, et qu'il y avoit menées en suite de l'association 
de ce duc avec les électeurs ecclésiastiques et autres 
ligués contre l'électeur palatin Charles-Louis, au sujet 

1. Le manuscrit porte : est; mais Spanhéim ayant ajouté plus 
loin, en interligne, les trois mots : y étoit restée, nous pensons 
qu'il avait voulu modifier le premier verbe. 



PXR ÉZâCHIEL SPANHEIM. 117 

de TafiPaire du Wildfang, et, quoiqu'elle parût vidée 
par le Laudum suivi à Heilbronn au commeDcement de 
Tan 1667, et par Tévacuation qui Favoit précédé des 
troupes lorraines hors du Palatinat, la guerre ue laissa 
pas de recommencer entre le même électeur et le duc 
de Lorraine vers la fin de l'été de l'an 1 668, qui fût 
suivie d'un combat, proche de Bingen, entre les 
troupes palatines et lorraines, celles-là commandées 
par le général Ghauvet, et celles-ci par ledit prince de 
Lislebonne, qui en remporta l'avantage. Gomme cette 
guerre n'eut pas de suite, que le feu duc de Lorraine 
fut chassé de ses États par la France dès l'année 1 670, 
ce même prince de Lislebonne, qui étoit resté auprès 
de lui en sa résidence de Nancy, le suivit, avec la prin- 
cesse sa femme, dans la retraite de ce duc à Cologne, 
où il resta auprès de lui jusques à l'an 1 674, qu'il prit 
le parti de retourner en France, après en avoir eu 
l'agrément du Roi, et où il est demeuré jusques ici sans 
emploi. Il a trois enfants de la princesse susdite sa 
femme, savoir : le prince de Gommercy, né en 1 661 S 
et deux princesses, appelées Mademoiselle de Lisle- 
bonne et la princesse de Gommercy, toutes deux bien 
faites de corps et d'esprit, et d'une bonne et sage con- 
duite ; aussi ne font-elles pas un des moindres orne- 
ments de la cour de France. Pour le prince de Gom- 
mercy, leur frère, ne voyant pas lieu de s'avancer en 
France conformément à sa naissance et à son cou- 
rage, il prit subitement le parti de quitter ce service, 
et, sans prendre congé ou en avoir l'agrément du 



1. Il avait en outre un second fils, le prince Paul de Lorraine, 
qui fut tué à Nerwinde, en 1693. 



118 RELATION DE LA GOUR m l4lANGE 

Roi, dI se mettre au hasard d'en avoir le refus, se 
rendit en Hongrie auprès du duc de Lorraine, le chef 
de sa maison, et où il a eu les occasions, dans les cam- 
pagnes suivies contre le Turc, de faire valoir son cou- 
rage et son zèle, d'y ac(]uérir la confiance particulière 
de ce duc, et la considération due de la cour impériale : 
ce qu'il a encore fait paroltre dans le siège passé de 
Mayence^, et dans tout l'engagement qu'il a continué 
d'y témoigner au sujet de la guerre présente contre la 
France : en sorte qu'il n'y a guère d'apparence qu'il 
songe à y retourner tant qu'elle durera, et d'autant 
moins qu'il n'y perd pas de grands établissements 
du côté des biens ou de la fortune, comme on parle, 
dont sa famille est assez mal partagée. 

DE LA BRANCHE LORRAINE d' ARMAGNAC. 

L'autre branche présente de la maison de Lorraine, 
en France, qui est celte d'Armagnac, quoique la 
cadette, se trouve mieux partagée du côté des établis- 
sements et de la faveur. Le comte d' Armagnac, qu'on 
appelle , et fils aîné du feu comte d'Harcourt célèbre 
par ses exploits à Casai, à Turin et dans la guerre 
civile, où il commanda l'armée royale contre celle des 
princes ligués, en 1650, est aujourd'hui chef de cette 
branche et revêtu de la belle charge de grand écuyer 
de France, outre ceUe de gouverneur du pays d'Anjou. 
C'est un seigneur bien fait de sa personne, d'une ren- 
contre agréable, d'un procédé fort civil et affable, 
d'ailleurs fort assidu auprès de la personne du Roi, 

1. Juillet-septembre 1689. 



tAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 119 

et par où il a su s^insinuer dans les bonnes grâces de 
Sa Majesté et y tenir un des premiers rangs. Il fait 
d'ailleurs une belle dépense, tenant toujours bonne 
table en cour, et ses appartements également ouverts 
au jeu et à la bonne chère et à la conversation des 
courtisans et dames : à quoi contribuent beaucoup la 
conduite, le bon accueil et les agréments de la prin- 
cesse sa femme, sœur du duc de Viileroy d'aujour- 
d'hui, et dont il a des enfants des deux sexes : trois 
fils, dont l'atné, comte de BaiorfNE, est déjà reçu à 
survivance de la charge de grand écuyer de France, et 
deux filles déjà marias, l'une en Portugal, au duc de 
Cadaval, premier seigneur de ce royaume, l'autre au 
prince de Valentinois, fils du prince de Monaco, 
génois et de la maison Grimaldi. Cette dernière, dès 
son enfance, brilloit déjà dans les divertissements de la 
cour par une grâce et une adresse à la danse au- 
dessus de son âge, et qui se trouve accompagnée de 
tous les agréments d'une belle et jeune personne. 

Ledit comte d'Armagnac a d'ailleurs trois frères : le 
chevaher de Lorraine , l'abbé d'Harcourt et le comte 
de Marsan , qui jouissent encore des prérogatives des 
princes étrangers, outre un quatrième qui est mort 
et qu'on appeloit le chevalier d'Harcourt. 

A l'égard du chevalier de Lorraine, il en a été parlé 
ci-dessus dans l'article de Monsieur^, et d'où on peut 
déjà assez recueillir son caractère, les établissements 
et les considérations qu'il tire de la favem* et du pouvoir 
absolu avec lequel il gouverne la maison dudit frère 
unique du Roi. Sa conduite peu régulière, pour ne dire 

i. Gi-de88U8, p. 58. 



À 



120 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

pis, et la réputation où il esta oetégard, Ta tenu quelque 
temps assez éloigné des bonnes grâces du Roi, qui 
enfin, par pure complaisance pour sondit irère, lui en 
a redonné^ les apparences, et même une pension. 

 l'égard de l'abbé de Lorraine, autre frère, il n*y 
a rien à en dire de particulier. 

Pour le comte de Marsan, quoique petit et d'une 
taille mal aisée , il a su se faire valoir par un esprit 
vif et hardi et par la réputation de beaucoup de cou- 
rage ; mais, comme il avoit joint un esprit dangereux 
et porté à l'intrigue, il se rendit aussi par là suspect 
au Roi et donna lieu, de fois à autre, de le croire entiè- 
rement disgracié et éloigné de la cour. Cependant il a 
eu l'adresse ou le bonheur de se tirer d'affaires, de se 
remettre et de se maintenir jusques ici à la cour dans 
le poste et le rang que sa naissance lui y* donne. Aussi 
eut-il le cordon bleu dans la dernière promotion des 
chevaliers de cet ordre, conjointement avec ses deux 
frères, le comte d'Ârmagnac et le chevalier de Lor- 
raine, et son neveu, le comte de Brionne, dont il a été 
parlé^. D'ailleurs, comme il étoit assez mal partagé du 
côté des biens de la fortune, il a eu lieu de se mettre 
plus à son aise par son mariage qu'il a fait avec une 
veuve du feu maréchal d'Albret, et qu'on croyoit riche 
de 50 à 60,000 livres de rente. 

DES PRINCESSES FRANÇOISES MARIÉES A DES PRINCES 

SOUVERAINS. 

On peut ajouter au nombre des princes étrangers 

1. Spanheim a ajouté re devant donné. 

2. Uyy dans le manuscrit. 

3. A la page précédente. 



PAR ÉZÉCHIEL SPAimEIM. iU 

qui sont sortis de maison souveraine hors de France, 
et dont il a été parlé , deux prinœsses qui sont nées 
françoises, demeurent à Paris et sont femmes ou veuves 
de deux princes souverains de l'Empire , assavoir : la 
duchesse douairière de Hanover et la duchesse de 
Mecklenboui^. Il y avoit encore de ce rang-là deux 
autres princesses : Tune, la princesse Palatine, fille du 
duc souverain de Mantoue et veuve du prince Edouard 
palatin , frère de Félecteur Charles-Louis ; l'autre, la 
marquise de Bade, fille, comme il a été dit en passants 
du prince Thomas de Savoie et de la princesse de 
Carignan, veuve du feu marquis de Bade Ferdinand, 
et mère du marquis de Bade régnant. Hais, comme la 
première de ces deux princesses est morte à Paris 
[en 4684]^, et la dernière en 1689, elles ne laissent 
aussi plus lieu d'en parler. 

DE LA DUCHESSE DOUADUÈRE DE HANOVER. 

Pour la duchesse douairière de Hanover, troisième 
fille de la princesse palatine susdite et du prince 
Edouard palatin, et veuve du feu duc de Hanover, 
Jean-Frédéric, elle retourna en France après sa mort, 
en 1674, avec trois princesses ses filles, pour passer 
le reste de ses jours dans son pays natal et auprès de 
la princesse sa mère, qui étoit alors encore en vie, et 
de la princesse de Gondé, sa sœur. Elle y perdit la 
seconde des princesses ses filles. Au reste, elle demeure 
à Paris dans un hôtel qu'elle y loue, n'y voit pas grand 
monde , va assez rarement en cour, et ne s'y trouve 

1. Gi-dessuB, p. 99 

_ ^ -. . . 



1. Ul-aeSSUB, p. 99. 

2. La date a été omise par le copiste. 



.i»;kui]i 



122 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

jamais dans les fêtes qu'on y fait ou dans les 
de cérémonie , au sujet du traitement qu'elle n'y au- 
roit pas conforme à tout celui qui seroit justement dû 
à la veuve d'un prince souverain de l'Empire. Cette 
princesse avoit été destinée au feu électeur palatin 
Charles, son cousin germain, alors prince électoral, 
en 1668; mais, cela ayant été rompu par Charles- 
Louis, son père, cela donna lieu ensuite au feu duc 
de Hanover de la demander et de l'obtenir : ce qui 
se fit par l'envoi en France, dans le même temps, de 
H. de Groot, ensuite résident et ministre de Hanovre. 
Si cette princesse eût été mariée au susdit prince 
électoral, M. de Groot devoit demander la sœur 
aînée, mariée depuis au prince de Salm ^ 

On peut dire à peu près la même chose de la du- 
chesse de Megkelbourg^, bien que celle-ci ne puisse 
prétendre le droit de princesse souveraine, ou même 
étrangère, que du c6té du duc de ce nom son mari, 
étant fille du comte de Bouteville, d'une branche 
cadette de la maison de Montmorency (et qui, à cause 
de ses duels en dépit des défenses de la cour, fut dé- 
capité en Grève, à Paris, en 1 629), et veuve du duc de 
Chàtillon, qu'elle avoit eu pour premier mari. Ce der- 
nier ayant été tué à la bataille de Charenton, durant 
la guerre de Paris, en 1 65S, et, peu de temps après, 
le seul fils qu'elle en avoit étant mort , et dont elle 
hérita le duché de Chàtillon , [elle] se trouvoit veuve sans 
enfants, et bien avant dans les intrigues de la cour et 



1. Ge paragraphe a été ajouté en marge par Spanheim, avec la 
mention : Vid, supra p. i88 (p. 90 de notre texte). 

2. Ici, le nom est écrit selon la forme généralement adoptée en 
France au xvii« siècle. Plus haut, nous avons : Mecklenbourg, 



PAR ÉZÉCHIEL SPANHEIM. 123 

de la galanterie; épousa ensuite le duc de Meckel- 
bourg-SwerinS qui en devint amoureux dans un 
voyage qu*il fit en France en 1 661 ^ ; mais, comme leur 
humeur et leur génie avoient peu de rapport, leur 
union ne fut pas de longue durée, en sorte qu'ils ne 
demeurèrent pas longtemps ensemble, et que, malgré 
même les voyages et le séjour que le duc son époux 
faisoit à Paris, et toutes les avances qu'elle faisoit de 
son côté pour se raccommoder, ils n'en demeuroient 
pas moins séparés l'un de l'autre et sans se voir ni se 
parler : ce qui dura juscpies à l'emprisonnement de ce 
duc, au château de Yincennes, en 1 684, qu'elle prit le 
parti de solliciter en cour sa liberté, qu'elle en tira 
occasion de le voir dans sa prison, et depuis qu'il en 
fut délivré, quoiqu'elle fôt séparée des biens d'avec lui, 
et ainsi sans qu'il eût de son côté aucune part à ceux 
de ladite duchesse, et qui étoient d'ailleurs assez 
considérables, et quoique déjà âgée', joint à la petite 
vérole dont elle a été atteinte, en ruinant les traits 
de cette grande beauté de visage qui a brillé longtemps 
et fait bien du bruit en France, sous le nom de la < belle 
duchesse de Ghàtillon > , n'a rien diminué des avantages 
de sa taille et de sa bonne mine , ni d'ailleurs de la 
beauté de son esprit et des charmes de son entretien, 
en quoi on peut dire, sans la flatter, qu'il n'y a rien 
encore à la cour de France qui l'égale. Elle est sœur 
du duc de Liîxembourg, et dont lui ou ses enfants 
seront les héritiers. 

i. Swerin est ajoute en interligne, de la main de Spanheim. 

2. Le mariage n'eut lieu qu'en 1663. 

3. Le peu de suite entre cette nouvelle incidente et la première 
partie de Ja phrase ferait croire à une omission par le copiste. 



1 24 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 
0*AUTRES MAISONS EN FRANCE QUI ONT RANG DE PRINCE. 

Après tous les princes et princesses susdites qui 
sortent de maisons souveraines ou qui y sont entrés 
par leur mariage, il y a encore trois maisons en France 
qui jouissent des privilèges et prérogatives des princes, 
comme les maisons de Bouillon, de Rohan et de 
Monaco. 

PRÉROGATIVES DES PRINCES EN LA COUR DE FRANGE. 

Ces prérogatives consistent en ce qu'ils ont droit 
de se couvrir devant le Roi aux audiences des ambas- 
sadeurs qui ont le même privilège ; que leurs filles ont 
le tabouret ou droit de s'asseoir chez la Reine» la Dau- 
phine et Madame, et que, dans les voyages à la suite 
de la cour, les maréchaux et fourriers de logis, en 
marquant leur logement, y ajoutent le mot de c pour 
Monsieur le prince un tel, > ce qui ne se pratique pas 
à l'égard des autres seigneurs de la cour, ni même 
des ducs et pairs, pour lesquels on ne met point le 
c pour. > Cette distinction, qui en elle-même paroit 
de peu d'importance, ne laisse pas d'en mettre une 
bien grande entre ceux qui l'ont et qui ne l'ont pas. 

DE LA BIAISON DE BOUILLON. 

A l'égard de la maison de Bouillon, ou plutôt de la 
Tour-d' Auvergne, dont elle porte le nom et les armes, 
elle n'a eu part à ce rang de prince en France que 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 125 

depuis la cession de la souveraineté de Sedan, qui se 
fit premièrement au feu roi, en 1648, par le feu duc 
de Bouillon, frère aîné de M. de Turenne, et ensuite 
se renouvela sous ce règne, en 4 651 , par rechange 
avec d'autres terres et seigneuries , conmie les duchés 
d'Âlbret et Ghàteau-Thierry, les comtés d'Auvergne 
et d'Ëvreux, qu'on donna en place au duc susdit : à 
quoi on ajouta, et eu égard à ses droits qui lui furent 
réservés sur la souveraineté de Bouillon, qui dépen- 
doit alors de la principauté de Liège, on ajouta, dis-je, 
les prérogatives qui sont attachées aux princes, telles 
que je viens de dire. Ledit duc de Bouillon, étant mort 
bientôt après, en 1 652, a laissé plusieurs enfants de 
Tun et de l'autre sexe, entre autres trois fils : le duc 
de Bouillon , le comte d'Auvergne et le cardinal de 
Bouillon. 

DU DUC DE BOUILLON. 

Le duc os Bouillon d'aujourd'hui est revêtu depuis 
l'an 1 658 de la chaîne de grand chambellan de France, 
qui est la seconde de la maison du Roi, savoir : après 
celle de grand maître, qui l'approche de plus près de 
sa personne, et est au-dessus des gentilshommes de la 
chambre et des officiers de la garde-robe du Roi. Ce 
duc, qui n'a pas l'extérieur fort avantageux, ni la mine 
fort haute, ni d'ailleurs les qualités du c6té de l'esprit 
fort éclatantes ou qui répondent à celles des ducs son 
père et grand-père, ou de son oncle le feu prince de 
Turenne, cependant ne laisse pas d'être assez consi- 
déré par Sa Majesté, comme ayant celle d'un bon sujet, 
affectionné à son Roi et à sa patrie ; aussi a-t-il recou- 



126 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

yert^ par le crédit et les offices du Roi la ville et terre 
de Bouillon en Tan 1 679, et qu'il possède en souverai- 
neté. Ce fut déjà en vertu de ce droit, et avant que d'en 
avoir l'entière possession, que, dès Tan 4677, on y 
vit parottre une déclaration de guerre dudit duc de 
Bouillon contre l'Espagne, et par laquelle il ordonnoit 
à ses sujets de ladite principauté de courir sur ceux 
du roi d'Espagne : ce qui donna plus de matière d'en 
rire, que d*en craindre de fâcheux effets contre cette 
monarchie. Au reste, conune la disgrâce de la duchesse 
sa femme, qui est une des Mancini, nièce du cardinal 
Mazarin, celle de son fils le prince de Turenne et du 
cardinal de Bouillon, son frère, qui arriva en 1685, a 
contribué à tenir ce duc éloigné de la cour , aussi n'y 
est-il pas retourné depuis. Ce n'est pas que le Roi, en 
faisant donner l'ordre de Téloignement susdit, ne fit 
en même temps dire à ce duc que ce n'étoit pas pour 
aucun sujet de mécontentement particulier à son égard, 
mais uniquement pour celui que Sa Majesté avoit de la 
conduite de sa fenune et de son fils , et d'ailleurs de 
son frère le cardinal. On ne se déclara point même 
du véritable sujet de leur disgrâce, si ce n'est qu'on 
l'attribua à l'humeur, aux discours et aux lettres trop 
libres et hautaines de la duchesse et du prince son 
fils, qui, sans cela, n'étoient déjà pas bien en cour, 
et où cette duchesse, qu'on tenoit du même carac- 
tère de ses trois sœurs, la comtesse de Soissons, la 
connétable Colonne et la duchesse Mazarin, où, 
dis-je, elle venoit très rarement avant cette dernière 
disgrâce. 

1. Sic, pour recouvré. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHBQI. 4S7 



DU GARDmAL DE BOUILLON. 

Pour le cardinal de Bouillon, grand aumônier de 
France et frère cadet du duc de ce nom, il s'est attiré 
la même disgrâce. On Tattribua à deux raisons : l'une, 
de trop de hauteur à trancher d'un air de souverain 
dans ses discours et dans ses manières, qui déplurent 
fort au Roi; l'autre, la réputation d'être atteint du 
même vice infiùne qui prenoit pied parmi la première 
jeunesse de la cour, et en suite de quelq[ues indices 
qu'on en eut. Quoi qu'il en soit , il fut relégué à son 
abbaye de Gluny, dans le duché de Bourgogne, où il 
est resté une couple d'années, et eut permission ensuite 
de passer de là à une autre abbaye qu'il avoit en Pro- 
vence. Aussi on ne jugeoit pas qu'il y eût apparence 
de le voir rentrer de longtemps en grâce de Sa Majesté ; 
cependant, comme la mort du dernier pape donna lieu 
à son voyage à Rome avec les cardinaux de Bonsy et 
de Fttrstenberg, pour assister au conclave et à l'élec- 
tion d'un nouveau pape qui fût plus porté pour les 
intérêts de France que le défiint, on apprit, par les 
avis de Rome et par les personnes qui en vinrent, que 
non seulement le cardinal continuoit d'y faire séjour, 
mais même qu'il étoit dans une considération particu- 
lière auprès du nouveau pape : en sorte que les affaires 
qu'il pourra y ménager, dans les conjonctures présentes, 
pour les intérêts de la France, pourront bien contri- 
buer avec le temps, surtout suivant le succès qu'il en 
suivra , à remettre bien ce cardinal dans l'esprit du 
Roi. Aussi a-t-il d'ailleurs des qualités recomman- 
dables , soit du côté de l'esprit, qu'il a assez vif et 



128 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

brillant, soit du côté du savoir, qui n'est pas commun, 
dans les matières de théologie qu'il a étudiées en Sor- 
bonne, outre les avantages qu'il tire de la naissance, et 
vu son humeur à se faire assez valoir, pour attirer, 
dis^je, par tous ces endroits et par la dépense qu'il est 
en état de faire, l'estime et la considération de la cour 
de Rome. Il s'étoit flatté, assez longtemps avant sa 
disgrâce et du vivant du feu électeur de Cologne, 
d'avoir bonne part ^rès sa mort à l'élection de prince 
et évéque de Liège, étant déjà revêtu, dans cette vue, 
de la qualité de grand prévôt de ce chapitre; mais 
c'est une espérance dont il se vit entièrement déchu 
par la circonstance de la mort de cet électeur et prince 
de Liège, arrivée au fort de sa disgrâce, et des enga- 
gements où le Roi étoit entré pour faire élire le cardi- 
nal de Furstenberg, et auquel même le cardinal de 
Bouillon eut ordre exprès du Roi de donner son suf- 
frage et celui de ses créatures qu'il avoit dans le cha- 
pitre de Liège. On prétendit même le rendre en quel- 
que façon responsable du peu de succès qui ensuivroit 
pour le cardinal susdit de Furstenberg. 

DU GOUTE d'AUVERGNE. 

Il y a encore le comte d'Auvergne, second frère du 
duc de Bouillon et plus âgé que le cardinal, gouverneur 
du Limousin et colonel général de la cavalerie légère 
de France, qui ne fut point enveloppé dans la disgrâce 
du reste de sa famille. Il a épousé une princesse de 
Zollem, dont il a des enfants des deux sexes, et qui 
lui porta en mariage le marquisat de Bei^en-op-Zoom, 
situé dans la partie du Brabant qui appartient aux 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEDf. 4Sl9 

Provinoe&-Uiue8 et où elles ont toujours eu garnison. 
Ce seigneur est resté à la cour, mais d'ailleurs sans y 
être dans une haute considération. Il eut même le 
déplaisir de voir qu'à la dernière promotion des che- 
valiers de rOrdre, Sa Majesté n'y voulut point avoir 
égard à la prétention de ce comte d'y avoir rang 
parmi les princes et sur le pied de celui dont sa mai- 
son est d'ailleurs en possession, et ainsi avant les ducs 
et pairs, ni même le lui accorder qu'après lesdits ducs 
et dans le rang des gentilshonmies honorés du cordon : 
ce qui fit aussi que ledit comte s'abstint d'y prendre 
part. 

DE LA MAISON DE ROHAN. 

La maison de Rohan est encore en possession des 
honneurs et prérogatives de princes, comme descen- 
due des anciens ducs de Bretagne et du sang royal de 
Navarre, outre les grandes alliances qu'elle a eues 
avec les maisons royales d'Espagne, d'Angleterre et 
d'Ecosse, et des maisons souveraines dans l'Empire. 

LES DEUX BRANCHES DE LA MAISON DE ROHAN. 

Mais, comme il y a aujourd'hui deux branches de 
cette maison, celle de Guémené ou Montbazon, et 
l'autre de Rohan-Ghabot, il ^ n'y a que la première qui 
est en possession du rang et des prérogatives de 
prince, depuis que celle-ci ^ est passée à la maison de 
Chabot par le mariage de la fille unique et héritière du 



1. Le manuscrit porte et, au lieu de il. 

2. La seconde. 



• 



138 RELATION DE LA GOUH DE FRANGE 

de chevaliers de Tordre du Saint-Esprit ^ où il n'y eut 
que ceux-ci qui y furent reçus, et marchèrent, dans la 
procession, avant tous les ducs et pairs honorés du 
même ordre, et ainsi où le prince de Soubise, qui avoit 
eu la même prétention, n'eut point de part, et aima 
mieux s'en passer que d'y marcher parmi les ducs et 
pairs. Ce fut ensuite que le Roi se déclara de trouver 
que les seigneurs de la maison de Rohan n'avoient 
point eu d'autre rang, en pareille promotion, que celui 
que leur donnoit le rang de duc et pair du royaume. A 
l'égard de la maison de Bouillon, j'ai touché ci-dessus' 
ce qui se passa au sujet du comte d'Auvergne, et ce 
qui étoit encore moins avantageux aux seigneurs de 
cette maison. Pour le prince de Monaco, comme il 
étoit absent, à Monaco, en Italie, au temps de cette 
promotion, il fut à couvert par là d'y paroltre dans le 
rang de duc et pair de France, et non de prince étran- 
ger. Après tout, il ne fit pas de difficulté de recevoir 
rOrdre dans le rang qu'il y fut destiné parmi les ducs, 
et qu'on lui donna à son retour. 



DES PREMIÈRES CHARGES DE LA COUR. 

Après les princes étrangers susdits ou autres dont 
je viens de parler, qui jouissent des prérogatives de 
prince à la cour de France, et ainsi qui y tiennent des 
premiers rangs, il y a encore d'autres seigneurs, con- 
sidérables par leur naissance et par leurs charges, qui 

i. A la fin de rannée 1688. 
2. Pages 128-129. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAiniEIM. 133 

s'y font distinguer et y sont les plus assidus. On peut 
mettre en ce rang les quatre premiers gentilshommes 
de la chambre du Roi, les quatre capitaines des gardes 
du corps , le gouverneur et premier gentilhomme du 
Dauphin, le gouverneur du duc de Bourgogne, et ce 
outre le grand maître de la maison du Roi , le grand 
écuyer de France, le grand chambellan, le grand 
maître de la garde-robe et le colonel du régiment des 
gardes françoises, dont les charges sont remplies, 
comme on a déjà vu, par le prince de Gondé, le comte 
d'Armagnac , le duc de Bouillon , le duc de la Roche- 
foucauld et le maréchal duc de la Feuillade. 

DSS PREIOERS GENTILSHOMMES DE LA CHAMBRE. 

Quant aux premiers gentilshommes de la chambre 
du Roi, ce sont quatre ducs et pairs de France qui en 
sont à présent revêtus et qui servent par année, 
savoir : les ducs de la Trémollle, de Saint-Aignan ou 
Beauvillier, d'Aumont et de Gesvres. 

Le duc DE LA Trémoïlle ^ en avoit la charge en sur- 
vivance du duc de Gréquy, dont il avoit épousé la 
fille unique et héritière, et l'exerce à présent de son 
dief depuis la mort de ce duc, décédé en 1 686^. Il est 
fils du feu prince de Tarente et d'une princesse de 
Hesse-Gassel , sa fenune, par où il se trouve cousin 
germain de Madame , fille de feue l'électrice palatine , 
sœur puînée de ladite princesse. Gomme cette maison 
de la Trémollle est une des plus illustres du royaume 

1. Le manuscrit porte : TrimouilU. * 

2. Sic, pour 1687. 



134 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

en alliances et en nombre de vassaux, surtout depuis 
qu'elle devint héritière par mariage de la maison de 
Laval, elle jouit aussi des prérogatives du premier 
rang entre les ducs et pairs de France, et ce qui parut 
dans la dernière promotion des chevaliers de TOrdre, 
où le duc de la Trémoïile, quoiqu'il n'eût pas encore 
accompli l'âge requis par les statuts de l'Ordre, y 
marchoit le premier après les princes de la maison de 
Lorraine et avant les autres ducs et pairs. La fille 
ainée de cette maison a aussi le privilège du tabouret, 
et ainsi d'être assise au cercle devant le Roi et la Reine : 
ce qui ne s'accorde d'ailleurs qu'aux filles des princes 
étrangers ou reconnus pour princes. Au reste, le duc 
de [la] Trémoïlle susdit est plus avantagé du côté de la 
taille que des agréments du visage, et brille plus par 
son adresse dans les exercices du corps, comme de 
course à cheval, à la danse et pareils, que du côté de 
l'esprit. Après tout, c'est un seigneur doux et honnête. 
Le duc DE Beauvillier, fils du duc de Saiot-Aignan, 
en avoit aussi la charge en survivance du père, mort 
en 1 686^ . Il l'exerce seul à présent, et à quoi Sa Majesté 
y a joint, comme il a été déjà remarqué, la charge de 
chef du Conseil royal des finances, et nouvellement 
celle de gouverneur du duc de Bourgogne. J'ai déjà 
touché les motifs qui y ont donné lieu et qui sont pris 
de son caractère d'homme dévot et régulier, conune 
d'ailleurs de son mariage avec une des filles de feu 
M. Colbert^, 

Le duc d'âumont, qui a été ci-devant capitaine 



1. Le 16 juin 1687. 

2. Gi-dessuB, p. 23, 27, 37. 



PAR ÉZÉGHEBL SPAmiEIM. 135 

des gardes du corps, et appelé alors le marquis de 
Villequier du vivant du duc son père, outre la charge 
de premier gentilhomme de la chambre est gouverneur 
du Boulonnois^. G*est un seigneur qui a des biens con- 
sidérables , un hôtel à Paris des plus magnifiquement 
meublés qui s'y voient, et lequel, depuis quelques 
années en çà , quoique sans lettres ou savoir, se mit 
dans la curiosité de la recherche des antiquités 
romaines, ou plutôt dans la réputation de protéger 
ceux qui s'y adonnoient. Ce fut aussi à Toccasion d'un 
maitre d'hôtel qu'il avoit, curieux des médailles 
antiques et qui en avoit un assez beau cabinet, que ce 
duc établit une assemblée chez lui pour y discourir 
une fois la semaine sur de pareilles médailles et en 
tirer les usages ou les connoissances qui y auroient du 
rapport. Gomme cette assemblée se trouva composée 
de plusieurs personned considérables par leur rang, 
leur digm'té ou leur savoir, je ne pus que prendre à 
honneur d'être convié de m'y trouver. On y imposa la 
tàdie d'illustrer en particulier l'histoire romaine par 
les inscriptions et par les médailles anciennes, et, à ce 
sujet, de décrire la vie des empereurs en y rapportant 
toutes les médailles qui s'étoient battues sous leur 
règne; et auquel sujet chacun des membres de cette 
assemblée fut chargé de faire la vie d'un empereur sur 
ce modèle, et ensuite d'en faire la lecture dans l'assem- 
blée, pour s'y prévaloir des avis des assistants, savoir : 
au sujet des additions ou des corrections à y faire ; le 
tout dans le dessein de dresser par là un corps d'his- 
toire romaine, au moins de celle des empereurs, plus 

1. Le manuBcrit porte : Bohnoù. 



136 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

complète et plus exacte que celle qu'on a jusques ici. Et 
comme cette assemblée dura près de deux ans , j'eus 
occasion d'y entendre ^ de fois à autre la lecture de 
plusieurs vies d'empereurs romains décrites dans cette 
vue par ceux qui en avoient eu la commission : ce 
qui cependant ne pouvoit qu'être d'un succès assez 
divers, suivant le différent talent de ceux qui s'en 
mèloient. Cette assemblée vint ensuite à se séparer 
par les attachements du duc d'Aumont à ses emplois 
en cour et par les voyages du Roi : en sorte que ce 
grand dessein est demeuré imparfait, sinon que le 
président Bignon, qui étoit un des curieux et des 
assistants à cette assemblée, a pris depuis à tâche de 
la continuer chez lui; mais ce qui, après tout, n'aura 
pas grand suite pour l'accomplissement du dessein 
susdit et pour l'instruction du public. Au reste, le duc 
d'Aumont avoit épousé en premières noces la fille du feu 
chancelier [le] Tellier et sœur du marquis de Louvois, 
dont il a eu un fils, le marquis de Villequier, qui a la 
survivance de la charge de premier gentiihonune de la 
chambre, et deux filles mariées, l'une au marquis de 
Béringhen, premier écuyer du Roi, l'autre au marquis 
de Gréquy, fils aine du feu maréchal de Gréquy. Il a 
épousé en secondes noces Mlle de Toucy, fille aînée de 
la maréchale de la Motte , gouvernante des enfants de 
France, et qui, malgré la réputation de dévote où elle 
s'est mise, eut le malheur d'être décriée par le fils 
susdit du duc son mari du premier lit, conune vivant 
en commerce scandaleux avec l'archevêque de Reims, 
frère du marquis de Louvois et d'ailleurs propre 

1 . Le manuscrit porte : entrer. 



PAR ÉZÉCHIEL SPANHEDf. 137 

oncle maternel dudit marquis de Villequier : oe qui fit 
assez de bruit à Paris et à la cour, et avec une morti- 
fication sensible du duc d'Âumont, père et mari, et 
beaucoup de ressentiment qu'il en témoigna contre 
son fils, comme calomniateur de sa belle-mère; et, 
ccHume il n'y a que le temps qui efface ces sortes 
d'impressions, il commençoit à faire cet effet quand il 
s'est fait un nouveau bruit d'une intrigue à peu près 
pareille entre le même archevêque et la marquise de 
Gréquy, sa nièce et fille du même duc d'Aumont. 

Le duc DE Gesvres est encore premier gentilhomme 
de la chambre, qui a été de même ci-devant capitaine 
des gardes du corps et, depuis la mort du duc de 
Gréquy, a eu le gouvernement de Paris et de l'Ile-de- 
France. U n'y a rien de particulier à dire de ce sei- 
gneur, qui a un mérite fort médiocre, l'humeur 
brusque et peu de considération à la cour, hors celle 
que sa charge et son rang lui donne. Son fils aîné, le 
marquis de Gesvres, a la survivance de la charge de 
premier gentilhomme, qu'il exerce aussi en l'absence 
du père ; est fort civil et honnête dans les manières, 
mais du reste fort borné du côté de l'esprit, et en 
sorte qu'on en fait de bons contes parmi les courtisans. 

DES GAPrrAmES des gardes du corps. 

Les capitaines des gardes du corps sont encore des 
principaux officiers de la cour, et ordinairement du 
nombre et du rang des seigneurs ou ofiBciers considé- 
rables du royaume. Ils sont quatre, au sujet des 
quatre compagnies dont le régiment des gardes du 
corps à cheval est composé, servant par quartier, et 



438 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

suivant immédiatement le Roi partout où il va quand 
ils sont en sa^vioe : oe qui leur donne un accès parti* 
culier auprès de Sa Majesté, et les occasions^ de s^y ' 
insinuer dans ses bonnes grâces, s'ib en savent pro- 
fiter, ou, au besoin, de servir leurs amis. Ceux qui 
remplissent aujourd'hui cette charge sont : le duc de 
Noailles, le maréchal duc de Duras, le maréchal duc 
de Luxembourg et le maréchal de Loi^e. Il y aura lieu 
d'en dire quelque chose en détail , dans l'article des 

GÉNÉRAUX ET PRINCIPAUX OFFICIERS DE GUERRE EN FRANCE; 

j'ajouterai seulement que le capitaine des gardes 
qui est en quartier tient à la cour la table du grand 
maître, et qui lui est affectée. 

DES GOUVERNEURS DU DAUPHIN OU DUC DE BOURGOGNE. 

La charge de gouverneur du Dauphin, de même que 
celle aujoiml'hui de gouverneur du duc de Boui^ogne 
son fils, est encore une des plus belles et plus consi- 
dérables charges de la cour : aussi ne voit-on guère 
que des seigneurs honorés de la qualité de ducs et 
pairs qui en soient revêtus. 

Le duc DE MoNTAUSiBR, qui étoit gouverneur du 
Dauphin, et l'est d'ailleurs de la province de Nor- 
mandie, a fait depuis la charge de premier gentil- 
homme de sa chambre, et, en cette qualité, continue 
d'être présent aux audiences qu'il donne aux ministres 
publics, et de tenir le premier rang à son service. 
Il n'est pas besoin d'ailleurs de répéter ici ce que 
j'ai déjà touché ci-dessus en parlant du Dauphin^, 

1 . Le copiste avaitécrit : occupations, qui est corrigé par Spanheim. 
^. a-de88U8, p. 40-42. 



PAR izâCmEL 8PAlfHEDi. 139 

je veux dire du caractère et du mérite particulier 
de ce duc, outre qu'il est assez public ; tout ce qu'on 
hii peut trouver à redire, c'est un peu trop d'en- 
têtement et de prévention dans ses^ jugements, 
trop de roideur dans sa conduite, et trop peu de 
réflexions sur les mouvements ordinaires des cours 
et les biais qu'il est souvent question d'y prendre pour 
^'y régler avec prudence, sans blesser pourtant, ni 
intéresser même les devoirs de l'honneur et de la 
conscience. Il est même assez extraordinaire qu'avec 
autant de vertu, de probité, de droiture, et avec aussi 
peu de complaisance, de souplesse et d'indulgence, et 
ainsi sans qualités qu'on requiert ordinairement des 
courtisans, il a su s'élever, dans une cour pareille à 
celle de France, aux premières charges et dignités de 
la cour et du royaume, comme de duc et pair, de 
gouverneur de l'Angoumois, d'où il est originaire, 
ensuite de la province de Normandie, dont le gouver- 
nement ne s'étoit guère donné qu'aux princes du 
sang ou plus grands seigneurs du royaume ; après, 
de gouverneur du Dauphin^, dont il a exercé la chaîne 
dès l'âge de sept ans jusques à son mariage, et enfin 
de celle de premier gentilhomme de sa chambre, 
qu'il exerce encore, comme j'ai déjà dit. D'ailleurs, 
CMmne, en cette qualité de gouverneur du Dauphin', 
il avoit 30,000 livres annuelles^ du Roi pour tenir 
table, il l'a aussi toujours tenue fort bonne et ouverte 
à ceux qui s'y présentoient : ce qui ne pouvoit même 

i. Im, corrigé en «es par Spanheim. 

2. Le manuscrit porte : Dauphiné, 

3. Même errenr. 

4. Annuel, au masculin singulier. 



140 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

que contribuer à lui attirer de la oonsidératioD de la 
part des courtisans. Au reste, ce seigneur n'a qu'une 
fille, mariée au duc d'Uzès, qui passe pour premier 
duc et pair de France, et auquel il a résigné, avec la 
permission du Roi, le gouvernement d'Angoumois, 
et ^ a retenu jusques ici celui de Normandie. 

Je n'ai rien à dire de particulier du gouverneur du 
duc de Bourgogne, dont la charge a été conférée au 
duc de Beauvillier, comme il a été remarqué et par 
les motifs que j'en ai allégués ^. Cette charge ne pourra 
que lui donner les mêmes prérogatives et avantages 
qu'avoit celle de gouverneur du Dauphin. 



DES C3IEVALIERS d'hONNEUR DE LA REINE OU DE LA 

DAUPHINE. 



Il y a encore la charge de chevalier d'honneur de 
Madame la Dauphine, qui, de même que celle de che- 
valiers d'honneur des Reines, quand il y en a, se 
trouve ordinairement remplie par des ducs et pairs. 
Le duc de la Vieuville, gouverneur du Poitou, étoit 
chevalier d'honneur de la feue Reine quand elle mou- 
rut en 1 683, et le duc de Richelieu celui de Madame 
la Dauphine dès son arrivée en France ; mais, comme 
la mort de la duchesse sa femme, qui étoit en même 
temps dame d'honneur de la Dauphine, et le mauvais 
état de ^s affaires par son grand attachement au jeu 
lui donna lieu de songera se défaire de la charge susdite 
de chevalier d'honneur de cette princesse, le marquis 



i. Il, corrigé en et par Spanheim. 
2. Ci-dessus, p. 23 et 27. 



PAR ÉZÉCanSL SPÂNHEDf. 141 

DE Dangeau ^, quoique d'un raug assez inférieur à celui 
de duc et pair, eut permission du Roi d'en traiter 
avec le duc susdit, et, par là, d'être revêtu de cette 
belle charge moyennant la somme de 300,000 livres 
qu'il lui en paya. Ledit marquis Texerce encore à 
présent, et doit un si grand établissement, de même 
que celui de gouverneur de la province de Touraine, 
qu'il avoit acheté, assez longtemps auparavant, du feu 
duc de Saint-Aignan, il les doit, dis-je, uniquement à 
sa bonne fortune au jeu, qui lui donna lieu d'y ga- 
gner peu à peu de grandes sommes dès son avène- 
ment à la cour, où il étoit venu avec un patrimoine 
assez médiocre, d'ailleurs avec un esprit vif et hardi, 
un génie assez heureux et facile pour les vers, avec 
quoi il sut s'introduire et s'insinuer même insensi- 
blement dans les bonnes grâces du Roi. Il a épousé 
en secondes noces une jeune comtesse de Levenstein, 
qui étoit une des filles d'honneur de la Dauphine, et 
nièce du cardinal de Fiirstenberg. Gomme ledit mar- 
quis de Dangeau y eut principalement en vue de s'illus- 
trer encore davantage par ce mariage et par les 
alliances où il entroit par là, puisque d'ailleurs la 
demoiselle ne lui apportoit point de dot, et qu'en 
échange il lui fallut constituer un grand douaire, cette 
même vue susdite pensa presque lui être ruineuse 
par la vanité qu'il eut, ou à laquelle il consentit, de 
faire prendre le nom de Sopms de Bavière à son 
épouse dans le contrat de mariage et dans la procla- 
mation qui s'en fit par le prêtre qui les épousoit 

4. Le mannscrit porte : marquis d'Angeau, avec une apostrophe 
ajoutée par Spanheim lui-môme. Cette orthographe irrégulière 
était adoptée par la grande généralité des contemporains. 



148 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

dans la chapelle de Versailles. Madame la Dauphine 
ne rapprit pas plus tôt, qu'elle en fit éclater un dépit 
et un ressentiment extrême, et qui ne put être 
apaisé qu'en rayant ce nom de Bavière du contrat 
susdit, d'ailleurs par les soumissions du cardinal de 
Ftkrstenberg , auquel on en attribuoit la principale 
faute, et enfin par les larmes de l'épouse. Elle est 
d'ailleurs fort aimée du Roi et de Mme de Maintenons 
et y a contribué par la bonne conduite qu'elle a tenue 
depuis son mariage, et par tout l'attachement pour 
son mari en d'aussi longues et fâcheuses maladies que 
celles dont il a été atteint depuis, et qui l'ont obligé 
d'essuyer en premier lieu, et à l'exemple du Roi, la 
grande opération ^ conmie on l'appelle, et ensuite à 
être taillé de la pierre, comme il l'a été heureusement. 

Voilà à peu près les plus grandes et plus considé- 
rables charges de la cour, et ainsi qui y attachent 
presque ordinairement les princes, seigneurs ou autres 
personnes illustres qui en sont revêtues. 

DE LA CHARGE DE GAPIFAINE DES CENT SUISSES. 

On pourroit y joindre celle de capitaine des cent 
Suisses de la garde du corps, qui est encore une des 
belles charges de la cour, quoiqu'inférieure aux pré- 
cédentes, et qui donne ^ lieu à celui qui la possède de 
marcher, dans les jours de cérémonie ou autrement, 
immédiatement devant le Roi. Le marquis de Tilladet, 
assez proche parent de la maison de [le] Tellier, et ainsi 
du feu chancelier et du marquis de Louvois son fils, 

1. Donna, dans le manuscrit. 



PAR tEbCSnSSL fiPAlVHBDf. U3 

à leur favair, et de Targent du dernier, avoit eu lieu 
d'acheter cette belle charge, et d'en avoir Tagrément 
du Roi. Aussi Texerçoit-il seul jusques à Tannée \ 688, 
que le fils aîné du marquis de Louvois, qu'on appelle 
le marquis de Gourtenvaux, fut déclaré pour son 
adjoint en l'exercice de ladite charge, et, comme on 
peut aisément juger, jusques à ce que ledit marquis 
de Tilladet ftit pourvu de quelqu'autre emploi consi- 
dérable qui lui donnât^ lieu de résigner cette charge 
entière au fils susdit du marquis de Louvois. 

d'autres charges CONSmÉRABLES DE LA COUR. 

On peut ajouter encore aux grandes et belles 
diarges qui attachent ceux qui les ont auprès de la 
présence du Roi, du Dauphin et de la Dauphine : celle 
de premier écuyer du Roi, possédée par le marquis de 
BÉRIN6HEN, dont il a été parlé ; de premier écuyer de 
la Dauphine, occupée par le maréchal de BELLEFOm>S, 
et dont le marquis, son fils aîné, a la survivance ; ttem, 
celles ou de premier maître d'hôtel du Roi, qui tient 
la table du grand chambellan et est toujours auprès 
du Roi quand il prend ses repas, ou de grand pré- 
vôt de l'hôtel , ou de grand maréchal de[s] logis , ou 
enfin de maître de la garde-robe, dont les charges 
d'ordinaire tirent après soi l'honneur de chevalier de 
l'ordre du Saint-Esprit, quand il y a lieu d'en faire. 
Cependant ceux qui sont revêtus de ces trois pre- 
mières charges, savoir : le marquis de Livry, le 
marquis de Gavoye, et le marquis de Sourghes, 

i. Donna, dans le manuscrit. 



lii RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

contre Tattente de toute la cour et la leur propre» ont 
[eu] ^ le malheur de n'avoir point de part à la grande 
et dernière promotion qui se fit des chevaliers de 
rOrdre à la fin de Tannée 1 688 ; il n'y eut, entre ces 
quatre charges susdites, que le maître de la garde- 
robe, le marquis de LA Salle', qui fut plus heureux 
et honoré de l'Ordre. 

DE QUELQUES AUTRES SEIGNEURS ORDINAIREMENT EN 

COUR. 

Il y a d'ailleurs quelques autres seigneurs et oflSders 
de la couronne qui, sans être attachés à la cour par 
leurs chaînes et emplois particuliers, ne laissent pas 
d'y être assez assidus, tels que : le duc de Gramont, 
d'ailleurs d'un génie peu éclairé et sombre, d'une 
manière de vivre réservée et bien éloignée de celle du 
feu maréchal-duc son père ; le duc de Villeroy, d'un 
air et d'un génie plus ouvert, plus engageant, et qui 
a tous les dehors d'un courtisan agréable ; le maréchal 
d'Humières, quand il n'est pas à la tète d'une armée 
ou dans son gouvernement de la Flandre conquise ; 
et le maréchal d'Estrées , qui a joint à beaucoup de 
valeur et à son expérience dans la marine beaucoup 
d'acquit et de connoissance^ du côté de l'esprit. 

i . Et ont, dans le manuscrit. 

2. De Salles, dans le manuscrit. 

3. Sic, au singulier. 



PAR éZÉGHIEL SPANHEIM. 145 



RÉFLEXIONS GÉNÉRALES 

SUR LA COUR DE FRANCE. 

Après avoir parlé en détail des principaux person- 
nages de la cour de France, il n'est pas hors de propos 
de passer à quelques réflexions générales sur ladite 
CGur et sur Tétat présent où elle se trouve. 

DBS DIVERSES ENTRÉES AU LEVER DU ROI. 

La première qui se présente est que la coutume y 
est introduite que les courtisans assidus s'y rendent 
tous les matins au lever du Roi ; qu'il y a néanmoins 
divers degrés qu'on observe à y être admis, n'y ayant 
d'abord que ceux qui ont droit de se trouver au petit 
lever j qu'on appelle , qu'on laisse entrer, et qui sont 
des gens de la chambre, comme le premier gentil- 
homme de la chambre en service, le grand maître de 
la garde-robe, le premier valet de chambre en quar- 
tier et les lecteurs du Rai, qu'on appelle , s'il y en a 
de présents. Ce privilège ou droit de la première 
entrée rend cette dernière charge considérable, et 
dont il y en avoit deux de ma connoissance qui 
l'avoient : l'abbé de Dangeau^, frère du marquis de ce 
nom chevalier d'honneur de Madame la Dauphine, 
dont il a été parlé^, et le sieur de Breteuil, qui a été, 
durant quelque temps, envoyé de France en Italie, 

1. Ici encore, d'Angeau, 

2. CSi-dessns, p. 141. 

10 



146 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

auprès du duc de Mantoue : en sorte que, quoiqu'il y 
ait même des prinœs du sang, cardinaux ou autres 
grands seigneurs présents dans l'antichambre, et qui 
n'ont pas ce droit de la première entrée, il arrive que 
la porte de la chambre du lever du Roi, et à Versailles 
l'appartement entier où le Roi se couche et s'habille, 
leur demeure fermé, comme je l'ai vu souvent prati- 
quer envers le feu prince de C!ondé, envers celui d'au- 
jourd'hui, et pareils ; les courtisans ne s'y assemblent 
pas moins en foule ^, attendant que l'entrée en soit 
ouverte. 

La seconde entrée est ordinairement des princes et 
seigneurs susdits du preniier rang, du capitaine des 
gardes du corps en quartier et du premier maître 
d'hôtel , que l'huissier appelle par nom , et à qui on 
ouvre la porte en même temps ^ qu'ils se présentent^, et 
qu'on referme à l'instant : ce qui dure encore quelque 
temps avant qu'on l'ouvre et qu'on donne l'entrée 
libre aux courtisans, dont même on en appelle souvent 
quelques-uns par préférence, suivant la considération 
où ils sont en cour, avant que d'y admettre les autres 
présents. Â l'égard des ministres étrangers, tant 
ambassadeurs qu'envoyés, et ainsi du premier et du 
second ordre, ils n'y ont aucune préférence, ni aucune 
part dans la première ni seconde entrée susdite, et 
n'y sont admis qu'à mesure que les courtisans les 
plus connus et considérés y ont part, et ainsi dans la 
foule et dans la presse qui se fait alors pour entrer : 

i. Foules, au pluriel. 

2. Le copiste avait écrit : à même; Spanheim a corrigé à en en 
et ajouté temp$ en interligne. 

3. Le manuscrit porte il au singulier et présentent au pluriel. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEUI. 147 

ce qui a rebuté souvent des ambassadeurs des tètes 
couroDuées, et qui s'en sont plaints, suivant des 
exemples que j'en ai vus ; mais ce qui, i^rès UnA, n'a 
point été changé ni remédié, sur ce qu'on prétend 
sans doute que les ministres publics n'y sont point 
appelés, et ' n'y ont aucune fonction à faire, et ne s'y 
présentent d'eux-mêmes que pour faire leur cour, et 
ainsi n'y sont considérés que comme des courtisans. 
On ne laisse pas d'entrer assez à temps pour trouver, 
autant qu'il y a lieu d'approcher, que le Roi s'habille 
de pied en cap, conune on dit, en présence des assis* 
tants ; que la chemise lui est donnée par un prince du 
sang, s'il y en a, ou par le grand chambellan, s'il est 
présent, ou, à son défaut, par le premier gentilhomme 
de la chambre qui est en service; ensuite de quoi, 
et que le Roi est presque habillé, on lui fait le poil 
devant les assistants, aux jours qui y sont destinés ; il 
déjeune, et après quoi il va dans la chambre voisine, à 
son prié-dieu ^, qui est à côté de son lit, et y fait ses 
prières à genoux, à la vue des courtisans et accom- 
pagné des évèques ou chapelains présents, qui sont 
aussi à genoux derrière lui et sur la même estrade. 
Ce qui étant fait, le Roi se retire dans la chambre où il 
a coutume de tenir Conseil, à moins qu'il n'y ait quel- 
que audience publique à donner à des ministres étran- 
gers ou à des députés du clergé et des provinces, qui 
sont chargés de l'haranguer dans les rencontres. 

II y a aussi le petit coucher du Roi^ qu'on ap- 
pelle, mais qui est moins fréquenté que son lever. 



1. Le manuscrit porte : il. 

2. Forme généralement admise au dix-septième siècle. 



148 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

et OÙ, VU d*ailleurs que le Roi se couche toujours fort 
tard, il n'y a ordinairement qu'un petit nombre de 
courtisans qui s'y trouvent. On doit seulement remar- 
quer que le Roi a coutume d'y donner le bougeoir^ ^ 
qu'on appelle, à celui des assistants qu'il lui plaît, et 
qu'il n'y donne guère qu'à des gens d'un certain rang 
et d'une qualité distinguée : ce qui tient lieu également 
d'honneur et de faveur à celui qui le reçoit. 

DE LA SOUMISSION ET AFFLUENGE DES COURTISANS. 

L'autre réflexion est que la cour de France, sur le 
pied où elle est sous ce règne, est dans une grande 
soumission pour son roi , en sorte qu'on ne sauroit 
voir ni plus d'empressement à lui marquer son zèle et 
lui faire sa cour, ni plus d'attachement à s'y acquitter, 
avec une régularité entière et exacte, des fonctions où 
chacun est appelé : ce qu'on n'avoit pas vu sous les 
règnes précédents, ni même sous celui-ci durant sa 
minorité et lorsque le pouvoir absolu du gouverne- 
ment étoit entre les mains d'un premier ministre, 
comme du cardinal Mazarin, et du cardinal de Riche- 
lieu sous le règne passé ; en sorte que tous les cour- 
tisans, jusques aux moindres, se font une application 
particulière de voir le Roi et d'en être vu dans toutes 
les occasions qui s'en présentent, comme à son lever, 
quand il sort du Conseil et va à l'église, ou quand il 
prend ses repas, et ce qu'il fait ordinairement en 
public; et ce qui, outre le genre de la nation, assez 



1. En marge : c Le bougeoir se dit d'un petit chandelier avec 
une bougie allumée, qu'il donne à tenir quand on le déshabille. » 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 149 

portée naturellement, ou par devoir, ou par intérêt, 
ou par curiosité, à voir leur roi, oe qui, outre cela, 
di&-je, ne peut venir que de ce qu'il s'est rendu maître 
de toutes les grâces, et ainsi de tout ce qui a du 
rapport à l'état politique, ou militaire, ou ecclésias* 
tique ; oe qui tout ensemble ne peut aussi que contri- 
buer à rendre la cour de France fort grosse et remplie 
ordinairement de toutes sortes de gens, surtout de 
ceux qui ont des prétentions ou des a&ires en cour, 
et ainsi qui la suivent, ou qui se rendent là où elle 
est, pour ne point parler à présent de ceux que les 
divertissements qu'on y a de fois à autre, ou l'habi- 
tude qu'on s'en est faite y attire. 

DE l'ordre et de l'ÉGONOMIE DANS LA DÉPENSE, ET DES 

TABLES DE LA GOUR. 

La troisième réflexion à faire sur la cour de France 
est que, sous ce présent règne, il y a beaucoup d'ordre 
et d'économie dans la conduite du dedans et dans la 
dépense, au milieu de l'éclat et de la parade qu'on y 
voit : ce qui tient de ce qu'on a tâché de remédier à 
la source des désordres qu'il y avoit dans l'adminis- 
tration des finances sous le règne passé et sous la 
minorité et les premières années du présent règne, 
d'où il arrivoit que les fonds destinés, ou qui auroient 
dû être appliqués à l'entretien ordinaire de la cour, de 
ses tables, de ses officiers, et autres besoins requis, 
étoient détournés à d'autres usages par la provision 
ou la conduite des surintendants et des trésoriers de 
l'Épargne, qui se prévaloient pour entretenir leur luxe 
et leur dépense : ce qui ayant été entièrement réformé 



150 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

depuis la prison de feu M. Foucquet, surinteudant 
des finances, et celle des trois trésoriers de l'Épargne, 
et en suite du nouvel ordre que feu M. Golbert mit 
dans les finances, donna lieu aussi à les rétablir dans 
l'entretien requis pour la maison du Roi, et pour tout 
ce qui pouvoit en même temps y apporter de l'écono- 
mie et faire paroltre de la magnificence. On eut soin 
surtout que l'un et l'autre eût lieu dans les tables de 
la maison du Roi, conmie : en premier lieu, celle de' Sa 
Majesté ; ensuite, celle du grand maître, qui est tenue, 
conmie il a été dit, par le capitaine des gardes [du] 
corps en quartier; celle du grand chambellan, que 
tient le premier maître d'hôtel du Roi ; celles du pre- 
mier maître d'hôtel de la Reine et de celui de Madame 
la Dauphine ; sans parler d'autres tables inférieures, 
qui sont toutes entretenues aux dépens du Roi, et qui 
servent en même temps pour faire honneur à la cour 
et plaisir aux courtisans qui sont en quelque considé- 
ration, et qui y trouvent ordinairement leur place. La 
table du grand chambellan, qui est tenue, comme il a 
été dit, par le premier maître d'hôtel du Roi, le mar- 
quis de Livry, étoit entre autres destinée, tous les 
mardis , pour les ministres publics , comme le jour 
ordinaire de leur entrevue à Versailles avec le mar- 
quis de Groissy. On peut mettre encore au nombre des 
bonnes tables de la cour celle du gouverneur du 
Dauphin, le duc de Montausier, ou de la gouver- 
nante des enfants de France, la maréchale de la 
Motte, ou de la dame d'honneur de la Reine, et 
celle à présent de la Dauphine, qui est la duchesse 
d'Ârpajon , qui entretiennent lesdites tables de l'ar- 
gent que le Roi leur donne pour ce sujet, et ainsi pour 



PAR ÉZâGEDEL SPÂNHEDf. 151 

en faire encore honneur à la cour, et suivant le plus 
ou moins de ménage qu'il dépend de ces personnes 
susdites d'y apporter. Je ne parle pas à présent des 
tables que quelques seigneurs de la cour ou les 
ministres d'État y tiennent pour leur compte particu- 
lier et à leurs frais ; parmi les premiers, il n*y a presque 
que le comte d'Armagnac, grand écuyer de France, et 
le duc de la Rochefoucauld, grand veneur et grand 
maître de la garde-robe, et le maréchal duc de la 
Feoillade, colonel du régiment des gardes françoises, 
qui en tiennent ordinairement à Versailles ou ailleurs 
où la cour se trouve. Je ne touche ces^ circoi»tances 
que parce qu'elles ne contribuent pas peu à l'éclat 
d'une cour royale et à la conunodité des courtisans 
qui s'y trouvent. 

DO BON ORDRE DANS LA POUCE, ET DE LA RÉGULARITÉ 
PRÉSENTE DES DAMES DE LA COUR. 

La quatrième réflexion qu'on peut encore faire sur 
ladite cour de France, c'est que, par la salutaire 
défense des duels et la rigueur avec laquelle elle 
s'observe, on n'y voit plus les désordres, les querelles 
et leurs suites funestes, qui faisoient tant de bruit et 
de ravage, et avec^ autant d'impunité, sous les règnes 
passés : à quoi on peut ajouter l'ordre rétabli dans la 
police, comme, entre autres, dans la sûreté du séjour 
de Versailles ou d'autres lieux où la cour se trouve, 
dans celle des chemins qui y mènent, dans la commo- 



1. Ses, corrigé en ces par Spanheim. 

2. Ai>ôc a été ajouté en interligne par Spanheim. 



153 RELÂÎIOIV DE LA COUR DE FRANGE 

dite régulière et diverse des voitures pour les allants 
et venants en cour, et autres effets qu'on ressent du 
bon ordre susdit : ce qui ne se trouvoit pas non plus 
sous les autres règnes. Mais ce qui ne paroltra pas 
moins louable, et que j'ai eu déjà lieu de toucher ci- 
dessus en parlant du Roi^, c'est que les débaudies, 
dissolutions, les blasphèmes ou autres vices scanda- 
leux, et ci-devant assez ordinaires dans la cour, n'y 
sont plus tolérés, ni impunis, et au moins font un 
obstacle invincible à la fortune de ceux qui en sont 
atteints. II n'y a pas même jusques à la galanterie 
pour les dames, ou à celle des dames mêmes, qui n'y 
est plus en vogue et en crédit comme elle l'a été de 
tout temps en la cour de France, et laquelle en servoit 
même comme de modèle et d'instruction au reste du 
royaume et aux cours étrangères : ce qu'on peut 
attribuer à la dévotion où le Roi s'est jeté depuis 
quelque temps, au choix qu'il a fait d'une confidente, 
ou d'une femme, de l'âge et du caractère dont il a été 
parlé ci^essus^, d'ailleurs à la piété de la feue Reine, 
à la vertu et à la sagesse de Madame la Dauphine, à 
l'indifférence de Madame, à la bonne conduite de la 
belle princesse de Conti, et aux choix des dames 
régulières, qui y sont considérées, qui occi^>ent 
aujourd'hui les premiers postes à la cour, ou qui la 
fréquentent le plus. On peut même juger de ce que 
dessus par la résolution avec laquelle on a congédié 
les filles d'honneur de Madame la Dauphine^, et pour 
n'en plus avoir en leur place, le tout au sujet du pen- 

i. Gi-deesus, p. 6. 

2. Pages 18 et suivantes. 

3. £n janvier 1688. 



PAR ÉZÉÛHIEL SPÂIfHEDf. 153 

chant de quelques-unes d'entr'elles à ne paroltre point 
insensibles à l'inclination du Dauphin, ou pour avoir 
été trouvées à des lectures peu honnêtes pour une 
fille, ce qui fut en effet le prétexte qu'on prit pour les 
congédier et pour n'en plus avoir. Il est vrai que tout 
cela paroit d'ailleurs avoir peu de rapport avec la 
présence en cour de Mme de Montespan et le rang 
élevé qu'y tiennent aujourd'hui les enfants nés d'un 
commerce aussi illégitime que celui du Roi avec cette 
dame, outre qu'on ne prétend nullement, par ce que 
dessus, garantir l'honnêteté de toutes les dames de la 
cour de France, ou en faire autant de vestales, mais 
bien donner à entendre que les femmes galantes, ou 
les coquettes déclarées, n'y sont plus en règne, ni 
même souffertes comme autrefois ou sous d'autres 
règnes» et qu'il n'y a que les dames régulières et qui 
ont la réputation d'une bonne conduite qui y sont 
bien vues et qui y ont de la OMisidération : ce qui fait, 
à cet égard, une idée de la cour de France assez éloignée 
de celle qu'on en prend ou qu'on en a ordinairement 
au dehors faute de la fréquenter ou de la connoitre 
assez à fond, par elle-même et par une assez longue 
habitude, pour en bien juger : en sorte qu'on peut 
assurer, sans aucune prévention, que les règles, ou 
au moins tous les dehors de la modestie et de la bien- 
séance du sexe y sont mieux gardés que dans la plu- 
part des grandes cours qui passent d'ailleurs pour 
régulières ou plus réservées dans l'honnête liberté du 
commerce du monde et de l'entretien. 



154 RELATION DE LA GOUR DE FRANGE 

DE LA CONTRAINTE ET AUTRES MÉNAGEMENTS PRÉSENTS 

DE LA GOUR DE FRANGE. 

La dernière réflexion que je puis ajouter, c'est 
qu'après tout ce que je viens de dire de Tétat présent 
de la cour de France, il n'est pas moins vrai qu'il y a 
beaucoup de contrainte ou de dissimulation dans la 
conduite que bien des gens y tiennent. Gomme la plu- 
part ne s'y règlent que par les vues d'intérêt ou d'am- 
bition, il faut aussi qu'ils s'éloignent, ou en effet, ou en 
apparence, de tout ce qui peut s'y opposer ou les y 
traverser, et au contraire ne paroissent avoir de 
l'inclination ou de l'attachement que pour les choses 
qui leur y peuvent servir et se trouver conformes à 
l'humeur et au goût du présent règne : ce qui est for- 
tifié par l'humeur naturellement soumise de la nation, 
pour ne pas dire assez esclave envers leur roi, quand 
on croit qu'il gouverne par lui-même, et ainsi en vue 
de toute l'autorité que les heureux succès de son 
règne et de ses établissements passés , et les grandes 
idées qu'on avoit prises là- dessus de sa conduite 
et de son bonheur y ont attachée; en sorte qu'il 
y a bien lieu de croire qu'un changement ou qu'une 
révolution contraire des intérêts publics et des avan- 
tages de la France, en diminuant ou perdant peu à 
peu ces mêmes idées, viendrait aussi à diminuer et à 
affoiblir la considération pour le gouvernement, et par 
là pourroit avoir d'autres suites moins agréables au 
présent règne, et avantageuses à ses ennemis. On peut 
même dire sur ce sujet que, parmi l'affluence des 
courtisans qu'on voit ordinairement à la cour de 



PAR ÉZÉCHIEL SPANHSDf. 155 

France , il n'y en a pas beaucoup peutrétre dont les 
aodamations et les honunages y soient fort sincères, 
et partent autant des sentiments du coeur que de ceux 
de rintérèt ou de la crainte. Le respect y a sans doute 
plus de part que Tinclination, et la joie même et les 
plaisirs ne s'y gofttent plus avec cet épanchement 
visible qu'on a vu sous d'autres règnes, et même autre- 
fois sous celui-d. Tout y est plus c<Micerté, plus 
réservé , plus contraint , et aussi moins libre , moins 
ouvert, moins réjouissant, que ne porte le génie ordi- 
naire de la nation, et surtout celui des courtisans : en 
sorte même que les parties de^ divertissemmt, ou les 
fêtes assez fréquentes que le Roi y donne aux princi- 
pales dames de la cour, font d'autant moins un agré- 
ment sensible, qu'elles paraissent concertées pour en 
attribuer le gré à Mme de Maintenon, et que la con- 
trainte ne laisse pas de régner. Cet attachement même 
du Roi pour une dame de cet âge et du caractère dont 
il a été parlé; la mort de la Reine, qui, avec peu de 
génie et beaucoup de dévotion, ne laissoit pas d'aimer 
le jeu, les spectacles et la compagnie, et d'y donner 
lieu ; et au contraire le penchant de Madame la Dau- 
phine pour la retraite, et qui est accru par ses indis- 
positions, l'indifférence de Madame pour d'autres 
plaisirs que ceux de la chasse, tout cela, difr-je, n'a 
pu encore que contribuer à donner un air moins gai, 
moins vif et moins familier à la conduite présente de 
la cour de France. On peut même ajouter, en dernier 
lieu, l'état particulier des grands seigneurs et des 
courtisans qu'on y voit, qui, pour la plupart et hors 

1. Particuliers, corrigé en parties de par Spanheim. 



156 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

un fort petit nombre comme le prince de Gondé^, n'y 
subsistent presque que des bienfaits du Roi et des 
appointements de leur charge, et ainsi qui ^ en sont 
plus réservés dans la dépense, moins élevés dans les 
manières, et d'ailleurs dans une dépendance soumise 
et aveugle pour les volontés de la cour. 

DIFFÉRENCE DE LA COUR d' AUJOURD'HUI AVEC CELLE DES 

TEMPS PASSÉS. 

Il n'en étoit pas de même sous le feu règne et au 
commencement de celui-ci , qu'il y avoit de grands 
seigneurs en France, et d'un grand air, comme, entre 
autres (et sans parler du feu prince de Gondé) , le feu 
duc de Longueville, le duc de Guise, le duc d'Épemon, 
et après eux le duc de Gandalle, son fils, et le duc de 
Beaufort, qui, ou par l'élévation de leurs génies et la 
fierté de leur naturel, ou par le nombre de leurs créa- 
tures et de leurs pensionnaires qu'ils avoient soin de 
s'attirer et d'entretenir, ou par les grands biens qu'ils 
possédoient, ou enfin par la faveur des peuples et les 
agréments particuliers de leurs personnes, soutenoient 
avec hauteur et avec fierté, dans les occasions, la dignité 
de leur rang, de leurs emplois ou de leur naissance : ce 
qui a cessé après leur mort, par le défaut d'héritiers 
ou de descendants qui puissent remplir leur place et 
satisfaire aux mêmes engagements. Il n'y a eu, après 
eux, et d'ailleurs avec quelque différence, que le feu 
prince de Turenne et le maréchal duc de Gramont, et 



1. Conty, corrigé en Condé. 

2. Qu'ils, dans le manuscrit. 



PAR ÉZlfcHIKL SPÂNHEDf. 157 

en dernier lieu le feu duc de Lesdiguières, qui surent 
se distinguer à la cour et s'y attirer une considération 
particulière par les manières , par la dépense et par 
le bon accuôl quMls fiiisoient également aux François 
et aux étrangers. Le comte d'Armagnac, dont il a été 
parlée est le seul qui y brille aujourd'hui par les 
mtaies endroits, et en qui on voit encore des traces 
de générosité, et de la civilité ancienne des princes 
de la maison de Lorraine en France. 

1. Gi-de88U8, p. i 18-419. 



SECONDE PARTIE 



DE LA 



RELATION DE LA COUR DE FRANCE 



ACHEVÉE SDR LÀ FIN d' AVRIL 1690. 



La cour de France ne doit pas être considérée seu- 
lement dans tous les principaux personnages qui la 
composent et dans les réflexions qu'il y a lieu d'y 
faire, mais aussi, et ce qui sans doute n'est pas moins 
important, dans la forme de son gouvernement pré- 
sent et dans le véritable état de sa conduite, de ses 
forces et de ses intérêts, c'est-à-dire, suivant que je 
l'ai touché dès l'entrée de cette relation, dans ses 
Conseils et ses ministres d'État ou de l'Église, dans ses 
finances , ses revenus et ses dépenses , dans ses forces 
par mer et par terre, et dans la situation présente de 
ses affaires à l'égard du dedans et du dehors du 
royaume. 

DES CONSEILS EN GÉNÉRAL. 

Pour commencer par les Conseils, il n'est ici ques- 
tion que de parler de ceux où le Roi a coutume de se 
trouver, qui embrassent aussi tout le gouvernement 
de l'État, et ainsi qui se tiennent en son appartement 



RELATION DB LA COUR DE FRANGE 159 

et en sa présence, et qui se réduisent à quatre : le 
Conseil secret, ou du Ministère, comme on ne peut 
que l'appeler ; le Conseil royal, ou des finances ; le 
Conseil des dépêches, et le Conseil de conscience. 

DU CONSEIL DUMOflSTteE ET DES MINISTRES EN GÉNÉRAL. 

Le Conseil secret ou du Ministère est celui où se 
trouvent seulement ceux qui sont honorés de la qua* 
lité de ministres d*État, et qui se tient devant le Roi 
régulièrement trois fois par semaine, depuis les dix 
heures du matin ou environ jusqu'à midi, assavoir : le 
dimanche, le mercredi et le jeudi ; et de plus le lundi 
tous les quinze jours, c'est-à-dire quand il ne se tient 
pas le Conseil des dépêdies, dont il sera parlé. 

DE LA NATURE DU CONSEIL DU MINISTÈRE. 

C'est dans ce Conseil du Ministère que se traitent 
toutes les grandes affiJres de l'État, tant de paix que 
de guerre, que les ministres qui y entrent y font rap- 
port de celles de leur département particulier suivant 
qu'il en sera bientôt parlé, qu'on lit les dépèches des 
ministres du Roi dans les com's étrangères, les réponses 
qu'on y feit et les instructions qu'on leur donne, qu'on 
y délibère sur les traités, les alliances et les intérêts 
de la couronne avec les puissances étrangères, enfin 
qu'on y propose et qu'on y résout tout ce qui regarde 
le gouvernement et qui peut être de quelque impor- 
tance pour le Roi, pour la cour, pour l'Ëtat, en un 
mot pour le dedans et pour le dehors du royaume. 



460 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

DES MINISTRES D'ÉTAT DEPUIS LA MORT DU 
CARDINAL MAZARIN. 

D'où on peut assez juger quelle réflexion mérite, à 
l'égard de l'intérêt public et de la France et des étran- 
gers, surtout des puissances voisines, le choix des 
personnes qui sont appelées à ce Conseil, et chargées 
par là de tout le secret et de toute la direction des 
affaires de la nature et de l'importance de celles dont 
je viens de parler ; et d'où aussi on peut déjà recueillir 
que l'emploi s'en est trouvé par là comme attaché 
aux deux secrétaires d'État qui sont particulièrement 
chargés de la direction et de l'expédition, l'un des 
affaires étrangères, l'autre de celles de la guerre, et 
d'ailleurs au chef des finances sous les divers titres, 
autrefois de surintendant, et depuis de contrôleur 
général, qu'on lui a donné. Aussi ^ depuis que le gou- 
vernement, sous ce règne-ci, eut changé de face par 
la mort du cardinal Mazarin, et que le Roi voulut 
gouverner par lui-même et par son Conseil, il n'y eut 
que les trois personnes qui se trouvoient revêtues de 
ces postes susdits qui par là eurent l'entrée dans le Con- 
seil, et auxquelles^ fut attaché, comme j'ai dit, le titre 
et la charge de ministre d'État, à savoir : M. le Tellier, 
secrétaire d'État pour la guerre, M. de Lyonne, secré- 
taire d'État pour les affaires étrangères, et M. Colbert, 

1. Le point qui précède aussi a été ajouté après coup par 
Spanheim, pour établir Téquilibre dans la phrase qui suit ; cepen- 
dant son intention primitive avait dû être de rattacher les quatre 
lignes suivantes, jusqu'à son Conseil, à la phrase précédente. 

2. Auquel, dans le manuscrit. 



PAR ÉZéGHIEL SPANHEIM. 161 

C0Dtr6lear général des finances, et depuis surintendant 
des bâtiments et directeur du commerce et de la 
marine. Aussi n'y avoit-il encore que ces trois ministres 
d'État dans mes envois passés en France, en 1 666 et 
1668, de la part du feu électeur palatin Charles- 
Louis, et auxquels les ministres étrangers rendissent 
leurs devoirs, ou qu'ils informassent par occasion des 
sujets de leurs commissions. Le maréchal duc de Yil- 
leroy, en considération de ce qu'il avoit été gouverneur 
du Roi, et fait d'ailleurs chef du Conseil royal des 
finances, fut bien honoré du même titre de ministre 
d'État, mais cependant sans en faire la fonction, ni 
être appelé au Conseil du Ministère qu'en des cas 
extraordinaires, n n'en fut pas de même du marquis 
de Louvois, fils de M. le Tellier, qui, ayant eu en sur- 
vivance et exercé déjà actuellement la charge de son 
père de secrétaire d'État pour la guerre, par la faveur 
du Roi et la confiance particulière qu'il avoit com- 
mencé d'y prendre, eut aussi dans la suite l'entrée 
dans le Conseil du Ministère , et ainsi fut adjoint pour 
quatrième ministre d'État. M. de Lyonne étant mort 
en 1671 , il eut pour successeur M. de Pomponne, qui 
demeura dans ce poste de ministre d'État des afiPaires 
étrangères jusque vers la fin de l'an 1679, qu'on prit 
prétexte de le lui ôter et qu'on le donna à M. Colbert 
[de] Croissy, frère de M. Colbert susdit. 

DES MUaSTRES d'état durant mon DERNIE3i EMPLOI 

EN FRANGE. 

Tellement que, quand je vins en France de la part de 
fai Son Altesse Électorale, en avril 1 680, il y avoit alors 

11 



1 62 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ces quatre ministres : M. [le] Tellier, devenu chancelier 
de France peu d'années auparavant, M. Golbert, le mar- 
quis de Louvois et le marquis de Groissy ; c'est-à-dire 
que ce Conseil du Ministère, et généralement la direc- 
tion de toutes les affaires du gouvernement de l'État, 
de la justice, de la guerre , du conunerce, des bâti- 
ments, en un mot du dedans et du dehors du royaume, 
étoit partagée entre deux seules familles nouvelles : d'un 
côté, le père et le 61s, MM. [le] Tellier et [de] Louvois ; et 
de l'autre, deux frères, MM. Golbert et [de] Groissy. La 
mort qui survint de M. Golbert en automne 1 683 , n'y 
apporta aucun changement, sinon que la charge de 
directeur en chef des finances, sous le titre de contrô- 
leur général, avec celle de ministre d'État, fut donnée 
à M. [le] Peletier, parent et ami intime du chancelier 
[le] Tellier, et à sa seule recommandation , et ainsi par 
où le parti de M. de Louvois se trouva renforcé : en 
sorte que, des quatre ministres d'État, il y en avoit 
trois d'un parti, et le seul M. de Groissy de l'autre. Et 
conune le chancelier [le] Tellier vint à mourir deux ans 
après, dans l'automne de l'an 1685, sa chaîne de 
ministre d'État ne fut point remplie par celui qui lui 
succéda dans celle de chancelier : en sorte qu'il n'y eut 
depuis, jusqu'à mon départ de France, au commence- 
ment de l'an passé 1 689 , que trois ministres d'État 
qui composoient tout ce Gonseil du Ministère, assavoir : 
MM. de Louvois, [de] Groissy et [le] Peletier. Ge n'est 
que depuis quelques mois en çà que le même poste a été 
donné au marquis de Seignelay, fils de feu M. Golbert 
et qui avoit déjà exercé, en survivance du père, les 
charges de secrétaire d'État et directeur des affaires 
de la marine. G'est ainsi par où le ministère se trouve 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHBIM. 163 

de nouveau partagé entre deux partis égaux en 
nombre : celui de MM. [de] Louvois et [le] Peletier, son 
parent et créature du feu chancelier son père, et 
celui de Toncle et du neveu, MM. de Groissy et de 
Seignelay. 

DU PEUT NOMBRE DES MINISTRES d'ÉTÀT, 

ET POURQUOI. 

TeUement , et ce qui est la dernière réflexion que je 
ferai en général sur ces ministres d'État, qu'on peut 
recueillir de ce que dessus que , depuis la mort du 
cardinal Mazarin et la nouvelle forme que prit le gou- 
vernement, ils n'ont point passé jusques ici le nombre 
de trois ou de quatre, auquel s'est trouvé et se trouve 
encore restreint le titre et la charge de ces ministres, 
et ainsi le poids de tout le gouvernement de l'État, et, 
ce qui est à remarquer, sans qu'on eût même admis 
jusques ici audit Conseil, au moins jusques à mon 
départ de France, ni l'héritier de la couronne, à savoir': 
le Dauphin, quoiqu'àgé déjà de vingt-huit à vingt- 
neuf ans, ni d'ailleurs le duc d'Orléans, frère unique 
du Roi, ni aucun des princes du sang ou autres 
grands seigneurs du royaume et ofSciers de la cou- 
ronne ; en quoi on peut juger que le Roi a eu trois ou 
quatre vues principales : l'une, d'abaisser l'autorité 
des grands de son royaume, dont quelques-uns lui 
avoient fait la guerre et suscité de méchantes affaires 
durant sa minorité ; l'autre, de conserver et de ména- 
ger le secret dans la direction des affaires et les déli- 
bérations importantes de l'État, qui ne se trouvoient 
confiées qu'à deux ou trois personnes, ou quatre tout 



164 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

au plus, d*ailleurs d'une fidélité éprouvée ; la troi- 
sième, d'en paraître d'autant plus, et au dedans et au 
dehors du royaume , le maître des affaires et revêtu 
de toute l'autorité du gouvernement, en n'y admettant 
au maniement et à l'expédition des mêmes affaires 
qu'un si petit nombre de personnes, qui ne tiraient 
d'ailleurs tout leur éclat et leur considération que des 
bienfaits, des bonnes grâces et de la confiance de 
leur rai ; enfin, pour éloigner d'autant plus par là et 
les apparences et l'effet, je veux dire de retomber 
sous le pouvoir d'un premier et absolu ministre, 
comme avoit été le cardinal de Richelieu sous le feu 
rai son père , et le cardinal Mazarin durant et après 
sa minorité et jusques à la mort de ce cardinal ; c'est- 
à-dire que l'amour^prapre, les sentiments de la gloire, 
la défiance, la jalousie, l'esprit de vengeance, d'épargne 
et de précaution se joignirant ensemble, ou eurent au 
moins leur part dans cette forme du gouvernement 
et du ministère qui s'établit, et qui subsiste depuis la 
mort de ce cardinal, et ainsi il y a près de trente ans. 

DES MINISTRES D'ÉTAT EN PARTICULIER. 

Mais, après avoir parlé en général du Conseil du 
Ministère, il est à propos de dire quelque chose en 
particulier des ministres qui le composent, et en pre- 
mier lieu de deux qui méritent bien qu'on en parle, 
quoiqu'ils ne soient plus en vie , mais qui l'étoient 
encore durant les premières années de mon dernier 
envoi en France, à savoir : M. Colbert et le chancelier 
[le] Tellier, et dont d'ailleurs le fils ou le frère occupent 
encore aujourd'hui le poste du ministère. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAimEIlf. 165 

DE M. GOLBEUT, DE SA CONDUITE DANS LE RÈGLEMENT 
DES FINANCES ET AUTRES ÉTABLISSEMENTS. 

Je commencerai par feu M. Golbert, quoique le 
second en rang, puisqu'il est mort le premier et 
environ deux ans avant ledit chancelier. Je ne m'ar^ 
rèterai point là-dessus au commencement de sa faveur 
et de ses établissements, dont il étoit, comme on sait, 
uniquement redevable au feu cardinal Mazarin, son 
maître, auprès duquel il étoit intendant de sa maison. 
Gomme ce grand ministre se reposoit entièrement sur 
lui du soin de ses affaires domestiques et de ses 
finances, il en fut persuadé, et même convaincu, de^ 
rbabileté, de l'exactitude et de la fidélité de son inten- 
dant : ce qui, joint au grand désordre où ce cardinal 
laissoit à sa mort les finances du Roi, et à quelque 
remords là -dessus de conscience, d'ailleurs aux 
réflexions dont il étoit prévenu contre le surintendant 
Foucquet, qui en avoit alors l'entière direction, fit 
qu'entre les autres instructions qu'il donna au Roi en 
son lit de mort, une des principales lut d'ôter cette 
direction audit sieur Foucquet et de la confier à M. Gol- 
bert : ce qui fut aussi bientôt exécuté, comme on sait, 
après la mort du Cardinal, donna lieu à la détention, 
au procès, ensuite au jugement rendu contre le sieur 
Foucquet, à la peine de son exil, convertie par ordre 
du Roi dans une prison perpétuelle, et d'ailleurs à la 
détention des trois trésoriers de l'Épargne, à l'aboli- 
tion de leurs charges et de celles des intendants des 
finances, et enfin à un changement entier qui se fit 
dans la direction et dans la distribution des mêmes 



166 RELATION DE LA GOUR DE FRANGE 

finaooes. Celles-là n'en passèrent pas moins toutes 
entières entre les mains de M. Golbert, quoique sous 
un titre moins spécieux de contrôleur général , au lieu 
de celui de surintendant, qui avoit eu lieu jusque-là ; 
et comme il trouva les trésors du Roi vides, les fonds 
des finances ou épuisés , ou engagés , ou dissipés par 
la profusion et par le mauvais ménage de ceux qui en 
avoient eu jusque-là la recette ou la distribution, son 
premier soin fut de faire saisir et condanmer tous les 
comptables , comme on les appelle , et qui avoient eu 
quelque part dans le maniement des finances, ou en 
particulier des fermes, des gabelles, des partis et 
autres sortes d'impôts ou revenus du Roi, et qu'on 
désigne ordinairement sous le nom de gens ff affaires : 
ce qui ne put que remplir bientôt les coffres de Sa 
Majesté, amasser tout à coup de grandes sommes dans 
le Trésor, et donner lieu au rachat de ses domaines, 
qui se trouvoient pour la plupart aliénés ; le tout, dans 
ces commencements, sans la charge ou oppression du 
peuple, qui, au contraire, applaudissoit à la ruine de 
ces^ sangsues publiques. M. Golbert y joignit en même 
temps le bon ordre et l'économie qui avoit manqué 
jusque-là dans la dépense de la maison royale, en 
prenant un soin particulier de tout le détail de tout ce 
qui y étoit requis, et n'en confiant l'administration 
qu'à des personnes qu'il y jugeoit propres et qui lui 
en pouvoient rendre bon compte. Il s'attacha ensuite, 
et dans les mêmes vues, à rétablir et à faire fleurir 
le commerce, qui avoit été assez négligé jusque-là, et 
qu'il considéroit avec raison conune un des meiUeurs 

1. Ses, dans le manuscrit. 



PAR ÉZâGHIEL SPANHEm/ 167 

fonds et une des vives sources des finances. C'est à 
ce sujet qu'on établit, par ses soins et par des privi- 
lèges qu'on y attacha, des compagnies du conunerce, 
non seulement pour rAmérique et les provinces que 
les François y occupoient, mais encore pour les'côtes 
d'Afrique et pour les Indes orientales, et dont il avoit 
toute l'intendance et la direction. Il fit établir, dans ce 
même dessein, des manufactures de toutes sortes d'ou- 
vrages exquis, conune en tapisserie, en orfèvrerie, en 
points de France, en glaces, et pareils, pour 6ter le 
commerce et le débit dans le royaume de ce qu'on y 
portoit en ce genre des pays étrangers, et en tiroit 
î'ai^ent au dehors : à quoi on pourvut par des 
défenses expresses du transport et du débit susdit en 
France de pareilles marchandises de fabrique étran- 
gère. Il eut soin aussi de faire fleurir les beaux-«rts, 
particulièrement la peinture et la sculpture, d'en faire 
établir à Paris une Académie royale, dont il se déclara 
le protecteur, d'y donner des pensions et de quoi 
gagner considérablement à ceux qui y excelloient, 
comme entre autres au fameux peintre M. le Brun ; et, 
quoique le même M. Golbert eût peu d'étude, et eût 
passé même la plupart de sa vie en des occupations 
et des emplois qui y avoient peu de rapport, et eût 
encore moins de loisir, dans l'âge et dans le poste où 
il se trouvoit, de s'y adonner, il ne laissa pas, par 
une louable ambition, de s'ériger en protecteur et en 
Mecenas des lettres et des savants. C'est dans ce des^ 
sein qu'il désira d'être un des membres de l'Acadénue 
(rançoise, fondée, comme on sait, par le feu cardinal 
de Richelieu, et qu'il y fut agrégé; qu'il établit à 
Paris l'Académie des sciences, où on s'y attachoit par^ 



168 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ticulièrement à l'architecture, aux démonstrations de 
mathématique et aux expériences de physique. Aussi 
il ne se contenta pas d'agrandir la Bibliothèque du 
Roi, mais prit un soin particulier du beau cabinet des 
Médailles de Sa Majesté, d'en augmenter considéra- 
blement le nombre et la valeur par l'achat de tout ce 
qu'ir y avoit de plus rare en France dans ce genre, et 
même par les recherches qu'il 6t faire en Italie et au 
Levant, et par l'envoi de personnes expresses et 
entendues de tout ce qui y pourroit contribuer à l'or^ 
nement de cet incomparable cabinet. Il donna même à 
un de ses fils la garde de l'un et de l'autre, savoir : de 
la Bibliothèque et des Médailles du Roi. Il n'en demeura 
pas là, et voulut faire pour lui-même et pour la pos- 
térité, et d'ailleurs pour l'utilité qui en reviendroit au 
public, l'amas de ces deux trésors de l'antiquité, 
savoir : d'une grande et rare bibliothèque, et qui fût 
exquise, tant en livres imprimés qu'en anciens manus- 
crits de toutes sortes, conmie aussi d'un cabinet 
d'anciennes médailles. Il n'eut pas de peine à y réussir, 
et en sorte que la bibliothèque, qu'il a laissée au 
marquis de Seignelay, son fils, excelle dans le nombre 
et dans le choix et le prix de livres imprimés et de 
manuscrits anciens qu'on y trouve. Le public s'en est 
déjà prévalu en plus d'une rencontre, et surtout par 
l'application et la diligence du savant M. Baluze, 
auquel M. Golbert en confia le soin, et qui en est 
encore chargé. Il ajouta enfin, pour comble de ses 
bienfaits susmentionnés envers les beaux-arts, les 
lettres et les savants, des pensions qu'il fit donner de 
la part du Roi, non seulement à des François illustres 
par leur esprit et par leur savoir, mais encore à des 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIH. 169 

étrangers établis dans leur patrie. Italiens, Hollandois, 
Allemands, qui étoient en réputation d'exceller dans 
les belles-lettres et dans les sciences, et qui furent 
agréablement surpris de ces libéralités non attendues 
de la part du grand Roi, et par le soin de M. Golbert. 
Tout cela ensemble ne put^ que donner un grand 
éclat à ce ministre, lui attirer de tous côtés des accla- 
mations et des panégyriques, et surtout redoubler ^ 
la confiance et la considération de Sa Majesté par les 
endroits susmentionnés, je veux dire du rétablissement 
de l'ordre et de l'économie dans les finances, du visible 
succès des expédients pratiqués pour les augmenter, 
et aussi du bon et sensible effet qu'elle en voyoit 
dans ses trésors remplis et suffisants pour fournir 
abondamment, non seulement aux besoins de la cour 
ou de l'État, mais encore à tout ce qui pouvoit flatter 
la gloire ou les désirs d'un roi dans la fleur de l'âge 
et dans la force des passions. C'est aussi ce qui parut 
dans ]e8 ameublements nouveaux et superbes des 
maisons royales, dans les bâtiments et les jardins d'une 
beauté et d'une dépense immense, dans les fêtes 
galantes et magnifiques qu'on y voyoit fréquemment, 
d'ailleurs dans l'entretien somptueux et réglé tout 
ensemble, ou des officiers, ou des troupes de la mai- 
son du Roi, ou des armées sur pied pour la gloire et 
la sûreté de l'État, dont le tout dépendoit de l'assi- 
guation des fonds qui y étoient requis, et qui ne 
manquoient point par les soins infatigables de ce 
ministre ; mais ce qui parut encore davantage par la 
confiance entière qu'on y prit, et qui en fut même 

1. Peut, dans le manuscrit. ^2. A redoubler, dans le manuscrit. 



170 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

la source, ou au moins le fondement : je veux dire les 
guerres qu'on entreprit du côté de la France, ou contre 
l'Espagne, ou contre la Hollande, ou contre TEmpereur 
et l'Empire , ou qu'elle soutint , dans la guerre passée , 
contre ces trois puissances ensemble, sans parler du 
Danemark, qui s'y étoit joint, et dont tout le faix, 
pour y fournir aux frais inunenses qui s'y consumoient, 
[ne] rouloit uniquement que sur le crédit, les diligences 
et l'habileté de M. Golbert. C'est aussi de quoi M. de 
Louvois lui laissoit volontiers tout le soin et tout 
l'embairas, se contentant pour lui de la recette que 
M. Golbert étoit obligé de lui faire remettre d'environ 
soixante millions de livres, pour être employée ensuite 
par ses ordres pour l'extraordinaire des guerres, et à 
quoi on montoit la dépense annuelle durant la guerre 
passée dont je viens de parler : ce qui donnoit lieu 
aussi de croire que ce dernier ministre trouvoit mieux 
son compte dans une guerre dont les succès se trout- 
voient d'ailleurs avantageux à la France et redou- 
bloient par là son autorité et son crédit, que non pas 
M. Golbert, qui avoit seul toute l'endosse de trouver 
tous les fonds extraordinaires qui y étoient requis, et 
à cet effet restoit à Paris, sans accompagner le Roi 
dans l'expédition et les campagnes où Sa llajesté se 
rendoit de fois à autre ; au lieu que, dans la paix, le 
besoin des fonds susdits s'en trouvoit beaucoup 
moindre, la dépense notablement diminuée, et que, 
par la chaîne qu'il avoit d'ailleurs de surintendant des 
bâtiments du Roi et de directeur, comme il a été dit, 
du commerce et de la marine, outre celle de la direc- 
tion des finances et de ministre d'État, il avoit plus 
d'occasions et de moyens de faire valoir au Roi, et 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEDI. 171 

devant ses yeux, sa présence, son assiduité, son 
application, et d'ailleurs de faire fleurir les divers 
établissements dont j'ai parlé ci«dessu8. Aussi, dès la 
paix de Nimeguen faite en 1 679, vit-on bientôt ^ après 
un e£fet visible de son crédit par le poste important 
de ministre et secrétaire d'État pour les affaires 
étrangères qui fut 6té subitement, et par l'intrigue 
de ce ministre , à M. de Pomponne , sur un prétexte 
assez léger, et donné à M. de Groissy, frère de M. Gol- 
bert et alors absent en Bavière pour y conclure le 
mariage de la Dauphine. M. Golbert se trouva même 
chargé d'en exercer l'emploi durant l'absence et jus- 
qu'au retour de sondit frère , et ainsi de donner les 
audiences aux ministres, et d'y satisfaire aux réponses 
et aux expéditions que cet emploi du mim'stère des 
affaires étrangères tiroit après soi ; et, quoique je fusse 
encore employé en Angleterre dans ce temps-là, pour 
en pouvoir parler par expérience que j'en aie faite, je 
n'en puis pas moins rendre témoignage, sur le rapport 
des ministres publics qui étoient alors en France, que 
H. Golbert, noalgré tous ses autres grands et divere 
emplcHS susmentionnés, qui n'étoient déjà que suffir 
sants pour l'occuper tout entier, ne laissa pas de 
satisfaire amplement, et au delà, à tout ce que pouvoit 
requérir celui du ministère susdit des affaires étran- 
gères qu'il exerçoit par intérim, et en y faisant 
paroitre une présence et une netteté d'esprit, une 
sulBBsance et des lumières non communes. Gomme, par 
le retour, qui suivit bientôt après, de M. de Groissy, 
son frère, au conunencement de l'an 1680, il fut 

1. Beaucoup, corrigé en hientât par Spanheim. 



172 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

déchaîné de ce soin-là, il n^en eut pas moins la satis- 
faction de voir le crédit de M. de Louvois et du chance- 
lier [le] Tellier, son père, balancé par là dans le poste 
du ministère, qui étoit restreint, conune il a été dit ^, à 
eux quatre, et même où les conjonctures de la paix 
faite et des alliances que la France avoit envie de faire 
pour raffermir ou pour ses vues des réunions qu'elle 
méditoit, donnoient le plus de part à lui et à son frère. 
Ces affitires demeurèrent aussi dans cette situation 
jusques au mois d'octobre de Tan 1683^, que, ledit 
ministre Golbert se trouvant à Fontainebleau, à ]a suite 
de la cour, et la nouvelle y étant venue de quelque 
partie d'un appartement nouveau du château de Yer^ 
sailles renversée^ par la faute de ceux qui avoient été 
chargés de l'ouvrage. Sa Majesté ne put s'empêcher de 
lui en témoigner quelque chagrin, comme celui sur 
lequel elle se reposoit uniquement de tout ce soin-là 
et qui en étoit chargé par son emploi de surintendant 
des bâtiments. M. Golbert, peu accoutumé au mauvais 
visage de son maître, conçut de son c6té un déplaisir 
sensible de ce reproche, vint à Paris sur-le-champ, en 
fit éclater son ressentiment contre les entrepreneurs 
de l'ouvrage, auxquels il s'en étoit confié, et par là 
échau£b sa bile, en tomba malade, et mourut bientôt 
après. Cette mort, dont le Roi n'avoit point paru aussi 
touché conune on avoit ^ cru, fut suivie d'un côté du 



i. Ci-de68U8, p. 162. 

2. Golbert mourut, nou pas au mois d'octobre, mais le 6 sep- 
tembre. 

3. Renversé, au masculin, dans le manuscrit. 

4. Il eût sans doute fallu : aurait. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEOf. 173 

refiis honnête que le Roi fit au marquis de Seignelay, 
son fils, de succéder au père dans la cbai^ de ministre 
d'État et dans ^ celle de surintendant des bâtiments, qu'il 
6ta au second fils de feu M. Golbert, qui Tavoit exercée 
en survivance, pour la donner à M. de Louvois, et 
enfin du choix de M. [le] Peletier, parent et créature 
intime du chancelier [le] TelHer , pour remplir le grand 
emploi de la direction des finances : ce qui tout ensemble 
fit croire assez généralement que tout le crédit de la 
famille de Golbert étoit mort avec celui qui Favoit 
étabU; ce qui néanmoins n'arriva pas conune on le 
croyoit, et dont il y aura lieu de parler encore dans 
la suite ^. 

Ge que je dois ajouter ici sur le sujet de M. Golbert, 
c'est que, par tout ce que j'en ai remarqué ci-dessus, 
on ne peut qu'en prendre l'idée d'un grand et habile 
ministre, comme il Fétoit en effet, et à qui le Roi est 
uniquement redevable du rétablissement de ses finances, 
de Fabolition des désordres qui avoient eu cour3 avant 
lui, de Fusage et des divers expédients pratiqués pour 
les augmenter, et en conséquence du succès de toutes 
les grandes choses qui, à la faveur du bon état des 
mêmes finances, ont été entreprises et exécutées pour 
Favantage de la France, pour la gloire du Roi , l'en- 
tretien de ses armées ou de ses places , Fembellisse- 
ment des maisons royales, la restitution ^ dans ses 
domaines, et enfin pour les beaux, divers et utiles 
établissements dont il a été parlé. 

i. De, dans le manuscrit. 

2. Gi-aprèfl, à Tarticle de M. de Seignelay. 

3. Sic, au sens de rentrée ou réintégration. 



174 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

LE VÊRTFABLE GARAGIÈRE DE M. GOLBERT. 

Cependant, oomme la mort de oe ministre fut suivie 
de sentiments asseae partagés sur son sujet, et sa 
mémoire attaquée par des reprodies sanglants de la 
part d'une bonne partie des peuples , et entre autres 
des Parisiens, il ne sera pas hors de propos, pour 
mieux juger du fondement qu'ils peuvent avoir, de 
toucher ici le véritable caractère de ce ministre. 

Sur quoi je dirai en premier lieu, de sa personne, qu'il 
étoit grand et d'une taille avantageuse, que son air et 
son extérieur n'avoit rien qui ne marquât de l'habileté, 
du recueillement, et d'ailleurs un penchant à un peu 
de rigueur et d'austérité. Aussi ses manières, quoi- 
qu'bonnètes et composées, ne laissoient pas, pour peu 
qu'on y réfléchit ou qu'on eût à faire avec lui, de tenir 
de la hauteur et de la dureté du naturel : celle-ci lui 
venoit de la naissance, et l'autre de l'habitude qu'il en 
avoit déjà prise par la nature des emplois et par la 
confiance dont il avoit été honoré de la part et auprès 
du premier ministre et qui étoit le mattre absolu des 
afifaires et de la faveur ; oe qui ne put que redoubler 
à mesure de l'élévation de la fortune du même M. Col- 
bert, et du poste où il se trouva ensuite auprès du 
Roi avec l'entière direction des finances et une par- 
ticulière confiance de Sa Majesté. Aussi n'oublia-t-il 
rien pour s'y établir et pour s'y maintenir aux dépens 
de ceux qui avoient été chaînés du soin des finances 
ou qui y avoient eu quelque part avant lui. Il n'y garda 
pas même toutes les mesures requises dans le procès 
et la perte qu'il avoit résolue du surintendant Foucquet, 



PAR fefclITKfi SPAiniBIll. 175 

dans les moyens qu'on y employa; et le tout dans la 
crainte que ce dernier ne pût un jour se remettre dans 
Tesprit du Roi et dans les affaires» Il s'y prit d'ail- 
leurs par une route et une conduite assez opposées à 
celles que ce ministre y avoit tenues, bannissant de 
diez lui le luxe, la pompe, les divertissements, l'af- 
fkience des courtisans, pour se donner tout entier à 
un emploi de cette importance et pour faire voir en 
même temps qu'il n'y cherchoit autre gré ni but que 
l'intérêt et le service du Roi et de l'État. Aussi ne se 
contenta4ril pas, à l'exemple de ceux qui l'avoient 
précédé dans cette direction, de prendre connoissance 
du gros des affaires, et ensuite de s'y faire soulager 
par des commis, intendants, contrôleurs ou autres gens 
des finances qu'on avoit coutume d'y employer ; il se 
voulut charger lui seul de tout ce soin-là, entrer dans 
tout le détail, tant des recettes que des dépenses, aussi 
bien que des expédients pour y fournir à l'avenir, ne 
voulut s'en rapporter qu'à ses propres lumières, aux 
informations précises qu'il en put prendre, et, là-des- 
sus, aux règlements qu'il trouva lieu d'y faire, enfin 
aux registres exacts et particuliers qu'il en tenoit lui- 
même : en sorte qu'il y apporta une application et un 
travail infatigable et qui ne lui laissoit aucune^ relâche, 
surtout à mesure ou à proportion des besoins de 
l'État et de la conjoncture des affaires ; mais, oonune 
tout cela n'avoit en vue que de faire entrer dans les 
coffres du Roi tout l'argent qui se trouvoit auparavant 
répandu dans Paris et dans le royaume par le luxe et 



i. n semble que le copiste avait écrit aucunne, et que les deux 
dernières lettres ont été éSb^cées par Spanheim. 



176 RELATION DE LÀ COUR DE FRANŒ 

les dépenses des gens de finances et des partisans, et 
que cela noème, pour en venir à bout, n'avoit pu qu'être 
accompagné de plusieurs réformes, diminutions et sup- 
pressions de charges, de dépenses, ou même de rentes 
de l'hôtel de ville qui faisoient le fonds des particu- 
liers, et surtout des Parisiens, aussi le gré^ qu'en eut 
le ministre n'eut garde d'être universel, ni d'empêcher 
qu'il ne fit bien des mécontents et des misérables. A 
quoi se joignit le chagrin et la dureté qu'il faisoit 
paroitre à l'égard de ceux qui avoient recours à lui 
pour en être soulagés, ou d'ailleurs avec qui il avoit à 
traiter pour les entreprises, soit des bâtiments des 
maisons royales, soit d'autres ouvrages qui dépen- 
doient de ses ordres et de sa direction, et où il avoit 
bien plus d'égard à l'épai^ne et au ménage, et à le 
procurer par toute sorte^ de moyens, qu'à l'équité et à 
la bonne foi qui s'y trouvât : ce qui, tout ensemble, fut 
aussi la source et l'occasion des satires sanglantes avec 
lesquelles on déchira sa mémoire dans Paris après sa 
mort. Il est vrai qu'il en porta lui-même la peine, 
savoir : de cette dernière conduite, par le chagrin que 
lui causa la chute susmentionnée d'une partie des 
appartements nouveaux de Versailles, à quoi il avoit 
donné lieu par le trop de ménage qu'il y avoit cherché, 
et contraint par là les entrepreneurs de s'y soumettre 
sans en considérer les suites, et ce qui fut cause, 
conune il a été touché ci-dessus, du reproche que le 
Roi lui fit, et, là-dessus, du dépit, de la colère et de la 
maladie qu'il en prit et dont il mourut. En sorte qu'on 

i. Voyez le môme terme déjà employé vingt-six lignes plus 
haut. 
2. Toute est au singulier, et sortes au pluriel. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEDf. 177 

peut assez recueillir de tout ce que je viens d'en dire 
qu'on auroit pu lui souhaiter plus d'humanité, plus de 
modération, plus d'équité dans la direction des finances 
et dans sa conduite particulière, plus de penchant à 
Faire du bien qu'à en amasser pour sa famille et pour 
en remplir les trésors du Roi par toute sorte ^ de 
moyens, enfin plus de réflexion sur les nécessités 
publiques de la France et le besoin des particuliers. Il 
gardoit d'ailleurs la même rigueur et dureté de nature 
dans sa famille, dont le marquis de Seignelay, son fils, 
a éprouvé souvent les effets, et qui le rendoit redou- 
table à ses proches, conune, entre autres, au marquis 
de Groissy, son frère ; mais, en échange, il avoit tout 
le soin requis pour leur établissement, et ils lui étoient 
uniquement redevables de toute leur fortune et des 
postes avantageux où ils se trouvoient élevés par son 
crédit et à sa recoomiandation. Il eut aussi le bonheur 
de marier trois de ses filles à trois ducs et pairs du 
royaume, les ducs de Ghevreuse, de Beauvillier et 
de Mortemart, de feire épouser de riches héritières à 
deux de ses fils, te marquis de Seignelay, l'alné, et un 
troisième qu'on appelle M. de Blainville^, et d'ailleurs 
de leur procurer les survivances de ses charges : au 
premier, de secrétaire d'État et directeur du commerce 
et de la marine, et à l'autre, de surintendant des bâti- 
ments ; pour ne parler du second de ses fils , des- 
tiné à l'Église, et qui se trouvoit déjà coadjuteur de 
l'archevêché de Rouen : à quoi il faut joindre les grands 
biens qu'il leur a laissés après sa mort, et le crédit et la 



i. Toute est au singulier, et sortes au pluriel. 
2. D'abord connu sous le nom d'Ormoy. 



178 RELATIO!! DE LA COUR DE FRANGE 

considération qui se trouve encore attachée présente- 
ment à ses descendants et à sa famille, et dont il y 
aura lieu de faire mention dans la suite en parlant du 
marquis de Groissy et du marquis de Seignelay. 

DU FOmUfi ou DE LA YAIOTÉ DE M. GOLBERT. 

Je toucherai seulement, à cette occasion, une circons- 
tance qui peut servir d'une preuve du foible des grands 
hommes, et assez ordinaire à ceux qui, d'un bas lieu, 
se voient élevés à une haute fortune. C'est que, quoique 
la naissance de M. Golbert fi^t assez connue pour être 
fils d'un marchand de draps établi à Reims. en Cham- 
pagne et qui ensuite eut un office dans les rentes sur 
l'hôtel de ville à Paris, il eut cependant la faiblesse 
ou la vanité de vouloir tirer sa généalogie des grands 
seigneurs d'Ecosse et alliés à la maison royale du même 
pays : en sorte que, lorsqu'il fut question de recevoir 
un de ses fils cadets pour chevalier de Malte, et que 
l'ambassadeur de France de cet ordre voulut lui insi- 
nuer qu'en considération du mérite et du rang du père, 
on exempteroit le. fils de faire les preuves requises 
pour entrer dans ledit ordre, cet ambassadeur fut assez 
surpris de voir que son compliment fut fort mal reçu 
de M. Golbert, et qui lui repartit brusquement et avec 
fierté que son fils n'avoit besoin d'aucune dispense et 
feroit les preuves dans toute la plus grande rigueur 
et exactitude qu'on y pourroit apporter. 

 quoi on pourroit ajouter encore un autre foible du 
même ministre, et qui tiroit encore après soi celui de se 
méconnoltre assez soi-même : quid valeant humeriy 
quid ferre récusent; c'est que, quoique tous ses emplois. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 179 

et avant et après son élévation, eussent été dans un 
genre d'occupation assez différente de celui des charges 
de judicature , qu'il n'eût fait dans sa jeunesse ni les 
études qui y étoient requises, ni acquis depuis aucune 
expérience dans ce métier, et qu'il eût d'ailleurs un 
poste important et assez relevé pour l'occuper tout 
entier et pour le satisfaire ; que , malgré tout cela , 
di&-je, et vu le grand âge où se trouvoit le chancelier 
[le] Tellier , il eut en vue de lui succéder dans cet emploi 
en cas de mort dudit [le] Tellier, et par là de se voir le 
chef de la justice et le premier officier de robe du 
royaume : en sorte que, dans l'âge avancé où il se 
trouvoit lui-même, et au milieu des grandes et conti- 
nuelles distractions que ses grands postes lui donnoient 
déjà, il prit chez lui et à ses gages des gens de Uns^ 
oonune on les appelle, pour s'en faire instruire dans 
les principes et la pratique de la jurisprudence et 
dans les formes ou la manière qu'elle se rend en 
France. Hais ce projet, qui auroit pu lui manquer 
d'aOleurs, échoua par sa mort, qui prévint de deux 
ans celle du chancelier [le] Tellier, auquel il avoit des^ 
sein de succéder. 

Au reste , je me suis un peu étendu sur le sujet de 
M. Golbert vu d'ailleurs la grand'part qui lui est due 
dans les changements et les succès arrivés sous ce 
règne, dans l'état présent où il se trouve, et enfin 
par la considération qu'il n'est pas inutile de con- 
noltre la portée et le génie, ou, pour tout dire, le 
fort et le faible des ministres qui sont à la tète des 
grandes affaires et au timon d'un grand royaume. 



1 80 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

DU FEU CHANCELIER [le] TELLIER. 

Le chancelier [le] Tellier, mort en novembre 1 685 ^ 
et dans la quatre-vingtrunième année de son âge, avoit 
passé par tous les emplois qui peuvent donner égale- 
ment de rhabileté et de Texpérience dans l'exercice 
de la justice et dans les affaires publiques. Il avoit 
commencé par celui ^ de conseiller, puis de procureur 
du roi au Ghàtelet, après de conseiller au Grand Con- 
seil, ensuite de maitre des requêtes et d'intendant dans 
les armées. On le tira de ces emplois pour lui confier 
la chaîne de secrétaire d'État pour la guerre, que la 
Reine mère lui fit donner et qu'il exerça durant sa 
régence et la minorité du Roi, et ainsi dans le fort des 
guerres et des dissensions civiles qui agitèrent dans ce 
temps-là le royaume. Gomme il y demeura entière- 
ment attaché au parti de la cour, aussi en conserva-t-il 
la confiance entière de la Reine mère, de même que 
celle du cardinal Mazarin, ce qui dura jusques à la 
mort de ce cardinal et lui procura ensuite le premier 
rang dans le Gonseil du Ministère, avec MM. de Lyonne 
et Golbert, qui y furent appelés par le Roi, et ainsi les 
trois seuls ministres, conmie il a été dit ci-dessus^, qui 
se trouvèrent chargés du soin de l'État et de l'expé- 
dition des affaires. Il eut la consolation de voir que le 
marquis de Louvois, son fils, après avoir eu sa charge 
de secrétaire d'État pour la guerre en survivance, fut 

i. Mort le 30 octobre. 

2. Celle, dans le manuscrit. 

3. Page 160. 



PAR tàÉCmEL SPÀimÉIH. iSi 

aussi déclaré ministre d'État dans la suite, et qu'enfin, 
la charge de chancelier de France étant venue à vaquer 
en 1677, le Roi, en récompense de ses services, l'ho- 
nora de cette première diarge de la justice, qu'iH 
a exercée jusqu'à sa mort , arrivée en autonme 1 685 , 
conjointement avec celle de ministre d'État. 

Aussi avoit-il toutes les qualités requises pour remplir 
dignement l'une ' et l'autre : une présence et un abord 
agréable, des manières honnêtes et insinuantes, un 
esprit doux, souple, d'ailleurs fort net et fort éclairé, 
une expérience consommée et dans les emplois de la 
justice et dans les affaires du cabinet, un discernement 
juste et une pénétration exquise à les démêler. Il y 
avoit même joint une vertu assez rare dans un tel 
poste, et qui lui étoit particulière, savoir : beaucoup de 
modération et d'égalité et dans son humeur et dans 
sa conduite, un éloignement naturel de tout ce qui 
ressentoit la fierté ; en sorte que toute son élévation, 
ni la faveur du marquis de Louvois, son fils, ne le tira 
jamais de cette assiette pour lui faire prendre un autre 
train de vie, hors ce qui se trouva indispensablement 
requis pour soutenir le poste et la dignité de chance- 
lier, quand il en fut revêtu dans un âge déjà bien 
avancé. Aussi il ne lui fut pas difficile, avec cet heu- 
reux assemblage des qualités d'un sage courtisan, 
d'un habile ministre et d'un vénérable magistrat, de 
se conserver jusqu'à la fin la bienveillance et la consi- 
dération particulière de Sa Majesté. Il n'y a eu que la 
fâcheuse conjoncture de la persécution suscitée contre 



1. Kt qu'il, dans le manuscrit. 

2. L'un, dans le manuscrit. 



18% RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

les sujets de la Religion, où il se laissa entraîner, soit 
par complaisance aveugle envers le Roi, soit par les 
préjugés que le temps étoit venu de ne souffnr plus 
qu'une religion dans le royaume. Quoi qu'il en soit, 
non seulement il autorisa les édits qui se publièrent de 
fois à autres, et avec si peu de justice ou d'équité, 
contre les gens de Religion, mais encore témoigna de 
sceller avec joie, et peu de jours même avant sa mort, 
celui qui portoit la révocation de l'édit de Nantes. 
Tant il est vrai que les plus grands honunes et les 
esprits les plus modérés ne sont pas toujours à l'épreuve 
de la prévention ou de la foiblesse que l'âge et une 
habitude formée de longue main à s'accommoder aux 
volontés de la cour peut tirer après soi. 



DES QUATRE MINISTRES D'ÉTAT. 

Mais, sans m'arrèter davantage sur ces deux grands 
ministres, qui sont morts durant mon dernier emploi 
en France, il est temps de passer à leurs fils, frère ou 
parent qui occupoient dès lors ou occupent aujourd'hui 
le poste du ministère et leur en sont redevables, savoir : 
MM. de Louvois, de Croissy, [le] Peleticr et [de] Sei- 
gnelay. 

DU MARQUIS DE LOUVOIS. 

Le marquis de Louvois, fils aîné du diancelier sus- 
dit, y tient le premier rang, moins par ancienneté de 
sa réception que ^ par la faveur du Roi son maître, par 

1. Le manuscrit porte : non par,.,, que fiar. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAiraElM. 183 

la ooDsidératioD, le crédit et le pouvoir que les con- 
jonctures des guerres passées, la mort suivie de 
M. Golbert et l'état présent des affaires, joint à son 
habileté, à son application et à son ascendant sur 
l'esprit du Roi, lui en acquirent et lui en donnent 
encore aujourd'hui. Aussi a-t-il trop de part dans ce 
même état présent et passé des affîdrcs publiques, et 
ainsi des suites qu'elles ont eues ou qu'elles peuvent 
avoir, pour ne point donner lieu à en toucher le véri- 
table caractère, et le plus naïvement qu'il me sera pos- 
sible. 

DE L'âTABUSSEMENT ET DE LA CONDUITE DE M. DE LOUVOIS. 

Sur quoi, et sans m'arrèter beaucoup à son extérieur, 
je me contenterai seulement d'en dire qu'il n'auroit 
pas promis toute l'activité, la vigilance et l'habileté 
qu'on lui connolt, et qu'on n'auroit pas attendues^ d'un 
corps aussi pesant et chargé de matière, ni d'un air 
naturellement rude et en apparence peu réfléchi, ni 
des manières hautaines, brusques et emportées qu'on 
lui voyoit : en quoi aussi il paroissoitd'un tempérament, 
d'un génie et d'un procédé fort opposés à celui du 
chancelier son père, et ainsi qui ne sembloient nul- 
lement promettre des succès pareils, ni des suites 
aussi avantageuses pour la fortune et l'élévation du 
fils, liais c'est en quoi les apparences se trouvèrent 
bien trompeuses : à quoi contribua d'abord, ou réunie^ 
comme on parle, dudit fils, ou le rapport de son âge 
avec celui du Roi, l'habitude que ce rapport, joint au 

1. Attendu, sans accord. 



184 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

poste et à la considération de M. le Tellier, son père, 
lui donna auprès de Sa Majesté, et quelque conformité 
même de génie ou d'humeur dans leurs inclinations 
et dans un certain éloignement de complaisance, d'ou- 
verture et de familiarité de la part du Roi à Tégard 
du reste des courtisans. Et comme M. de Louvois, dès 
Tannée 1 655, se trouva honoré de la survivance de la 
charge du père, savoir : de secrétaire d'État pour la 
guerre, il commença aussi à l'exercer de bonne heure 
et à l'y soulager. Aussi l'assiduité et l'attachement 
particulier qu'il fit paroitre dans l'exercice de cet 
important emploi, et à entrer dans tout le détail, et 
d'ailleurs à s'y prévaloir des lumières et de l'expérience 
de M. le Tellier, son père, ne purent qu'augmenter la 
considération du fils et redoubler la confiance que le 
Roi s'accoutumoit déjà d'y prendre : ce qui porta Sa 
Majesté à lui donner entrée dans le Conseil du Minis- 
tère, et ainsi à y joindre la qualité de ministre d'État, 
dont il fut revêtu dès l'année 1 669 S qui suivoit la paix 
d'Aix-la-Chapelle, et qu'on tramoit déjà la guerre 
contre la Hollande. D'ailleurs, H. de Lyonne, ministre 
et secrétaire d'État pour les affaires étrangères, étant 
mort en 1671, M. de Louvois en exerça la fonction 
par intérim et jusqu'à ce que M. de Pomponne, que le 
Roi avoit choisi pour la remplir, fCkt de retour de Suède, 
où il se trouvoit en ambassade. Les ministres étrangers 
qui étoient alors à Paris ont rendu ce témoignage à 
M. de Louvois qu'il s'acquitta de cet emploi, dont il 
étoit chargé provisionnellement, avec beaucoup d'ha- 
bileté et d'application. Le retour en France de H. de 

1 . Louvois ne fut nommé ministre que le 4 février 1672. 



PAR ÉZâCmEL SPÂNHEIM. 185 

Pomponne et la guerre qui suivit bientôt après contre 
la Hollande ne purent que donner d'autre occupation 
à M. de Louvois et l'attacher entièrement à la direction 
des affîiires de la guerre, et ainsi de tout le grand détail 
qui y étoit requis. C'est de quoi le Roi se reposoit 
entièrement sur lui, savoir : pour tout ce qui pouvoit 
regarder la disposition, les préparatifs et les besoins 
requis pour une expédition de cette importance ; ce 
qui donna lieu aussi à M. de Louvois de faire un tour 
dans l'archevêché de Cologne dès l'année 1 671 , et s'y 
aboucher avec cet électeur et le feu évéque de Stras- 
bourg, qui étoient entrés dans le complot de cette 
guerre ; de passer de là à Coblenz, pour y traiter avec 
le feu électeur de Trêves pour les mesures à prendre 
à l'égard du passage des troupes par son archevêché. 
Je ne m'arrêterai pas ici aux événements divers de 
cette guerre, qui conmiença dès l'été suivant \ 679S, et 
ne finit que par les traités de Nimeguen, sur la fin de 
l'été \ 678, ni ainsi à toute la part que H. de Louvois 
ne put qu'y avoir par tous les endroits susmentionnés, 
et qui accompagna Sa Majesté dans toutes les cam- 
pagnes et expéditions où elle se trouva. Je toucherai 
seulement là-dessus deux ou trois circonstances qui 
peuvent également servir à faire mieux connoltre le 
génie et le crédit tout ensemble de ce ministre. L'une, 
c'est qu'il empêcha le Roi de conclure une paix aussi 
glorieuse pour la France que préjudiciable et honteuse 
pour les États, et que M. de Pomponne, qui étoit alors 
ministre et secrétaire d'État pour les affaires étran- 
gères, conseilloit d'accepter sur les conditions qui en 
étoient offertes au Roi par les ambassadeurs des États, 
qu'ils lui envoyèrent à Utrecht, sur la fin de l'été en 



186 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

1 672 : en sorte que la Providence divine de Dieu per< 
mit, pour le salut des Provinces-Unies et pour le bien 
général de l'Europe, que les conseils violents de M. de 
Louvois remportèrent sur d'autres plus modérés, et 
que l'envie et l'espérance de tout engloutir, fortifiée 
par la rapidité inespérée des premiers succès de cette 
campagne, donna lieu à voir changer bientôt après la 
face des affaires et à délivrer dans la suite ces provinces 
du joug sous lequel elles étoient partie déjà tombées, 
partie prêtes à tomber. L'autre considération est que, 
quoique le commandement des armées de France, 
durant le cours de toute cette guerre, fût confié à des 
généraux de la considération ou du prince de Gondé, 
ou de M. de Turenne, ou d'ailleurs des maréchaux de 
Gréquy, de Schomberg et autres d'une capacité assez 
reconnue dans cette profession, que cependant ils 
n'étoient ordinairement chargés que du soin de l'exé- 
cution, et ainsi de ne faire des opérations et démarches 
que celles qui leur étoient comme prescrites par les 
ordres de M. de Louvois, qui se trouvoit autorisé^ 
par le Roi, et qu'il leur falloit attendre souvent avec 
perte des conjonctures dont ils auroient pu se préva- 
loir : ce qui aussi ne put que brouiller ce nunistre, en 
premier lieu avec le feu prince de Gondé, et ensuite avec 
M. de Turenné, qui supportoient fort impatiemment 
l'un et l'autre cette subordination dans un métier 
qu'ils croyoient assez bien entendre pour n'avoir pas 
besoin de s'y régler par les avis de M. de Louvois et 
d'y dépendre de ses ordres ; à quoi se joignoient sou- 



i. Trouvaient avait été écrit au pluriel, et est corrigé par 
Spanheim. Autorisés est resté au masculin pluriel. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 187 

vent d'autres dégoûts sur le détail de Tentretien et de 
la subsistance des armées qu'ils avoient à commander, 
et du choix des officiers généraux dont ils avoient à 
s'y servir : en sorte qu'à l'égard du prince de Gondé, il 
fallut que le chancelier [le] Tellier, père de M. de Lour 
vois, &A l'entremetteur pour le raccommoder avec ce 
prince ; et pour M. de Turenne, comme il s'étoit plaint 
assez hautement de M . de Louvois, et en des conjonc- 
tures où on avoit le plus besoin de ce général, il fallut 
que ledit ministre prit aussi le parti de ployer devant 
lui et de l'aller voir à son retour à la cour, l'année qui 
précéda celle de sa mort. Mais, comme les choses ne 
laissoient pas de continuer d'aller leur même train, et 
que d'autre côté M. de Turenne ne se croyoit pas 
obligé à garder beaucoup de ménagements avec M. de 
Louvois pendant que la fortune se trouvoit comme 
appuyée à sa conduite, il est à croire que cela auroit 
pu avoir d'autres suites suivant le cours des affaires, 
et ainsi que la mort du premier délivra ce ministre 
d'un ennemi redoutable, ou qu'il pouvoit craindre pour 
tel ; et ce qu'il eut d'autant moins à appréhender dans 
la suite, qu'il en tira occasion de faire succéder à 
H. de Turenne des généraux qui étoient entièrement 
de sa dépendance, comme les maréchaux d'Humières 
et de Gréquy et le duc de Luxembourg : ce qui dura 
jusqu'à la paix de Nimeguen, après laquelle ce dernier 
se brouilla avec M. de Louvois, ne s'est pas bien remis 
depuis avec lui, et s'est aussi trouvé par là hors d'em- 
ploi pour quelque commandement d'armées. Il n'en 
fut pas de même des deux autres, et qui aussi en ont 
tiré l'avantage d'être employés dans les occasions qui 
s'en sont depuis présentées, comme le maréchal de 



188 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

Gréquy au siège de Luxembourg, en 1 684, et qui mou- 
rut deux ans après, en 1686, et le maréchal d'Hu- 
mières, qui vient encore de conunander en Flandres 
à la campagne dernière : c'est-à-dire que M. de Lou- 
vois a su s'établir et se maintenir maître absolu de 
son département des affaires de la guerre, que le Roi 
s'en rapporte entièrement à lui, et souvent^ il y aura 
lieu d'en parler encore dans la suite. Mais, comme 
M. de Louvois crut que, par la paix de Nimegueh, cet 
emploi lui donneroit moins d'occasion de se rendre 
nécessaire, ou même assez de loisir pour s'acquitter 
encore de celui de ministre des affaires étrangères, 
surtout par le rapport qu'il pourroity avoir avec celui* 
de la guerre, et que, dans ce dessein, il garda peu de 
ménagement avec M. de Pomponne, et contribua sous 
main à donner au Roi des vues de lui en ôter le poste, 
il fut bien surpris d'apprendre que M. Golbert, à son 
insu, et durant qu'il se trouvoit à sa maison de Meu- 
don, sut se prévaloir auprès du Roi d'une occasion 
qui s'en présenta pour ôter en effet subitement la 
chaîne à M. de Pomponne et la^ faire donner sur-le- 
champ à M. de Groissy, son frère, quoiqu'absent alors 
en Bavière : ce qui ne put que faire balancer davantage 
le crédit de M. Golbert avec le sien. Mais c'est de quoi 
il eut lieu de se venger, ou d'être récompensé par la 
mort dudit sieur Golbert, qui arriva, comme il a été 
dit, dans l'automne de l'an 1683, tant par le succes- 
seur qu'on lui donna dans la direction des finances, le 
parent et ami intime de la maison [le] Tellier, par le 

1. Suivant, dans le manuscrit. 

2. Celle, dans le manuscrit. 

3. De la, dans le manuscrit. 



PAR éZÉCHIEL SPAMIBIM. . 189 

refus fait à M. de Seignelay de succéder à sou père dans 
la charge de ministre d'État, par celle de surintendant 
des bâtiments ôtée au fils de M. Ciolbert qui Favoit 
eue en survivance, et que le Roi donna à M. de Lou- 
vois immédiatement après la nouvelle de la mort de 
M. Golbert, moyennant quelque remboursement pour 
le fils susdit, et de laquelle nouvelle charge M. de Lou- 
vois tiroit deux grands avantages : Tun, des profits 
considérables qui y étoient joints ; l'autre, d'avoir une 
occupation par là, en temps de paix, qui Tattachoit 
auprès du Roi, et même qui lui donnoit lieu, par les 
grands et continuels ouvrages qu'il étoit question de 
Faire encore à Versailles sous les yeux de Sa Majesté, 
de lui faire valoir son industrie, sa vigilance et son 
économie au delà de celle que M. Golbert y avoit pu 
apporter ; d'autant plus qu'en effet ce dernier ne s'y 
étoit pas autant appliqué qu'en d'autres fonctions de 
ses charges, qui d'ailleurs ne lui en laissoient pas du 
loisir de reste, et s'en étoit souvent rapporté à des 
entrepreneurs malhabiles ou trop intéressés. En sorte 
que toutes ces conjonctures ensemble firent croire 
quelque temps que M. de Louvois alloit être chargé lui 
seul de toute la faveur, mais encore de tout le faix du 
gouvernement de l'État, et que les affaires étrangères, 
de même que celles de la marine, qui étoient encore 
entre les mains de la famille Golbert, savoir : de MM. [de] 
Groissy et de Seignelay, passeroient dans les siennes ; 
mais ce qui n'arriva pas néanmoins à l'égard de ces 
deux derniers postes, qui demeurèrent à ces deux 
messieurs : à quoi se joignit dans la suite le recours 
que cette famille Golbert eut à Mme de Maintenon, qui 
crut aussi de son intérêt, comme il a été déjà touché 



190 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ci-des8U8^ en parlant de cette dame, de soutenir ladite 
famille, de balancer par là le pouvoir déjà bien grand 
de la famille [le] Tellier, et en particulier celui de M. de 
Louvois : ce qui néanmoins n'a pas empêché que ce 
dernier, et même depuis la mort du chancelier sod 
père et jusques à mon départ de France, ne continuât 
d'avoir, sinon l'entière, au moins la principale part dans 
la direction des grandes affaires, que surtout il ne 
demeurât encore maître de son département des affaires 
de la guerre et de ce qui y a du rapport, et qu'il ne 
l'exerçftt avec bien plus d'autorité et d'indépendance 
que M . de Groissy n'en usoit dans le sien des affaires 
étrangères; et ce qui, entre autres, n'a que trop paru 
dans les fatales résolutions qu'il fît prendre au Roi, 
contre l'avis de M. de Groissy, sur la fin de l'été en 
1 688 et à son retour des eaux de Forges, je veux dire 
de soutenir de vive force l'élection du cardinal de 
Fiirstenberg à l'électorat de Cologne, ensuite d'entre- 
prendre le siège de Philisbourg, et par là de rompre 
la trêve avec l'Empire, et enfin de pousser en même 
temps les choses à toutes les extrémités qu'on a vu, 
soit dans le Palatinat, soit daqs l'électorat de Trêves, 
et enfin dans tout le haut et le bas Rhin, dans la Fran- 
conie même et dans la Souabe. Je n'entrerai pas ici 
dans le détail des considérations dont M. de Louvois 
se servit pour engager si avant les affaires et y porter 
le Roi, et dont il y aura lieu de parler plus à fond 
dans un endroit particulier de cette relation ; je me 
contenterai seulement de remarquer ici qu'il est cons- 
tant, que personne aussi ne révoque en doute» à la cour 

i. Gi-des8us, p. 23. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEOf. 191 

de France, et dont j'ai d'ailleurs des preuves incontes- 
tables : je veux dire que c'est aux seuk conseils de 
M. de IxNivois que le public doit imputer l'engagement 
de la guerre présente et de toutes les suites funestes 
qu'elle peut avoir eues jusqu'ici et pourra avoir dans 
la suite pour la France même, et ce qui pourra en 
même temps servir de préjugé du bon ou du mauvais 
gré que la France lui en aura. 

DES BONNES QUAUTÉS DE M. DE LOUVOIS. 

Cependant on peut déjà, ce semble, et de ce qui a 
été dit jusques ici, on en peut, dis^je, assez comprendre 
le véritable caractère de ce ministre ; mais, comme il 
s*y trouve un mélange de qualités peu communes et 
qui peuvent ou servir à faire honneur à son maître et 
à son pays, ou attirer bien des calamités à sa patrie, à 
son prince et au public, il est à propos de les démêler 
pour ne s'y pas méprendre. Sur quoi on peut mettre 
dans le premier rang l'avantage que M. de Louvois tire 
de sa naissance, savoir : d'être fils d'un père employé 
dans les plus grandes affaires et les premiers postes 
de la couronne, et ainsi d'où il n'a pu qu'en tirer occa- 
sion de se former de bonne heure et de s'instruire, 
particulièrement dans ce qui étoit requis pour le dépar- 
tement des afiGdres' de la guerre, d'autant qu'il fut reçu 
dans un ftge peu avancé à en exercer la charge en sur- 
vivance ; qu'il s'y adonna tout entier, comme il a déjà 
été touché ci-dessus, et qu'ainsi, tant par les lumières 
et les aides domestiques que par son assiduité et son 
application, il suppléa bientôt à ce qui sembloit lui 
manquer du côté de l'expérience, du génie ou du tem- 



192 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

pérament. Et comme il eut le bonheur, par là et par 
les rencontres ou les considérations dont j*ai aussi déjà 
parlé, de s'insinuer dans la familiarité du Roi et d'en 
gagner sa confiance, il eut aussi celui de s'y maintenir 
et de l'augmenter même à mesure des occasions qu'il 
trouvoit de faire valoir ses services et des heureux suc- 
cès qui les suivirent. En effet, il étoit difficile de remplir 
un poste pareil au sien avec plus de vigilance et d'ap- 
plication particulière pour tout ce qui pouvoit en 
dépendre ou y avoir du rapport. L'habitude qu'il s'en 
étoit faite dès sa jeunesse lui en acquit et la facilité et 
les lumières, qui ne peuvent encore qu'en devenir plus 
grandes par les conjonctures et l'état des affaires, qui 
lui en donnoient plus d'occasion et lui en laissoient ^ 
d'ailleurs plus de relâche. Il s'y trouva aidé particu- 
lièrement par le grand ordre qu'il apporta dans la 
revue et dans l'expédition des affaires de son départe- 
ment, dans le choix de ses commis qu'il y employoit, 
et dans la distribution des fonctions et des emplois 
particuliers qu'il leur y donnoit suivant leur portée, 
et dont ils avoient à lui rendre compte. Aussi tiroit-il 
l'avantage, de cette régularité et de cette exactitude 
particulière, que la peine du travail lui en étoit dimi- 
nuée, que rien ne se négligeoit, et que ceux qui avoient 
à faire'à lui, qui n'étoient pas en petit nombre, savoient 
bientôt où ils en étoient et ce qu'ils en dévoient 
attendre ou espérer. C'est à quoi contribua enccnre 
l'air décisif qu'il s'accoutuma de prendre et de faire 
paroitre dans les réponses qu'il donnoit sur-le-champ, 
ou dans les résolutions qu'il étoit question de prendre 

1. Laissoit, au siogulier, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL 8PAimEIM. 193 

sur les mémoires ou les requêtes qu'on lui adressoit, 
et qui ne demeuroient jamais sans réplique, comme il 
arrivoit souvent dans les bureaux des autres ministres 
d'État : en sorte qu'on le trouvoit plutôt peu favorable 
qu'irrésolu dans les choses qu'on avoit à lui demander, 
et ce qui d'ailleurs étoit soutenu par l'autorité du 
poste où il se trouvoit, par le pouvoir, oonmie j'ai dit, 
assez absolu qu'il exerçoit dans les affaires de son 
département ou d'ailleurs dans lesquelles il vouloit 
prendre part, et enfin par la confiance particulière du 
Roi. Aussi y avoit-il joint, ou par coutume, ou par 
application, une grande facilité et présence d'esprit à 
démêler d'abord ce qu'il avoit à faire ou à rejeter 
dans ce qui lui étoit proposé, à y prendre bientôt son 
parti, et à n'en guère démordre ensuite de l'idée qu'il 
s'en étoit une fois faite ; outre qu'il ne se soucioit 
guère d'y garder beaucoup de ménagement et de s'at- 
tirer le bon ou le mauvais gré de ceux avec lesquels il 
avoit lieu de s'en expliquer. Il lui suffisoit de croire 
que l'intérêt et le service du Roi, ou la conjoncture 
des affaires, ou bien la prévention qu'il s'en étoit faite, 
le vouloient ainsi ; et conune il étoit assez réservé dans 
le choix des personnes en qui il prenoit confiance ou 
sur qui même il pût se reposer de l'exécution des 
affaires ou des entreprises qui vouloient du secret, du 
ménagement ou de la vigueur, aussi sa voit-il les enga- 
ger par les bienfaits qu'il étoit en état de leur procurer, 
et les attacher par la confiance qu'il leur témoignoit ; 
et en effet on peut dire qu'il y a trois qualités que ce 
ministre a su pratiquer par lui-même et y accoutumer 
ceux qu'il emploie : une application infatigable , une 
grande autorité et un ménagement particulier d'un petit 

13 



194 RELATTOH DE LÀ COUR DE FltÀNGE 

nombre de personnes affidées pour Texécution de ce qui 
leur étoit commis. Par la première de ces qualités, il a 
toujours eu pour but que rien n*édiappàt à sa pénétra- 
tion ; par la seconde, [il a visé] à ne perdre point d'occa- 
sion et ne rien négliger ; et par la troisième, à s'assurer 
du secret aussi bien que de la facilité de Fentreprise. 
Aussi s'estr-il toujours appliqué à ce que les moyens d'y 
réussir en prévinssent les engagements, et qu'ainsi ce 
qui parolt être requis dans le temps de guerre et de cani- 
pagne pour la marche, le logement et la subsistance des 
troupes, pour l'entretien des magasins, pour le trans- 
port de l'artillerie, pour le choix des quartiers, pour 
les feintes qu'il étoit question d'y apporter suivant les 
conjonctures, pour la subordination et la soumission 
due à l'autorité souveraine et aux ordres de ceux qui 
en sont chargés, ou d'ailleurs pour les autres besoins 
requis pour l'opération, surtout en cas de siège, que 
tout cela, difr-je, fÙt non seulement bien et dûment 
concerté auparavant que de s'y engager, mais même 
autant que [possible ?] préparé et en état de ne faire point 
faute. On peut dire en effet que c'est là le fort de ce mi- 
nistre, et ce qui aussi a le plus contribué aux heureux 
succès des guerres passées que la France a entreprises, 
et a donné même le plus de confiance à les entre- 
prendre. Il faut encore y ajouter ses vues et son appli- 
cation particulière pour assurer les frontières de la 
France par les forts ou les citadelles qu'il a eu soin d*y 
faire construire ou d'y fortifier, et sans épargner ni 
peines, ni frais, ni diligence pour en venir à bout. 



PAR ÉZÉGHIEL 6PANHEIM. 195 



DBS MAUYAIBE8 QUALITÉS DE M. DE LOUVOIS. 

Eo sorte que M. de Louvois peut mériter autant 
d*éloges par tous ces endroits comme il y en a d'autres 
qui ne lui font pas le même honneur, ni à la France, 
et qui peuvent aussi avoir des suites peu avantageuses 
pour la même couronne. Je ne m'arrêterai pas, là-des- 
sus, à son humeur naturellement brusque, impérieuse et 
emportée, surtout qu'il ne ménageoit guère et qui ne 
se rendit que trop visible dans les premières années 
de sa faveur et de son ministère. Il est vrai que, comme 
ce procédé ne put que faire de la peine à un père d'un 
teo^iérament et d'un génie à cet égard fort opposé au 
sien, et déplaire même au Roi, d'une assiette d'esprit 
de même assez différente, auquel ce procédé de son 
ministre n'étoit pas inconnu , aussi se fitril un effort 
pour s'en corriger, ou au moins pour y apporter plus 
d'égard et de retenue : ce qui, au fond, en est demeuré 
à sauver, comme on dit , les dehors et les apparences j 
et ainsi à le porter à avoir un peu plus de ménage- 
ment qu'il n'avoit eu auparavant dans l'extérieur de 
son abord, de ses entretiens et de sa conduite. Hais, 
comme il n'est pas aisé de renoncer à un défaut de 
tempérament fortifié par l'habitude et soutenu d'ail- 
leurs par l'autorité du poste où il se trouvoit, aussi 
peutron dire qu'il conserva tout le fond de cette même 
humeur, et ainsi dont ceux qui ont le plus affaire à 
lui ne peuvent que ressentir des effets dans les ren- 
contres ; mais, après tout, ce qui importeroit peu pour 
le public, s'il n'y avoit lui-même sa bonne part, et s'il 
n'en résultoit à son égard une influence peu favorable 



196 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

dans les conseils de ce ministre et dans la conduite 
des aflTaires dont il est chargé ou dont il se charge, 
et ce qui est d'autant plus dangereux que son génie 
n'a pas d'ailleurs toute Tétendue, la force ou la 
patience requise pour être à la tète des affaires 
d'un grand royaume, pour en comprendre et envi- 
sager d'un sens rassis tous les biais, tous les ressorts 
et toutes les suites, et là-dessus pour en former 
un plan sur les vues d'une prudence sûre dans ses 
réflexions et consonunée^ par l'expérience. Plus attaché 
par la nature de ses emplois au détail qu'au gros des 
affiiires, il en regarde plus les moyens que la fin : en 
sorte que ses vues sont ordinairement plus prévenues 
par la facilité de l'exécution, qu'arrêtées suffisanunent 
sur les réflexions pour la résoudre. Plein d'ailleurs 
d'une présomption qu'il a tirée des succès passés, il s'en 
est formé une idée sur laquelle il fonde ceux pour 
l'avenir, savoir : une grande confiance sur les forces de 
la France et sur la foiblesse de ses ennemis ; ce qui a 
eu en même temps deux suites : l'une, de ménager peu 
les alliés en temps de paix, ou même de ne se soucier 
pas beaucoup d'en avoir ; l'autre, d'être toujours prêt 
à rompre les paix ou les trêves pour peu de convé- 
nience ^ ou de prétextes qu'il avoit d'y trouver. Plus 
jaloux par là de conserver à son Roi l'autorité d'arbitre 
des affidres de l'Europe, d'y donner la loi quand il lui 
plaît, et d'en flatter ou d'y intéresser sa gloire, que non 
pas de lui faire garder sa parole, ses serments, ses 
traités, et le porter à se régler sur toutes choses par 



1. Consommées, au pluriel, dans le manuscrit. 

2. Sic. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHBIM. 197 

la justice, par Téquité et par la bonne foi. Mais, s'il s'en 
met en peu de peine pour la nature des entreprises où 
il rengage sous les couleurs vaines ou spécieuses qu'il 
y apporte, il le fait encore moins pour les moyens qu'il 
y emploie et pour atteindre le but qu'il s'y propose. 
Tout lui devient alors licite pour y parvenir et pour 
n'en avoir pas , comme on dit, le démenti : occasions 
injustes, contributions sans mesures, violement des 
droits divins et humains, profanation des choses les 
plus sacrées, saccagement, incendies, désolation, trai- 
tements plus que barbares, et exemples d'une inhuma- 
nité sans exemples. Quand la guerre passée contre la 
HoUande ou la conduite qu'on a tenue contre les Pays- 
Bas espagnols depuis la paix de Nimeguen, et surtout 
vers la fin de l'année 1 683, n'en auroit fourni tant de 
funestes preuves, les terribles effets que le pauvre 
Palatinat et les villes voisines en ont ressentis dès les 
commencements de l'infraction des traités de trêves 
et ressentent encore tous les jours, en seront un triste 
et étemel monument à la postérité : en sorte qu'il n'y 
a pas lieu de s'y étendre ici davantage ou de chercher 
d'autres preuves pour recueillir de tout ce que je viens 
d'en dire, savoir : que si, d'un côté, M. de Louvois a 
toute l'habileté d'un ministre merveilleusement vigi- 
lant, actif, ferme, appliqué, entrant dans tout le détail 
des choses qu'il entreprend ou fait entreprendre, et 
n'épargnant ou ne négligeant rien pour y réussir, 
que, d'autre part, il a peu de droiture dans ses inten- 
tions, peu de maturité ou de toute la réflexion due 
dans ses conseils, peu d'équité dans ses projets, peu 
de modération dans sa conduite, et, en un mot, qu'il 
y apporte plus de violence et de prévention que de 



1 98 RELATlOIf DE LA COUR DE FRANGE 

justice et de bonne foi. J'en parle ainsi sans passion^ 
et d'autant plus que, pour ce qui me regarde, j'ai tout 
sujet de me louer des honnêtetés et des distinctions 
que j'ai reçues de H. de Louvois durant mon séjour 
en France, et même des jugements trop favorables dont 
il s'est expliqué plus d'une fois sur mon sujet. Mais, 
après tout, voilà sans doute les justes idées qu'on ne 
peut qu'avoir de ce ministre, et qui peuvent servir 
aux occasions pour plus d'éclaircissement de ce qu'on 
en peut attendre dans les conjonctures des ai&ires pré- 
sentes. 

DE LA CONSTirunON, ENFANTS ET BIENS DE M. DE LOUVOIS . 

Aussi n'y a-t-il guère d'apparence qu'elles contri- 
buent à le faire tomber du poste où il est, où il s'est 
rendu entièrement nécessaire, et qui d'ailleurs ne pour- 
roit ^ être rempli par personne en France d'une habileté, 
d'une exactitude et d'une expérience pareille à celle 
qu'il y a acquise, je veux dire à moins d'une révolu- 
tion bien grande et des circonstances ou des change- 
ments qu'on ne peut pas aisément prévoir. Il est vrai 
que Fétat de sa santé, qui a été assez mauvaise depuis 
quelques années en çà, pourroit bien y donner lieu 
par les suites qu'elle peut avoir ; au moins a-t-il été 
sujet, outre une indisposition à la jambe, à des atteintes 
et rechutes fréquentes de fièvre, même continue, et 
dont, jusques à mon départ de France, il ne s'est tiré 
que par le fréquent et réitéré usage du quinquina ; mais, 
comme, au fort du mal ou des remèdes, il se donne 

1. Pouroit ou pouvait. 



PAR KZÉGHIEL SPAKHBDI. 199 

même peu de relâche pour les affaires, qu'il n'est pas 
d'ailleurs fort réglé dans son manger, et surtout dans 
l'usage des melons et de fruits dans leur saison, sans 
y avoir aucun égard à son état, et que d'ailleurs il a 
un corps rempli d'humeurs et dont il échauffe aisément 
la bile, tout cela peut donner lieu ou à abréger ses 
jours, ou à le retirer des affaires par l'impossibilité à 
remplir tous ses devoirs et à y vaquer comme il a fait 
jusqu'à présent. Aussi y avoit-il eu des avis depuis 
mon départ de. France, mais qui n'ont point eu de 
suite, autant que je sache, je veux dire comme s'il 
s'étoit déjà défait de la pénible charge de surintendant 
des bâtiments. Pour celle de secrétaire d'État pour les 
affaires de la guerre, son second fils, qu'on appelle le 
marquis de Barbesieux, y est déjà reçu en survivance 
depuis quelques années en çà, et en suite que le mar- 
quis de Gourtenvaux en avoit été revêtu dès la fin de 
l'année 1 681 , mais qu'il ne garda guère, pour n'y être 
pas trouvé propre ; aussi a-t-il pris depuis le parti de 
l'épée, ayant été adjoint au marquis de Tilladet, son 
parent, pour la charge de capitaine des cent Suisses, 
et pour l'exercer seul dès que l'autre seroit pourvu de 
quelque autre emploi. Pour le marquis de Souvré, 
troisième fils de M. de Louvois, il suit de même la 
profession des armes et a fait en Hongrie deux ou trois 
campagnes jusqu'au temps du siège de Philipsbourg ^ 
A r^ard des filles, il en a marié l'ainée au duc de la 
Rocheguyon, fils du duc de la Rochefoucauld, dont il 
a été parlé dans la première partie de cette relation^. 



i. Le p de Philipsbourg a été ajouté ici par Spanheim. 
2. Gi-desaas, p. 35-36. 



200 RELATION DE lA COUR DE FRANGE 



DES BIEN8 DE M. DE LOUYOIS^ 

Au reste, les enfants de M. de Louvois ne pourront 
qu'en hériter un jour des grands biens, vu ceux qu'il 
possède déjà, qu'on fait monter à des sommes immenses 
et qui le font passer pour le plus riche particulier de 
l'Europe. On le recueille moins des grandes et belles 
terres qu'il a acquises, comme de la baronnie de Meu- 
don, entre Paris et Versailles, avec un château magni- 
fique qu'il y a réparé ou bâti, avec un grand et beau 
parc qui l'environne, ou d'autres seigneuries en Cham- 
pagne et dans le duché de Bourgogne, que d'ailleurs 
des grandes sommes d'argent comptant qu'il auroit 
ou mis en rente sous des noms empruntés, et qui lui 
reviennent ou de l'héritage du chancelier [le] Tellîer, 
son père, ou des acquêts certains de ses importantes et 
lucratives charges, comme du maniement de tout l'ar- 
gent requis pour le département de la guerre, de celui 
qui est destiné pour les bâtiments et jardins des mai- 
sons royales et de ce qui en dépend, et des droits qui 
lui en reviennent, et enfin de son emploi de surinten- 
dant général des postes. 

Je ne parle pas ici du seul frère qu'il a, et qui est 
ecclésiastique, savoir : l'archevêque de Reims, et ainsi 
dont les grands biens qu'il a de sa famille passeront 
aussi un jour aux enfants de M. de Louvois et à ceux 
de leur sœur, la feue duchesse d'Âumont. 



1. Ge titre a été ajouté après coup par Spanheim, mais sans 
qu'il y ait aucune indication d'alinéa. 



PAR ÉZâCHlEL SPANHEIM. 801 



DU MARQUIS DE GROISSY. 

DE SON DiPARTEMEin' DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. 

Le marquis de Groissy, second ministre en rang et 
celui dont je devrois avoir le plus à dire, comme le 
ministre d'État des affaires étrangères, et ainsi avec 
lequel j'ai eu toutes mes relations durant mon dernier 
séjour et emploi en France ; aussi n'y a-t-il que lui qui 
donne audience aux ministres étrangers, auquel ils 
rendent compte de leur conmiission, qui se charge 
d'en faire le rapport au Roi et au Conseil du Ministère, 
qui leur en rend les réponses ou explique les inten- 
tions de Sa Majesté, et ainsi comme le seul conmiissaire 
avec lequel ils ont à faire durant tout le cours d'un 
pareil emploi à la cour de France. C'est aussi le seul 
ministre qui se charge de leur procurer les audiences 
du Roi dans les occasions, qui l'en informe du sujet par 
avance, et qui aussi se trouve présent auxdites audiences 
de Sa Majesté : ce qui, tout ensemble, s'est trouvé 
encore plus établi sous le ministère dudit marquis de 
Groissy que sous les ministres précédents dans le 
même poste, durant lesquels les autres ministres ne^ 
faisoient point de scrupule de donner audience aux 
ministres étrangers quand on la leur demandoit, et 
d'en être informés aux occasions de ce que ceux-ci 
trouvoient à propos de leur représenter, ainsi que je 
l'ai vu pratiquer et ai pratiqué moi-même dans mes 
envois passés à la cour de France, en 1666 et 1668. 
Ce fut M. Colbert qui, en suite de la charge de ministre 

1. Sic, dans le manuscrit. 



SOS RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

d'État pour les af&ires étrangères qu'il procura à 
M. de Groissy, son frère, et après le retour de celui-ci 
de la cour de Bavière, lui en voulut laisser tout l'hon- 
neur, et, sous prétexte de ses grandes distractions , 
qui ne lui en laissoient point de loisir, se déclara que 
les ministres étrangers n'avoient plus à l'avenir à 
s'adresser à lui pour l'informer de leurs commissions, 
et dont il seroit au besoin assez instruit par le rapport 
que M. de Groissy, son frère, à qui cela appartenoit, 
en feroit au Roi et au Conseil. M. de Louvois, pour ne 
donner point de jalousie à la famille Golbert, prit aussi 
le même parti, et en sorte que les ministres publics 
qui se trouvèrent depuis à la cour de France, tant du 
premier que du second ordre, comme nonces ou 
ambassadeurs, envoyés, résidents, ne prirent et ne 
prennent plus d'audience que du seul marquis de 
Groissy, et même auquel M. de Louvois les renvoyoit 
quand ils trouvoient occasion de lui vouloir parler 
d'affaires : en quoi, pour le dire ici en passant, il se 
trouve un grand désavantage dans la négociation des 
ministres étrangers à la cour de France, puisqu'ils sont 
exclus par là de donner, aux occasions et suivant le 
besoin, les informations requises de leurs commissions 
et des intérêts de leurs princes^ aux autres ministres 
d'État qui cependant ne laissent pas d'avoir le droit 
d'en connottre et d'en délibérer dans le Gonseil, et qui 
njiême, par leur crédit et la nature des affaires, y 
peuvent avoir le plus à dire. J'ai bien tâché d'y sup- 
pléer dans les occasions en prenant celle d'aller dîner 



1. Le manuscrit porte : principaux, qui n'a aucun sens, et que 
Spanbeim semble avoir voulu corriger. 



PAR fettOHIKfi SPAimSIM. 803 

chez M. de Louvois, qui tient ordinairement table 
ouverte, et, au sortir du repas , de Tentretenir de ce 
dont je croyois à propos qu'il fût informé, et comme 
d'une affiiire qui pouvoit même dépendre de son 
département, et dont je puis alléguer ici, pour exemple, 
celui des ordres donnés avant mon départ de France 
pour exiger les contributions du pays de Glèves. Hais, 
après tout, et quoiqu*en mon particulier j'aie toujours 
été traité fort honnêtement de M. de Louvois et, si 
j'ose dire , avec quelque distinction , il en demeuroit 
pourtant ce grand inconvénient, ou qu'il y avoit bien 
des affaires dont il eût été à propos de l'entretenir pour 
le bien des mêmes affaires et le service de Son Altesse 
Électorale, dont il n'y avoit cependant pas lieu, et ce 
qui même eût donné bien de la jalousie à M. de Groissy, 
ou, en tout cas, qu'on ne le pouvoit pas faire assez à 
fond ou avec assez de loisir, ni d'ailleurs y venir à la 
rediai^e pour en donner à M. de Louvois toutes les 
informations requises et en éclaircir au besoin les 
difficultés. J'ai cru devoir insinuer ceci en cet endroit, 
comme une circonstance assez importante, pour ne la 
pas oublier. 

DE SES EMPLOIS PRÉCÉDENTS. 

Mais, pour en revenir à M. de Groissy, je n'ai pas 
besoin de répéter ici qu'il est redevable de son poste 
de ministre d'État pour les affaires étrangères à feu 
M. Golbert, son frère, comme il l'étoit déjà d'autres 
importants emplois qu'il a exercés ci-devant, soit de 
judicature et de police dans le royaume, soit de négo- 
datioo au dehors dans les affaires publiques. On peut 



S04 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

compter parmi ceux-là ses emplois passés de président 
dans le Conseil souverain d'Alsace et du parlement de 
Metz, d'intendant dans les provinces de Poitou» de 
Provence et en Catalogne^ ; en dernier lieu, celui de 
président au mortier au parlement de Paris, dont il 
eut permission du Roi d'acheter la charge qui vint à 
vaquer durant qu'il étoit employé aux traités de 
Nimeguen, et qu'il retient encore. Â l'égard des négo- 
ciations, il accompagna, dès Tannée 1657, les ambas- 
sadeurs et plénipotentiaires de France, le duc de Gra- 
mont et M. de Lyonne, qui furent envoyés à Francfort 
à l'assemblée destinée pour l'élection de l'empereur 
aujourd'hui régnant, et y fut même chaîné de com- 
missions particulières du cardinal Hazarin durant le 
cours de cette assemblée. Il passa en Pologne quelques 
années après, par ordre de la cour, et durant que la 
reine Marie, épouse du roi Casimir, y avoit le plus de 
part au gouvernement. Dans l'année 1 666, il fiit envoyé 
extraordinaire de France à feu Son Altesse Électorale, 
à Clèves, pour y moyenner l'accommodement entre 
les États généraux et l'évèque de Munster, qui étoient 
alors en guerre. Deux années ensuite, savoir : en 1 668, 
il fut ambassadeur de France aux traités d'Aix-la- 
Chapelle, pour la conclusion de la paix entre les deux 
couronnes de France et d'Espagne, et, par la faveur 
de M. Colbert, son frère, fut préféré pour cet emploi 
à H. Courtin, illustre dès lors par plusieurs ambas- 
sades, qui se croyoit destiné à celle-ci et en recevoit 

1. Colbert de Groissy ne fut point intendant en Provence ni en 
Catalogne, mais en Lorraine et à Metz, en Touraine et Poitou, à 
Amiens et Soissons, à l'armée réunie en 1667 pour la conquête 
des Flandres, et enfin à Paris, de 1668 à 1679. 



PAR ÉZéCHIEL SPAmiEIM. 805 

déjà les compliments. J'en puis parler comme étant à 
Paris dans ce temps-là et l'un des envoyés électoraux 
pour la même affidre de l'accommodement entre les 
deux couronnes, et ainsi auxquels M. de Groissy voulut 
rendre visite et les informer de sondit envoi avant son 
départ. Dans l'année suivante, 1 669^, il passa en Angle- 
terre en qualité d'ambassadeur extraordinaire de 
France et dans la vue de détacher entièrement la cour 
d'Angleterre de la part qu'elle avoit prise dans la 
triple ligue avec la Suède et les États généraux, et 
l'engager dans une guerre contre ces derniers, ce qui 
arriva, et fut particulièrement aidé par le voyage que 
feu Mme la duchesse d'Orléans, sœur du feu roi d'An- 
gleterre et du roi Jacques d'aujourd'hui, fit à Douvres 
dans l'année suivante, 1 670, et où elle acheva d'en- 
gager cette cour-là dans le complot de cette guerre. 
H. de Groissy resta dans ce poste d'ambassadeur en 
Angleterre jusques à ce que la même cour se vit obligée 
par le parlement à prendre d'autres mesures et à se 
départir de la guerre avec la Hollande : ce qui donna 
lieu audit M. de Groissy d'être rappelé de cet emploi 
vers la fin de Tan 1 673 ; et comme, dans la suite, on 
convint d'une assemblée à Nimeguen pour les traités de 
paix, il y fut nommé second ambassadeur et plénipo- 
tentiaire de France, avec le maréchal d'Estrades, qui 
étoit le premier, et le comte d'Avaux le troisième, 
et où ils s'acheminèrent vers la fin de l'année 1676. 
Il n'en sortit aussi qu'après la paix faite et les traités 



1. n arriva à Londres le 16 août 1668, fît son entrée solennelle 
le 27, et reçut à dîner le roi Charles le 11 septembre suivant. 
(Gazette.) 



206 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

conclus avec la HoUaade et avec TEspagne, ensuite 
avec TEmpereur et l'Empire ; le tout avant la fin de 
ranoée 1678. En 1679, le mariage ayant été mis sur 
le tapis entre le Dauphin et la princesse soeur de 
rélecteur de Bavière, il fut envoyé à Munich pour en 
traiter et pour le conclure, comme il fit. Ce fut aussi 
durant son séjour susdit à la cour de Bavière que le 
délai d'un jour ou deux que M. de Pomponne apporta 
à donner part au Roi du contenu des dépèches qui 
étoient arrivées de M. de Groissy sur le sujet de ladite 
négociation, donna lieu à M. Golbert d'informer le Roi 
de ce qu'il en savoit par les lettres de son frère, et 
servit de sujet ou de prétexte à ôter à M. de Pomponne 
la charge de ministre et secrétaire d'État pour les 
affidres étrangères, et pour la donner à H. de Groissy. 

DE SA CONDUITE ET DE SES VUES DANS SON EMPLOI. 

JTai cru qu'il n'étoit pas hors de propos de toucher 
en passant ce que dessus, pour donner lieu d'en mieux 
connoitre un ministre qui est seul chaîné de la direc- 
tion et de l'expédition des affaires étrangères, et aussi 
avec lequel, de même que les autres ministres publics 
en France, je n'ai pu qu'avoir toutes mes rela- 
tions durant le cours de neuf années de mon der- 
nier emploi en ladite cour. On en peut aussi assez 
recueillir que la seule faveur du frère ne l'a pas élevé 
tout d'un coup à ce poste, et qu'il avoit passé aupa- 
ravant par bien des emplois qui y pouvoient avoir le 
plus de rapport; aussi ne puf^il qu'y apporter une 
information suffisante des affaires de l'Europe et de la 
constitotion et des intérêts des États qui la composent, 



PAR éZÉGHIEL SPANBEDI. S07 

et, comme son mimstère se renooatra dans la con- 
jofictnre de la paix rétablie entre la France et les 
puissances alliées contre elle, en premier lieu par les 
traités de Nimeguen, en 1678, avec la Hollande, l'Es- 
pagne, l'Ëmpareur et TEmpire, et après, par ceux 
qui se firent en 1 679, à Zell, avec la maison de Bruns- 
wick et Luneboui^, et enfin, à Paris, avec le Dane- 
mark et feu Son Altesse Électorale, il tira occasion 
des premiers traités, où il avoit été employé et avoit 
eu bonne part, de mettre sur le tapis et d'appuyer sur 
des clauses indécises qui y étoîent restées le plan des 
réunions dans l'Alsace et les dépendances prétendues, 
tant de cette province que de la Lorraine et des trois 
évéchés, Metz, Toul et Verdun. Ce fut dans cette vue 
que la connoissance et la juridiction en fut attribuée 
partie au Conseil souverain d'Alsace, partie au parle- 
ment de Metz ; qu'on s'y servit, entre autres, du pro- 
cureur général du roi audit parlement, jugé fort propre 
à pousser loin une telle afi&dre, et qu'outre cela M. de 
Groissy prit à son service et pour son premier com- 
mis M. de Bei^eret, qui éUÀt avocat général audit 
parlement, et dont il se sert encore : ce que je touche 
ici comme une circonstance qui a eu le plus de part à 
engager du côté de la France ladite affaire des réu- 
nions dans l'Europe, et à la pousser et la soutenir dans 
la suite, vu celle que M. de Groissy y prit d'en faire 
le premier mérite de son ministère et de s'y croire 
suffisamment instruit ou autorisé par la part qu'il 
avoit eue, conrnie je viens de dire, aux traités de 
Nim^uen, et par l'explication et l'étendue qu'il se crut 
en droit d'y donner. Ce fut aussi dans cette vue prin- 
cipale, d'un côté, qu'il forma ou appuya le plan des 



208 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

allianœs plus étroites avec les puissances qu'il crut 
pouvoir le plus contribuer à y apporter de Tobstade 
et à engager là-dessus une nouvelle guerre, et, de 
l'autre, qu'il se rendoit difficile dans les négociations 
ou conférences avec les ministres publics qui avoient 
des intérêts opposés à cette réunion ou d'ailleurs 
tàchoient de les arrêter et de les détourner. C'est dont 
je puis rendre quelque témoignage sur les occasions 
que je pouvois prendre de moi-même d'en parler à 
mesure qu'elles se présentoient ou que j'en étois chargé 
de la part de feu Son Altesse Électorale : ce qui particu- 
lièrement ne pouvoit que le brouiller de fois à autres 
avec le comte de Mansfeld, ministre alors de l'Empe- 
reur à la cour de France , et d'ailleurs avec celui de 
Suède, l'ambassadeur Bielke, au sujet de la réunion 
du duché de Deux-Ponts. Il y avoit encore, à l'égard 
de ce dernier et des intérêts de son roi, deux circons- 
tances qui les mirent mal ensemble, et dont il y aura 
lieu de parler sur le sujet des intérêts présents de la 
France avec la Suède. Et comme ce que je viens de 
dire contribua^ peu à peu à porter les affaires sur le 
penchant d'une grande guerre avec l'Empire et l'en- 
gager d'ailleurs avec l'Espagne, et ensuite à en arrêter 
le cours par les traités de trêve qui suivirent avant 
l'été en 1 684, et où feu Son Altesse Électorale eut 
autant de part, aussi M. de Groissy, de son côté, y 
eut toujours deux vues : l'une, d'appuyer et d'assurer 
à la France les réunions faites, comme un ouvrage 
procédé de ses conseils et négociations susmentionnées; 
l'autre , de n'en détourner pas moins , et autant qu'il 

1. Contribue, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHDSL SPA5HBIM. 809 

d^pendoit de lui, les engagements de gaerre qui en 
pouvoient résulter : à quoi il étoit porté, tant par la 
considération des événements douteux qui en pou- 
voient naître, que pour y trouver mieux ^ son compte 
par le crédit et l'autorité du gouvernement qui en 
redoubloit pour M. de Louvois en temps de guerre. 
C'est aussi dans cette dernière vue que, dès le com- 
mencement de son ministère, il s'appliqua à appuyer 
le dessein de procurer à la France des alliés qui pussent 
concourir au même but d'éloigner la guerre : à quoi 
il ne jugea rien de plus convenable qu'une alliance plus 
droite avec feu Son Altesse Électorale, et d'en faire 
commettre, comme on fit, toute la négociation au 
comte de Rebenac, envoyé de France auprès d'elle ; 
ce qui donna lieu ensuite, et dans la même vue, d'y 
&ire entrer le roi de Danemark. Il travailla de même 
pour traiter avec la maison de Lunebourg ; mais ce qui 
trouva des obstacles au sujet des engagements que le 
duc d'Hanover avoit déjà pris avec le prince d'Orange, 
et même avec la cour impériale. La conduite de la 
Suède, par le traité d'association qui fut fait bientôt 
après à la Haye, ne put que donner à ce ministre et 
à la cour de France tant plus d'éloignement pour ladite 
couromie, et à tâcher à s'y précautionner par toutes 
sortes de moyens. On crut dans la suite y avoir assez 
pourvu par le traité de trêve ^, qui assuroit à la France, 
pour le terme de vingt ans, les réunions feites dans 
l'Elmpire, sans parler de la possession de Luxembourg, 



1. Mieux a été corrigé d'abord, puis récrit en interligne, par 
Spanheim. 

2. Le manuscrit porte ici et plus loin : Trêves, Il s'agit, comme 
plus haut, de la trêve signée à Ratisbonne le 15 août 1684. 

14 



210 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

qu*oQ veooit d'enlever aux Espagnols. D'ailleurs, 
oomme cette affaire des réunions tenoit fort à coeur à 
M. de Groissy pour les raisons que j'en ai déjà tou- 
chées, aussi prenoit-il aisément ombrage de tout ce 
qu'il crut en pouvoir traverser un jour la possession 
à la France. C'est dont il crut qu'on ne pouvoit mieux 
s'assurer qu'en tâchant de faire convertir Ja trêve en 
paix et d'en prendre prétexte, tantôt de la ligue 
d'Augsbourg, tantôt des vues et des menaces qu'on 
affectoit d'attribuer à la cour impériale, et à mesure 
de ses grands progrès en Hongrie, à savoir : de vouloir 
conclure la paix avec le Turc pour tourner ses armes 
contre la France. Et c'est aussi là-dessus qu'il en fit 
entamer la négociation à la cour de Rome, par le car- 
dinal d'Estrées, dès la fin de l'année 1 686, qu'il eut 
quelque chagrin que l'affaire y fut négociée autrement 
qu'il ne s'attendoit, et de tout l'éclat qu'elle fit. C'est 
dont j'essuyai aussi ma part sur les remontrances que 
je me crus en droit de lui en faire dès que je l'appris ; 
et qu'enfin, ce coup ayant manqué, on ne perdit pas 
cependant le dessein de le faire réussir dès les pre- 
mières ouvertures qu'on en trouveroit. Je n'en parie 
ici que par la part que M. de Croissy prenoit en tout 
cela et pour en faire mieux connoitre sur quoi rou- 
loient en effet toutes ses vues : l'une, d'assurer, comme 
j'ai déjà remarqué, les réunions à la France ; l'autre, 
d'en venir à bout par la voie des traités et des con- 
jonctures à y donner lieu, plutôt que par celle des 
armes. Ce fut aussi dans la même pensée qu'il appuya, 
dans la suite, d'un côté l'affaire de l'élection du car- 
dinal de Fiirstenberg pour l'électorat de Cologne et 
pour l'évêché de Liège, et d'ailleurs que, l'un et 



PAR ÉZÉGHIEL SPÀNHEOC. 211 

Tautre ayant manqué, quelque déplaisir qu'il en eut, 
il ne iîit pas cependant d'avis d'y faire engager plus 
avant l'autorité royale et d'entamer là-dessus une 
guerre, mais bien d'employer tous les offices, et les 
menaces au besoin, à la cour de Rome et envers le 
pape, pour le porter à y changer de conduite ; ce qui 
d'abord fut d'autant plus facile à ce ministre, savoir : 
qu'on s'en tint encore là du côté de la France, que 
M. de Louvois se trouvoit alors absent, aux eaux de 
Foires, mais qui, à son retour, prit l'affaire sur un 
autre ton et vint aux prises là-dessus, et devant le 
Roi, avec M. de Groissy, porta Sa Majesté à y prendre 
d'autres mesures et à soutenir de vive force l'élection 
de Cologne en faveur du cardinal susdit, aussi bien 
que par la négociation à la cour de Rome , et ainsi à 
envoyer des troupes dans les places de l'archevêché 
sur le Rhin et s'en rendre maître ; ce qui ensuite est 
allé plus loin par les conseils du même M. de Louvois, 
sans que M. de Groissy ait eu le crédit ou la force de 
l'empêcher, ou même dans les vues, dont il a pu se 
flatter, que la conjoncture de la guerre qui duroit 
encore avec le Turc pourroit faire accepter au Gonseil 
de Vienne le parti porté dans le manifeste qui fîit 
publié par la France en même temps du siège de 
Philipsbourg, et qui fut dressé dans le bureau de 
M. de Groissy. Aussi me parut-il assez aheurté là-des* 
sus dès la première fois que je lui en parlai et que je 
venois d'apprendre la résolution susdite, que je tâchois 
d'un côté de lui remontrer tous les justes griefs qui 
s'y trouvoient, et de l'autre de combattre leo vues dont 
il pouvoit s'y flatter. Mais, comme le Rubicon en fîit 
franchi, qu'on ne s'en tint pas même, du côté de la 



m RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

France, au projet du manifeste, et que les choses 
furent bientôt portées à de plus grandes extrémités 
par le même génie et la conduite du ministre qui les 
avoit engagées, savoir : M. de Louvois, et qui en don- 
noit seul les ordres, aussi M. de Groissy ne fut plus 
en état d'y garder de son côté beaucoup de mesures, 
et, de gré ou de force, a suivi le torrent où elles ont 
été entraînées. 

SON VÉRITABLE CARACTÈRE. 

Mais, comme je ne parle ici des affaires puUiques 
que par rapport à la part que M. de Groissy y peut 
avoir surtout par son département de ministre pour 
les affaires étrangères, et ainsi pour en faire mieux 
connoitre ses vues et sa portée, c'est aussi pour en 
mieux juger, et pour avoir assez eu d'occasions de m*en 
éclaircir, que j'ajouterai ici quelque chose de plus 
particulier sur son sujet. Sur quoi je lui^ dois rendre 
en premier lieu ce témoignage qu'il a naturellement 
de la droiture et de l'équité, et ainsi qu'il apporte 
ordinairement de bonnes intentions dans les affaires 
qui lui sont commises. Aussi a-t-il assez de routine et 
de lumière pour les démêler et pour y prendre le 
parti le plus sûr et le plus convenable. Quoique son 
génie ne soit pas des plus forts ni des plus élevés , il 
ne manque cependant ni de pénétration, ni de vues, 
ni d'application pour remplir le poste où il se trouve. 
Il s'exprime avec facilité et avec justesse quand il est 
dans son assiette naturelle , et ce tant dans les confé- 
rences qu'on a avec lui, que dans les dépèches qu'il 

1. Le lui, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 213 

fait en acquit de son ministère. Aussi est-il fort régu- 
lier à donner de l'audience aux ministres publics, et 
surtout à n'y manquer point dans les jours de la 
semaine qu'il y a destinés. Il y garde même, dans 
l'accueil et dans les manières, toute rhonnèteté et les 
bienséances requises, à moins que la nature des affaires 
qu'on a à traiter avec lui, ou quelque autre prévention 
ne lui fasse prendre quelque travers : ce qui lui arrive 
assez souvent, par le défaut du tempérament qui le 
rend sujet à s'emporter aisément et à ne garder pas 
alors tout le flegme et toute la modération qui seroit 
requise dans un emploi pareil au sien : à quoi se joint 
le penchant qu'il a à prendre les affaires avec trop de 
hauteur et sans ménager assez ce qu'il en dit, ni les 
personnes avec qui il en parle. C'est ce qui l'a brouillé 
plus d'une fois avec les ministres de l'Empereur qui 
se trouvoient à la cour de France depuis son présent 
emploi, et avec d'autres ministres publics, qui croyoient 
avoir lieu de s'en formaliser. Eten effet c'est cette même 
conduite qui le rend difficile à traiter d'affaires qu'il 
ne croit pas conformes au gré de son roi et aux intérêts 
de son royaume, et ainsi plus propre à conférer avec 
des ministres des amis et alliés de la France, et sur des 
vues communes et agréables à celle-ci, que d'en avoir ^ 
avec eux à débattre d'autre nature, ou d'ailleurs à négo- 
cier avec des ministres de puissances ennemies ou sus- 
pectes à cette couronne. Il est vrai qu'il revient assez 
aisément de ses emportements, et s'en rend après plus 
traitable pour peu qu'on ait soin de s'en prévaloir. Il ne 
manque pas même de docilité, pour ainsi dire, à donner 

i. Ce ^erbe a été ajouté par Sp&nheim en interligne. 



SI 4 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

lieu aux informations qui peuvent servir à le désabuser 
ou à le mieux instruire des choses ou des faits dont on 
a à lui parler, et ainsi à n*ètre pas toujours entêté de 
ses premiers sentiments. Il se laisse aller quelquefois 
à les découvrir trop facilement là où il y auroit lieu à 
les ménager davantage, et par conséquent où il n'ap- 
porte pas toujours toute la circonspection que requer- 
rait le poste où il se trouve. Son application d'ailleurs 
pour les affaires ne laisse pas d'être assez grande pour 
y satisfaire aux obligations de ce même poste, et prin- 
cipalement à tout ce qu'il croit important pour le ser- 
vice du Roi et le bien de l'État. Après tout, elle pour- 
rait être ou plus réfléchie sur le détail de ce qui y est 
requis, et à s'en décharger ^ moins sur les commis dont 
il se sert pour l'expédition des affaires de sa diarge. 
D'ailleurs, il n'est pas assez maître de son département, 
ni assez autorisé auprès du Roi ou dans le Conseil, pour 
soutenir aux occasions et faire réussir au besoin ce 
qui en dépend et ce qu'il en juge. La concurrence ou 
les obstacles qu'il y trouve de fois à autres du côté de 
M. de Louvois ne peuvent^ que lui faire de la peine, dont 
il ne peut même pas se cacher dans les rencontres, et 
ainsi être un contre-temps fâcheux pour les afi&ires 
qu'on n'a cependant à traiter qu'avec lui seul. Il s'y 
joint encore de ses indispositions de goutte, qui se 
rendent plus fréquentes et plus fâcheuses, et qui ne 
peuvent que contribuer à redoubler ou entretenir son 
chagrin. Il a d'ailleurs ce malheur particulier de passer 

1. Sic, danB le manuscrit. Le sens est que M. de Groissy pour* 
rait donner une application plus réfléchie au détail des afEÈdres, et 
s'en décharger moins sur les commis. 

2. Peut, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÊGIIIBL SPAIfEBIM. 815 

dans Tesprit de k plupart des gens de la cour et de 
Paris pour moins habile et éclairé, et d'ailleurs plus 
difiSdle à ménager, qu'il ne l'est en effet : ce qui vient 
de ce qu'on en juge plus par les dehors , par la con- 
sidération du peu de pouvoir qu'il a ou qu'il se donne 
dans son poste, et par son foible à ne se posséder pas 
assez dans les rencontres, que par une connoissance 
suffisante de la pmtée de son esprit et de ses lumières ; 
en sorte que, pour ne m'étendre pas ici davantage 
sur .le caractère de ce ministre, on peut déjà assez 
recudllir de ce que je viens de dire qu'il est bon et 
bienfaisant par indination, diagrin ou emporté par 
tempérament ou par accident, traitable ou difficile par 
intervalle et par la nature des affaires, et ainsi com- 
mode ou fâcheux par les mêmes endroits ; d'ailleurs 
appliqué par devdr, habile par routine, jaloux de son 
poste, et enfin fort soumis aux volontés du Roi. Aussi 
est-il fort régulier à lui rendre compte exact, et sans 
en attendre les jours de Conseil, de tout ce qu'il croit 
en valoir la peine et qu'il apprend dans les dépêches 
qu'il reçoit par l'ordinaire ou à l'arrivée des courriers 
exprès : en quoi aussi il ne peut qu'avoir en vue de 
ne tomber point dans les défauts touchés ci-dessus^ de 
son prédécesseur, M. de Pomponne, et par là dans la 
di^râce qui lui est arrivée, ou au moins dont on prit 
le prétexte. M. de Groissy prit même occasion de sup- 
pléer au besoin à ce devoir, et surtout dans les temps 
de ses indispositions de goutte, ou par son premier 
commis, M. de Bergeret, et qui est aussi sc^crétaire 
du cabinet du Roi, ou même par son fils aîné, le mar- 

1. Page 206. 



216 RE3ATI0N DE LA GOUR DE FRANCE 

quis de Torcy , pour donner lieu à celui-ci de s'instruire 
dans les aflfaires de son département et de se faire con- 
noitre du Roi. C'est dans la même vue qu'il lui a procuré 
des envois au dehors, de la part de Sa Majesté, comme 
en Danemari^, il y a quelques années, pour y faire 
les compliments de condoléance sur la mort de la reine 
mère ; ensuite en Portugal, sur celle de la fnie reine ; 
depuis en Angleterre, au roi Jacques ; outre les voyages 
qu'il lui a fait faire par les mêmes occasions susdites, 
comme en Suède, dans les principales cours de l'Em- 
pire, à Ratisbonne, à Vienne, de même qu'en E^agne 
et en Italie. C'est par où aussi il a atteint le but qu'il 
s'étoit proposé, qui est de faire recevoir son fils sus- 
dit en survivance de sa charge de secrétaire d'État pour 
les affaires étrangères, comme il est arrivé depuis 
quelques mois en çà^, et ainsi après mon départ de 
France, suivant ce qu'en ont porté les avis publics. 

DE SES SENTOfENTS A l'ÉGARD DE LA SÉRÉNISSIME 

MAISON ÉLECTORALE. 

Je dois seulement ajouter en dernier lieu, sur le 
sujet du père, le marquis de Croissy , que, dès l'entrée 
à son ministère, il témoigna beaucoup de disposition 
à faire prendre des liaisons particulières avec feu Son 
Altesse Électorale, tant par la considération des avan- 
tages qu'il jugea que la France ne pouvoit qu'en retirer 
dans la suite, et surtout dans les vues susmentionnées 
d'en détourner la guerre au sujet des réunions, que ^ 



1. Le 25 septembre 1689. 

2. Qui, dans le manuscrit. 



PAR izÈcmsL spahheim. SI 7 

d'ailleurs par quelque penchant qui lui étoit resté 
pour Sadite Altesse Électorale depuis son premier 
envoi public et sa négociation à Glèves en 1 666, et au 
contraire avec peu d'inclination pour la Suède, et sur- 
tout pour le ministre qui commençoit à y paroitre au 
timon des affaires, le comte Benoit Oxenstiern, depuis 
leur oonnoissance aux traités de Nimeguen. C'est aussi 
dans cette même vue susdite que, sur ce qu'il plut à 
feu Son Altesse Électorale, et avec des vues conformes, 
de me destiner de son mouvement pour son envoyé 
extraordinaire à la cour de France au commencement 
du ministère dudit marquis de Groissy et de l'année 
1 680, cdui-d, que j'avois connu aux traités de Nime- 
guen en qualité que j'y avois de ministre palatin, prit 
quelque ombrage du choix ^ de ma personne sur ce 
que j'avois été obligé d'en venir quelquefois aux prises 
avec lui, durant lesdits traités, pour les intérêts du 
prince qui m'y avoit envoyé, outre d'aiUeurs que j'avois 
eu le bonheur d'être honoré d'une confiance assez par- 
ticulière des ministres du parti contraire à la France, 
comme du feu marquis de Grana, baron d'Isola et 
pareils, et aussi d'avoir été employé durant tout le 
cours de la dernière guerre contre la France, tant aux 
traités de Gologne que par deux envois en Angleterre, 
un aux États généraux, et ensuite auxdits traités de 
Nimeguen ; ce qui porta aussi le marquis de Groissy 
de le faire entendre ici, à Berlin, au nom du Roi, par 
le comte de Rebenac, et même de l'insinuer à Paris à 
M. de Depence ou à M. Ilgen, que M. de Meinder y 



I. Ces deux mots : du eh/ois aont ajoutés en interligne, de la 
main de Spanheim. 



218 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

av(Ht laissé ooinme secrétaire correspondant, et ea 
donnant pour motif de me jugat* peu propre à contri- 
buer aux liaisons et à la confiance réciproque du Roi 
et de Son Altesse Électorale, conmie un ministre connu 
pour avoir été attaché jusque-là au service et nourri 
dans les maximes d'un prince qu'on jugeoit peu affec- 
tionné à la France, et pour lequel, en ^et, on avoit 
inspiré au Roi beaucoup d'éloignement et de haine. 
C'est dont je ne fus averti que depuis mon arrivée en 
France, par la part que M. Fuchs^, qui m'avoit notifié 
les premières intentions de feu Son Altesse Ëlectorale 
pour mondit emploi, crut à propos de m'en donna:, 
et pour m'y régler au besoin. Je crus, après tout, 
n'en devoir faire aucun semblant à la cour de France, 
ou à M. de Groissy en particulier (surtout vu qu'on 
ne m'en fit rien paroltre), moins avoir besoin de faire 
aucune apol<^e sur mon sujet, et me contenter d'allar 
mon droit chemin, coname j'avois toujours fait, qui 
est de faire mon devoir et me conformer aux ordres 
et aux intentions de mes maîtres autant qu'elles 
m'étoient connues. Gomme c'est la conduite que je 
tins dans l'acquit de mondit emploi en France, et à 
laquelle je me suis uniquement attaché, sans y porter 
ni intérêts ni prévention particulière, j'ose dire aussi 
qu'on m'y rendit la justice due, et que j'en tirai occa- 
sion de trouver à ladite cour, et auprès de M. de 
Groissy en particulier, toute la créance et, s'il m'est 
permis d'ajouter, toute la considération qu'on pouvoit 
avoir pour un fidèle et désintéressé ministre de son 



1. Ge nom, étant suivi de deux points séparés par une barre 
perpendiculaire . | ., n'est peut-être qu'une abréviation. 



PAR ÉZÉGHnSL 6PÂNHBIM. Si 9 

mitre. Aussi Dieu m*y fit la grâce de la maintenir et 
d'en sortir à honneur parmi toutes les révolutions 
différentes qui ne purent qu'arriver durant le cours 
de mondit emploi, et malgré même toute la chaleur et 
le zèle avec lequel je puis dire que j'embrassois, de 
moi-même ou sur les ordres que j'en recevois, toutes 
les occasions qui se présentoient de combattre ouver- 
tement la conduite de la France, et au contraire de 
soatenir hautement celle de feu Son Altesse Électorale 
de glorieuse mémoire, ou de Son Altesse Électorale 
aujourd'hui régnante : ce que je n'ai pu me dispenser 
de toucher en cet endroit, et de le finir en même 
temps par la réflexion que j'ai toujours connu en 
M. de Groissy, parmi les inégalités de son procédé et 
la di£Gêrence des conjonctures, un véritable penchant 
pour les intérêts de la sérénis^me maison électorale, 
pour entretenir ou affermir des liaisons de la cour de 
France avec elle, et pour en détourner, autant qu'il 
dépendoit de lui, la rupture ou ce qui pouvoit donner 
de justes chagrins à la cour électorale, comme dans 
l'afiaire du payement des subsides, dans les vexations 
passées de la principauté d'Orange, dans l'affaire du 
comte de Sobre, et, en dernier lieu, dans celle [de] 
l'exaction des contributions du pays de Glèves. Mais 
c'est dont il n'étoit pas le maître, ou même n'en 
étoit informé que lorsqu'il n'y avoit plus de remède. 
Après tout, il n'en sera pas moins ardent dans les 
conjonctures des affaires présentes et de toute espé- 
rance perdue de détacher Son Altesse Électorale d'un 
engagement aussi juste et aussi indispensable que celui 
où elle est entrée ; je veux dire à pousser, avec le Con- 
seil du Roi, à toutes les mesures qui peuvent être les 



S20 REIATIOlf DE LA COUR DE FRANGE 

plus contraires aux intérêts de Son Altesse Électorale 
et de sa sérénissime maison. 



DE M. [le] PELETIER. 

Je n'aurai pas de quoi m'arréter de même sur les 
deux autres ministres d'État qui restent, et dont il n'y 
avoit même qu'un qui en occupât^ le poste durant mon 
séjour en France et à mon départ, à savoir : M . [le] Pel&- 
TDER. n n'y fut aussi appelé, comme je l'ai déjà remar- 
qué ci-dessus^, qu'après la mort de M. Golbert, sur la 
fin de l'an 1683, et pour lui succéder dans les deux 
emplois de contrôleur général des finances et de mi- 
nistre d'État. J'ai touché aussi qu'il en fut uniquement 
redevable au chancelier [le] TelUer, dont il étoit parent 
et l'ami intime, et qui se reposoit aussi sur lui du soin 
de ses affiiires particulières ; aussi lui avoitril procuré, 
assez longtemps auparavant, la charge lucrative de 
prévôt des marchands de Paris, qui lui Ait même 
redonnée une seconde fois par le Roi, qui en dispose', 
et dont il s'étoit acquitté avec une approbation fort 
entière et fort générale : ce qui aussi lui avoit donné 
lieu d'être connu de Sa Majesté, d'en avoir eu souvent 
audience suivant les occasions que cette charge en 

i. Occupa, dans le manuscrit. 

2. Page 173. 

3. L'élection était fictive, comme le dit Spanheim, et le prévôt 
des marchands ne devait rester en charge que deux ans; mais 
l'usage s'était introduit depuis longtemps que le Roi, par lettres 
de cachet, lui prorogeât ses pouvoirs pour deux autres périodes, 
et Claude le Peletier avait été , le premier, prorogé trois fois de 
suite, c'est-à-dire qu'il était resté en charge pendaift huit ans : 
ce qui passa depuis lors en habitude. 



PAR ÉZÉCEOEL SPAIVHEIM. 2S1 

donne, et d'en être considéré pour un homme de pro- 
bité, d'ordre, de beaucoup d'exactitude et de régula- 
rité dans sa conduite. Ce furent aussi les motifs dont 
le diancelier [le] Tellier sut se prévaloir pour le recom- 
mander au Roi conmie un personnage propre à suc- 
céder à M. Golbert dans la direction des finances ; et 
ce qui lui réussit d'autant plus qu'il n'y avoit que deux 
ou trois personnes qui, suivant la voix publique, pus- 
sent être sur les rangs pour pouvoir remplir un pareil 
poste, et qui y avoient leurs exclusions : le maréchal 
de BeUefonds^, pour être cru trop opiniâtre et trop 
entêté de ses avis, et d'ailleurs qui vivoit en quelque 
défiance avec le marquis de Louvois ; M. Pussort, le 
plus ancien du Conseil royal des finances, comme 
parent et créature de feu M. Golbert, et d'ailleurs peu 
agréable au Roi ; et M. de Gourville, réputé assez 
généralement le plus habile à remplir ce poste, mais 
aussi qui avoit été des créatures du surintendant Fouc- 
quet et l'étoit actuellement de toute la maison, des 
affiôres et finances du prince de Gondé^ qu'il avoit 
entièrement rétablies. En sorte que le chancelier [le] 
Tellier trouva par là l'ouverture favorable pour faire 
tomber le choix sur M. [le] Peletier, quoique jusque-là il 
n'eût eu aucune part dans l'administration des finances : 
ce qui fit aussi croire assez généralement que quelque 
habileté ^ ou intégrité qu'il eût témoignée en d'autres 
emplois de judicature ou de police, comme de conseil- 
ler au parlement, ensuite de président aux enquêtes, 
puis de prévôt des marchands, comme j'ai dit, et en 
dernier lieu de conseiller d'État, que cependant il 

i. Gi-de88U8, p. 36*37. 
2. Habilité. 



22t RELATION DB LA COUR DB FRANGB 

auroit de la peine à fournir à ce qui étoit requis pour 
un emploi aussi important, et d'ailleurs aussi différent 
de tous ceux qu'il avoit exercés jusque-là ; ce qui aussi 
se justifia en quelque sorte par Tévénement, puisqu'en 
effet on trouva que les affaires des finances se faisoient 
avec plus de lenteur, d'irrésolution et d'embarras» 
quoique d'ailleurs avec moins de dureté et de rigueur, 
que sous la précédente direction de feu M* Golb^ : ce 
qui a donné lieu dans la suite, et depuis mon départ 
de France, de faire passer cette charge en d'autres 
mains, comme je le dirai en parlant des finances. Quant 
au poste de ministre d'État, qu'on a laissé à M. [le] Pe- 
letier , on peut dire aussi qu'il n'y a apporté, pour le ^ 
remplir, que beaucoup de droiture et d'intégrité, c'est- 
à-dire autant qu'elle^ a pu demeurer compatible avec 
ses attachements, ou, pour mieux dire, sa dépendance 
de la famille [le] Tellier, à qui il en avoit toute l'obli- 
gation, et ainsi de M. de Louvois, depuis la mort du 
chancelier son père. Aussi, conmie il n'avoit passé par 
aucun emploi qui ' l'eût instruit jusque-là des afiBsdres 
publiques, ni en aucun département qui y eût du rap- 
port, il n'a pu guère briller dans ce poste, ni y prendre 
autre part que celle qui pouvoit avoir quelque relation 
avec les finances. Je dois au reste lui rendre ce témoi- 
gnage que je l'ai toujours trouvé fort honnête, civil et 
obligeant dans les audiences que j'ai pu quelquefois en 
prendre pour lui recommander le payement des sub- 
sides, ou même des intérêts des particuliers dont j'étois 
chargé par des ordres de feu Son Altesse Électorale, 

1. La, dans le manuscrit. 

2. Sic, au singulier, dans le manuscrit. 

3. QuHl, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIBL SPAmiEIll. SS3 

comme dans ceux d'un baron de Plotho, son vassal 
du pays de Magdeboui^, au sujet d'une prétention de 
neuf à dix mille livres de rente dues par le Roi à sa 
&mille, que feu M. Golbert avoit trouvé bon d'annuler 
peu d'années avant sa mort. J'eus même le bonheur 
d'y réussir contre l'opinion de tout le monde, et d'en 
obtenir un décret du Roi en bonne forme, par lequel 
il se oonstituoit débiteur des sommes prétendues par 
ledit Plotho, et même des intérêts échus depuis que 
M. de Golbert en avoit annulé la prétention, et ce qui 
ensemble montoit à cent quatre-vingt-six mille livres 
de France : en quoi je fus aidé particulièrement par 
M. [le] Peletier-Souzy, frère dudit contrôleur général 
et ministre d'État, que j'avois connu familièrement 
aux traités de Bréda, en 1667, et depuis dans mes 
envois passés en France, lequel fut nommé conunis- 
saire en cette affaire dudit baron Plotho, et qui d'ail- 
leurs est intendant des finances et conseiller d'État. 

DU MARQUIS DE SEIGNELAY. 

DE L'ÉTABUSSEMENT DE CE MINISTRE. 

Le marquis de Seignelay est le dernier ministre 
d'État dont il reste à parler, mais dont j'ai d'autant 
moins à dire qu'il n'a été honoré de cet emploi que 
depuis mon départ de France et peu de mois en çà^. 
J'ai d'ailleurs touché déjà ci-dessus^, en parlant de feu 
M. Golbert son père, qu'il exerçoit de son vivant et 

1. En octobre 1689. 

2. Page 177. 



224 RELATION DÉ LA COUR DE FRANGE 

en survivance la charge de secrétaire d'État, et qu'il ^ 
avoit pour son département la maison du roi, Paris et 
l'Ile-de-France, les pays d'Orléans et de Blois', et d'ail- 
leurs les affaires de la marine et du conunerce. Et 
conmie il y avoit été dressé de bonne heure par un 
si bon maître, et qui n'épargnoit ni soin, ni rigueur 
au besoin, pour lui donner lieu de s'en instruire et de 
s'y appliquer, aussi faisoit-il presque toute la fonction 
des charges susdites dans les dernières années de la vie 
du père et à sa mort : ce qui lui donna lieu aussi de 
prétendre, malgré son âge encore peu avancé, de suc- 
céder à sondit père dans la charge de ministre d'État 
et d'en faire la demande au Roi dans la première 
audience qu'il en eut après le décès de M. Golbert ; 
mais sur quoi Sa Majesté se contenta de lui en donner 
des espérances pour l'avenir, et du reste en lui laissant 
l'exercice des emplois et fonctions susmentionnées 
attachées à celles du secrétariat d'État qu'il avoit, et 
entr'autres celles de la direction du commerce et de la 
marine : ce qui, à l'égard de ces deux derniers postes, 
arriva contre l'opinion de la plupart du monde, qui ne 
le jugeoit pas capable de remplir seul un si important 
emploi, ou qui sepersuadoient^ que M. de Louvois, qui 
sembloit alors tirer toute la faveur, partagée jusque-là 
entre la famille [le] Tellier et la famille Golbert, ne man- 
queroit pas d'en être revêtu. Les amis et créatures de la 
famille Golbert, ou d'ailleurs ceux qui étoient jaloux du 
trop de pouvoir de la famille [le] Tellier et en craignoient 
les suites, comme encore un reste de considération de 

1. Qui, dans le manuscrit. 

2. Voyez ci-après, p. 238. 

3. Ce pluriel est au manuscrit. 



PAR ÉZtfGHIBL 8PANHEIM. 225 

la part du Roi pour la mémoire et les services du père, 

joint à celle de ne point mettre tout entièrement dans 

une même main ou dans une même famille, ne purent 

que concourir à soutenir M. de Seignelay dans lesdits 

postes. Il s'accommoda même aux conjonctures et aux 

conseils de ses amis pour y demander l'appui de M. de 

Louvois, et d'ailleurs pour prendre un air moins fier 

et une conduite moins hautaine et plus réfléchie qu'il 

n'avoit fait jusque-là : ce qui, dans la suite, se trouva 

appuyé du crédit de Mme de Maintenon, de l'intérêt 

qu'elle crut d'y avoir, comme il a déjà été touché ci* 

dessus en parlant d'elle * , à maintenir la famille Col- 

bert, et en particulier M. de Seigpelay dans le poste 

ou il se trouvoit. Il s'y joignit durant quelque temps 

un bruit de cour, comme si quelque inqlination du 

Roi pour Mme de Seignelay, jeune et assez belle dame, 

et de l'illustre maison de Matignon en Normandie, y 

eût aussi bonne part ; aussi se trouvoit-i-elle de toutes 

les parties de plaisir et des fêtes de la cour, et entre 

autres des bals et des ballets, où elle paroissoit avec 

beaucoup de magnificence. Ce bruit cependant, ou le 

préjugé qu'on prit de quelque penchant du Roi pour 

cette dame, et même de quelque commerce avec elle 

par l'jntrigue de Mme de Maintenon, se dissipa dans 

la suite, soit qu'en effet il n'eùt^ aucun fondement Véri- 

tablc^ comme il y a plus lieu de le croire, ou que 

l'intrigue ne fut pas de durée et n'eut même point de 

suite. Quoi qu'il en soit, M. de Seignelay, contre la 

créance assez générale, conserva son poste susdit, et 

1. Page 23. 

2. Spanheim a ajouté ici, après coup, un accent circonflexe, 
mais non sur les deux fut et eut qui suivent. 

15 



226 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

entre autres celui aussi important que de la direction 
entière et indépendante de tout autre que du Roi, 
savoir : des affaires de la marine et de tout ce qui en 
dépend, comme armements et équipages dans les deux 
mers de TOcéan et de la Méditerranée, intendance 
sur les ports et places maritimes, outre celle sur tout 
le commerce et les compagnies établies à cet effet, 
dont il étoit le chef et le président ; en sorte que même, 
dans l'été de Tannée 1 684, et ainsi la suivante après 
la mort de M. Golbert, il se mit sur la flotte qui alla 
bombarder Gènes, et y donnoit les ordres bien plus 
que M. du Quesne, qui en avoit la conduite, d'ailleurs 
le plus ancien et le plus expérimenté général de mer 
en France. Le crédit même de M. de Seignelay auprès 
du Roi parut s'établir de plus en plus et balancer en 
quelque sorte celui de M. de Louvois. Il sembloit aussi 
que Mme de Maintenon ne perdoit aucune occasion de 
l'entretenir et de laugmenter : à quoi on attribua la 
fête magnifique qu'il fit au Roi et à toute la cour dans 
sa belle maison de campagne à Sceaux, à deux petites 
lieues de Versailles, et où on vit, avec choix et avec 
profusion tout ensemble, tout ce qui peut contribuer 
au plaisir, à l'agrément, ou à la surprise même des 
sens, en abondance, en délicatesse et en rareté de 
viandes ou de liqueurs exquises, de fruits nouveaux 
ou hors de saison, et la plupart de tout cela qu'on 
avoit eu soin de faire venir à grands frais, et par des 
courriers exprès, des endroits de la France les plus 
éloignés ; à quoi se joignit la beauté des concerts et 
d'un petit opéra en musique fait exprès pour cette 
fête, d'ailleurs la structure des cabinets et des illumi- 
nations extraordinaires, faites avec un art extrême 



PAR ÉZÉCHIKL SPANHEIM. SS? 

dans les jardins, les grottes et du long des canaux qu'on 
voit en ce beau lieu ; et enfin en tout ce que l'invention, 
soutenue par la dépense, put ^ contribuer à la beauté, 
et à la singularité, et à la variété tout ensemble du 
divertissement d'un jour, et qui en coûta, à ce qu'on 
tient, plus de cmt mille livres à M. de Seignelay. Aussi 
s'en fallut ^-il beaucoup que la fête que M. de Louvois 
avoit donnée un peu auparavant au Roi et à la cour 
dans son beau lieu de Heudon, qui est entre Sceaux 
et Yersaflles, en approchât, soit qu'il ne crût pas 
nécessaire de s'en donner la peine et ne se souciât 
pas de faire la dépense, ou qu'il ne crût pas d'en avoir 
besoin, ni même à propos de le faire. D'ailleurs, M. de 
Seignelay trouva encore un autre endroit pour appuyer 
sa faveur et sa considération auprès du Roi : c'est 
d'aj^uyer' dans le ressort de son département de 
secrétaire d'État, comme entre autres de Paris, qui en 
étoit suivant qu'il a été marqué ci -dessus, l'afibire 
des prétendues conversions des gens de la Religion, et 
y contribuer tout ce qui pouvoit dépendre de ses 
ordres : en quoi il est allé aussi loin qu'il a pu pour y 
faire signer les personnes de la Religion qui étoient 
connues et établies à Paris, et à n'y rien épargner, ou 
d'ailleurs pour prendre les informations dues de celles 
qui s'y étoient cachées. J'en puis même parler au 
sujet de ce qu'il s'avisa, un jour que je me trouvois à 
l'antichambre du Roi et qu'il y étoit, de m'y aborder 
pour me dire qu'il se croyoit obligé de me donner à 

1. Spanheim a ajouté après coup un accent circonflexe sur pût, 

2. Môme observation. 

3. Ce mot doit avoir été mal lu, ou transcrit avec distraction par 
le copiste ; mais Spanheim ne l'a pas corrigé. 



2S8 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

entendre de savoir de bon lieu qu'il y avoit un grand 
nombre de gens de la Religion qui étoient réfijgiés en 
cachette dans ma maison de Paris, et que la marquise 
de Villarnou, fenune du fi*ère aîné de H. d'Âussonne, 
y étoit morte peu de jours auparavant, et enterrée 
dans un tel endroit, et à une telle heure, qu'il nomma. 
Il tira même là-dessus de sa poche l'avis de tout cela 
qui lui étoit mandé de Paris, et où en effet on nonunoit 
diverses personnes qui étoient encore actuellement 
chez moi, comme, entre autres, le père et la mère de 
M. Falaiseau, envoyé en Suède, et plusieurs autres. A 
quoi il ajouta, comme si on [en] étoit aussi informé, que 
ma maison étoit toute pleine de bardes de réfugiés, et 
que je pouvois bien croire que le Roi ne l'approuveroit 
pas quand il le sauroit. Je lui dis là-dessus ce que je 
devois et en coupant court, puisque, comme il n'étoit 
point alors ministre d'État, et moins des affaires étran- 
gères, je n'étois nullement obligé de lui rendre compte 
de mes actions, ni lui en droit de m'en demander rai- 
son. Aussi en demeurai-je là que ces prétendus avis 
étoient bien outrés et exagérés en toutes manières ; 
que je ne disconvenois pas, et qu'aucun dirétien n'au- 
roit refusé de donner retraite à une personne mou- 
rante, d'un nom et qualité connus^ comme la marquise 
de Villamou, pour lui donner lieu de mourir en repos, 
moins de lui refuser les devoirs de l'enterrement; 
qu'il y avoit véritablement quelque peu de bardes chez 
moi depuis assez longtemps, qui appartenoient à des 
François passés au service de Son Altesse Électorale 
il y avoit déjà quelques années, et avec permission et 

i. Connues, dans le manuscrit. 



PAR ÉzACmifiL SPAHmSIM. ^9 

de bons passeports du Roi ; qu'après tout, je n'étois 
nullement en peine de rendre bon compte de ma con- 
duite là où il écherroit, et sur laquelle on n'avoit eu 
jusque-là aucune prise ; comme d'ailleurs je me croyois 
en droit de m'attendre à tous les égards dus à un 
ministre de mon caractère, et de plus, d'un prince 
aUié de Sa Majesté. Cependant, et pour le dire en 
passant, cet avis me servit pour y prendre mes mesures 
et m'y précautionner sur ce que je crus bien que M. de 
Groissy ne pourroit que m'en dire dans la suite sur 
l'information qu'on ne manqueroit pas de lui en^ don- 
ner, coDome il arriva quelques jours après, et que 
j'avois prévenu là-dessus ce qu'il y avoit alors à faire. 
Je n'en toucherai pas ici un plus grand détail, et qu'on 
peut voir au besoin dans mes relations de ce temps-là, 
où j'en rendois compte. 

GARAGTàRB DE M. DE 8EI6NEIAT. 

D'ailleurs, bien que ce que j'ai touché jusques ici de 
M. de Seignelay pût suffire pour en faire connoitre le 
caractère, je ne laisserai pas d'ajouter ce qui contri- 
buera à en donner une juste idée. Sur quoi je dirai 
qu'il est assez bien fait de sa personne, mais d'ailleurs 
avec un air qui marque de la fierté, de la rudesse et 
de la présomption. Aussi n'est-elle pas moindre dans 
les manières, qui sont également brusques et hautaines, 
quoiqu'à la mort de M. Colbert son père, et dans la 
crainte de son abaissement, il tâcha quelque temps de 
se contraindre et de garder un peu plus de ménage- 
ment qu'il n'avoit fait jusque-là ; mais cette contrainte 

1. ^n est ajouté en interligne par Spanheim. 



9130 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ne dura guère, et il revint bientôt à son naturel à 
mesure qu'il se vit en état de se maintenir et de se 
mettre bien auprès du Roi ; et à quoi il se laissa d'au- 
tant plus aller que, ayant été tenu fart court, conmae 
on parle, par feu M. Golbert son père, jusques à en être 
souvent maltraité de coups aussi bien que de paroles, 
quelque marié et actuellement en charge qu'il fUt, il se 
trouvoit plus en liberté après sa mort de donner essor 
à son génie et à son humeur. Ce n'est pas d'ailleurs 
qu'après avoir été porté à la débauche et à une vie 
assez libertine dans sa plus grande jeunesse, il ne s'en 
fût corrigé d'assez bonne heure, et jeté même dans une 
assez grande dévotion ; mais, si elle put contribuer à 
le tenir éloigné du vice, elle n'eut pas le pouvoir de 
lui adoucir l'humeur et la rendre plus souple, moins 
hautaine et plus traitable. D'ailleurs, il avoit naturelle- 
ment de l'esprit, et on n'avoit rien oublié, par les soins 
de feu M. Golbert, pour le cultiver, pour lui donner 
toutes les lumières qui pouvoient le former et l'ins- 
truire pour remplir dignement les postes où il étoit 
destiné. Le bonheur même qu'il avoit eu d'y être avancé 
de bonne heure, aussi bien que l'exemple de la crainte 
du même M. Golbert, l'ayant porté à y joindre l'atta- 
chement et l'application, il n'avoit pu qu'en acqué- 
rir assez de force et de routine pour satisfaire aux 
devoirs et aux obligations de sa charge. On put croire 
même qu'il s'y fût rendu, sinon plus habile, au moins 
plus conmiode, si l'obligation de se ménager par l'in- 
térêt de sa fortune et par la crainte de la perdre eût 
duré plus longtemps ; mais, comme d'un côté la mort 
du père et deux mariages avantageux pour les biens 
et pour la naissance lui avoient laissé de grands éta- 



IPAA ÉZÉGHIEL SPAimBIH. 834 

blissements en charges, en terres et en seigneuries, en 
maisons et jardins superbes, en argent comptant et en 
rentes, et qui Tavoient rendu un des plus riches par- 
ticuliers du royaume, et des plus heureux du côté de 
tous ces avantages qu'on appelle de la fortune^ et 
d'autre part qu'il se vit appuyé par la faveur de la cour, 
aussi ne put-il que se laisser éblouir par tous ces 
endroits et en tirer matière de suivre le penchant d'un 
naturel hautain et brusque, et d'un esprit qui ne 
manque ni de vues, ni de vivacité, ni de lumières, 
mais d'ailleurs peu docile, peu traitable, en un mot 
fort vain et fort emporté. Ce dernier caractère le ren- 
doit redoutable à ses propres commis, qui ne pouvoient 
lui parler qu'en tremblant, comme je l'ai oui dire plus 
d'une fois à ceux de M. de Groissy, son oncle, et assez 
inconunode aux François et aux étrangers qui avoient 
ou à fidre ou à traiter avec lui. Il n'y gardoit pas 
même les bienséances requises pour les traitement» et 
pour les manières avec les ministres publics, ambassa- 
deurs ou autres qui, par la nature des affaires ou de 
oonunerces maritimes dont il étoit question, pouvoient 
avoir lieu, de fois à autres, de lui en parler ou d'en 
vouloir conférer avec lui. J'en puis parler, non seule- 
ment pour en avoir ouï plaindre assez souvent de ces ^ 
ministres publics, conmie de Portugal, de Hollande, 
de Gènes ou autres, et même de Savoie, mais aussi 
pour l'avoir éprouvé en quelque sorte dans l'affiiire de 
la prise du navire de la compagnie Africaine de feu 
Son Altesse Électorale par des vaisseaux de la compa- 
gnie firançoise de Sénégal, dans l'année 1 685 : je veux 

i. SeSf dans le manuscrit. 



238 RELATION DE LA COUR BE FRANCE 

dire dans les conférences que j'en eus avec lui, comme 
une affaire dépendante uniquement de son départe- 
ment, et à qui j'étois renvoyé par M. de Groissy, son 
oncle, et au sujet de toutes les préventions de la part 
dudit M. de Seignelay, et qu'il en avoit données au Roi 
et au Conseil, que j'eus à combattre. Ce ne fut même 
que malgré lui, qui étoit étrangement aheurté au con- 
traire et en faveur de cette prise, quoi qu'on lui en 
pût remontrer, et ainsi uniquement par les bons 
offices de M. de Groissy, que j'obtins enfin quelque 
compensation en argent pour la prise du navire susdit, 
et que je fis acquitter à M. Raulé, suivant les ordres 
de feu Son Altesse Électorale. J'ajouterai seulement 
que j'en fus persuadé que la réputation où est M. de 
Seignelay d'avoir naturellement peu de considération 
pour les puissances étrangères, pour ne pas dire du 
mépris, n'est pas mal fondée, et que ses conseils, où 
il aura à en donner, comme il le peut avoir à présent 
en qualité de ministre d'État, ne porteront guère, quand 
il y en auroit lieu, à garder pour lesdites puissances 
les égards et les ménagements requis. Au reste, outre 
les acheminements susmentionnés pour le poste susdit 
de ministre d'État, par la faveur de Mme de Maintenon 
et par son emploi de la dipection des affaires de la 
marine, il ne peut qu'y avoir été aidé particulièrement 
par les conjonctures présentes de la guerre avec la Hol- 
lande, et surtout des affaires d'Angleterre et d'Irlande. 
Gomme [ce] sont celles-là et leurs suites qui tiennent 
le plus à cœur à la cour de France et qu'on y juge lui 
importer le plus, aussi ne peuvent-elles que donner 
d'autant plus de part à M. de Seignelay d'y être employé 
comme en des afibires de son département, et ainsi à 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHÉaM. 233 

servir de ccNavénienoe, ou de nécessité mèiney à assister 
aux délibérations qu'il échoit d*y prendre de fois à 
autres dans le Conseil du Ministère. 

C'est aussi par où finit ce que j'avois à dire, ou de 
ce Conseil en général, ou des ministres en particulier 
qui le composoient durant mon dernier séjour et 
emploi en France, ou qui le composent encore à pré- 
sent^* 



DU CONSEIL ROYAL DES FINANCES. 

DE l'Établissement du conseil royal. 

Le Conseil royal des finances se tient ordinairement 
devant le Roi deux fois la semaine, le mardi et le ven- 
dredi matin, depuis dix heures jusques à douze. Il fut 
établi Tannée 1 661 , dans le changement et la réforme 
générale qui se fit alors dans l'administration des 
finances depuis la disgrâce de M. Foucquet, et avec 
la suppression de la charge de surintendant des finances, 
et dans le dessein de connottre et de régler ce qui 
dépendoit jusque-là de la décision seule et de l'exécu- 
tion dudit surintendant : en sorte que rétablissement 
de ce Conseil eut en vue de pourvoir aux abus qui 
s'étoient glissés par là dans ladite administration des 
finances, et surtout au pouvoir absolu et indépendant 
que les surintendants y exerçoient ; au sujet de quoi 
on attacha audit Conseil la connoissance des recettes 



1. Cette dernière phrase a été ajoutée par Spanheim, sur une 
partie du blanc qui avait été laissé au bas de la page du manuscrit. 



S34 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

générales, fermes, domaines, affaires extraordinaires 
et autres recettes de toute nature, des changements à 
y faire, d'en arrêter et signer les comptes, comme 
aussi de résoudre des brevets de taille, des arrêts 
d'impositions, de quelque nature qu'elles fussent, des 
affiches des baux de fermes , des traités pour arrêts 
et prêts, des comptes et rôles de l'Épai^ne : ce qui 
résulte des lettres patentes de la création dudit Conseil 
royal des finances, données à Fontainebleau le 1 5 sep- 
tembre 1661 ^ 

DU CHEF ET DES BŒIIBRES DU GONSEDj ROYAL. 

D'où il parolt aussi que ledit Conseil y fut restreint 
au chancelier, quand il y seroit appelé, d'ailleurs d'un 
chef du Conseil sous l'autorité et en présence de Sa 
Majesté, et de trois conseUlers d'État, parmi lesquels 
étoit compris le contrôleur général des finances : en 
sorte que, quand je vins en France, dans mon dernier 
emploi, en 1680, ledit Conseil royal étoit composé du 
chancelier [le] Tellier, du duc de Villeroy, conmie dief 
dudit Conseil, de M. Colbert, aHnme contrôleur gêné* 
rai, de M. Pussort, son parent, et de M. Boucherat. 
H. Colbert étant mort en 1 683, M. [le] Peletier, qui lui 
succéda dans la charge de contrôleur général, remplit 
aussi sa place dans ledit Conseil, conmie M. Boucherat 
y prit celle du chancelier [le] Tellier après sa mort, 
arrivée en 1 685, et le duc de Beauvillier celle du duc de 
Villeroy, comme il a été touché ci-dessus^. Aussi, à mon 

1. /06&, dans le manuscrit. 

2. Pages 27, 28, etc. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAITHEIM. 830 

départ de France, ledit Conseil royal se trouvoit encore 
rempli par le chancelier Boucherat, le duc de Beau- 
villier, M. [le] Peletier, M. Pussort susdit et M. d'Ar* 
gouges, qui a été ci-devant premier président au par- 
lement de Bretagne, en place de M. Boucherat, élevé 
à la chaîne de chancelier. Et comme, depuis mon départ 
de France, arrivé au conunencement de l'année der- 
nière 1689, la charge de contrôleur général, qu'avoit 
H. [le] Peletier, a été donnée à M. de Pontchartrain, ci- 
devant premier président au parlement susdit de Bre- 
tagne, il n'y a pas lieu de douter qu'en conséquence 
de cette charge il n'ait aussi été admis dans ledit Conseil 
royal des finances. A quoi je dois encore ajouter que 
le Dauphin, peu d'années avant mon départ de France, 
eut aussi pouvoir d'entrer dans ledit Conseil, mais, 
après tout, où il se trouvoit assez rarement. 

DES INTBNDAM'S DES FINANGES. 

Je dois remarquer ici que, jusques à mondit départ 
de France, il y avoit deux intendants des finances, à 
savoir : M. le^ Peletier de Souzy, frère du contrôleur 
général, et M. de Breteuil, maître des requêtes^, qui 
avoient chacun leur département différent et distingué 
de celui du contrôleur général; mais on apprend 
depuis peu, par les avis publics, que le nombre desdits 
intendants a été augmenté, aussi bien que de plusieurs 
antres charges, et dans la seule vue d'en tirer des 

V 

1. De, dans le manascrit, où le nom Pelletier n'est jamais pré- 
cédé de l'article. Voyez ci-dessus, p. 220. 

2. M. de Breteuil était conseiller d'État semestre depuis le mois 
de février 1685. 



336 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

sommes d'argent considérables au profit du Roi par 
la vénalité des charges, qui est reçue, comme on sait, 
en France^. 

Après quoi 9 je ne toucherai pas ici le détail des 
finances du Roi, ou à y faire les réflexions dont il y 
aura lieu de parler dans un autre endroit de cette rela- 
tion, pour ne m'éloigner pas ici du. sujet des Conseils 
honorés de la présence de Sa Majesté. 



DU CONSEIL DES DÉPÊCHES. 

DE CEUX QUI ASSISTENT AU CONSEIL DBS DÉPÊCHES. 

Le Conseil des dépêches est encore de ce nombre, 
et qui se tient aussi dans Tappartement de Sa Majesté 
et devant elle. U ne s'assemble qu'une fois dans la 
quinzaine, au jour de lundi, et où ont pouvoir ou droit 
d'assister : le Dauphin, le duc d'Orléans, frère du Roi, 
le chancelier, les quatre secrétaires d'État, et ceux qui 
sont reçus en survivance en leurs charges. 

Les affaires dont il se traite en ce Conseil sont celles 
du dedans du royaume et de ses provinces, dont les 
secrétaires d'État font leur rapport suivant leur 
département différent, tiennent registre des résolutions 
qu'on y prend, et en font faire ensuite les expéditions 
requises. Sur quoi il est à remarquer que ce rapport 
s'y fait debout par les secrétaires d'État, et dans 
l'ordre de leur réception à ladite charge, sans égard à 

1. Quatre of&ces d'intendants des Gnances furent créés par un 
édit de février 1690, en place des deux commissions. 



PAR ÉZÉCHIEL 8PANHEIM. S37 

celle qui s'y trouve jointe en quelques-uns d'entre eux 
de ministre d'État, mais dont le rang ou la fonction 
n'a pas lieu dans ledit Conseil. 

DES QUATRE SECRÉTAIRES d'ÉTAT. 

Ces quatre secrétaires d'État, et qui ont diacun 
leur département différent, étoient, quand je vins en 
France en 1680 : M. de Louvois, H. Golbert, M. de 
Ghàteauneuf et M. de Groissy, outre M. de Seignelay, 
qui en exerçoit déjà la charge en survivance de M. Gol- 
bert son père, et en remplit seul le poste après sa 
mort. Le marquis de Barbesieux, fils de M. de Lou- 
vois, et le marquis de Torcy, fils de M. de Groissy, ne 
peuvent aussi que s'y trouver comme étant reçus à 
exercer en survivance les diarges de secrétaires d'État 
de leursdits pères, et ce que le dernier n'a obtenu, 
conune il a été dit, que depuis mon départ de France. 

DU DÉPARTEBIENT DU SECRÉTARIAT DE M. DE LOUVOIS. 

Le secrétariat d'État de H. de Louvois n'a pas seu- 
lement en son département les affaires de la guerre, 
de l'artillerie, des fortifications, des bâtiments et mai- 
sons royales, tout autant de cas qui ne sont pas du 
ressort du Gonseil des dépêches, mais comprend encore 
quelques provinces de France et Pays conquis dont 
les aflbires viennent audit Gonseil, comme le Poitou, 
le Lyonnois, le Roussillon, la Lorraine, les trois évè- 
diés : Metz, Toul et Verdun, l'Alsace, les places con- 
quises de Flandres, Artois, du Hainaut, et Pignerol 
et Gasal en Italie. 



238 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

DU DI^ARTEMENT DE SECRÉTARIAT DE M. DE SEI6NELAY. 

Le secrétariat d'État de M. de Seignelay, outre la 
marine, le oommeroe, les fortifications des places 
maritimes, la maison du roi, les haras et les pensions, 
comprend encore, comme j'ai déjà dit en parlant de 
lui S Paris, Tlle-de-France, Soissons, les pays d'Orléans 
et de Blois, dont les affaires se rapportent et se résol- 
vent au Conseil susdit des dépèches, et dont il est 
chaîné de faire l'expédition. 

DU SECRÉTARIAT DE M. DE CHATBAUNEUF. 

Le secrétariat d'Ëtat de M. de Ghàteauneuf s'étend 
sur plusieurs provinces de France, comme la Norman- 
die, la Picardie, le haut et le bas Languedoc, la 
Guyenne, la Bourgogne, Bresse, Bugey et ce qui en 
dépend, la Touraine, Anjou, le Maine, le Bourbonnois, 
Nivernois, l'Auvergne, et d'aiUeurs comprenoit dans 
son département les affaires générales de la religion 
Féfm*mée en France, et dont il faisoit aussi rapport dans 
ledit Conseil des dépèches. C'étoient aussi ces der- 
nières affaires qui n'ont pu manquer de lui donner 
bien de l'occupation depuis la persécution suscitée aux 
gens de la Religion en France, et surtout avant qu'elle 
Ait portée aux dernières extrémités, à savoir dans le 
temps de tous les différends qui se trouvoient sur les 
partages des commissaires de l'une et de l'autre reli- 
gion touchant la conservation ou la démolition des 

1. Page 224. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 239 

temples dont ils avoieot à conooltre, et pour être déci- 
dés en explication de l'édit de Nantes : à quoi se joi- 
gnoient les plaintes et requêtes des provinces entières 
ou des particuliers de la Reli^on, sur les griefs et les 
vexations qui leur étoient faites au préjudice de Tédit 
susdit et avant qu'il fût aboli comme il arriva en 
octobre 1685. Le marquis de Chàteauneuf, qui s'ap- 
pelle en son nom Phélypeaux de la Yrillière, ne man- 
qua pas, en pareilles affaires, de s'y conformer aux 
intentions du Roi, qui alloient à la ruine et à la des- 
truction totale de la religion réformée en France, 
comme il ne parut que trop par la suite, et ainsi à se 
conduire là-dessus dans ses rapports aux Conseils sur 
les cas susdits et dans les résolutions qu'il étoit ques- 
tion d'y prendre. Le ménagement même qu'on y 
apporta durant quelque temps, et pour aller par 
degrés à ce grand but que le Roi s'en étoit proposé, 
ne dura guère, et ne laissoit pas de faire entrevoir ce 
qu'on en devoit attendre dans la suite. D'ailleurs, 
outre que M. de Ghàteauneuf étoit fils d'un père qui, 
dans l'exercice de la même chaîne et quoiqu'en d'autres 
temps et conjonctures, avoit témoigné beaucoup de 
dureté pour les gens et affiiires de la Religion en France, 
d'ailleurs il étmt bon courtisan, et qui avoit en vue de 
s'avancer dans la faveur du Roi et de parvenir au poste 
de ministre d'État, comme d'autres ses confrères dans 
la charge de secrétaire d'État, et ce qui néanmoins ne 
lui a pas réussi jusques ici. On lui donne cependant la 
louange qu'il est celui de tous les secrétaires d'État 
qui rapporte le mieux au Conseil les affaires dont il 
est chargé et qui sont de son département. Ce ftit 
encore dans le même dessein de se pousser au minis- 



842 lUELATION DB LA COUR DB FRANCE 

comme Tayant pu connoltre à fond dès que je ftis 
averti par des lettres, et même des exprès d'Orange, 
de ces procédures violentes et injustes, et que là-des- 
sus je pris occasion de m'en informer au bureau de 
M. de Groissy, de lui en pcHler mes plaintes et d'en 
demander ou presser la réparation. Aussi, quoiqu'il 
en parût presque aussi surpris que je l'avois été en 
l'apprenant, qu'il s'y trouvât même aucunement cho- 
qué par la part ou la connoissance qu'il auroit dû en 
avoir comme des choses qui se passoient en des heux 
de son département ou qu'on en faisoit dépendre, et 
qu'il y eût au moins souhaité plus de modération, 
cependant il n'eut pas le crédit d'en arrêter le cours 
ou d'y apporter du remède, ni enfin de procurer la 
liberté des ministres ou du président d'Orange, quelque 
rapport qu'il fit au Conseil de toutes les remontrances 
que je lui en faisois, et en ne dissimulant pas, dans les 
occasions, qu'il n'en étoit pas le maître, mais H. de 
Louvois. Ce dernier n'y fut pas plus traitable quand 
je pris le parti de lui en parler, comme j'ai fait à plus 
d'une reprise, et où il m'y renvoyoit même à H. de 
Groissy, quoiqu'en effet ce fût lui seul, de notoriété 
connue, qui eût engagé cette affaire si avant, qui aussi 
non seulement a fait arrêter les prisonniers susdits à 
Orange, mais les avoit fait transporter et retenir à 
Lyon, lieu de son département particulier, et ainsi le 
seul qui pouvoit y apporter le remède. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHKOf. 243 



DU CONSEIL DE CONSCIENCE. 

DE LA NATURE DU CONSEIL DE GONSGIENGE. 

11 n'en est pas du Conseil de conscience comme des 
trois autres dont j'ai parié jusqu'ici. Je veux dire que 
ce n'est pas un conseil réglé ni établi par patentes ou 
par conunissions, et dépendance expresse de la charge 
de ceux qui y assistent. C'est un choix que le Roi a 
fait de son confesseur, le Père la Chaise, et le plus 
souvent encore de l'archevêque de Paris, pour con- 
férer avec eux à un certain jour de la semaine, et à 
quoi il a destiné le samedi, des afi&ires de la religion, 
ou d'ailleurs des matières de dévotion et qui peuvent 
intéresser sa conscience, ou enfin de collations de 
bénéfices. C'est aussi à ce sujet que le Père la Chaise 
a coutume de se rendre de Paris à Versailles tous les 
vendredis après midi. 

Gonune l'affaire de la Religion, savoir : de n'en avoir 
qu'une dans le royaume, et par conséquent d'en extir- 
per la religion réformée, est, de tous les desseins du 
Roi, celui qu'il s'étoit le plus fortement imprimé il y 
a longues années, auquel il étoit disposé de tout 
sacrifier plutôt que d'en démordre, et pour lequel on 
n'attendoit que des conjonctures favorables, qu'on 
crut enfin d'en ^ avoir trouvé par le rétablissement 
d'une paix aussi avantageuse à la France que celle 
qu'on venoit de conclure à Nimeguen et ensuite à Paris,' 
aussi est-ce dans ce Conseil de conscience que les pro- 

• 

1. Sic, dans le manuscrit. 



S44 RELATTOH DE LA COUR DE FRANGE 

jets en furent proposés et débattus, et dont Sa Majesté 
crut ne pouvoir mieux se confier qu'aux deux ecclé- 
siastiques susdits, Tarchevêque de Paris et le Père la 
Chaise. Et comme ce prélat et ce Père, quoique d'ail- 
leurs, de génie, de conduite et d'habileté, qu'ils eussent 
peu de rapport ensemble, ne laissèrent pas de s'ac- 
commoder là-dessus aux volontés du Roi et de con- 
courir, quoique par de différentes vues, au même but, 
et ainsi d'avoir eu la meilleure part dans ces funestes 
conseils dévoués à la ruine de la religion réformée en 
France, et par là à la persécution de ceux qui en fai- 
soient profession, il est à propos de toucher ici quelque 
chose du caractère de l'un et de l'autre de ces deux 
ecclésiastiques. 



DE L'ARCHEVÊQUE DE PARIS. 

CARACTÈRE DE l'ARCHEVÈQUE. 

L'archevêque de Paris, qui est de l'illustre maison de 
Harlay, a tous les avantages qu'on peut tirer du côté 
d'une heureuse naissance, des agréments extérieurs de 
la personne, des qualités de l'esprit, de la réputation de 
l'éloquence et du savoir, de la dignité du poste, et enfin 
de la confiance et des bonnes grâces de son roi. Il 
avoit été assez longtemps archevêque de Rouen, et, 
dans cet emploi, y avoit donné les preuves d'un natu- 
rel doux, traitable, bienfaisant, et même assez com- 
mode envers les gens de la Religion, qui avoient eu 
souvent occasion de se louer de son procédé et de ses 
manières. Ayant été appelé de là, par le Roi, à l'arche- 



PAR ÉZÉGHIEL SPÂimEUf. 2&5 

vèché de Paris, qui vint à vaquer dans Tannée 1 670^, 
il y eut pour son premier but de s'insinuer dans la 
bienveillance particulière de Sa Majesté, et n'eut pas 
de peine à y réussir. Aussi, avoit-il toutes les qualités 
propres à surprendre et à ' gs^gner l'inclination de son 
Roi : un abord avantageux, une humeur commode, un 
esprit doux, flatteur et insinuant, des lumières et du 
savoir plus qu'il n'en falloit pour imposer à un prince 
peu éclairé du côté de la pénétration dans les matières 
ou dans les mystères de la religion. 

DE SON ENGAGEMENT CONTRE LE PAPE. 

Ce fut dans cette vue qu'il prit le parti d'appuyer le 
droit de la régale contre les prétentions de la cour de 
Rome, qu'il y engagea même bien avant la cour de 
France, pour s'y rendre dans la suite d'autant plus 
nécessaire et en soutenir ou les droits ou l'engagement, 
n crut de même avantageux à ses vues de s'entendre 
avec les Jésuites, de se lier d'amitié ou d'intérêt avec 
le Père la Chaise, confesseur de Sa Majesté, et par 
conséquent de se déclarer contre les Jansénistes. En 
effet, il ne garda guère de mesure à les chagriner, à 
les mettre mal dans l'esprit du Roi, comme des esprits 
de faction et de cabale, et à exiger avec rigueur des 
directeurs ou des filles de Port-Royal, leurs élèves, la 
souscription du Formulaire : d'où vient qu'à mesure 
que le différend de la régale s'échauffa entre la cour 
de France et la cour de Rome, et que les Jansénistes se 

1. Hardouin de Péréfixe, selon la Gazette, le Gallia ehristiana et 
Bon épitaphe même, ne mourut que le !•' janvier 1671, au matin. 

2. A est ajouté en interligne, de la main de Spanheim. 



246 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

déclaroient hautement des ennemis de la régale et des 
régalistes , et ainsi en faveur du pape et de son pou- 
voir dans cette matière, il en prit occasion de les 
rendre d'autant plus suspects au Roi, et de les pousser 
à bout. C'est aussi ce qui enveloppa M. de Pomponne, 
neveu du célèbre H. Âmauld, chef des Jansénistes, dans 
la même disgrâce. Après quoi, il ne resta plus à Tar- 
chevèque de Paris, sous prétexte de défendre les droits 
de la couronne et la doctrine de Téglise gallicane, que 
de s'attacher à combattre les prérogatives et le pou- 
voir des papes, non seulement dans l'affaire susdite 
de la régale, mais dans celle de leur^ prétendue infail- 
libilité, supériorité sur les conciles et sur le temporel 
des rois. Ce fut aussi le but de la députation du clergé 
de France, qui se tint à Paris en 1 681 , où cet arche- 
vêque, de même que dans celle qui s'y étoit tenue 
l'année précédente sur l'affaire de la régale, étoit à la 
tète de ces assemblées et des décisions qui s'y prirent 
tant pour soutenir le droit contesté de la régale, que 
pour les quatre propositions qu'on arrêta dans la 
dernière^, sur le pouvoir susdit des papes dans le spi- 
rituel et dans le temporel. 

DES nfPUTATIONS FATIES A l' ARCHEVÊQUE. 

Cette conduite de l'archevêque, qu'on considéroit 
le promoteur et le premier mobile de toutes ces réso- 
lutions, surtout celle qu'il fit contre les Jansénistes, 
lui attira de leur part des libelles qui se répandirent 



1. Uur est ajouté en interligne, de la main de Spanheim. 

2. Le 19 mars 1682. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHHDI. 847 

dans Paris et par toute la France, où il étoit cruelle- 
ment attaqué du côté des mœurs et des désordres de 
sa vie. On y rappeloit plusieurs circonstances de com- 
merces scandaleux qu'il auroit tenus, durant qu'il étoit 
archevêque de Rouen, avec des abbesses de Pontoise 
et d'Andely, et qu'il entretenoit, depuis qu'il étoit 
archevêque de Paris, avec une présidente de Breton- 
villiers et autres maltresses qu'il faisoit venir à sa belle 
maison de Gonflans, proche de Paris. On n'y décrioit 
pas moins sa conduite à faire exiler, ou tenir dans les 
cachots, ou condamner même à mort des docteurs 
catholiques qui n'étoient coupables d'autres crimes 
que de déplaire aux Jésuites, d'avoir attaqué leur 
morale ou soutenu les droits du pape dans l'affaire de 
la régale ^ ou dans celle des religieuses Urbanistes^. La 
voix publique y ajoutoit les vues de cet archevêque à 
se prévaloir de la division de la cour et de l'élise 
gallicane avec celle de Rome, pour donner lieu à la 
convocation d'un concile national en France, et à y être 
déclaré patriarche. 

DB LA PART QU'iL A BUE DANS LB8 AFFAIRB8 

DB LA RELIGION. 

Parmi tout cela, ce même archevêque en entreprit 
avec d'autant plus de chaleur de complaire au Roi 
dans l'affaire de l'extirpation de la religion réformée 
en France, qu'il voyoit faire le premier des soins de 

1. En marge de cette phrase est écrit : f Le vicaire général de 
Pamiers, condamné à mort par le parlement de Toulouse pour 
Tafibire de la régale. » 

2. Voyez ci-après, p. 253. 



248 RELAITON DE LA GOUR DE FRANCE 

Sa Majesté, et ainsi pour s*en attirer tout le gré ; d'ail- 
leurs, pour en signaler son zèle pour la religion catho- 
lique, à mesure ^ qu'il étoit à la tête du parti contre 
l'autorité du pape et contre les droits prétendus par 
la cour de Rome. C'est avec ce m^e esprit et ces vues, 
qui procédoient plus de son attachement à la cour et 
à la faveur, et ainsi de sa complaisance et son intérêt, 
que d'un emportement de zèle (ce qui n'est pas de son 
caractère) ou d'une forte prévention contre la même 
religion réformée, qu'il embrassa toutes les voies, ou 
qu'il s'y accommoda, qui pouvoient contribuer au but 
susdit de Sa Majesté. Aussi ne s'y mitr-il guère en peine 
de justifier les voies ou les moyens qu'on y employoit, 
ou de se mettre lui-même à couvert du reproche de 
mauvaise foi qu'il y a fait paroltre en plusieurs ren- 
contres. Ce ne fut même que pour lui ôter tout l'hon- 
neur des prétendues conversions et du succès de cette 
grande affaire que M. de Louvois, avec lequel cet 
archevêque, plus attaché à la famille Golbert, avoit peu 
de liaison, fut l'auteur du conseil d'y employer la voie 
des dragons et du logement des gens de guerre, et 
ainsi pour s'en attirer tout le mérite, et en diminuer 
celui de ce prélat, qui d'ailleurs étoit regardé avec 
jalousie par l'archevêque de Reims , frère de ce mi- 
nistre. 

DU MAINTIEN DE l'ARCHEVÊQUE DANS LES BONNES GRACES 

DU ROI. 

Cependant l'archevêque de Paris n'en conserva pas 

1. Sic. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAMHEDI. 849 

moins les bonnes grâces et la confiance de Sa Majesté, 
n en avoit même reçu, avant cela, des marques d*éclat 
et de distinction particulière, rarchevèché de Paris 
ayant [été] érigé en sa faveur en dudié et pairie dès 
Tan 1 674. Aus|si les bruits qui se renouvelèrent peu 
de temps avant mon départ de France, et qui furent 
portés jusques au Roi, au désavantage de ce prélat et 
au sujet de la continuation de son commerce, à sa 
maison de Gonflans, avec une demoiselle qui avoit 
coutume de s'y rendre, n'ont pas été capables, conune 
on s'y attendoit, de lui ôter la bienveillance et la con- 
sidération de Sa Majesté : ce qui est même d'autant 
plus extraordinaire vu d'ailleurs la sévérité et l'éloi- 
gnement du Roi à l'égard des ecclésiastiques d'une vie 
licencieuse et qui se trouvent suspects ou décriés par 
les moeurs; en sorte qu'on ne peut qu'attribuer sa 
conduite à l'égard de cet archevêque qu'à Vétoile^ 
comme on parle, de ce prélat, ou qu'à la forte préoc- 
cupation dont il est prévenu en sa faveur, ou aux 
secours et services considérables qu'il en a tirés pour 
l'acheminement à^ l'exécution de son dessein favori, 
savoir : de l'extirpation de la religion réformée en 
France, ou au peu de foi même qu'il ajoute à tout ce 
qui se dit au désavantage de ce prélat, à un penchant 
du Roi à croire que la malignité ou l'envie contre ce 
même prélat y a bonne part, ou à toutes les autres 
bonnes et belles qualités de cet archevêque, qui, comme 
nous avons déjà vu, ont en effet de quoi surprendre 
et de quoi imposer, ou enfin à la vue du Roi de sou- 
tenir et ne' pas démentir la bonne opinion et la consi- 

1. J?( a été changé par Spanheim en à, 

2. De corrigé en tu par Spanheim. 



250 RELATION DB LA COUR DE FRANGE 

dération qu*il a témoigoé jusques ici d'en avoir et d'ea 
faire. Quoi qu'il en soit, on peut encore juger de cette 
fermeté du Roi en faVeur de ce prélat par les derniers 
avis publics de France^, qui portent qu'il est nonuné 
par Sa Majesté pour être cardinal à la première pro- 
motion qui se fera pour les couronnes; et conome 
d'ailleurs la haine ou les ressentiments contre la cour 
de Rome ont cessé en France par la mort du dernier 
pape et par l'élection d'un autre réputé plus favorable 
ou moins contraire aux intérêts de cette couronne, et 
qu'on se croit obligé de ménager, ou même de gagner 
à l'occasion des conjonctures de la guerre présente, il 
ne faut pas douter que ce même archevêque, en vue 
de son chapeau , ne change là-dessus de conduite et 
n'embrasse tous les partis, ou ne s'en rende même 
auteur, pour en avoir plus de gré^, qui pourront adou- 
dr, modérer, ou réparer même en quelque sorte les 
grids de la cour de Rome, soit dans l'affidre de la 
régale, soit dans celle des quatre propositions contre 
l'autorité et l'infaillibilité du pape. La conduite que la 
France a déjà tenue dans celle de la franchise des 
quartiers, et à y renoncer aussi solennellement après 
l'avoir soutenue avec tant de chaleur comme un des 
droits indispensables de la monarchie, en peut, dis-je, 
servir d'un assez grand préjugé, outre que ce même 
archevêque ne pourra que s'y appuyer au besoin de 
l'exemple de ses grands ennemis les Jansénistes, qui, 
après avoir combattu avec tant de force le pouvoir et 
l'autorité des papes dans l'affaire des cinq proposi^ 



1. A la date du 10 mars 1690. 

2. Voyez ci-dessus, p. 175, 176 et 248. 



PAR ÉZÉGHIEL 8PAimEIM. 251 

tioDS, prirent après le parti de la soutenir hautement 
dans l'affaire de la régale, et d'attribuer même au pape, 
au préjudice de tant de déclarations contraires de leur 
part, la plénitude de toute la puissance ecclésiastique ^ 

D1] PÈRE LA CHAISE ^ 

CARACTÈRE DU PÈRE LA CHAISE. 

Le Père la Chaise a fait trop parler de lui dans le 
monde, et a eu en effet trop de part dans l'affaire de 
la Religion, de même que dans les différends passés de 
la France avec la cour de Rome, pour n'en rien dire. 
On sait assez qu'il est jésuite et confesseur du Roi. 
rajouterai qu'il est Lyonnois, de bonne et ancienne 
famille, et qui, jusques à ce qu'il avoit été élevé à ce 
poste de confesseur du Roi, avoit fait paroltre un 
esprit doux, traitable et modéré. On peut même dire 
quec'étoitlà son caractère naturel, et dont son air et 
son extérieur pouvoit même donner quelque préjugé. 
D'ailleurs, il n'avoit ni le génie ni l'esprit fort élevé, 
ni beaucoup de science, ni le don de la prédication, 
ni enfin aucun talent éïninent ou qui lui attirât une 
considération particulière dans son ordre. Cependant, 
comme il eut occasion d'être adjoint au dernier con- 
fesseur du Roi, le Père Ferrier, et par là de se faire 
oonnoltre de Sa Majesté, il en fut aussi choisi pour 

1. En marge : « Cela se lit dans la lettre du vicaire général de 
Pamiers, grand janséniste. » 

2. Le manuscrit porte : Chaize, ce qui est conforme aux signa- 
tares du Père ; néanmoins, nous conservons la forme Chaise, qui 
a prévalu. 



25S RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

remplir le poste de son confesseur dès qu'il vint à 
vaquer par la mort dudit Père. Il y a même lieu de 
croire que la portée d'un esprit qui paroissoit avoir, 
comme j'ai dit, de la douceur, de la retenue, de la 
modération, et ainsi moins de hauteur, d'artifice ou de 
présomption que n'en ont souvent des Pères de c^t 
ordre, y eut bonne part. 

DES ENGAGEMENTS DU PÈRE CONTRE LES JANSÉNISTES 

ET LE DÉFUNT PAPE. 

Aussi seroit-il peut-être toujours demeuré dans cette 
assiette, si d'un côté l'esprit ou l'intérêt de la Société, 
et de l'autre la nature et les obligations de son poste<. 
ne lui avoient fait prendre d'autres mesures. Par le 
premier, il lui fallut entrer dans le parti d'abattre et 
de ruiner les Jansénistes, les ennemis jurés des Jésuites, 
et qui ne perdoient aucune occasion de décrier la 
morale et la doctrine de ces Pères. Et comme ces 
mêmes Jansénistes se trouvèrent dans la suite les par- 
tisans déclarés contre le droit de la régale prétendue 
du côté de la cour, et les avocats du pape et de son 
autorité dans cette affaire contre les procédures du 
Conseil du roi ou les parlements, cela ne put aussi que 
faire prendre le parti contraire aux Jésuites, et par 
conséquent porter le Père la Chaise à les y appuyer de 
tout son crédit : à quoi contribuoit d'ailleurs le peu de 
penchant que le défunt pape témoignoit pour les Pères 
de la Société, et au contraire l'estime et la considéra- 
tion qu*il faisoit paroltre pour les Jansénistes, surtout 
depuis qu'ils [s']étoient déclarés pour son droit et pour 
son pouvoir dans l'affaire susdite de la régale. Il s'y 



PAR ÉZÉGHIl&L SPÂimElH. 253 

joignit encore dans la suite une afiBiire ou deux, comme 
celle des religieuses Urbanistes à Toulouse, et celles 
de Tabbaye de Charonne^ proche de Paris, où les 
Jésuites, et ainsi le Père la Chaise, se rendirent autant 
que parties contre les bulles ou brefs du défunt pape. 
Tout cela engagea insensiblement le Père la Chaise 
dans les intérêts opposés à ceux du défunt pape et de 
la cour de Rome, tant par l'intérêt susdit de la Société, 
et surtout des jésuites françois, que d'ailleurs par les 
attachements de son poste auprès du Roi, et ainsi par 
ses ménagements ou son penchant à s'y conformer 
aux volontés de la cour. 

DB LA PART QUE LE PARE A EUE DANS LES AFFAIRES 

DE LA REUGION. 

C'est aussi par ce même esprit, joint à celui en géné- 
ral de la Compagnie, qu'il entra sans peine dans les 
engagements du Roi à détruire la religion réformée 
dans son royaume, pour n'y souffrir plus que la catho- 
liqpie-romaine , et d'autant plus qu'il pouvoit mieux 
juger que tout autre de la forte prévention que Sa 
Majesté s'en étoit faite. Je laisse à part les motifs que 
j'ai touchés ci-dessus' en parlant du Roi, savoir : d'une 
dévotion aveugle ou peu éclairée, et d'ailleurs des 
fausses vues de s'en faire un mérite devant Dieu, aussi 
bien que devant l'Église romaine, capable d'expier les 
désordres passés et assez connus de sa vie. Ce sont au 
moins des motifs que la qualité de confesseur ne pou- 
voit que donner lieu au Père la Chaise, ou de fortifier, 

1. La Charonne, dans le manuscrit. 

2. Pages 24 et 28. 



854 RELATION DB LA COUR DE PRANGE 

OU de détruire. L'expérience n'a que trop fait voir qu'il 
n'a pas balancé à prendre le premier parti, et ainsi 
qu'il a eu en effet grand'part à toutes les délibérations 
qui s'en sont faites et toutes les mesures qu'on trouva 
à propos d'y prendre dans ce Conseil de conscience 
pour y aller véritablement par degrés, mais cependant 
avec un ferme dessein d'en consonmier tôt ou tard 
l'ouvrage. Aussi n'a-t-on pas ignoré ou les engage- 
ments que ce Père y a fait prendre à ceux qui pou- 
voient avoir besoin de son crédit ou de son appui 
auprès du Roi, ou les déguisements qu'il tàchoit d'ap- 
porter de fois à autre sur les rapports des faits capables 
d'exciter ou l'horreur ou la compassion de Sa Majesté, 
ou les promesses et les menaces dont il se servoit 
envers les personnes de la Religion pour les porter à 
l'abjurer, suivant qu'il croyoit les uns ou les autres 
plus capables de les y induire. On y peut joindre les 
correspondances qu'il entretenoit dans cette même vue 
par tout le royaume, les distributions des récompenses 
ou des bénéfices dont il se chargeoit, ou dont il pou** 
voit disposer par les facilités que son poste auprès du 
Roi lui en donnoit, et la dureté enfin qu'il a fait paroltre 
dans toutes les suites de cette conduite, et à l'égard de 
tant de misérables sujets du Roi de l'un ou de l'autre 
sexe, je veux dire de ceux qu'on a condamnés ou à 
des cachots, ou aux galères, ou à des transports dans 
les lies de l'Amérique, ou même à mort, et quelques- 
uns à des morts même les plus cruelles, ou pour être 
demeurés fermes dans la profession de leur religion, 
ou pour s'être repentis de l'avoir abandonnée trop 
légèrement, ou pour avoir assisté aux exercices défen- 
dus de la même religion, ou enfin pour n'avoir pu 



PAR ÉZÉGUIKL SPAIfHEDI. SSS 

s'aooonunoder de la violenoe qu'on leur faisoit dans 
un état de mourant, ou réputé pour tel, à prendre 
rhostie. Tous ces faits et toutes ces circonstances sus- 
dites ne sont que trop palpables pour ne charger 
le Père la Chaise d'une bonne partie de toute la mau- 
vaise foi, de toute la violence et de toute l'inhumanité 
qui s'y trouve. H en parolt même d'autant plus res- 
ponsable qu'il avoit plus de moyens en main pour en 
détourner, ou au moins pour adoucir les résolutions 
ou les effets les plus funestes : maître conune il étoit 
de la conscience du Roi, et d'un roi d'ailleurs qui 
n'étoit naturellement ni tyran, ni cruel, ni injuste, ni 
malfaisant, qui ne doute qu'il auroit pu, sans lui faire 
même abandonner le gros du dessein, le porter à y 
tenir une autre conduite, à épargner au moins le sang 
et la vie de ses bons et fidèles sujets, et tous ces autres 
traitements barbares, impies, comme entr'autres celui 
des conununions forcées, qu'on leur a fait souflSrir? 
Ce qui sans^oute paroltra d'autant plus étrange quand 
on réfléchira sur ce que j'ai avancé d'abord du carac- 
tère du Père ia Chaise, qui sembloit ne point promettre 
de si terribles effets ; c'est-à-dire que la bonté appa- 
rente ou la douceur même du naturel n'est pas à 
l'épreuve de la prévention de l'esprit, des maximes de 
k Société, en particulier de sa haine et de sa malignité 
contre la religion réformée et ceux qui en font profes7 
sion, de son intérêt à les détruire et à en profiter, 
et enfin de la complaisance et des ménagements d'un 
coofessair jésuite et courtisan. 



256 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

DU CRÉDIT DU PÈRE DANS LA COLLATION DES BiNÉFIGES. 

Après quoi, je o*ajouterai rien de particulier du cré- 
dit de ce Père, sinon qu'on peut aisément juger qu'il 
est grand et bien établi auprès du Roi en tout ce qui 
regarde les affaires ecclésiastiques, ou qui peuvent 
avoir rapport à la religion et intéresser sa conscience. 
Cependant on peut dire que ce qui contribue le plus à 
ce crédit et ^ à la considération qu'on a généralement 
pour ce Père à la cour de France, est la collation des 
bénéfices, dont le Roi se rapporte ordinairement à lui, 
quand il y en a de vacants en France, conune arche- 
vêchés, évèchés, abbayes, canonicats et autres bénéfices 
de moindre importance. Aussi est-ce une chose comme 
établie de longue main, et déjà dans les règnes passés, 
hors les temps du pouvoir absolu d'un premier ministre 
conmie étoient les cardinaux de Richelieu et Mazarin, 
qu'il n'appartient qu'aux Pères confesseurs des rois 
de se mêler de cette collation des bénéfices, d'en pro- 
poser au Roi les vacances et les sujets propres à les 
remplir, et ce qui se fait d'ordinaire en quatre saisons 
de l'année. C'est là ce privilège qui attire une foule de 
clients auprès du Père la Chaise, tant du rang des 
ecclésiastiques de tous ordres, que de leurs parents 
ou amis qui s'intéressent pour leurs avancements : 
d'où vient aussi qu'il donne audience deux fois la 
semaine dans la maison professe des Jésuites à Paris, 
où il loge, et que son antichambre y est ordinairement 
remplie en ce temps-là d'un grand nombre même de 

1. Est, dans le manuscrit. 



PAR ÉanlGHIEL SPANHEDf. 257 

prékts ou autres de ces prétendants susdits, surtout 
▼ers ]e temps que la collation des bénéfices vacants a 
coutume d'avoir lieu. Et comme ce même Père a le 
pouvoir de se choisir un autre Père jésuite pour son 
adjoint ou assistant, dont il se sert pour l'accompagner 
quand il se rend en cour, d'ailleurs pour l'expédition 
des dépêches ou des réponses qu'il a ft faire et au 
dedans et au dehors du royaume, enfin pour le soula- 
ger là où il y a lieu de le faire, aussi ne manque-t-on 
pas de s'adresser audit Père et d'en mendier la faveur 
et les bons offices auprès du Père la Chaise. Durant 
les dernières années de mon séjour en France, c'étoit 
le Père Verjus qui avoit cet emploi, frère du comte 
de Grécy qui a été autrefois id, à Berlin, avec lui, et 
lequel Père j'ai connu en bien des endroits, comme 
aux traités de Bréda en 1 667, où il étoit en habit sécu- 
lier à la suite de l'ambassadeur de France, M. C!ourtin, 
depuis à Cologne, et ailleurs. 

DB LA GURlOSrrÉ DU PÈRE POUR LES ANTIQUrrÉS. 

Au reste, je finirai ce que j'avois à dire du Père la Chaise 
en ajoutant que conmie d'ailleurs il fait profession de 
belles-lettres, surtout d'être curieux de médailles 
antiques, et dont il a un assez beau cabinet, que cela 
m'a donné lieu de le voir assez souvent dans les assem- 
blées qui se faisoient chez le duc d'Aumont et dont 
j'ai fait mention ci-dessus^ en parlant de ce duc. Je 
puis dire même que cette considération sans doute de 
la même curiosité le portoit à se montrer fort honnête 

i. Page 135. 

17 



258 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

et fort civil en mon endroit, et dans œs mêmes assenn 
blées ou quand je le trouvois par hasard à Versailles 
dans les appartements du Roi, et même dans une ou 
deux rencontres où j'eus besoin de son crédit et que 
je fus sollicité de l'employer. L'une fut en faveur d'un 
abbé catholique -romain de mes anciens amis, que 
j'avois connu autrefois dans le service palatin, où il 
étoit employé, quoique catholique, pour les dépèches 
françoises, et d'ailleurs avec la qualité de gentilhonune 
de la cour, et dont je fus requis de parier au Père la 
Chaise, dont il savoit que j'étois connu par les endroits 
susdits, pour lui procurer un meilleur bénéfice qu'il 
n'avoit. Sur quoi je dirai, en passant, que, ce même 
abbé le remerciant de l'octroi du bénéfice que j'avois 
demandé pour lui, le Père lui dit qu'il lui feroit avoir 
un évèché s'il pouvoit me faire catholique. L'autre 
rencontre Ait, et ce qui réussit peu de temps après , 
pour tirer des cachots par son crédit un gentilhomme 
fi^ançois de la Religion, de mes parents du c6té 
maternel, et qui n'y étoit mis que sur le soupçon 
d'avoir voulu sortir du royaume après avoir été 
contraint de signer, et [qui conUnuoit] à tenir ferme 
dans le cachot à ne vouloir faire aucun acte de 
catholique-romain. En sorte que ce que j'ai touché 
ci-dessus du Père la Chaise trouvera d'autant plus de 
créance, qu'en mon particulier j'ai eu sujet de me louer 
de ses manières et de ses honnêtetés dans les occa- 
sions qui s'en sont présentées. 



PAR ÉZÉGHIKL SPAIOIBIM. S59 



DES CARDINAUX ET QUELQUES AUTRES PRÉLATS 

DE LA COUR DE FRANGE. 

Après avoir parlé de Fardievèque de Paris et du 
Père la Chaise comme les directeurs et les arbitres du 
Conseil de conscience et des affaires de la religion en 
France, il y auroit lieu de parler d'autres ecclésias* 
tiques de France qui y sont les plus distingués et 
méritent quelque considération particulière par leur 
dignité, par leur rang et par leur mérite. 

DU GRAm) AUMÔNIER DB FRANGE. 

Sur quoi je dirai que, [parmi] les ecclésiastiques qui, 
par leur charge, approchent le plus de la personne du 
Roi, on doit mettre en premier lieu le grand aumônier, 
qui fait les cérémonies et les fonctions les plus écla- 
tantes , comme de marcher au côté du Roi aux pro- 
cessions et lui donner la communion, d'assister aux 
festins royaux, de baptiser le Dauphin ou les enfants 
de France, d'avoir Tintendance sur la maison, les oflS- 
ciers ecclésiastiques et la chapelle du Roi, sur les 
hôpitaux, sur l'Université de Paris, les collèges et 
autres, et enfin de donner le certificat du serment de 
fidélité que les archevêques ont coutume de prêter au 
Roi. Il est d'ailleurs, en vertu de sa charge, comman- 
deur-né des ordres du Roi et reçoit les informations 
qu'on fait de la vie et des mœurs des chevaliers de 
l'Ordre . Conune le cardinal de Bouillon est revêtu de 
cette importante charge et est présentement à Rome, 



860 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

je n'ai rieo ici à ajouter à oe que j'en ai déjà dit ci-des- 
sus^ en pariant de la maison de Bouillon. 

Le premier aumônier supplée presqu'à toutes les 
fonctions du grand aumônier. C'est Tévéque d'Orléans', 
petit-fils du feu chancelier Séguier, qui est un prélat 
doux, honnête, civU, modéré, fort bien en cour et 
auprès du Roi par ces mêmes endroits, d'ailleurs sans 
être autant distingué par le savoir ou par des qualités 
éclatantes du côté de l'esprit. 



DES CARDINAUX FRANÇOIS. 

D'ailleurs, comme les cardinaux tiennent le premier 
rang parmi les ecclésiastiques, il y en a aujourd'hui 
quatre françois, outre le cardinal de Bouillon susdit, 
savoir : les cardinaux de Bonsy, d'Estrées, [le] Camus 
et Fourbin, de la dernière promotion. 

DU CARDINAL DE BONSY. 

Le cardinal de Bonsy, grand aumônier de la feue 
reine et archevèque-primat de Narbonne, est origi- 
naire d'une famille noble de Florence et dont un de 
ses ancêtres vint en France à la suite de la reine Cathe- 
rine de Médicis et s'y établit. Il a été connu assez long- 
temps sous le nom d'évèque de Béziers, et, durant 
qu'il en portoit la qualité, fut nommé par le feu grand- 
duc de Florence pour son ambassadeur extraordinaire 
au mariage de la princesse d'Orléans (qui est la grande- 

i.Page 127. 

2. Pierre du Gambout de Goislin, qui devint cardinal en 1697. 



PAR fettnmRL 8PÀNHBIM. S61 

duchesse d'aujourd'hui) avec le prince de Toscane, son 
fils. Aussi fut-il nommé ensuite par le Roi pour con- 
duire à Florence ladite princesse, et où je le vis en 1 661 • 
Il fut ensuite ambassadeur à Venise, et où il se trou- 
voit à mon retour d'Italie par ladite ville, au commen- 
cement de Tannée 1665. Il fut envoyé en Pologne, 
quelque temps après, dans la même qualité, s'y trouva 
au temps de l'élection du dernier roi Michel, et, en 
dernier lieu, a été ambassadeur en Espagne. Au retour 
de tous ces emplois, il eut en vue et se flatta même 
quelque temps d'être employé dans le poste du minis- 
tère. Aussi n'oublia-t-il rien de ce qu'il crut y pouvoir 
contribuer, et ainsi à s'attacher à la cour en vertu de 
sa charge de grand aumônier de la Reine, dont il avoit 
été revêtu. Cependant cette vue susdite lui manqua 
par l'opposition qu'on y apporta sous main de la part 
des ministres, qui ne crurent pas d'y trouver leur 
compte : ce qui le porta à quitter la cour et à aller 
résider en Languedoc, où étoit l'archevêdié de Nar^ 
bonne qu'on lui avoit donné, et dont le poste étoit 
d'autant plus considérable qu'il y est joint la qualité 
de primat et de présidentrué des États de Languedoc, 
qui ont coutume de s'assembler une fois par année. 
C'est aussi en vertu de cette fonction et du service 
qu'on en peut tirer, particulièrement pour le don gra- 
tuit qu'on a coutume d'y faire au Roi, qu'il a eu l'oo- 
casion de continuer à faire valoir son zèle et son atta- 
chement pour la cour. Aussi ne manque-t-il pas d'y 
faire de firéquents voyages. Cependant, malgré son 
extraction italienne, sa qualité de cardinal et sa com- 
plaisance pour les volontés de la cour, il ne s'est 
montré ni cruel ni fort échauffé à en exécuter les ordres 



862 RELATION DE lA COUR DE FRANCE 

OU les intentions dans la persécution des gens de la 
Religion, et tâcha même de la détourner dans la pro- 
vince de Languedoc par les remontrances qu*il fit au 
Roi de la ruine qui en arriveroit à cette province ; mais 
à quoi il y trouva le Roi inflexible. Il n'a pas laissé 
depuis de témoigner aux occasions de voir à regret 
les extrémités où on y portoit les affaires et la rigueur 
avec laquelle on y procédoit : ce qu'on peut attribuer 
à un tempérament et un génie qu'il a plus porté à jouir 
des plaisirs et des commodités de la vie, et à ne s'em- 
barrasser pas beaucoup des points de doctrine ou des 
scrupules de conscience, qu'à se faire une affaire des 
matières de religion et de contraindre les gens à s'y 
soumettre par force et par de mauvais traitements. 
Aussi ne se mettoit-il guère en peine de déguiser le 
commerce qu'il entretenoit, de notoriété connue dans 
sa province, avec une demoiselle de Montpellier (où il 
faisoit son séjour ordinaire) qui ne marquoit pas une 
vie régulière, une humeur fort austère. D'ailleurs, la 
portée de son esprit étoit plus tournée pour l'intrigue 
du cabinet, et avec plus de penchant et d'adresse pour 
s'insinuer dans la faveur et dans les affidres, que pour 
en supporter la fatigue et en remplir tous les devoirs. 
Enfin, comme il est revenu de ces vues qu'il a eues 
autrefois pour le ministère, il brille moins à la cour, 
quand il y vient, qu'il n'a fait du temps passé, et appa- 
remment n'y acquerra pas à l'avenir, ou n'y briguera 
pas même plus de considération qu'il n'en a présen- 
tement. Aussi lui a-t-on rendu de mauvais oflSces auprès 
du Roi, et entr'autres sur le sujet de la vie un peu 
licencieuse de ce cardinal. 



PAR ÉZÉGHIEL 8PANHEIH. 3163 

DU CARDINAL d'eSTRÉES. 

f 

Le cardinal d'Estréeb, frère du feu duc d*Estrées 
mort ambassadeur à Rome et du maréchal de ce nom, 
a été toujours absent à Rome durant mon dernier 
séjour en France, au moins d'où il en partit bientôt 
après mon arrivée en 1680, et n'y est retourné que 
depuis un mois ou deux en çà, après Télection du der- 
nier pape : en sorte que je n'en puis rien dire de par^ 
ticulier et que sur la voix publique ou le rapport de 
ceux qui le connoissent et qui en peuvent juger. Ce 
que j'en pus reconnoltre pour Tavoir vu à mcHi arrivée 
en cour, c'est qu'il est d'une taille et d'une mine avan- 
tageuse, que celle-ci marque de l'esprit, et de la fierté 
au besoin. Aussi, suivant ce qu'on en dit et ce qu'on 
en sait, sa mine n'est point trompeuse à ces deux 
égards, et ce qui a assez paru et éclaté durant tous les 
démêlés qu'il a eus à soutenir à Rome, et sous le défunt 
pape, pour les intérêts de la cour de France : en pre- 
mier lieu, dans l'affiiire de la régale, qui fit le sujet de 
son envoi, et ensuite dans celle de la franchise des 
quartiers, après au sujet de la dernière élection de 
Cologne, des contestations qui survinrent là-dessus, et 
du parti que le feu pape y prit contre le cardinal de 
Furstenbei^ et en faveur du prince Clément de Bavière, 
et enfin de la guerre entamée partie à ce sujet de la 
part de la France, et des déclarations ou manifestes 
au nom du Roi qui en furent adressés là-dessus à ce 
cardinal et mis au jour. Ce n'est pas ici le lieu de tou- 
cher ce qui regarde les cas ou di£Pérends susdits ; il 
suffit de remarquer, à l'égard de ce cardinal, qu'on 



264 RELATION DB LÀ COUR DE FRANGE 

tombe d'accord généralement qu'il a un esprit vif, 
fort et pénétrant, qu'il est même fort éclairé, rempli 
de belles connoissances, et d'un savoir peu commun et 
dans la littérature et dans les matières de théologie. 
Il s'étoit servi pour celle-ci du célèbre Launoy, docteur 
de Sorbonne, qui étoit son pensionnaire, d'ailleurs 
connu par la variété, la doctrine et la hardiesse de ses 
productions. Aussi a-tril le double talent qui est de 
s'exprimer avec beaucoup de facilité, d'agrément et 
de justesse, et d'écrire avec ces mêmes avantages, 
non seulement en françois ou en italien, mais encore 
en latin. Aussi ai-je vu souvent de ses lettres latines 
fort bien écrites, qu'il écrivoit de Rome, de fois à 
autres, à un conseiller du parlement de Paris qui étoit 
de ses amis particuliers et avec lequel il entretenoit 
conmierce, quoique celui-là A^t alors réformé. D'ail- 
leurs, conune il a été fisut cardinal à la nomination de 
la feue reine de Portugal, dont il étoit proche parent, 
et qu'il y avoit accompagné cette reine, il y ménagea 
durant quelque temps les intérêts et affaires de la cou- 
ronne de France. II fut ensuite envoyé à la cour de 
Bavière durant la guerre passée et la vie du feu élec- 
teur et l'électrice défunte, y resta environ deux ans et 
y réussit à faire tenir cette cour-là dans une si exacte 
neutralité, qu'elle refusa même de donner sa quote- 
part aux troupes de l'Empire, malgré les obligations 
précises qui en résultoient par les délibérations de la 
diète de Ratisbonne, et les^ députations expresses qui 
en furent faites à Munich de la part du collège électoral. 
Je laisse à part les traverses et les contradictions qu'on 

i. Des, dans le manuscrit. 



PAR iztCmBL 8PANHBIM. 3165 

apportoît dans oe temps-là, de la part des ministres 
de Bavière, dans les mêmes délibérations de la diète, 
au sujet ou en suite même de la déclaration et des 
engagements de guerre de la part de l'Empire contre 
la France. Ce cardinal, après son retour en France et 
à Toccasion du di£Pérend qui y survint avec la cour de 
Rome dans l'affaire de la régale et de quelques brefs 
que ie défunt pape lui en adressa, fut envoyé à Rome 
conune celui qu'on réputoit le plus propre et le plus 
capable pour sa dignité, par son esprit, par sa fermeté 
et par son savoir, d'y soutenir les droits de la cour de 
France et d'y appuyer au besoin le duc d'Estrées, son 
frère, qui étoit déjà depuis quelques années ambassa- 
deur à Rome ; mais, conune les dispositions du défiint 
pape se trouvèrent fort opposées à y relâcher de son 
droit prétendu, qu'il arriva même des incidents les 
uns après les autres, comme dans le différend des reli- 
gieuses de Charonne^, ensuite la grande affaire de la 
franchise des quartiers, qui aigrirent de plus en plus 
le pape et ses créatures contre la cour de France, mais 
encore de les voir augmenter de plus en plus, et de pas- 
ser même à la cour de Rome pour y avoir donné lieu par 
trop d'ardeur et de hauteur qu'il y avoit fait paroitre, 
et pour avoir porté la cour de France à s'y engager 
trop avant, aussi ceux qui ne peuvent lui refuser le 
juste éloge d'un esprit fort éclairé, ferme, entrepre- 
nant, et enfin d'une habileté^ peu commune, ne discon- 
viennent pas qu'il pouvoit avoir dans les occasions 
moins d'ardeur et de fierté, plus de souplesse et de 
ménagement. 

1. La Charonne, comme plus haut. 

2. Habilité, dans le manuBcrit. 



366 RELATION DE LA COUR DE fBANGE 

DU CARDINAL [lb] CAMUS. 

Je ne dirai rien de particulier du cardinal [le] Camus, 
tant pour l'avoir ni vu ni pratiqué durant tout le temps 
de mon séjour en France, que de ce qu'en effet il 8*est 
tenu et se tient renfermé dans son diocèse de Grenoble, 
dont il est évéque et qui est la capitale, comme on 
sait, du Dauphiné. Il est d'une famille dérobe de Paris, 
considérable par la ridiesse et par les emplois de pré- 
vôt des marchands, de lieutenant civil et de président 
aux enquêtes qu'elle a eus ou qu'elle possède encore 
aujourd'hui. J'ajouterai seulement, à l'égard de ce 
prélat, qu'il se fit considérer et distinguer par son 
esprit et par son savoir , mais d'ailleurs par une vie peu 
réglée, n'étant encore que Vahhé [le] Camus ; qu'il s'en 
corrigea ensuite et embrassa même une vie austère, reli- 
gieuse et toute appliquée aux fonctions d'un véritable 
ecclésiastique ; que c'est par où surtout il se rendit 
recommandable depuis sa promotion à l'évècbé de 
Grenoble, et en y faisant hautement profession d'une 
morale sévère fort opposée à celle des nouveaux 
casuistes , ou d'ailleurs à la conduite et aux maximes 
des évêques de cour^ qu'on appelle. Ce fut aussi la 
réputation de cette grande intégrité et de cet éloi- 
gnement des intérêts de la cour, en un mot celle de 
sa morale et de sa doctrine, qui penchoit plus du 
côté des Jansénistes que des Jésuites, qui porta le 
défunt pape à le faire cardinal de son propre mouve- 
ment et sans la participation même ou l'agrément de 
la cour de France, comme il se pratique d'ordinaire à 
l'égard de la création des cardinaux nationaux : d'où 



PAR ÉZÉGHIEL 8PA5HBIM. 267 

il arriva aussi que cette élection, faite d'ailleurs au fort 
des démêlés entre le défunt pape et la cour de France, 
surprit assez celle^ ; qu'on eut de la peine à porter 
le Rc» d'y acquiescer, et qu'après tout, en permettant 
a ce nouveau cardinal d'en prendre la qualité en con- 
sidération de ses parents, qui en firent d'abord leurs 
soumissions^ en cour, on ne laissa pas de lui ordonner 
en même temps de ne venir point se présenter devant 
le Roi et de rester dans son diocèse : ce qu'il a fait 
aussi jusques ici, et sans même avoir eu la permission, 
après la mort du défunt pape, de se rendre à Rome 
avec les autres cardinaux françois, pour s'y trouver au 
conclave et y concourir à Télection d'un nouveau pape. 
Au reste, on rend ce témoignage à ce prélat qu'il n'a 
pas marqué tant d'aigreur, d'animosité et de cruauté 
que plusieurs de ses confrères, et entre autres son 
voisin, l'évèque de Valence, dans la persécution des 
gens de la Religion de sa ville et de son diocèse, et 
qu'il y a apporté autant de modération qu'on en pou- 
voit attendre en de pareilles conjonctures. Il se déclara 
même, par une lettre qui a été rendue publique, contre 
les communions forcées auxquelles on vouloit obliger 
les nouveaux convertis. 

DU CARDINAL POURBIN*. 

Le cardinal Fourbin est Tévèque de Beauvais qui 
vient d'être élevé à cette dignité dans la promotion 
qui a été faite par le nouveau pape^. Il en est rede- 

1. Leur est au singulier, et soumissions au pluriel. 

2. Toussaint de Forbin-Janson. 

3. Le 23 février 1690. 



268 REIAnON DE LA COUR DE niANGE 

vable à ses emplcHs passés en Pologne, où, en qualité 
d^ambassadeur de France, il contribua à l'élection du 
roi d'aujourd'hui, et en obtint pour récompense la 
promesse de la nomination de ladite couronne au car^ 
dinalat. Mais, comme, d'un côté, les différends suivis 
de la cour polonoise avec celle de France, et ensuite 
de celle-ci avec le défunt pape, en retardèrent l'effet, 
il n'a cependant jamais perdu de vue^ le dessein de n'y 
rien négliger de son côté et de se prévaloir de toutrâ 
les conjonctures qui pourroient y donner lieu; et, 
comme c'est un des évèques de cour qui a joint à 
beaucoup d'esprit et beaucoup d'habileté' un grand 
attachement aux volontés du Roi et à lui faire sa cour, 
et une grande assiduité à l'égard des ministres, il a su 
aussi engager bien avant et le Roi et les mim'stres à 
faire de son intérêt particulier, savoir : de sa promotion 
à la dignité de cardinal, un intérêt de la couronne; ce 
que j'ai pu assez reconnoltre durant mon séjour en 
France, et les diverses occasions que j'y ai eues d'y 
voir ce ministre conune un courtisan fort assidu, adroit 
et appliqué à son afi&ire ; en sorte qu'il ne faut pas 
douter, et comme l'événement l'a assez fait voir, qu'il 
n'ait eu le crédit de faire de sa promotion un des 
points recommandés à l'ambassadeur de France et 
aux cardinaux chaînés des intérêts de cette couronne 
dans le dernier conclave, et pour en tirer parole du 
nouveau pape avant que de lui donner leurs sufiK^ages. 
Et comme il se voit à présent au comble de ses vœux 
après tant de fâcheux incidents qui ont retardé assez 
longtemps et ont pensé même lui enlever ce chapeau 

1. Veùes est au pluriel. — 2. Ici, habileté. 



PAR ÉZâCHIEL SPAmUUH. S69 

de cardinal, il ne faut pas douter qu'il ne se serve à 
présent de son élévation pour s'insinuer plus avant 
dans la faveur et dans les intrigues de la cour et pour 
faire valoir son poste. G'étoit déjà dans cette vue de 
s'y pousser et pour faire sa cour aux Jésuites, et entre 
antres au Père confesseur, qu'il se déclara un des plus 
grands ennemis des Jansénistes, durant la contestation 
de ces deux partis. Au reste, je me souviens que, dès 
la première fois que je le vis durant les traités de 
Nimeguen, où il passa en revenant de sa première 
ambassade en Pologne, et depuis son retour de la 
seconde, que j'ai eu occasion de le voir assez souvent 
à la cour de France et chez M. de Groissy, il me par- 
loit toujours avantageusement des intérêts de feu Son 
Altesse Électorale et des occasions qu'il avoit eues, 
durant ses emplois en Pologne, d^y prendre part. Au 
reste , il est d'une noble et ancienne famille de Pro- 
vence, étoit encore évéque de Marseille durant sa 
première ambassade en Pologne, après avoir été aupa- 
ravant évéque de Digne, et, en dernier lieu, évêque et 
comte de Beauvais, et pair de France en cette qualité. 



DE QUELQUES AUTRES PRÉLATS FRANÇOIS. 

DE l'ARGHEVÂQUE DE REIMS. 

Après ces cardinaux françois et l'archevêque de 
Paris, dont j'ai assez parlé, le prélat le plus considé- 
rable à la cour et en passe, suivant les avis de France, 
d'avoir aussi le chapeau de cardinal à la nomination 
du roi Jacques, est l'archevêque de Reims, en cette 



S70 RELATION DE LÀ OOUR DE FRAlfCB 

qualité premier duc et pair de France, et d'ailleurs 
maître de la chapelle du Roi. Il est fils, comme on sait, 
du feu chancelier [le] Tellier et frère de M» de Louvois. 
Cet avantage de sa naissance est aussi sans doute celui 
qui a le plus de part à son élévation ; au moins on ne 
l'attribueroit pas aisément aux préjugés qu*on peut 
tirer d'un extérieur peu capable de prévenir en sa 
faveur. Il est véritablement grand de tfdUe, et avec 
tout l'embonpoint d'un homme bien nourri, mais 
d'ailleurs avec un air rude, grossier, et des manières 
qui y ont beaucoup de rapport. Cependant, comme la 
considération et les services du père ne purent que 
procurer de bonne heure des bénéfices considérables 
à ce second fils, destiné aux emplois de l'Église, il 
n'épargna rien aussi pour le faire instruire dans les 
connoissances qui y étoient requises. Ce fils ne s'y ren- 
dit pas mal habile, et étudia par degrés jusques à être 
promu docteur en théologie de la Sorbonne. La faveur 
et les postes du père et du frère ne purent d'ailleurs 
que concourir à en procurer de plus avantageux à 
celui-ci que la qualité qu'il portoit d'abbé le Tellier, 
et ainsi à le faire déclarer coadjuteur de l'archevêque 
de Reims, un des premiers et plus considérables 
bénéfices de France par les revenus, par le droit de 
sacrer les rois et par le rang qu'il donne de premier 
duc et pair de France. Il en remplit aussi le poste dès 
la mort de l'archevêque, mais en ne laissant pas de 
rester plus en cour que de résider en son diocèse. 

DE SA GONDUTTE A l'ÉGARD DES lANSÉmSTES ET DU PAPE. 

La faveur de l'archevêque de Paris, dont le carao» 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEDf. S71 

tère étoit assez différent du sien et pour le tour d'es- 
prit et pour les manières, comme on peut assez 
juger de ce que j'en ai dit ci-dessus S et qui s'étoit 
appuyé du crédit des Jésuites, ne put que donner du 
penchant à Tarchevèque de Reims pour le parti de 
leurs ennemis les Jansénistes, et le porter à garder 
quelques ménagementsavec eux, sans oser cependant 
se rendre ouvertement leur protecteur. L'affîdre de la 
régale étant venue ensuite sur le tapis, les démêlés 
accrus là-dessus entre ^ le défunt pape et la coiur de 
France, et qui avoient le même archevêque de Paris 
en téte^, il tâcha, dans les assemblées du clei^é qui 
s'en tinrent à Paris, et depuis, d'y chercher des tem- 
péraments qui, sans offenser la cour, pussent choquer 
moins celle de Rome, ou même y être reçus, et s'en 
faire un mérite auprès du pape. Mais, comme tout cela 
n'eut point d'effet par l'inflexibilité et la prévention 
du pape dans le droit et dans le fait en question, et 
d'ailleurs par les décisions qui survinrent de la dépu- 
tation du clei^é de France dans l'affaire des quatre 
propositions contre l'infaillibilité et le pouvoir des 
papes, et à quoi l'archevêque de Reims, qui y avoit 
assisté, n'avoit pu que se conformer, joint au différend 
qui arriva encore entre les deux cours pour la fran- 
diise des quartiers, il se vit par là hors de toutes les 
mesures de garder, pour ses vues particulières et en 
haine de l'archevêque de Paris, quelque ménagement 
avec le défunt pape. 



i. Pages 244 et saiyante. 

2. Contre, dans le manuscrit. 

3. Cette phrase a peut-être été altérée par le copiste. 



SI72 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

DE QUELQUES BRUIT8 SUR SA CONDUITE. 

Sa faveur, malgré celle de M. de Louvois son frère, 
n'en paroissoit pas plus grande auprès du Roi, qui 
ne se trouvoit aucun penchant pour Thumeur, le génie 
ou les manières de cet archevêque : à quoi se joignit 
le bruit qui se répandit en premier lieu d'un commerce 
peu honnête, et dont il a été parlé ci-dessus^, avec la 
duchesse d'Aumont, femme de son beau-frère, et 
quelque temps après avec sa propre nièce, fille de ce 
duc et d'une sienne soeur, et mariée au marquis de 
Gréquy, fils du feu maréchal de ce nom. Cette dernière 
affaire, qui fut accompagnée d'un emportement de 
jalousie de cet archevêque contre sa même nièce, ayant 
fait par là de l'éclat, elle donna lieu aussi au Roi, qui 
en fut averti, d'en témoigner du mécontentement 
contre ce prélat, et à celui-à de s'éloigner pour quelque 
temps de la cour et se retirer en son archevêché à 
Reims. Depuis son retour, il garda le poste et la con- 
sidération que son rang et la faveur du frère lui 
donne à la cour, mais d'ailleurs sans y avoir plus de 
part dans la confiance ou dans l'incUnation de Sa 
Majesté. Aussi n'est-il pas fait pour s'y attirer une 
approbation générale, ni d'humeur à s'y faire distin- 
guer du côté de la dépense et des manières. Il ne laisse 
pas d'avoir son mérite, d'être suffisanunent instruit 
des matières de la doctrine et de la discipline de 
l'église romaine, capable d'en parler avec fondement 
et avec connoissance quand il en est question. Aussi 

1. Pages 136 et 137. 



PAR ÉZÉGHIEIi SPANHEDf. 973 

entreteDôît^il auprès de lui un docteur de Sorbonne, 
nommé Faure, qui pàssoit pour un des plus habiles 
qu'il y eût en France dans les matières de l'antiquité 
ecclésiastique et des canons, d'ailleurs dans la con- 
noisaance générale des livres, et ainsi qui, par tous 
ces endroits, ne pouvoit être que d'un grand secours 
à ce prélat dans les rencontres. Et comme j'ai vu 
firalcbement des avis de Paris dans les gazettes, qui 
parlent de la mort de ce docteur ^ que j'avois eu occa-. 
sion de voir et de connoltre durant mon dernier séjour 
en France, on peut croire que la perte en aura été 
sensible à son patron et son bienfaiteur. 

DE L'évâQUE DE HEAUX. 

Il y a encore un prélat en cour distingué par son 
mérite, par son savoir et par ses emplois, et connu 
au dehors par ses ouvrages. C'est l'évèque de Meaux, 
ci-devant évéque de Gondom et précepteur du Dau- 
phin, et à présent premier aumônier de Madame la 
Dauphine. Ce fut aussi peu avant qu'il fût choisi pour 
instruire le Dauphin , qu'il composa le livre de YExpa^ 
sUion de la foi catholique j qui a fait assez de bruit en 
France par quelques prétendues conversions, et entre 
autres celle de M. de Turenne, qu'on attribua à la lec- 
ture de ce petit ouvrage, et au dehora, parmi les pro- 
testants, par les diverses réftitations qu'on en a faites. 
Gonune tout le but de ce livre ne tendoit qu'à plâtrer 
la doctrine de l'église romaine par tous les adoucisse- 

1. Antoine Faure, prévôt de Téglise métropolitaine de Reims, 
mort dans cette ville le 30 octobre 1689. — Son nom est écrit 
Pavre dans le manascrit. ■ û 



874 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

ments qu'il crut d'y pouvoir apporter» ce aiènie livre 
ne put aussi que servir de prétexte aux eorwersians^ 
comme on parle en France, de ceux qui avoieut d^ 
pris le dessein d'embrasser la religion romaine et ne 
cherdioient plus que des prétextes et des couleurs 
pour ce changement* Cependant un succès apparent 
de cet ouvrage attira les applaudissements de la cour 
à son auteur. Il s'étoit d'ailleurs rendu recommandable 
à la cour, et ce qui avoit aussi fait la plandie de sa 
promotion à son premier évëché de Gondom, par le 
don de la prédication, n'étant encore que l'abbé Bo»- 
suet, conmie il s'appelle de son nom, et que je l'ai vu 
dans ce temps-là, dans mes envois passés en France, 
1 666 et 1 668, comme aussi par la régularité de la 
vie et des moeurs, et par l'ardeur même d'un zèle 
qu'il faisoit paroltre à reprendre hardiment les vices 
de la cour et des courtisans sans distinction de per- 
sonne. Son assiduité qu'il apporta ensuite à instruire 
le Dauphin durant qu'Û fut diai^é de ce soin n'auroit 
pu aussi être plus grande. 

DE SA CONDUITE DANS LES AFFAIRES DE LA REUGION ^ . 

En sorte qu'ayant une réputation bien établie en 
cour, et auprès du Roi en particulier, par tous ces 
endroits, ce prélat ne chercha encore qu'à Taugmenter 
davantage dans la grande affaire de la conversion des 
gens de la Religion, d'affecter là-dessus des confé- 
rences, comme avec le feu ministre Claude, de faire 
et d'en publier ensuite des triomphes imaginaires sur 
le changement suivi de la dame ^ qui avoit servi de 

1. Ce titre a été ajouté après coup, par Spanheim. 

2. En marge : « G'étoit Mlle de Duras, sœur du maréchal duc 



PAR ÉZÉCHlEt SPÀNHEIM. 275 

sujet OU de prétexte à la conférence. Il ne s'attacha 
pas avec un zèle moins ardent à rédoubler ses soins et 
son application pour procurer et avancer les prêtent 
dues conversions à mesure que l'autorité de la cour 
s'y engageoit plus avant, et sans conserver plus d'égard 
ou de mesure dans les moyens qu'elle y employoit. 
Aussi il ne se contenta pas de continuer à plaider ou 
à pallier la doctrine de l'église romaine par ses écrits, 
ce qui pou voit être licite à un ecclésiastique romain, 
mais eut même la complaisance ou la bassesse d'y 
nier ou de déguiser hautement des faits d'ailleurs 
aussi notoires et palpables que ceux des traitements 
cruels et des barbaries qu'on employa pour opérer 
les susdites conversions. C'est eacore dans cette même 
vue de rendre odieuse la doctrine de la religion pro- 
testante et des premiers réformateurs, luthériens ou 
calvinistes f comme il les appelle, qu'il entreprit et 
publia un assez gros ouvrage, et dont il voulut me 
régaler, où il prétend étaler les variations des protes- 
tants dans la doctrine, et auquel on vient de pubUer 
une solide réponse en Hollande, outre ce qu'un gen- 
tilhomme allemand, M. de Seckendorf, en a écrit pour 
la défense de Luther et des luthériens. 

DES VUES DE CE PRÉLAT POUR SON AVANCEBIEPO'. 

Cependant, comme tout ce que je viens de dire de 
ce prélat le fait regarder à la cour de France comme 
un des illustres avocats de l'Église et de la religion 

de ce nom et de la comtesse de Roye, qui porta depuis le nom de 
Mme Durafort (sic) et fut dame d'atour de la duchesse d'Orléans. » 



276 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

catholique et lui attire une considération particulière 
par tous les endroits que j'en ai touchés, aussi est-il 
un des prélats françois qui a le plus en vue, et croit 
même Tavoir assez mérité, savoir : de prétendre au 
chapeau de cardinal. C'est aussi dans cet esprit qu'il 
a tâché, autant qu'il a pu sans offenser sa cour, de 
ménager le défunt pape et la cour de Rome durant 
tout le cours des différends et des démêlés passés. 
D'ailleurs, comme il a paru, jusques à mon départ de 
France, assez indépendant des Jésuites, plus attaché à 
l'archevêque de Reims qu'à celui de Paris, et dans la 
prévention même de n'être pas ennemi des Jansénistes, 
on ne peut pas répondre si ces considérations ne pour- 
ront point apporter quelque obstacle à sa promotion, 
ou contribuer au moins à le^ retarder. D'ailleurs, il 
avoit eu déjà le bonheur de voir améliorer^ son poste 
et sa condition par la gratification que le Roi lui a faite, 
durant mon dernier séjour en France, d'un évêché 
beaucoup plus riche et au voisinage de Paris, savoir : 
celui de Meaux, en place de celui de Gondom, qui en 
étoit bien éloigné et de moindres revenus, et qu'il avoit 
auparavant. C'est par où aussi, et par sa charge de 
premier aumônier de Madame la Dauphine qu'il se 
vit en état de continuer ses attachements à la cour 
après qu'il n'y tenoit plus par son poste susdit de pré- 
cepteur du Dauphin. 

CARACTÈRE DE CET ÉVÊQUE ET DE SES OEUVRES. 

Au reste, on lui doit accorder le mérite ou les qua- 

i. Sic. 

2. Mélioré, corrigé à Tinfinitif par Spanheim. 



PKR ÉZÉGHIEL SPAimEOf. S77 

lités d'un esprit vif, net et ardent, d'une imagination 
prompte et féconde, de beaucoup d'éloquence pour la 
diaire, d'une facilité, d'une clarté et d'une justesse 
assez grande d'expression et de tour dans ses ouvrages. 
Il parut même avoir de la modération, de l'honnêteté 
et du ménagement dans les premiers qu'il mit au jour 
sur les matières de religion et qui étoient contestées 
entre les deux partis. Il n'en usa pas de même dans 
ceux qu'il publia ensuite, dans le temps des conver- 
sions forcées et depuis l'abolition de l'édit de Nantes, 
et surtout dans celui susmentionné des variations qu'il 
attribuoit aux protestants : en sorte qu'on ne peut 
qu'y apercevoir un grand air de confiance dans la 
manière et dans le tour qu'il y donne, une hardiesse 
et une présomption égale répandue dans tout le corps 
de l'ouvrage, et tout l'emportement, même d'un auteur 
qui ne se croit plus en droit de garder aucunes mesures 
avec le parti qu'il combat et qu'il juge aux abois par 
l'état où la force venoit de le réduire en France. Le 
savoir même de ce prélat n'est pas d'une aussi grande 
étendue qu'il voudroit qu'on crût à l'air qu'il se donne 
dans ses discours et dans ses livres, et est plus fondé 
sur la beauté et sur le tour de l'esprit et sur quelque 
application particulière aux matières de religion les 
plus débattues entre les deux partis, que sur une con- 
noissance profonde de l'antiquité sacrée ou profane et 
des langues originelles qui en traitent. Après tout, on 
ne peut lui refuser l'éloge d'une vie et d'une conduite 
plus réglée et plus ecclésiastique, et ainsi d'une répu- 
tation plus établie du côté des moeurs que celle de ces 
deux autres archevêques de cour ou de quelques^ns 
des cardinaux mêmes dont je viens de parler. 



278 RELATION DE LA QOUR DE FRANCE 

r 

Au reste, ce sont là les prélats et les ecclésiastiques 
qui brillent le plus à la cour de France et y sont les 
plus considérés, qui ont aussi le plus de part, ou dans 
la confiance, ou dans Testime et Tapprobation du Roi, 
ou dans la direction des affaires de la religion et de 
TÉglise. 

DU CLERGÉ DE FRANCE. 

Après quoi il n'est pas nécessaire de parler ici du 
clergé de France en général, du nombre de dix-huit 
archevêchés et de cent sept évèchés, d'une quantité 
beaucoup plus grande comme de sept à huit cents 
abbayes, toutes de la nomination du Roi, dont il est 
composé, et d'ailleurs des grands-prieurs et chevaliers 
de Malte, qui sont aussi du corps de ce clergé, ou d'ail- 
leurs de ses revenus, qui comprennent plus de la moitié 
de ceux du royaume, ou enfin de ses assemblées, qui 
sont ou ordinaires et se font de cinq en cinq ans , ou 
extraordinaires suivant le besoin et les conjonctures. 

DE LA COLLATION DES BÉNÉnCES. 

Je me contenterai seulement de faire là-dessus deux 
ou trois remarques : l'une qui est le pouvoir du Roi 
de nommer aux bénéfices, qui fait un des plus beaux 
droits de sa couronne et lui met en main de quoi don- 
ner non seulement des récompenses considérables à 
ceux qu'il juge à propos d'en gratifier, mais de récom- 
penser même par là, dans les enfants, les services que 
les pères lui rendent dans les affaires du gouvernement 



PAR ÉZiGHIEL 8PANHKIM. 379 

de TÊtat, des^ finances, de la justice ou de la guerre, 
ou d'ailleurs dans les services domestiques et de cour 
auqprès àe sa personne, et ce sans qu'il sorte rien de 
ses trésors et de son Épargne ; ce qui attire d'ordi- 
naire et attadie à la cour de France une foule de jeunes 
ecclésiastiques ou de prétendants aux bénéfices. On 
sait d'ailleurs que c'est seulement depuis le concordat 
entre le pape Léon X et François P^ que ce droit du 
Roi de nommer aux bénéfices a eu cours en France, 
au lieu que, par la sanction pragmatique, qui y avoit 
lieu jusque-là, le droit des élections demeuroit aux 
chapitres. Je dirai quelque chose ci-après, en parlant 
des intérêts de la cour de France avec celle de Rome, 
du droit de régale, qui a tant fait de bruit depuis quelque 
temps et qui regarde la disposition du temporel de 
certains évèchés durant la vacance de siège et la col- 
lation de btoéfices dans ce même intervalle. L'autre 
remarque est qu'A y a trois ou quatre abbayes en 
France, de collation royale, qui valent mieux qu'aucun 
évèché, conune l'abbaye de SaintrGermain-de&-Prés 
dans Paris, qu'on tient de quatre-vingt mille livres de 
rentes et qui a été donnée depuis^ au cardinal de Fiirs^ 
tenberg ; l'abbaye de SaintrDenis, à deux lieues de 
Paris, qu'on fait monter à cent vingt mille livres de 
rentes, dont les revenus ont été donnés, depuis deux 
ou trois années en çà,'et avec la permission du défunt 
pape, qui en accorda la bulle, pour l'entretien de la 
maison de Saint-Gyr, proche de Versailles, et dont il a 
été parlé ci-dessus dans l'article de Mme de Maintenons. 

i. De, dans le manuscrit. 

2. En 1688. 

3. Page 22. 



280 RELATION DE LÀ COUR DE FRANCE 

La troisième abbaye dont je veux parler est celle de 
Gluny, dans le duché de Boui^ogne, qui a de fort 
grands revenus et des droits très considmJ>Ies, et est 
possédée par le cardinal de Bouillon, auquel aussi elle 
a servi de retraite durant sa disgrâce. Ce même car- 
dinal jouit encore des revenus d'une autre des plus 
riches abbayes de France, qui est celle de Vast^ à Arras. 
Au reste, toutes ces abbayes susdites sont de la fon- 
dation de l'ordre des Bénédictins. 

Après quQi, je ne m'arrêterai point ici davantage sur 
ce qui regarde le clergé de France, puisque ce n'est 
nullement mon dessein de faire un état général de ce 
royaume, ni de ramasser ce qui s'en trouve dans les 
livres publics qui en parient. Il me suffit de réfléchir 
sur ce qui est de la constitution présente de la cour de 
France, et de tout ce qui mérite d'en être remarqué à 
l'égard de ceux qui y ont le plus de part dans le tem- 
porel ou dans le spirituel, ou dans les deux tout 
ensemble, et ce qui a fait aussi le sujet de ce que j'en 
ai touché jusques ici dans le cours de cette relation. Il 
ne reste plu3 que d'y ajouter encore quelques réflexions 
sur ses finances ou revenus, sur ses forces par mer et 
par terre, enfin sur ses intérêts et sur sa situation pré- 
sente. 

1. Saint* Vaast. 



PAR ÉZÉGHIEL 8PANHEIM. S81 



DES FINANCES OU DES REVENUS ET DES 

DÉPENSES DU ROI. 

J*ai parlé ci-dessus^ du Conseil royal des finances» 
du sujet et du but de son établissement, de même 
que du contrôleur général des finances, qui , en cette 
qualité, en a la première et principale direction, atta- 
chée autrefois^, et avec plus de pouvoii^et d'indé- 
pendance, à la qualité de surintendant. J'ai touché 
d'ailleurs, en parlant de M. Colbert^, le rétablisse- 
ment qu'il apporta dans les finances, à en retrancher 
la confusion, les désordres et la dissipation qui s'y 
étoient glissés par le luxe, les abus ou la malversation 
des directeurs des finances, des trésoriers de l'Épargne, 
ou, en général, des gens d' affaires ^ conune on les 
appelle en France : à quoi il faut joindre le soin qu'il 
eut à y apporter un nouvel ordre et une application 
particulière pour la destination ou le ménage des fonds 
qui dévoient fournir aux plaisirs ou à la disposition du 
Roi, à l'entretien ou à l'embellissement des maisons 
royales, et aux besoins ou à la prospérité de l'État. 

Les principaux moyens qu'on y employa furent : 
l^'de ne mettre l'administration des finances, pour la 
recette et pour la'dépense, qu'entre les mains de péU 
de personnes affidées et capables d'en rendre bon 
compte ; T de tenir un registre exact, tant de la recette 

1. Pages 233 et suivantes. 

2. Le manuscrit porte : f et qui étoit attaché autrefois i. 

3. Pages 165 et suivantes. 



282 RELATION DE LA COUR DE mANCB 

que de la dépense, qui servit tout ensemble et de frein 
pour empêcher la surprise et la confusion qui autre- 
ment s'y seroient pu glisser, et de règle sûre pour y 
prendre ses mesures ; 3^ de retrancher les emprunts 
qui se faisoient à gros intérêts par les gens d'a&ires 
pour le compte du Roi, ou d'ailleurs l'aliénation de ses 
domaines, et dont l'un ne pouvoit que chaîner à la 
longue les trésors du Roi, au lieu de les ménager, et 
l'autre en diminuer les fonds; 4^ de retrancher de 
même les pensions et les charges inutiles, ou diminuer 
celles-là suivant les occurrences ; 5"" de convertir au 
profit du Roi divers usages reçus ou établis, et dont 
les sommes qu'on en tiroit se détournoient pour ie 
profit seul des particuliers, comme il se pratique dans 
les affaires du conunerce et de divers établissements 
ou règlements nouveaux qu'on en fit ; 6^ l'introduction 
de divers nouveaux droits qui contribuassent à aug- 
menter les revenus royaux, sans aller à la charge du 
pauvre peuple, comme sur le papier marqué, sur le 
marc d'argent que les orfèvres mettent en œuvre, 
sur l'entrée du vin dans Paris, sur le retranchement 
ou extinction au besoin des rentes sur l'hôtel de ville, 
en faisant rendre le capital dû aux particuliers ou en 
diminuant notablement les intérêts ; et en dernier lieu : 
T par la confiscation, taxation ou adjudication au Roi 
des biens meubles ou immeubles, ou, en tout cas, des 
grandes sommes sur les personnes qui avoient eu 
part dans l'administration passée des finances, dans la 
garde ou distribution du trésor de l'Épargne, ou en 
général dans les partis et dans les affaireSy comme 
on les appelle en France. 



PAR ÉzâGHIEt SPANHEm. S83 

DBS RETENUS ORDINAIRES DU ROI. 

A regard des revenus royaux, qui font le fonds ordi- 
naire des finances, et de la manière qu'ils se trouvent 
établis en France, on les peut considérer en quatre ou 
cinq articles principaux, et qu'on a fait monter jus- 
ques à cent et dix millions de livres par année, savoir : 
les cinq grosses fermes, les aides et entrées, la gabelle, 
les tailles et les domaines ; outre lesquels il y a encore 
d'autres droits ou fermes dont le Roi tire annuellement 
des sommes considérables, comme des parties casuelles, 
des droits seigneuriaux, des fermes du fer et du papier, 
du marc d'or, et pareils, et avec quoi on a prétendu 
que les revenus du Roi sont montés jusques à cent et 
vingt millions de livres par année, et, depuis la dimi- 
nution de quelques millions de taille, après la paix de 
Nimeguen, et sur quelques autres impôts, à cent et 
seize millions de livres annuels. 

Les fermes des trois premiers articles, savoir : les 
cinq grosses fermes, les aides et entrées et la gabelle, 
sont appelées les fermes unies parce que les baux ou 
fermes s'en font conjointement pour les fermiers géné- 
raux et se renouvellent ordinairement de cinq en cinq 
ans^; c'est-à-dire ils s'examinent et se résolvent en 
premier lieu aux enchères qui s'y font, et enfin sont 
adjugés et arrêtés dans le Conseil des finances pour la 
somme dont les fermiers généraux sont convenus d'en 
payer annuellement au Roi. Us montoient ensemble à 
quarante-neuf millions annuels de livres par les der^ 
niers baux de ferme qu'on en a faits, savoir : ceux 

1. La durée du bail était de six ans, et non cinq. 



S84 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

des cinq grosses fermes arrêtés pour quinze milIioDS, 
des aides et entrées pour dix*neuf millions, et des 
gabelles pour autres quinze millions de livres ^ • 

Les cinq grosses fermes comprennent les droits 
d'entrée en France et de sortie hors du royaume qui 
se prennent aux douanes de toutes sortes de denrées, 
hardes ou marchandises, et dont personne en France, 
ni le Roi même ou ce qui regarde sa maison, n'est 
exempt; c'est-à-dire que les fermiers généraux, ou 
officiers des douanes sous eux, décotnptent sur ce 
qu'ils ont à donner au Roi par leurs baux de fermes 
tout ce qui est affranchi de ces droits d'entrée et 
de sortie hors du royaume par ordre exprès du Roi, 
et le mettent sur son compte : ce qui se pratique entre 
autres à l'égard des franchises qu'on a coutume d'oc- 
troyer pour la première entrée et la sortie des hardes 
ou effets appartenant aux ministres publics, mais ce 
qui ne s'étend pas plus loin que pour l'aSK^anchisse- 
ment des droits d'entrée qu'ils auroient à payer à leur 
arrivée en France de même qu'à leur départ, et nul- 
lement pour tout ce qu'ils pourroient faire venir pour 
leur usage durant le temps de leur séjour en France, 
et dont il leur faut payer les droits comme les sujets 
du Roi ; en sorte qu'à cet égard les ministres publics 
en France ont bien moins de privilèges que dans la 
plupart des autres cours de l'Europe, où ils sont francs 
ordinairement de tous droits d'entrée et d'accise 
durant leur séjour et pour leur usage ou consomma- 
tion^, ou au moins à qui on paye une certaine somme 
d'argent, conmie depuis quelques années en Espagne 

1. Voyez ci-après, p. 287, note 1. 

2. Consomption, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAmiEIM. 285 

et même en Angleterre^, quoique beaucoup plus 
modique en celle-ci, pour leur tenir compte des droits 
d*eDtrée ou d'accise qu'il ' leur arrive de payer durant 
ce temps susdit de séjour et pour leurs besoins. Il est 
d*ailleurs requis en France que ces passeports de fran- 
chise de ces^ drcMts d'entrée ou de sortie qui se donnent 
de la part du Roi soient marqués en haut du nom de 
pisé par le contr6leur général des finances, pour avoir 
leur validité auprès des officiers des douanes. A l'égard 
de ces^ droits d'entrée et de sortie, ils se prennent sui- 
vant la qualité ou la valeur diverse des denrées, et du 
différent pied, là-dessus, de trois, quatre, cinq, ou 
même six pour cent, que les douaniers ont pouvoir 
d'en prendre, et suivant l'estimation qu'ils font eux- 
mêmes de la valeur desdites denrées. Le linge, par 
exemple, les dentelles ou points de France, les tapis- 
series de haute lisse, la vaisselle d'argent, sont les den- 
rées qui payent le plus de droits , et, à l'égard de la 
vaisselle d'argent, il n'est pas même permis d'en trans- 
porter hors de France en payant les droits sans une 
permission expresse du Roi. Cette exaction de cçs 
droits d'entrée et de sortie et des douanes établies à 
ce sujet regarde^ particulièrement les provinces de 
Normandie, Picardie, Champagne et Rourgogne, et, 
[en] d'autres provinces du royaume, comme firetagne, 
Poitou, Saintonge, Guyenne, Languedoc, Provence, 

1. En marge, Spanheim a écrit cette seconde rédaction, mais 
sans corriger la première : a et en Espagne, mais non à présent 
en Angleterre. » 

2. Qui, dans le manuscrit. 

3. Ses, dans le manuscrit. 

4. Ses a été changé en interligne par Spanheim. 

5. Regardent, an pluriel, dans le manuscrit. 



286 RELATION DE LA GOUH DE FRANCE 

Dauphiné', et depuis en Lorraine , ces droits d'entrée 
et de sortie se payent, sous le nom de traite foraine^ 
dans les bureaux établis à ce sujet et qui font aussi 
partie des cinq grosses fermes. Au reste, on ne doit 
pas douter que ces mêmes droits d'entrée et de sortie 
ou de traite foraine ne soient considârablement dimi- 
nués et ne diminuent de plus en plus depuis la guerre 
présente et durant la défense du commerce avec la 
France qu'on a faite^ en Angleterre, dans les Provinces- 
Unies, dans les Pays-Bas espagnols et autres pays du 
roi catholique, et dans l'Empire. 

La ferme des aides et entrées regarde les droits 
qu'on lève pour le Roi sur toutes denrées et mardiao- 
dises qui se font dans le royaume, hors le sel. On y a 
joint les entrées de vin dans Paris, qui payent jusques à 
dix-huit et vingt livres de France pour droit d'entrée par 
chaque muid de vin, qui est d'environ trois cents pintes 
de Paris. Ces droits d'aides et d'entrées joints ensemble 
font ordinairement quelques millions annuels de livres 
plus que les cinq grosses fermes dont je viens de par- 
ler, et ont monté, dans les derniers baux des fermes, 
jusques à dix-neuf millions de livres par année. 

La gabelle se dit de l'impôt sur le sel, que les fer- 
miers des gabelles sont obligés d'acheter dans les 
salines à un certain prix, d'y acquitter les droits du 
Roi, et de le faire mettre à leurs frais dans les gre- 
niers à sel établis par le Roi, d'où ensuite ils le font 
vendre au peuple. Ge qui est le plus rude, c'est qu'outre 
le prix bien haut du sel, par l'impôt que le Roi lève 
de chaque minot' de sel, on est^ obligé d'acheter 

1 . Fait, sans accord. 

2. En marge : « Le minot de sel fait cent livres de sel. » 

3. Est qu'on est, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHBIM. 987 

dans les greniers du Roi. Le peuple, dans les provinces 
de France voisines aux salines, est de plus contraint 
de prendre une certaine quantité de sel, qu'on leur 
taxe suivant qu'on juge qu'ils en peuvent consommer, 
et qu'on appelle le sel d'impôt. En d'autres provinces 
de France, on en est quitte pour acheter ce sel dans 
les greniers du Roi, autant qu'on veut, au prix qui en 
est taxé par minot. Il y a cependant quelques pro- 
vinces qui ont radieté ce droit sous Henri II, conune 
le Poitou, la Saintonge, le pays d'Âunis, l'Ângoumois, 
le Limousin^ le Périgord, et s'appellent à cet égard 
les pays frano-sàU. Les pays conquis jouissent aussi 
de la même exemption, savoir : de ne payer point 
l'impôt du sel qu'ils prennent, comme l'Alsace, la 
Franche-Comté, les villes ou pays pris sur les Ëspa- 
gnds dans les Pays-Bas. Cependant la ferme de la 
gabelle du sel susdite ne laisse pas de monter bien 
haut, et jusques à quinze millions de livres par année. 
Y(Hlà pour ce qui regardé les fermes unieSy qu'on 
appelle, ou dont on fait conjointement les baux de 
fermes aux fermiers généraux en France, qui en 
tienoent compte au Trésor royal pour la somme portée 
par lesdits baux, et lesquels en ont été arrêtés à l'en- 
dière. Les derniers étoient, conune j'ai dit, de qua- 
rante-neuf millions par année ^ . 

1. Pierre Domergue, prôte-nom d'nne compagnie qui avait pour 
chef le financier Berthelot, passa bail le 18 mars 1687, aux condi- 
tions suivantes : 

Gabelles 17,550,000 h 

Cinq grosses fermes et tabac 1 1,800,000 « 

Gabelles de Lyonnais 1 ,620,000 « 

— de Provence et Dauphiné 2,080,000* 

— de Ijanguedoc et Roussillon 2,500,000 n 
Domaine d'Occident 500,000 n 



288 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

Les tailles sont la plus grande imposition qui se 
lève en France pour soutenir les charges de l'État, et, 
par conséquent, le plus grand revenu du Roi. Aussi 
les a-t-on feit monter jusques à cinquante-huit millions 
de livres par année, ou plus de dix-neuf millions 
d'écus, suivant la recette des trésoriers généraux de 
France, qui les reçoivent et qui en tiennent compte 
au Trésor royal. Ces tailles sont des capitations, ou 
contributions personnelles, qui se lèvent sur tous les 
habitants roturiers des villes non franches, bourgs et 
villages, suivant la cotisation ou le rôle des tailles 
qui s'en fait sur les lieux par les élus établis à cette 
fin dans les dix*sept généralités de France. Il n'y a 
d'exempts de payer les tailles que les ecclésiastiques, 
les nobles, les officiers de la maison du Roi, ceux des 
cours souveraines, des sièges présidiaux, bailliages, 
élections et pareils, oonune aussi les secrétaires du 
roi, les bourgeois de Paris et autres villes franches du 
royaume. D'ailleurs, il n'y a que trois provinces en 
France, Dauphiné, Languedoc et Provence, où les 
tailles sont réelles^ et ainsi où elles se lèvent sur les 
biens roturiers, quoique possédés par des gentils- 
hommes, et où les roturiers n'en payent point pour les 
terres nobles qu'ils possèdent. Â quoi il faut ajouter 
qu'il y a trois autres provinces, comme la Bretagne, 
le Languedoc et le duché de Boui^ogne, outre les pays 
conquis, comme la Franche-Comté, qui sont fays 
d' États j comme on les appelle, et ainsi , par un droit 

Christophe Gharriére, prête-nom d'une autre compagnie, eut, le 
môme jour, les conditions suivantes : 

Aides 21 ,000,000 ik 

Domaines 6,000,000 it 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 289 

particulier qu'elles^ se sont conservé, au lieu de Timpo- 
sition des tailles, payent un don gratuit que le Roi leur 
fait demander dans leurs assemblées, où elles en 
ordonnent elles-mêmes, en réglant la somme, et elles 
la font lever ensuite et payer. Entre ces trois provinces 
d'Ëtats susdites, le Languedoc, comme la plus riche et 
la plus peuplée, est celle qui contribue le plus et dont 
le don gratuit est annuel, et alloit ci-devant à quinze 
cent ou dix-huit cent mille livres, et, depuis quelques 
années, il va ordinairement à deux millions de livres, 
et même au delà. On comprend d'ailleurs sous la taille, 
et qui en sont comme autant de parties, ce qu'on 
appelle en France le taillons qui s'exige de la même 
manière et des mêmes sortes de personnes, pour four- 
nir à la solde des gens de guerre ; on y peut joindre 
la subsistance , qui est un droit établi pour contribuer 
à la subsistance des soldats en quartier d'hiver. Au 
reste, comme ces tailles s'exigent par contrainte quand 
il y a lieu, et avec la dernière rigueur, par les collec- 
teurs des tailles qui en sont chargés en chaque paroisse, 
pour en porter ensuite les deniers aux receveurs des 
tailles, il ne [se] peut que cela ne fasse bien des misérables, 
et qu'on n'en entende plaindre les pauvres gens de la 
campagne, qui se voient souvent réduits, surtout dans 
les mauvaises saisons, à payer plus qu'ils n'ont vaillant. 
Depuis la paix de Nimeguen, le Roi avoit soulagé son 
peuple de la diminution d'environ deux ou trois mil- 
lions de tailles, mais ce qui, après tout, se trou voit 
bien au-dessous du besoin du pauvre peuple. 

Les domaines du Roi se mettent aussi à ferme, et 
les revenus' qu'on en tire sont beaucoup moindres que 

i. Ils, dans le manuscrit. — 2. Et dont les revenus, 

19 



290 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

ceux des articles précédents et ne passent guère la 
somme de trois millions de livres par année ^ . 

Les parties casuelles regardent les deniers provenant 
de la vente des offices et de la recette de ce droit 
annuel ou poulette que payent au trésorier desdites 
parties casuelles les officiers de justice ou des finances, 
pour conserver leur charge après leur mort à leurs 
veuves ou à leurs héritiers, et avoir la dispense de 
quarante jours qu'il faut avoir survécu à la résignation 
qu'ils en peuvent faire durant leur vie ; autrement, au 
cas qu'ils meurent sans avoir résigné leur office et payé 
ce droit annuel de paulette, le profit de leur charge ne 
revient pas à leurs héritiers , mais au Roi , et entre 
ainsi dans les deniers des parties casuelles. Il y a 
quelques années qu'on établit des baux de paulette 
pour neuf années, moyennant un prêt au Roi de ceux 
à qui on les accordoit. Ce droit, pour le dire en pas- 
sant, porte ce nom de paulette d'un nonmié Paulet , 
qui fut le premier inventeur et traitant de ce droit 
étebli par édit de 1604. 

Les droits seigneuriaux, qui comprennent ceux des 
cens, lods et ventes, les fr^cs-fiefs ou la taxe sur les 
roturiers, communautés et gens de mainmorte pour 
l'indenmité des fiefs qu'ils tiennent, et qui se prend 
sur le pied de leurs revenus de trois ou de six 
semaines. 

Il y a des fermes de fer et de papier, et ce pour la 
marque qu'on y met, d'où vient qu'on appelle la pre- 
mière, en France, marque de fer. 

Le papier timbré ou marqué se dit de celui qui est 

1. 8ix millions, dans le bail de 1687, comme on Ta vu plus haut. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 89t 

marqué d'une marque royale, et sur lequel seul il est 
permis d'écrire les actes et expéditions de justice ; les 
fermes qui se font des droits qu'on en tire rapportent 
aussi considérablement au Roi. 

Le marc à^or se dit du droit qu'on lève pour le Roi 
sur tous les offices de France à chaque changement de 
titulature, et qui a été établi sous Henri III au lieu d'un 
droit qu'on prenoit pour la prestation du serment. 

Il y a encore le droit de contrôle, qui a été établi 
en France depuis quelques années, du vivant de feu 
M. Golbert, et se lève pour le Roi à raison de deux livres 
pour chaque marc de vaisselle d'argent travaillé par 
les orfèvres, et qu'ils sont tenus de payer pour le con- 
trôle ou la marque qu'on y met. 

On laisse à part d'autres droits dont^ il seroit diffi- 
cile de faire ici le dénombrement, qui sont reçus en 
France et qui entrent aussi dans les revenus du Roi. 

DES FONDS ET RESSOURCES EXTRAORDINAIRES 

DES FINANCES. 

Mais, outre ces fonds des revenus ordinaires et éta- 
blis, qui ont apporté au Roi, comme j'ai déjà dit ci-dessus, 
jusques à cent vingt millions de livres par année, il y a 
encore d'autres fonds ou ressources extraordinaires 
à quoi on a recours dans les besoins de l'État^, et sur- 
tout dans les conjonctures des guerres, et dont le Roi 
06 peut que tirer des sommes considérables pour y 
subvenir, comme : 



1. Et dont, dans le manuscrit. 

2. le huùins, dans le manuscrit. 



898 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

L Les oonstitutioDS de rente qui se font par ordre 
et pour compte du Roi sur les rentes de Thôtel de 
ville de Paris, et dont on s'avisa aussi d'en faire dès 
l'entreprise du siège dernier de Philipsbourg, en 
autonme 1 688, par l'emprunt de dix millions de livres. 
On n'a pas manqué depuis, et suivant le besoin, de pa^ 
ser à un plus grand emprunt, et pour lequel on a trouvé 
jusques ici les fonds dans les bourses des particuliers de 
Paris, qui prenoient ces occasions de tirer bon intérêt 
de l'argent qu'ils ont dans leurs coflBres. 

II. La création de nouveaux offices et les deniers 
qui se tirent de ceux qui en sont pourvus. C'est encore 
un des moyens dont on ne manque presque jamais en 
France de se servir dans les besoins extraordinaires 
de l'État , et ce qui aussi y a donné lieu à la vénalité 
des charges. Aussi vient-on déjà de le mettre en pra- 
tique par la création de plusieurs officiers, conmie de 
nouveaux intendants des finances, d'un premier prési* 
dent et autres présidents au Grand Conseil, et pareils, 
et dont on ne pourra que tirer des sonunes très con- 
sidérables, de même que de celles qu'on demande à 
tous les officiers du Châtelet de Paris, avec menace 
autrement d'en diminuer la juridiction et par là l'au- 
torité et les revenus de la charge. On peut y ajouter la 
création qu'on vient de faire d'un certain nombre de 
conducteurs de barques à Paris, avec des privilèges 
qui y sont attachés, et moyennant les droits qui en 
reviendront au Roi. 

III. Le don gratuit que les grandes et bonnes villes 
du royaume font au Roi en de pareils besoins, et comme 
aussi les villes de Paris, Lyon, viennent déjà de le pra- 
tiquer. 



PAR ÉZÉGHIEL SPÀNHEDI. 293 

lY • Le don gratuit du clergé de France, que le Roi a 
coutume de lui faire demander à proportion des besoins 
qui y donnent lieu » et aussi lequel don , vu les biens 
immenses qui sont possédés par ledit clergé, monte 
ordinairement à plusieurs millions de livres. Les der^ 
niers dons gratuits de cette nature ont été de cinq à 
six millions, et, comme le clergé de France doit bien- 
tôt être assemblé pour y pourvoir, il ne faut pas dou- 
ter qu'on n'en prétende et exige du côté de la cour 
un don beaucoup plus fort et proportionné aux con- 
jonctures du besoin présent du Roi et de l'État. Aussi 
vient-on déjà d'apprendre que, du côté de la cour, on 
prétend que ce don de l'assemblée du clergé ira à onze 
ou douze millions de Uvres. 

y. Le rehaussement du prix des monnoies ou des 
espèces d'or et d'argent qui ont cours en France, et 
la fabrique de nouvelles espèces de cette sorte sur 
ce nouveau pied, en place des vieilles : ce qu'on vient 
aussi d'y pratiquer par ordre du Roi, et dont on ne 
pourra que tirer des sommes inunenses. 

YL De même l'argenterie du Roi, de la maison 
royale, celle des particuliers à Paris et du superflu 
des églises, qui a été ou doit être portée par ordre du 
Roi à la Monnoie , pour la fondre et en faire de l'argent 
monnoyé : ce qui, au cas qu'il s'exécute ou ait été 
exécuté suivant l'ordre qui en ait été donné, ne peut 
encore que produire des sommes immenses, et pour 
donner lieu au Roi de s'en pouvoir servir dans le 
besoin. 

VII. Des impôts extraordinaires qu'on a déjà com- 
mencé de mettre, suivant les avis publics de Paris, sur 
diverses denrées, comme sur le bois, en accordant 



294 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

aux vendeurs de bois , à Paris , de prendre cinq sols 
de plus par chaque voie de bais , comme on parle en 
France : moyennant quoi ils s'engagent de payer comp- 
tant au Roi quatorze cent mille livres. Item^ sur les 
chapeaux, savoir : avec obligation aux chapeliers de 
payer au Roi dix sols pour vente de chaque chapeau 
de castor, cinq sols pour autres diapeaux de moindre 
prix, et deux sols et demi pour les communs, ce qui 
ne pourra encore que faire une somme considérable, 
vu les grandes manufactures et le débit de cette mar^ 
chandise qu'on fait à Paris, et qui se transporte par 
tout le royaume et dans les pays étrangers, lorsque le 
commerce n'y est pas défendu. On parle aussi d'aug- 
menter l'impôt qu'il y a déjà sur le papier timbré : 
ce qui^ ne pourra qu'augmenter considérablement la 
ferme qui s'en paye au Roi. 

y III. On peut mettre aussi en compte les facilités ou 
les secours extraordinaires que le Roi ne peut que 
tirer en temps de guerre de la promptitude de la 
noblesse françoise et autres particuliers à lever des 
compagnies et des régiments sans qu'il en coûte 
presque rien, ou fort peu, au Roi, et dans la seule vue 
de lui faire valoir leur zèle et leur courage , et de se 
pousser par là aux emplois militaires. On ne voit 
guère jusqu'ici que cela se pratique ailleurs, et moins 
avec un pareil concours ou empressement qu'on l'a 
vu en France jusqu'ici. 

IX. Enfin, on peut ajouter ici, en dernier lieu, le 
retranchement des dépenses superflues en luxe, en 
fêtes, en bâtiments, en tables, en équipage, en pen- 

i. Bt ce qui, dans le manuscrit. 



PAR ÉZâCHIEL SPAJNHEIM. 295 

sioDS : à quoi on De manque guère, en France, de songer 
ou de prévoir en des conjonctures fâcheuses de guerre, 
tant pour en diminuer les dépenses du Roi à cet égard, 
que d'ailleurs celles des particuliers, par les règlements 
qu'on en fait, et ce qu'on vient aussi de pratiquer au 
sujet de ceux qu'on a donnés fraîchement, suivant les 
derniers avis de France, à l'égard du train et des tables 
des officiers et généraux d'armée. 

En sorte que, par tous ces endroits susdits, on peut 
assez reconnoitre que, si la France n'a pas dans son 
enceinte des mines d'or et d'argent, cependant elle a 
dans son sein de quoi fournir abondamment pour la 
subsistance et pour la splendeur du Roi et de la 
monarchie, et d'ailleurs qu'elle a de grandes ressources 
pour se soutenir au besoin et pour suppléer aux néces- 
sités de l'État ; ce qu'on peut attribuer : 

1° A la forme de son gouvernement, surtout au 
point où il est établi sous ce règne, qui d'un côté 
rend le Roi maître des finances de son royaume et d'y 
lever de sa pure autorité tel impôt qu'il lui plait, 
et d'autre part y a établi et entrelient le bon ordre dans 
l'administration des mêmes finances : ce qui ne se 
trouve pas dans la plupart des autres royaumes, 
comme en Angleterre, en Espagne, et ailleurs ; 

if" A la situation avantageuse du royaume de France, ' 
soit par les commodités qu'elle tire des deux mers 
sur lesquelles elle a autant de ports et de côtes, soit 
par la nature de son climat tempéré ; 

3^ A la fertilité du royaume , abondant en tout ce 
qui peut contribuer à la commodité de la vie, et pour 
y attirer le commerce et l'argent des pays étrangers ; 

4® A la multitude, à l'industrie et au travail de ses 



296 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

habitants : oe qui tout eusemble, et vu la quantité de 
villes, bourgs et villages habités qu'on y voit, ne peut 
qu'y faire une grande consommation , d'ailleurs y a 
établi et entretient toutes sortes^ de manufactures, 
enfin en bannit l'oisiveté et ne laisse aucun coin de 
terre qui peut être cultivé en friche : ce qu'on ne 
trouvera pas de même dans les royaumes voisins, 
comme en Angleterre, en Espagne et ailleurs, hors 
peut-être dans les provinces du Pays-Bas. 

DÉPENSES DU ROI. 

Cependant il faut aussi tomber d'accord que si les 
revenus du Roi ou les moyens de les augmenter dans 
le besoin et quand il lui plait sont grands et extraor- 
dinaires, qu'aussi les dépenses sous ce règne ne sont pas 
moindres, ou plutôt sont^ excessives auprès de celles 
des règnes passés, et, ce qui plus est, au fort même 
des temps de paix. Il ne faut que réfléchir là-dessus 
sur celles qui se sont faites : 

I. En bâtiments et entretien des maisons royales, 
et d'où même on peut juger par le seul Versailles, qui, 
pour le château, les jardins, orangeries, surtout les 
eaux et fontaines, les conduits sous terre, les machines 
qu'il a fallu employer, coûte au Roi plus de quatre- 
vingts millions de livres ; 

II. En ameublements superbes, de grand prix et 
de toute sorte, qu'on a fait faire ou achetés pour 
compte du Roi, comme en argenterie, en lits, tapis- 

1. Toute au singulier, sortes au pluriel. 

2. Ont, dans le manuscrit ; peu^-étre : ont été. 



PAR ézAghiel spanheim. S97 

s^es, en tableaux et portraits, en joyaux et pierre- 
ries, en autres bijoux et curiosités de valeur : ce qui 
tout ensemble n'a pu qu'aller à des sommes immenses, 
et dont on est aisément persuadé quand on a occasion 
de le voir, comme je l'ai eue assez souvent ; 

ni. En entretien des tables, écuries et offices de la 
maison du Roi ; en payement de gages et de pensions, 
tant de personnes royales que d'officiers, domestiques 
ou autres : en quoi on a aussi beaucoup enchéri sous 
ce règne, pour en faire éclater tout ensemble le bon 
ordre et la magnificence ; 

lY. Et pareillement en gratifications ou à des mal- 
tresses, ou à des favoris, ou à des créatures, en fêtes 
fréquentes, et autres dépenses extraordinaires pour le 
divertissement ou pour la splendeur de la cour de 
France; 

y. En fortifications et entretien de places, de forts 
et de citadelles qu'on a faits sous ce règne, et surtout 
depuis vingt-deux ou vingt-trois années en çà, au 
nombre de plus de quarante, sans y rien épargner 
pour la sûreté, la force et l'embellissement ; les sommes 
qu'on n'a pu qu'y employer, et ce qu'on n'a point de 
peine à croire quand on voit ces mêmes places, sont 
incroyables ; on peut même juger par le seul Dunquer- 
ken, dont les ouvrages prodigieux qu'on y a faits, 
soit pour la fortification de la place, soit pour la sûreté 
ou la commodité du port, et y dompter, pour ainsi 
dire, les inconvénients ou les défauts de la nature qui 
s'y opposoient, montent, à ce qu'on assure, à plus de 
douze millions de livres ; 

YL En achat du même Dunquerken, qui coûte au Roi 
trois millions de livres ; d'ailleurs celui de Casai, dont 



898 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

on paya deux millions au duc de Mantoue, pour ne point 
parler des sommes qu'on a employées en France pour 
le rachat des domaines du Roi qu'on avoit aliénés, ou 
pour rembourser les capitaux empruntés dans la guerre 
passée et en diminuer les rentes de Thôtel de ville, 
comme il se fit après la paix [de] Nimeguen, en 1 680, 
par la réduction que M. Golbert trouva lieu d'en faire; 
Yll. Dans l'entretien des forces de terre ou de celles 
de mer, en troupes et en armées, vaisseaux de guerre, 
galères, arsenaux, et tout l'équipage ou allestement 
requis pour la construction ou pour l'entretien des uns 
ou des autres : ce qui n'a pu, entr'autres, que requérir 
et consumer des sommes immenses, surtout dans les 
conjonctures des guerres faites sous ce règne et depuis 
la mort du cardinal Mazarin. C'est aussi dont on peut 
tirer un assez grand préjugé de ce que, dans la guerre 
passée contre la Hollande, l'Empire et l'Espagne, et 
qui finit par les traités de Nimeguen et ceux qui sui- 
virent bientôt après à Paris, les seules dépenses de 
l'extraordinaire des guerres de terre, qui comprend 
l'entretien de toutes les troupes (hors celles de la mai- 
son du Roi) et armées par terre, et ce qui peut y être 
requis en munitions, artillerie et autres frais, alloient 
à soixante millions de livres par année, et qu'il étoit 
question que feu M. Golbert fournit à M. de Louvois, 
qui en avoit la recette et la dépense. 

VIII. A quoi on peut ajouter les dépenses en sub- 
sides et alliances avec des puissances étrangères, partie 
connues, partie secrètes, comme celles qui passoient 
en Angleterre sous le feu roi et sous le roi Jacques, 
ou d'ailleurs en correspondances secrètes qu'on peut 



PAR ÉZÉGHIEL 8PANHE1M. 299 

croire que la France ne manquoit pas d'entretenir 
ailleurs et en plus d'un endroit. 

Ce qui tout ensemble, . surtout sous un règne aussi 
fastueux et où on s'efforçoit en toutes rencontres de 
faire éclater le bon ordre, la pompe et la magnificence, 
n'a pu que consumer annuellement les plus clairs et 
plus certains revenus de la couronne, quelque grands 
qu'ils fussent, et vider, pour ainsi dire, le Trésor 
royal. Je toucherai dans la suite la conséquence d'au- 
tant plus grande qu'on en peut tirer dans la conjonc- 
ture de la guerre présente. 



DES FORCES DU ROI PAR MER ET PAR TERRE. 

AYAin*À6ES DES FORGES DE LA FRANGE PAR UER 

ET PAR TERRE. 

Les forces de la France se peuvent considérer, en 
premier lieu, dans ses avantages, que j'ai déjà touchés 
en partie dans l'article précédent ; je veux dire : de sa 
situation favorable, d'un côté avec plusieurs ports 
considérables sur les deux mers, de l'autre par le 
nombre et la qualité de ses forteresses sur les fron- 
tières et à toutes les avenues du royaume ; d'ailleurs, 
de la multitude ou du courage de ses habitants, de la 
quantité surtout et de la valeur de sa noblesse, de la 
soumission et de la dépendance des grands, des cours 
souveraines et des peuples, du pouvoir absolu du Roi, 
de la subordination dans le gouvernement de l'État et 
dans le coounandement des armées, enfin des finances 



300 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

et des revenus royaux, et des moyens même ou des 
ressources aussi considérables à les augmenter au 
besoin que celles dont je viens de parler un peu 
auparavant. 



DES FORCES DE MER. 

 regard des forces de mer, pour commencer par 
celles-là, on peut dire qu'elles avoient été assez négli- 
gées sous les règnes passés, et même sous la minorité 
de celui-ci jusques à la mort du cardinal Mazarin et au 
ministère de feu M. Golbert. Ce dernier prit un soin 
particulier par la direction qui lui fut donnée des 
affaires de la mer, et à quoi il s'attacha dans la vue 
d'en rétablir le commerce et de rendre les forces de 
la France aussi considérables du côté de la mer qu'elles 
l'étoient de celui de la terre, et ainsi à se prévaloir de 
tous les grands avantages et des facilités qui s'y trou- 
voient, comme : 

DE LA SITUATION AVANTAGEUSE ET DES PORTS DE FRANGE 

SUR LES DEUX MERS. 

En premier Heu, dans la situation que je viens déjà 
de toucher, savoir : d'une longue étendue de côtes sur 
l'Océan et sur la mer Méditerranée, et vu les bons et 
divers ports qu'elle a sur l'un et sur l'autre. Par la 
première, savoir : ladite étendue des côtes sur les 
deux mers, la France a également la facilité et la com- 
modité de l'abord et du transport de toutes les den- 
rées ou du pays ou étrangères, et des navires qui 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEOf. 301 

en peuvent être chargés, et ainsi tout ce qui peut con- 
tribuer pour l'entretien du commerce en temps de paix, 
ou pour être toujours en état de donner bien de Toccu- 
pation à ses ennemis en temps de guerre ; et par 
Vautre, savoir : par les divers ports qu'elle a, et 
quelques-uns d'entre eux très bons ou très forts, sur 
l'une et sur l'autre mer, ou enfin de difficile abord 
pour y faire des descentes. Calais est de ce dernier 
rang, de même que Dieppe et le Havre, qui ont une 
mauvaise rade, ou sans abri, ou capable seulement 
de contenir de petits bâtiments, hors le bassin à écluse 
qu'on a fait à ce Havre, qui peut contenir quinze ou 
seize vaisseaux, de soixante pièces de canon chacun. 
La Rochelle est un bon port, mais pour les bâtiments 
médiocres. Rochefort, qui est à quelque distance de 
la mer, est inconunode pour entrer et pour sortir. Les 
deux meilleurs ports qu'il y a sur la côte de Bretagne 
sont Blavet ou le Port-Louis, qui sert de retraite aux 
vaisseaux des Indes orientales, et Brest. Tous ces ports 
sont sur l'Océan, de même que Toulon et Marseille sur 
la Méditerranée. D'ailleurs, de tous les ports de France, 
Dunquerken [est] peut-être le plus remarquable pour les 
prodigieux ouvrages qu'on y a faits, par les esplanades 
des montagnes et des dunes, par les écluses, par la 
ville et la citadelle, revêtues de brique jusques au haut 
du parapet, par des tours sur un banc de sable pour 
la défense de la rade, enfin tant par les fortifications 
de la place que pour le havre, et dont on fait monter 
la dépense qu'on y a faite, comme j'ai dit un peu 
auparavant ^ jusques à douze millions de livres. Gepen- 

i. Gi-dessus, p. 297. 



302 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

dant Toulon et Brest, Tun sur la Méditerranée et Taatre 
sur rOoéan, sont les plus sûrs, les plus grands et les 
plus commodes pour y servir de retraite et de magasin 
aux vaisseaux de guerre, comme MarseUle aux galères. 
Brest surtout, outre une grande baie environnée de 
rochers, propre à mouiller plusieurs centaines de 
vaisseaux, passe pour avoir un des meilleurs havres 
du monde, avec un grand fond d'eau, à y pouvoir 
ranger au besoin plus d'une centaine des plus grands 
vaisseaux, tous armés et équipés, et de plus à Tabri 
entre deux collines et en sûreté de tout vent. Je ne 
parle pas du nouveau port, dit d^Ambleteuse, qu*on 
fait depuis quelques années entre Calais et Boulogne, 
qui pourra contenir dix» à douze grands vaisseaux de 
guerre. La baie de Toulon n'est guère moins grande 
que celle de Brest, mais le havre, quoiqu'on l'ait 
agrandi, plus petit et capable de contenir quatre-vingts 
vaisseaux ou environ. 

DU NOMBRE DES VAISSEAUX DE GUERRE ET DBS GALÈRES 

DU ROI. 

En second lieu, par le nombre et la qualité des vais- 
seaux de guerre et des galères que le Roi a fait cons- 
truire, ou qu'il a actuellement dans ses ports dont je 
viens de parler. On fait le compte en France que le 
Roi a cent cinquante vaisseaux de guerre ; mais la 
vérité est, autant que je l'ai pu savoir, que le nombre 
des vaisseaux de ligne, qu'on appelle, ou dé^ trois 
rangs (hors les nouveaux peut-être qu'on peut avoir 

i. Des, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 303 

fait construire depuis peu) ne va tout au plus qu'au 
nombre de cent ; c'est-à-dire dont il y a trois entre 
autres de la première grandeur, savoir : de la charge 
de cent vingt pièces de canon, et qu'on appelle le 
Soleil^Rayalj le Royal-Louis et le Souverain. On tient 
qu'il y a environ trente vaisseaux du second rang, 
savoir : depuis soixante-dix à quatre-vingt-dix pièces 
de canon ; et du troisième rang, de cinquante ou près 
de là jusques à soixante-dix pièces de canon, environ 
soixante vaisseaux. Quand je partis de France il y a 
un an passé, on y faisoit le compte que la flotte qu'on 
mettroit en mer au printemps suivant seroit de soixante 
à soixante-dix de ces vaisseaux. Il semble aussi qu'il 
n'y en a eu guère moins en mer. Pour les galères, on 
en compte trente ou environ à Marseille. Outre cela, 
il y a quinze galères qu'on s'est avisé, depuis le com- 
mencement de la guerre présente, de faire bâtir à Bor- 
deaux et à Rochefort, pour s'opposer aux descentes 
et empêcher le transport à terre des ennemis , et ce 
an sujet des débarquements qu'il seroit question d'en 
faire hors des vaisseaux de guerre en d'autres plus 
petits bâtiments, pour les faire aborder à terre, et à 
quoi on prétend que lesdites galères pourroient appor- 
ter bien de l'obstacle. Aussi ceux qui entendent la 
marine et à qui j'en ai ouï parler depuis ma sortie de 
France, croient qu'en effet l'usage de ces galères seroit 
fort propre aux fins auxquelles on les destine. Je ne 
dois pas oublier ici les galiotes, qui sont de petites 
galères chaînées chacune d'un mortier à en tirer des 
bombes , dont les François se servent encore sur la 
Méditerranée. 



304 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

DBS ÉQUIPAGES, DES ÉCOLES ET DES PROVISIONS 

POUR LA MARINE. 

En troisième lieu, par la facilité et les dispositions 
qu'il y a de faire les équipages et allestemeots de vais- 
seaux ou de galères, particulièrement à l'égard de 
toute l'application, la vigilance et le bon ordre qu'on 
y peut apporter par le soin des intendants, des tré- 
soriers et des contrôleurs de la marine, et par la direc- 
tion de M. de Seignelay, qui en a la surintendance. On 
y peut ajouter ce qui regarde de bons pilotes, des 
mariniers en général, des soldats et de bons officiers 
pour les commander. Ces derniers peuvent d'autant 
moins manquer qu'il y a des écoles établies dans tous 
les havres de France, et qu'on y appelle des écoles de 
construction , de pilotage et de canonnage , pour y 
vaquer à tout ce qui y est requis à la construction des 
vaisseaux et des galères, pour instruire les pilotes, et 
pour exercer les canonniers à tirer au prix dans un 
certain jour de la semaine, outre le soin qu'on y a 
encore de faire apprendre à naviguer aux officiers, 
comme à Rochefort et à Brest, en des vaisseaux qu'on 
appeloit à ce sujelYécole flottante. Quant aux matelots, 
il y a quelques années qu'on en avoit enrôlé quarante 
mille depuis Bayonne jusques à Dunquerken,c'est-à-dire 
dans toute l'étendue des côtes de France sur l'Océan, 
et douze mille sur les côtes de la Méditerranée, de 
Languedoc et de Provence. Cependant on peut douter, 
et quand ce nombre seroit encore sur pied, qu'il y ait 
parmi cela un nombre suffisant de bons matelots , et 
ainsi qui pourroient faire faute dans la conjoncture de 



PAR ÉZÉGIDEL SPANHEDf. 305 

la guerre présente, surtout à l'occasion du grand 
nombre des matelots de la Religion qui ont déserté au 
sujet de la persécution, particulièrement en Poitou et 
vers les côtes de la Rochelle et de l'Ile de Ré ^ Je ne 
mets pas ici en compte les provisions de bouche en 
chairs, biscuit et eaux-de-vie, dont on ne manque point 
en France pour n'en pouvoir fournir suffisamment les 
vaisseaux, et d'où même les autres puissances voisines 
et maritimes avoient coutume de tirer leurs provisions, 
conune des eaux-de-vie susdites. A quoi je pourrois 
joindre qu'il y a une fonderie à Rochefort et une à 
Toulon, qui^ fournissent chacune tous les ans environ 
cent pièces de canon. A l'égard du bois pour la con- 
struction des vaisseaux, quoiqu'on n'en manque point 
en France, il est constant qu'on ne laissoit pas d'en 
tirer de Norveguen, et particulièrement pour les gros 
mâts, de même que du chanvre pour les gros câbles. 

DBS GÉNÉRAUX OU OFTICIERS DE UARD^ EN FRANGE. 

En quatrième lieu, par le mérite et la valeur de 
bons généraux ou officiers de mer. On ne peut pas 
mettre l'amiral de France en ce rang, qui est un jeune 
seigneur de neuf à dix ans, savoir : le comte de Tou- 
louse, fils du Roi et de Mme de Montespan ; mais on 
peut bien y mettre le vice-amiral, qui est le maréchal 
d'Estrées, qui entend la mer et a beaucoup de valeur, 
quoiqu'on ne s'en serve jusques ici, dans cette guerre, 
que pour la défense des côtes. Il y a ensuite des lieu- 
tenants généraux des armées navales, parmi lesquels 

i. Retz, daDs le manuscrit. 
2. Et qui, dans le manuscrit. 

20 



306 RELATION I» LA COUR DE FRANGE 

il y avoit feu M. du Quesne, personnage de la Religion, 
et dans la profession de laquelle on la laissé vivre et 
mourir en France après avoir essayé en vain de le 
faire changer, et où il est décédé, il y a environ 
trois ans, âgé de près de quatre-vingts années^. Il 
avoit servi dans sa jeunesse dans les flottes suédoises, 
et ensuite longues années dans celles de France, où il 
s'étoit acquis une grande expérience et beaucoup de 
réputation, en sorte qu'il passoit pour un des premiers 
hommes de mer de TEurope. Il s'étoit surtout signalé 
par les victoires navales qu'il remporta en Sicile dans la 
dernière guerre, et où le fameux amiral Ruyter fut tué, 
et ensuite par son expédition au Levant devant Ghios et 
au voisinage de Gonstantinople ; sans parler à présent 
du premier bombardement d'Alger et de celui de Gènes, 
où il se brouilla avec M. de Seignelay, qui étoit sur la 
flotte, et depuis il n'a plus servi. Geux qui ont aujour^ 
d'hui le plus de réputation dans la marine, et dans la 
confiance dudit marquis de Seignelay, et ainsi sont les 
plus employés en qualité de lieutenants généraux ou de 
chefs d'escadre, sont : le chevalier de Tourville, qui, 
hors le vice-amiral maréchal d'Estrées, auroit le com- 
mandement de toute la flotte ; le marquis d'Âmfreville, 
qui vient de conduire le convoi de France en Irlande 
et est neveu du maréchal de Bellefonds ; le sieur Caba- 
ret, fils d'un père célèbre déjà dans le service de mer, 
et le chevalier [de] Ghàteau-Renault. Quant aux galères, 
la charge de général des galères est demeurée vacante 
jusqu'ici depuis la mort du duc de Vivonne , frère de 
Mme dé Montespan, qui en étoit revêtu, et celle du 
duc de Mortemart, son fils, gendre de feu M. Golbert, 

i . Il mourut le 2 février 1688, âgé de soizante-diz-huit ans. 



PAR ÉZÉCmEL SPAiniËIM. 307 

et qui en exerçoit déjà la diarge en survivance. Gelui-ci 
mourut en 1 687^ et le père l'année suivante, en 1 688 ^ . 

DES GAPERS' FRANÇOIS ET DE LEURS AVAlfTAGES. 

Je ne parle pas à présent de capers François ou 
vaisseaux corsaires que des particuliers eurent per^ 
mission de mettre en mer contre les Hollandois, et y 
furent même invités par les facilités qu'on leur en don- 
noit de la part du Roi ; le tout avant même la déclaration 
de la guerre qui fut publiée contre les États vers la fin 
de Fan 1688. Le nombre n'a pu depuis qu'en aug- 
menter, et à proportion des prises que ceux qui étoient 
déjà sur pied ont eu occasion de faire sur les HoUan- 
dois, et depuis sur les Ânglois. Aussi le nombre de 
ces prises n'a pu qu'être assez grand et considérable, 
vu le grand conmierce de ces deux nations maritimes, 
et ainsi la grande quantité de vaisseaux qu'ils ne 
peuvent qu'avoir en mer, et par là être exposés à être 
surpris par ces capers françois, à moins de convoi et 
de bonne escorte : ce qui ne devient pas égal pour 
donner un même avantage sur les vaisseaux françois à 
leurs ennemis, vu que ceux-là ont un commerce par 
mer beaucoup moindre, qui n'a pu même que dimi- 
nuer extrêmement depuis la défense qui en a été faite 
par les Ânglois, Hollandois et les Espagnols; outre 
encore que le conmierce est présentement comme 
fermé en France par les ordres du Roi , qui ne per- 
mettent ' plus à aucun vaisseau de sortir en mer sans 

1. Le fils mourut le 3 avril 1688, et le père le 15 décembre sui- 
vant. 

2. Spanheim écrit câpres dans sa table des matières. 

3. Permettant, dans le manuscrit. 



308 RELATION DB LA COUR DE FRANGE 

permission, ce qui n'a pas empêché pourtant que les 
vaisseaux ou capers des alliés n'aient fait aussi quelques 
prises considérables sur les François, comme entre 
autres, dernièrement, celle de deux navires de leur 
compagm'e d'Orient, et richement chargés, qui, ne 
sachant pas la rupture entre la France et les États, 
furent pris par des vaisseaux de la compagnie hollan- 
doise au cap de Bonne-Espérance, et de là conduits en 
Zélande. 

DES FORGES DE TERRE. 

AVANTAGES DES FORGES DE FRANGE PAR TERRE. 

A l'égard des forces de la France par terre, outre 
ce qui en est assez connu au public, on les peut même 
assez recueillir de ce que j'ai déjà touché dans les 
articles précédents à l'égard de ses finances ou reve- 
nus, de sa situation avantageuse, du nombre de ses 
forteresses, du bon ordre du gouvernement, et de la 
soumission, de la dépendance ou de la valeur de sa 
noblesse et de ses peuples. Cependant, pour en avoir 
une plus juste et distincte idée, on peut considérer en 
effet ces forces de terre : 

1 . DANS SES REVENUS ET MOYENS POUR LES METTRE 
SUR PIED ET POUR LES ENTRETENIR. 

En premier lieu, dans ses grands revenus et les 
sources susmentionnées de ses finances, qui ne peuvent 
que l'être en même temps de toutes les dispositions, 
préparatifs et moyens pour mettre sur pied et pour 
entretenir les forces requises pour soutenir l'État ou 



PAR ÉZÉGHIEL SPA^HBIH. 309 

pour attaquer^ au besoin, d'autant plus que tous ces 
mêmes avantages ne se trouvent ni aussi abondants, 
ni aussi faciles, ni aussi prompts auprès de ses ennemis. 

S. DANS SA SITUATION. 

En second lieu, dans l'avantage que j'ai déjà remar- 
qué de sa situation qui tient, comme on sait, toutes 
les provinces et tous ses États unis, attachés les uns 
aux autres, et ainsi en état de se secourir mutuelle- 
ment ou de recevoir aisément du secours au besoin. 
Cet avantage s'est rendu même d'autant plus considé- 
rable par les pays et les places dont la France s'est mise 
en possession, non seulement par les guerres passées 
contre l'Espagne, de 1 667, et celle qui suivit depuis, 
l'an 1 672, par l'acquisition de plusieurs belles et fortes 
places dans les Pays-Bas, et d'ailleurs de toute la Franche- 
Comté, mais encore, depuis la paix de Nimeguen, par 
la prise on acquisition des trois importantes places 
telles que Luxembourg, Strasbourg et Casai. Aussi les 
regardoit-on en France comme les trois clefs qui pou- 
voient fermer l'entrée dans le royaume du côté des 
Pays-Bas, de l'Italie et de l'Empire, rompre les com- 
munications et les secours des armées de ces mêmes 
puissances, et au contraire donner à la France des 
passages libres et proches pour les attaquer au besoin. 

3. DANS LE NOMBRE ET LA QUALFTÉ DE SES FORTERESSES. 

En troisième lieu, par ses forteresses qu'elle a pris 
à tâche de faire construire depuis vingtrdetix ou vingt- 

1. L'attaqtter, dans le manuscrit. 



310 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

trois ans eu çà, et les conquêtes susdites faites dans le 
Pays-Bas espagnol, dans la guerre de Tan 1667 et 
depuis. On peut compter entre celles-là, conune les 
plus considérables par les fortifications des villes mêmes 
et de leurs citadelles, celles de Gambray, de Yalen- 
cîennes, de Tournay, de Lille, de Menin, de Dunquer- 
ken, d'Aire, de Saint-Omer ; du côté des Suisses et du 
haut Rhin, la citadelle de Besançon dans le comté de 
Bourgogne, Huninghen et le fort vis-à-vis de l'autre 
côté du Rhin ; d'ailleurs, Fribourg, Brisach, Schletstatt, 
Strasbourg, le fort du Kehl, le fort Louis et Philips- 
bourg , depuis sa dernière prise ; Mont-Royal , vers 
la Moselle, et le fort Saint-Louis sur la Saar. Elle avoit 
bien le dessein, depuis l'affiiire dernière de l'élection 
de Cologne, de prendre occasion de s'assurer de même 
du bas Rhin, et, à ce sujet, de prendre poste, conune 
elle avoit fait, dans les places de cet archevêché, 
Bonn, Nuys, Kaiserswerth^ et Rhinberghe, mais que les 
glorieuses conquêtes des armées de Son Altesse Élec- 
torale et de la dernière campagne lui ont heureusement 
enlevées, et qui ont affranchi par là tout le bas Rhin 
de ce fâcheux joug : à quoi on peut ajouter le succès 
avantageux que les armes impériales ont aussi rem- 
porté par la prise de Mayence. 

4. DANS LES MOYENS PRATIQUÉS POUR EMPÊCHER 

LES ENTRÉES EN FRANGE. 

En quatrième lieu, par les exécutions violentes et 
plus, barbares, que le Conseil du Roi n'a point fait scru- 

1. Kaisersvesl, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIBL SPANHEIM. 311 

pule de pratiquer par inoendies, saccagements et démo- 
litioD totale de villes, de forteresses, de châteaux, de 
boulas et de villages situés sur le Neckre, le haut Rhin, 
le Mein et la Moselle, et qu'il continue'eupore tous les 
jours, pour en fermer par là les passages ou rendre 
aux alliés les marches et les entrées en France impra- 
ticables, les réduire enfin à ne pouvoir prendre leurs 
quartiers et tirer leur subsistance du côté de l'Empire 
que dans leurs propres pays, et assez éloignés même 
des frontières de la France : en quoi le Conseil du Roi 
ou du ministre de la guerre a eu encore en vue d'en 
tirer l'avantage que la souffrance par là de ces mêmes 
pays et la division pour les quartiers entre les princes 
armés de l'Empire ne pourroit, à son avis, qu'en procu- 
rer et donner même lieu, au besoin, de. s'en prévaloir. 
Après tout, comme cette même conduite de la France 
que je viens d'alléguer est également injuste , cruelle 
et fort opposée à toutes les lois et la pratique d'une 
juste guerre, d'ailleurs de l'humanité et du christia- 
nisme, on peut dire aussi qu'elle mérite autant de 
blâme et d'horreur que ceux qui en sont les auteurs 
«prétendent d'en tirer d'avantage et de sûreté, et que 
les autres moyens susmentionnés, et dont j'aurai encore 
à parler, pourroient leur être licites ou permis. 

5. DilNS LA FACILITÉ POUR LES LEVÉES DE TROUPES. 

En cinquième lieu, vu la grande facilité qu'il y a en 
France pour la levée des troupes, à cause de la fré- 
quence et de la misère même des peuples, qui se voient 
réduits, par l'exaction des tailles et des gabelles, et à 
présent par la ruine du commerce, à embrasser le parti 



SIS RELATION DE LA GOUR DE FRANGE 

des armes et à se laisser enrôlef* pour se tira* de leurs 
misères et trouver de quoi subsister : à quoi contribue 
encore le génie de la nation, assez inquiet et porté au 
changement et aux nouveautés, d'ailleurs qui ne manque 
pas de courage ; et de Tautre, le nombre, Tambition ou 
la valeur de la noblesse françoise, qui se pique natu- 
rellement de suivre la profession des armes et de cher- 
cher à s'y distinguer et à s'y avancer : ce qui ne se 
trouve pas imprimé aussi avant, ni aussi généralement, 
ni peut-être avec autant d'émulation , dans l'esprit et 
dans les vues de la noblesse des autres royaumes ou 
États, sans que je prétende rien diminuer par là de la 
valeur et du courage qu'on y trouve dans ceux de la 
noblesse qui s'y adonnent aux armes. Ce que je veux 
dire seulement, c'est que, par la coutume, par l'édu- 
cation ou par la différente situation du gouvernement, 
le métier des armes n'y est pas si fort attaché et conmie 
indispensable à la noblesse ainsi qu'il l'est en France, 
et à y employer même toutes leurs facultés et au delà, 
dans l'attente ou dans l'espérance d'un avancement ou 
d'une récompense qui souvent ne laisse pas de leur 
manquer. 

6. DAXS LE NOlfBRE ET VALEUR DE SES GÉNÉRAUX 

ET OFFICIERS. 

En sixième lieu, par le nombre et la qualité de bons 
officiers, et ensuite de bons généraux qu'on a vus en 
France jusques ici, et qui résulte particulièrement de ce 
que je viens de dire de l'application aux armes de la 
noblesse ou autre jeunesse françoise, dès qu'elles sont 
en état de porter les armes ; et à quoi n'a pu encore 



PAR ÉZÉCmEL SPÀNHEDI. 313 

que contribuer le grand soin qu'on a pris en France, 
sous ce règne, de plusieurs établissements et règlements 
beaux et utiles qui n'ont eu pbur but que l'appren- 
tissage en temps de paix et l'exercice de l'art militaire, 
le maintien de la discipline, le travail presque conti- 
nuel des troupes, et par là l'éloignement de l'oisiveté, 
de la débaudie et du relâchement dans le devoir. Il 
n'est pas nécessaire de parler ici en détail de ces 
règlements ou usages introduits pour l'apprentissage 
ou l'exercice des officiers et des soldats, qu'on a ren- 
dus publics, qui sont d'ailleurs assez connus , et que 
leurs voisins ou autres ont tâché d'imiter et d'intro- 
duire dans leurs troupes. Il suffit de remarquer qu'il 
n'y a point de place en France où il y ait garnison où 
cette école de l'art militaire ne se pratique avec un 
grand soin et une grande exactitude, où il n'y ait des 
officiers qui en sont particulièrement chargés. C'est 
dans cette même vue qu'on y a introduit, depuis dix 
ou douze ans en çà, l'établissement des compagnies des 
cadets, qui sont autant de jeunes gentilshommes qui 
y étoient entretenus et élevés dans tous les exercices 
militaires, et pour en faire comme une pépinière de 
jeunes officiers. Â quoi on peut joindre les revues fré- 
quentes des troupes, tantôt particulières de certains 
corps, comme des troupes de la maison du Roi ou 
autres, tantôt plus générales, comme celles qui don- 
nèrent occasion au voyage du Roi en 1683, et dont il 
se fit une revue de douze mille chevaux vers la Saône, à 
quelques lieues de Dijon, et une autre de vingt mille à 
vingt-deux mille [hommes] d'infanterie vers la Saar, au 
dehors de Bockenheim. Je vis l'une et l'autre de ces 
revues, ayant eu ordre de suivre le Roi dans ce voyage. 



314 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

7. DANS LE BON ORDRE POUR LA SUBSISTANCE 

DES TROUPES. 

En septième lieu, par le bon et grand ordre qu'il 
y a en France pour l'entretien et la subsistance des 
troupes , par la régularité des payements , quoiqu'ils 
soient d'ailleurs assez médiocres, par l'érection des 
magasins, par les provisions de bouche, comme du pain 
de munition, par celles requises pour les malades ou 
pour les blessés, ou enfin par la distribution du fourrage: 
ce qui n'a garde de manquer, par le soin particulier de 
divers officiers qui en sont chargés, conmie intendants 
d'armée, commissaires, trésoriers, receveurs, payeurs 
des troupes et pareils, et qui en sont responsables au 
ministre des affaires de la guerre, c'est-à-dire à M. de 
Louvois, qui n'est pas d'humeur à leur pardonner 
aucun manquement. A quoi on peut encore ajouter le 
même soin et les mêmes précautions qu'on a pour le 
transport de l'artillerie et pour tout ce qui peut y être 
requis. 

8. DANS LE SECRET DES OPÉRATIONS DE LA GUERRE. 

En huitième lieu, par le secret des opérations mili- 
taires, qui ne se déterminent^ que dans le cabinet de Sa 
Majesté ou au Conseil du Ministère, ne se confie ensuite 
qu'à ceux qui doivent être chargés de l'exécution, et 
quelquefois même sur le point seulement qu'ils y 
doivent mettre la main. Ajoutez l'autorité du gouver- 

1. Détermine, au singulier, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAimEIM. 315 

nement, la soumission et l'obéissance aveugle qu'on 
lui rend, et par là la subordination dans le comman- 
dement, la dépendance entière, ou des troupes à 
l'égard des officiers, ou des officiers à l'égard du 
général, et du général aux volontés de la cour ou du 
ministre de la guerre. 

Après ces réflexions générales et particulières sur 
l'état des forces par terre de la France et ce qui y a 
contribué jusques ici , on peut considérer les troupes 
dont elles sont composées et qui peuvent être sur 
pied. 

DES TROUPES DE FRANGE PAR TERRE. 

Sur quoi je ne puis que remarquer, en premier lieu, 
qu'il n'est pas aisé d'en savoir le nombre au juste, 
surtout depuis la conjoncture de la guerre présente et 
vu les levées plus ou moins grandes qu'on peut avoir 
faites, et l'incertitude du succès qu'elles peuvent avoir 
eu ; outre qu'on en grossit aisément le nombre en 
France, pour le faire répandre au dehors et en donner 
de la terreur ou en déconcerter, si on peut, par là les 
mesures des puissances avec qui elle est en guerre. 
C'est ainsi qu'avant mon départ de France, et au 
commencement de l'an passé 1689, on y faisoit le 
compte que le Roi auroit effectivement sur pied 
plus de trois cent mille hommes, y compris ceux qui 
étoient dans les garnisons ou destinés à garder les 
c6tes ; et ce n'étoient pas seulement les ministres et 
les courtisans qui l'assuroient, mais d'autres qui pou- 
voient être plus désintéressés et en parler de meilleure 
foi, et qui croy oient même le bien savoir : en sorte 



316 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

que, suivant ce compte, on y faisoit état que le Roi 
en mettrait cent cinquante mille (c'est ainsi la moitié 
de ces trois cent mille hommes) en campagne, dont il 
ferait trais armées capitales, qui ne manqueraient pas 
d*agir offensivement, de prendre des places et de faire 
bien du ravage. Cependant l'événement n'y a pas 
répondu, en a paru même bien éloigné, puisqu'on n'a 
vu que deux armées considérables de France en cam- 
pagne : celle dans l'Empire, commandée par le maré- 
chal de Duras, et l'autre dans les Pays-Bas, par le 
maréchal d'Humièras, et qui, après tout, lorsqu'elles 
ont été les plus fortes, n'ont pas eu la réputation 
d'avoir chacune au delà de trente mille à quarante 
mille hommes tout au plus. On ne met pas en compte 
le petit corps volant commandé par le marquis de 
Bou£Qers^ . D'ailleurs, bien loin d'avoir agi offensive- 
ment ou pris des places, elles en ont vu enlever de 
très considérables, et gardées même par des corps 
d'armée, mais cependant qui sont tombées au pouvoir 
de leurs ennemis par des sièges réglés, sans que les 
armées de France aient même fait mine de Tes vouloir 
secourir. Pour le Roussillon et du côté de Catalogne, 
le duc de Noailles y a eu un corps, qu'on n'a jugé être 
que de huit mille à dix mille hommes, et aussi qui n'a 
pas eu grand succès de ce côté-là contre les Espagnols, 
mais plutôt du désavantage. 

DES TROUPES OU ARMÉES DU ROI. 

Mais, pour en venir à quelque détail des troupes que 
le Roi pou voit avoir sur pied, on les peut considérer : 

i. Boufleurs, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉGHIËL SPANHEm. 317 

En premier lieu, dans la cavalerie, les dragons et 
l'infanterie qui oomposent les forces ou années dé 
France par terre. 

En second lieu, dans les forces extraordinaires que 
le Roi peut mettre sur pied dans le besoin, comme 
celles : 1 ^ du ban et de l'arrière-ban ; 2^ des milices 
du royaume. 

Quant au premier, il comprend les véritables forces 
de terre, et dont les armées du Roi et les garnisons des 
places frontières se trouvent composées ; savoir : cava- 
lerie, dragons et infanterie. 



DE LA CAVALERIE ET DES DRAGONS. 

DES TROUPES DE LA MAISON DU ROI. 

L La cavalerie de France doit être considérée en 
premier lieu dans la maison du Roi, qui se dit pro- 
prement en France des troupes à cheval de la garde 
du Roi et consiste : 

1 . Dans les quatre compagnies des gardes du corps ; 
chacune compagnie d'environ trois cents maîtres, et 
qu'on compte, avec les officiers, majors, lieutenants, 
enseignes, aides-majors, exempts, brigadiers, faire 
environ treize cents hommes. 

Elles sont conunandées par les quatre capitaines des 
gardes du corps, dont il a été parlé ci-dessus S et qui 
servent par quartier ; savoir : le duc de Noailles, qui 

i. Page 137. 



348 RELATION DE LA COUR pS FRANGE 

commande la première compagnie ; le maréchal duc 
de Duras, le maréchal duc de Luxemboui^, et le 
maréchal de Lorge. J'en toucherai encore quelque 
chose en détail en parlant des généraux françois ; 
j'ajouterai seulement ici que le capitaine des gardes 
qui est en quartier marche toujours immédiatement 
après le Roi et le plus près de sa personne, en quelque 
part qu'il aille. 

i. Dans la compagnie des gens d'armes du Roi, qui 
est de deux cent vingt maîtres sans les officiers ; elle 
est commandée par le prince de Soubise-Rohan^, qui 
en est capitaine-lieutenant, et le Roi capitaine. 

3. Dans la compagnie des chevau-légers de [la] garde 
du Roi, qui est de même de deux cent vingt maîtres 
sans les officiers ; le Roi en est aussi capitaine, et le 
duc de Ghevreuse, gendre de feu M. Golbert, la com- 
mande en qualité de même de capitaine-lieutenant. 

4. Les deux compagnies des mousquetaires ; la pre- 
mière, qu'on appelle celle des mousquetaires blancs 
parce que tous leurs chevaux doivent être de ce poil, 
est de deux cent cinquante maîtres, et commandée par 
M. de Maupertuis ; la seconde compagnie, des mous- 
quetaires noirs à cause de leurs chevaux de ce poil, 
est de même de deux cent cinquante maîtres, et comr 
mandée par M. de Jonvelle^. 

Voilà ce qui regarde les troupes à cheval de la mai- 
son du Roi, qui font environ deux mille trois cents 
chevaux'. 



1. Gi-des8U8, p. 130. 

2. Janvelle, dans le manuscrit. 

3. Et qui, dans le manuscrit. 



PAR izÉCHïRh SPANHEQf. 349 

Il y a outre cela une compagnie de grenadiers à 
c^lieval qu'on a jointe aux troupes de la maison. 

n. Dans la gendarmerie^ qu'on appelle, composée : 

1 . De la compagnie des gens d'armes écossois, com- 
mandée ci--devant en France par le duc de Yorck, à 
présent roi Jacques, mais cette compagnie n'est plus 
sur pied ; 

SI. Des compagnies des gens d'armes anglois, bour- 
guignons, flamands, gens d'armes de la Reine, du 
Dauphin, d'Anjou, d'Orléans ; 

3. Des chevau-légers de la Reine, du Dauphin, d'Or- 
léans, de Boui^ogne, de Flandre. 

III. Dans les régiments de la cavalerie légère , qu'on 
appelle, dont il y avoit quarante régiments en France 
avant là guerre présente, les uns au nombre de douze 
et chacun de douze compagnies, et les autres chacun 
à neuf compagnies. On faisoit alors le compte que toute 
cette cavalerie légère ne montoit guère plus qu'à quinze 
mille chevaux, c'est-à-dire sans les troupes susdites 
de la maison du Roi, la gendarmerie et les dragons. 
Peu avant le dernier siège de Philipsbourg, on donna 
des patentes pour la levée de divers régiments nou- 
veaux de cavalerie : ce qu'on redoubla encore bientôt 
après, et qu'on aura continué depuis. Aussi faisoit-on 
état, à mon départ de France, d'avoir cinquante mille à 
soixante mille chevaux , y compris la maison du Roi 
et les dragons. Il est dilBBcile de savoir à présent s'il y 
en a autant sur pied. On aura eu au moins plus de 
peine à trouver les chevaux que les hommes depuis 
que la France n'en peut plus tirer de l'Empire ou 
d autres pays voisins, hors peut-être de la Suisse. 



320 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

D'ailleurs il est oonstant que la cavalerie françoise sus- 
dite qui étoit déjà sur pied avant la guerre présente 
n'étoit pas en réputation, hors quelques régiments et 
les troupes de la maison du Roi, d'être à beaucoup 
près si bonne que Tinfanterie françoise, à cause des 
vieux corps qu'il y a. 

Au reste, le colonel général de la cavalerie, savoir : 
hors les troupes de la maison du Roi , est le comte 
d'Auvei^ne, frère du duc de Bouillon, et dont il a été 
parlé cindessus^ Le mestre de camp général étoit le 
baron de Montclar, qui conunandoit en Alsace, et qui 
vient d'y mourir à ce qu'on apprend par les avis de 
France ^. Le commissaire général, le marquis de YiUars 
fils, qui a fait les campagnes passées en Hongrie à la 
suite de l'électeur de Bavière, et à qui le comte de 
MontreveP résigna la charge susdite pour la somme 
de 1 50,000 livres, sur la fin de Tannée 1 688^ 

DES DRAGONS. 

Les dragons, à mon départ de France, consistoient 
en treize régiments, qui pouvoient faire cinq mille à 
six mille dragons, et qui étoient en réputation ' d'être 
un des meilleurs corps des troupes des armées de 
France. Le marquis de Boufflers en est colonel général, 
et le comte de Tessé mestre de camp général. 

1. Page 128. 

2. Joseph de Pons, baron de Montclar, mort au commencement 
d'avril 1690. 

3. Montrevil, dans le manuscrit. 

4. En septembre 1688. 

5. Ces deux mots sont ajoutés en interligne, de la main de 
Spanheim. 



PAU ÉZÉGHIEL SPANHKDi. 321 

DE L'INFANTERIE FRANÇOISE. 

Quant à rinfanterie françoise, on doit mettre en pre- 
mier lieu : 

L Le régiment des gardes françoises, qui est com- 
posé de trente compagnies, chacune sur le pied de 
cent hommes sans les officiers, et ainsi de trois mille 
hommes sans lesdits officiers, savoir : capitaines, lieu- 
tenants, sous-lieutenants, enseignes et sei^ents. 

Le colonel de ce régiment est le maréchal duc de la 
Feuillade, dont il a déjà été parlé dans la première par- 
tie de cette relation^; le lieutenant-colonel, M. Ruben- 
tel, maréchal de camp ; et major, M. d'Artagnan, qui 
commande la compagnie colonelle. 

II. Le régiment des gardes suisses est composé de 
dix compagnies, chaque compagnie de ' , 

et dont il y a huit compagnies de Suisses ^ et deux des 
Grisons. 

Le colonel général des Suisses et Grisons est le duc 
du Maine, fils légitimé du Roi et de Mme de Montes- 
pan, et duquel il a aussi été parlé ci-dessus^ dans l'ar- 
ticle des ENFANTS LÉGIXIMÉS DE FRANGE. 

Le colonel du régiment susdit des gardes suisses est 
le lieutenant général Stoup ^, qui a encore un autre 
régiment suisse qui porte son nom. 

i. Ci-dessus^ p. 37-40. 

2. Un blanc au manuscrit, là État de la France ne donne pas 
non plus le chiffre de l'effectif ; mais il compte douze compagnies. 

3. Suisse était écrit primitivement au singulier. Le signe du 
pluriel a été ajouté après coup. 

4. Page 102. 

5. Pierre Stoppa. 

su 



322 RESiATION DE LA COUR DB FRAlYGE 

III. Outre ces deux régiments susdits des gardes, il 
y avoit en France, avant les nouvelles levées et renga- 
gement de la guerre présente, et ainsi en ces dernières 
années de paix, environ cent régiments d'infanterie 
sur pied, parmi lesquels il y avoit six régiments suisses, 
un régiment de bombardiers, un autre de fiisiliers^, 
dont le grand maître de l'artillerie est toujours le colo* 
nel, qui est aujourd'hui le maréchal d'Humières. 

Le nombre de tous ces régiments consistoit, partie 
en des vieux corps ou anciens régiments, comme ceux 
qui portoient le nom des provinces de Picardie, Cham- 
pagne, Boui^ogne, Maine, Navarre, Bourbonnois, 
Âuvei^e, Piémont, Alsace, etc., qui étoient les plus 
estimés, et plusieurs autres, qui étoient tous demeurés 
sur pied depuis la paix de Nimeguen et avoient servi 
dans la guerre qui la précéda. Il y avoit environ trente 
régiments, ou peu au delà, qui avoient été créés depuis 
et dans les années 1683, 168i et 1685. 

Au reste, tous ces cent régiments susdits n'ont pas 
un nombre égal de compagnies, le régiment du Roi, 
commandé par M. de Montchevreuil, en ayant soixante- 
sept : il étoit difficile de pouvoir dire précisément le 
nombre à quoi montoit tout ce corps d'infanterie qui 
étoit actuellement sur pied en France au temps du 
dernier siège de Philipsboui^ et avant toutes les nou- 
velles levées qu'on avoit commencé d'en ordonner un 
peu auparavant, et qu'on a continuées depuis. On peut 
recueillir après tout que le nombre des troupes d'in- 
fanterie qui étoit alors sur pied, et avant l'engagement 
de la guerre présente, ne passoit point celui de quatre- 

1. Fuzeliers, dans le manuscrit. 



PAU ÉZÉCHIEL SPANHEIM. 323 

viogt mille hommes, quoiqu'on en fit en France le 
nombre beaucoup plus grand, et ainsi y compris toutes 
celles qui étoient dans les garnisons des places fron- 
tières. Â regard des nouvelles levées qu'on avoit déjà 
ordonnées dès l'été de l'année 1 688, qu'arriva l'affaire 
de l'élection de Cologne, et qu'on continua et redoubla 
depuis, vers le temps du siège de Philipsbourg , à 
mesure du dessein qu'on prit d'engager ledit siège et 
des suites qu'il pourroit avoir ou de l'effet des arme- 
ments qu'on faisoit en Hollande pour le dessein de 
l'Angleterre, il est difficile de pouvoir juger à quoi 
toutes ces nouvelles levées en France, et qu'on aura tou- 
jours continuées'depuis à proportion du besoin, auront 
pu monter. A mon départ de France, on y faisoit état 
d'avoir plus de deux cent mille ^ hommes d'infanterie 
à mettre cette année en campagne et dans les places 
frontières, sans les milices du pays : ce qui n'a pas 
néanmoins paru jusques ici, conune j'ai déjà remarqué 
un peu auparavant. 

Au reste, la charge de colonel général de l'infanterie 
fi*ançoise, qui avoit été possédée par le duc d'Êpemon 
et qui étoit d'une grande autorité, fut supprimée après 
sa mort, qui arriva en 1 661 . 

DES FORGES EXTRAORDmAmES. 

A l'égard du second article susmentionné, ou des 
forces extraordinaires de la France, comme dans le 
ban et l'arrière-ban ou dans les milices du royaume, 
on peut dire : 

1. Il a dit (p. 315 et 316) : « plus de trois cent mille hommes. » 



324 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 
DANS LE BAN ET L' ARRIÈRE-BAN. 

Que, quant au ban et arrière-ban, on sait assez 
qu'il se dit de la convocation de la noblesse françoise 
pour aller à la guerre là où le Roi la destine, qui* 
étoit plus en usage en France dans les siècles passés 
que dans celui-ci, à raison des besoins plus pressants 
et de péril où l'État se trouvoit exposé, ou par les 
guerres civiles, ou par l'entrée des ennemis dans [le] 
royaume : en sorte qu'on fut assez surpris, dans la 
guerre passée, de voir en France la convocation du 
ban et arrière-ban après le Te Deum qu'on y venoit 
de chanter pour la bataille de Seneffe, et dans le temps 
que feu Son Altesse Électorale, de glorieuse mémoire, 
se trouvoit en Alsace avec son armée et celle des 
autres alliés. D'ailleurs, on ne vit aucun effet considé- 
rable de ce ban et arrière-ban, dont ^ même une par- 
tie fut fort maltraitée par les troupes lorraines et le 
baron Mercy, qui les commandoit. U y a quelque lieu 
de croire que le corps qu'on en pourra faire présente- 
ment en France ne sera pas non plus fort redoutable, 
partie parce que la noblesse guerrière et propre à 
porter les armes se trouve déjà la plupart dans les 
emplois militaires et dans les troupes, partie vu que 
celle qui reste au logis n'y est guère propre, ou par 
l'âge, ou par les infirmités, ou par le méchant état où 
elle se trouve, à soutenir les frais ou les fatigues d'une 
campagne. Aussi y a-t-il lieu de croire qu'on ne s'en 
servira que pour le dedans du royaume et que pour la 

i. Que, dans le manuscrit. — 2. Et dont 



PAR ÉZÉGEOEL SPANHEIM. 3S5 

défense des côtes où ladite noblesse se trouve située, 
et où encore on aura beaucoup d'égard à ne s'y fier 
pas aux nouveaux convertis d'entre la noblesse, au 
moins à la plus grand'part. 

DANS LA MIUGE DU ROYAUME. 

On peut dire à peu près la même chose des milices 
ou des habitants des villes et paysans de la campagne 
qu'on peut mettre sur pied, dans la même vue de 
garder les côtes, et d'ailleurs d'être mises en garnispn 
dans les places les moins exposées aux ennemis et 
comme hors d'attaque, pour en tirer au besoin les 
troupes levées et aguerries. Aussi en prit>-on déjà le 
dessein avant mon départ de France, et dans l'incerti- 
tude où on y étoit encore des vues du grand arme- 
ment de mer en Hollande, dans l'autonme 1 688, et 
pour s'y précaûtionner au besoin contre les descentes 
dans la suite du succès des affaires d'Angleterre : en 
sorte qu'on faisoit dès lors état d'avoir cinquante 
mille hommes sur pied desdites milices^, qu'on en fit 
déjà la répartition dans les provinces maritimes, conmie 
la Normandie, la Bretagne et la Guyenne, et même avec 
les expédients qui pouvoient y être le moins à charge 
au peuple, et qu'on ordonna des officiers pour dresser 
ces milices et pour les instruire; ce qu'on a aussi 
continué depuis, autant que j'ai pu remarquer par les 
avis publics, et même qu'on s'y servoit, entre autres, 
des officiers ou soldats retirés et entretenus dans les 
Invalides de Paris , et qui étoient encore en état de 

i. Vingt-cinq mille hommes seulement. 



326 RELATION DB LA COUR DE FRANGE 

pouvoir foarnir à de pareilles fonctions. Enfin, comme 
on met tout en œuvre dans le péril et dans le besoin, 
il faut croire aussi que la France s'y réglera dans 
l'usage de ces deux moyens susdits, savoir : du ban 
et de l'arrière-ban, et des milices. 



DES GÉNÉRAUX FRANÇOIS. 

Mais, comme il ne suffit pas d'avoir de grosses armées 
sur pied, si elles ne sont bien conduites et bien com- 
mandées, et que la considération de bons généraux ne 
contribue guère moins à la force d'un État, on peut 
réfléchir en passant sur ceux qui, par leur charges et 
emplois en France, sont aujourd'hui en état de rem- 
plir ce poste, ou dont le Roi s'y peut servir. 

DES CHEFS DES ARMÉES EN FRANGE. 

Sur quoi, il n'est pas besoin d'alléguer que la pre- 
mière charge de l'épée et de la couronne, savoir : celle 
de connétable ou de chef suprême des armées de France, 
a été supprimée sous le règne passé, en 1 6S17, après 
la mort du duc de Lesdiguières, qui en étoit revêtu : 
en sorte qu'il n'y a depuis que les maréchaux de France 
qui, par leur charge, sont appelés à commander en 
chef les armées du Roi, hors des rencontres où il y a 
des fils de France, comme le Dauphin ou le duc d'Or- 
léans, ou de[s] princes du sang qui sont jugés dignes 
d'en avoir le conunandement, conmie le feu prince de 
Gondé, et quelquefois des princes étrangers et de 
maisons souveraines, mais sujets du Roi, conmie le 



PAU feftCHïKL 8PANHEIM. 327 

feu comte d'Harcourt. Je ne parle pas de quelques 
ecclésiastiques à qui cet honneur a été déféré, comme 
le cardinal de la Valette, sous le ministère du cardinal 
de Richelieu. 

DU DAUPmN. 

A l'égard du Dauphin, après l'apprentissage qu'on 
lui a fait faire au dernier siège de Philipsboui^, on 
parle qu'il doit commander cette campagne l'armée 
de France dans l'Empire. En ce cas-là, au lieu du frère 
aine, savoir : le maréchal duc de Duras, qui conmian- 
doit sous lui l'armée devant Philipsbourg, il y aura le 
maréchal de Lorge , son cadet , qui est destiné à cet 
emploi , c'est-à--dire que le Dauphin ne fait que prêter 
son nom et son autorité aux ordres que le maréchal 
qui commande l'armée y donne sous lui. Aussi, jus- 
ques ici, peut-on plus parler de la générosité et du bon 
cœur de ce prince que d'aucune expérience dans les 
annes^. 

DU DUC d'orléâns. 

Le duc d'Orléans, frère unique du Roi, dans la 
guerre passée, commanda une armée au siège de Saint* 
Orner et à la bataille de Mont-Gassel qdi s'y donna, et 
ainsi remporta la gloire de l'heureux succès et du siège 
et de la bataille, quoiqu'il eût sous lui le maréchal 
d'Humières et autres généraux, à qui l'honneur sans 
doute en étoit dû. Aussi n'est-il pas, ce semble, trop 
partagé des qualités guerrières à l'égard de Tautorité, 

1. Voyez ci-dessus, p. 46«47. 



388 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

de la vigilance, de la fatigue et de l'application que 
veut le poste de commander une armée. 

DES PRINCES DU SANG. 

A l'égard des princes du sang, il n'y en a point 
aujourd'hui en état d'avoir un pareil commandement. 
Ce n'est pas que le prince de Gondé d'à présent n'ait 
témoigné beaucoup de valeur et d'application à la 
guerre dans quelques campagnes qu'il a faites sous le 
feu prince son père, en Flandres et dans la Frandie- 
Gomté, ainsi qu'il en a été parlé dans la première partie 
de cette relation ^ . Mais, conune il n'a jamais commandé 
en chef jusques ici, qu'aussi, par cette raison ou autres, 
il n'a pas continué le métier de la guerre dans les der- 
nières campagnes, qu'il n'est pas d'ailleurs dans une 
assez grande confiance auprès du Roi, il n'y a point 
d'apparence qu'on le voie à la tète d'une armée durant 
la guerre présente. Pour les deux autres princes du 
sang, le duc de Bourbon, fils du prince susdit, et le 
prince de Cionti, son gendre, ils sont encore assez 
jeunes pour apprendre le métier et se contenter en 
tout cas du poste de maréchaux de camp, qu'on vient 
en effet de leur donner, suivant les avis publics^, dans 
l'armée qu'on doit employer cette année en Allemagne. 

DES PRINCES ÉTRANGERS. 

• 

Quant aux princes étrangers, comme de la maison 
de Lorraine ou autres, il n'y en a point non plus en 
France qui soit aujourd'hui en passe de commander 

1. Page 85. 

2. Dans les premiers jours d'avril 1690. 



PAA ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 329 

une armée. Celui d'entre eux qui entend le mieux la 
guerre et y a le plus servi par le passé, est le prince 
de Lislebonne^, mais qui n'a jamais eu un plus grand 
poste que de lieutenant général, outre qu'il a été hors 
de service durant la guerre passée, qu'il n'est pas trop 
bien en cour, et qu'on l'emploiera encore moins depuis 
que le prince de Gommercy, son fils, est demeuré 
attaché au service de l'Empereur et a même porté les 
armes, la campagne passée, contre la France et au 
siège de Mayence. Pour le comte de Soissons, qui est 
l'sdné en France des princes de la maison de Savoie, 
il est encore assez nouveau dans le métier pour se 
trouver assez honoré de l'emploi qu'on vient aussi de 
lui donner, de maréchal de camp dans l'armée qu'on 
a destinée pour l'Allemagne. 

DES MARÉCHAUX DE FRANGE. 

En sorte qu'il n'y a aujourd'hui que les niarécbaux 
de France à qui le Roi pût et voulût confier le comman- 
dement de grosses armées durant cette guerre. Encore, 
de sept maréchaux qu'il y a aujourd'hui, il y en a deux, 
savoir : le maréchal duc de la Feuillade et le maréchal 
d'Estrées, qui, jusques ici, n'ont jamais conmiandé en 
chef des armées royales par terre, et qui aussi n'y 
seront pas aisément employés : le premier, pour avoir 
plus la réputation de bravoure, d'intrépidité et de 
hardiesse, que de conduite, de modération et d'expé- 
rience consommée dans le métier; et l'autre, pour 
avoir jusques ici fait plus le général par mer que par 
terre. 

1. Pages 116-118. 



330 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 
DU MARÉCHAL DE BSLLEFONDS. 

Des autres cinq marédiaux qui restent, le plus 
capable peut-être et le plus entendu au rapport des 
gens du métier, et surtout dans l'infanterie, est celui 
qui est aujourd'hui le plus ancien des maréchaux 
vivants, savoir : le maréchal de Bellefonds. Aussi 
commanda-t-il l'armée dans la guerre passée de Hol- 
lande, dans les années 1 673 et 1 674, et dans la Cata- 
logne, en 1684. Mais, après tout, j'ai déjà touché ci- 
dessus, en parlant de lui dans la première partie de 
cette relation^, les obstacles qui s'opposeront désor- 
mais à le voir aisément à la tète d'une armée, conmie 
la prévention qu'on a de son entêtement et opiniâtreté 
à suivre ses avis, de son peu de docilité à s'y confor- 
mer entièrement aux ordres de la cour et aux inten- 
tions du ministre de la guerre, d'ailleurs d'être peu 
agréable aux troupes, pour ne pas dire d'une dévotiou 
peu compatible avec toute la conduite qu'on tient dans 
la guerre présente. 

DU MARÉCHAL o'mJMIÈRES. 

Le maréchal d'Humières, qui le suit dans le rang et 
est de même création que lui, savoir : de l'an 1 668, 
est assez connu par les divers conunandements d'ar- 
mée qu'il a eus dans la guerre passée et qu'il a eus 
encore en Flandres cette dernière campagne. C'est à 
quoi aussi ne pouvoit que contribuer, d'un côté son 

1. Pages 36-37. 



PAR ÉZÉCHIEL SPAimEIM. 331 

attachement à la cour, et en particulier à M. de Lou- 
vois, joint à son humeur conmiode et docile, et de 
Fautre, son poste de gouverneur des villes et pays 
€X>nquis dans le Pays-Bas. Cependant, suivant les der^ 
niers avis publics, il doit rester cette année en son 
gouvernement à Lille, sans avoir le conmiandement de 
Tannée de Flandres, qui est destiné^ au duc de Luxem- 
bourg, et en échange se contenter de Fhonneur d'avoir 
été fait duc et pair, avec le brevet de la même dignité 
après lui pour son nouveau gendre, le fils puiné du 
duc d'Aumont. Ce changement à l'égard du comman- 
dement de l'armée ne peut venir que de ce que sa 
conduite dans la campagne passée, et surtout dans 
l'affaire [de Yalcourt]^, n'a pas trop plu à la cour; 
qu'on ne le croit pas assez alerte, ni assez. agissant, ni 
assez entreprenant où il en est besoin, et dans une 
grosse affaire, ni où il peut avoir une forte armée 
d'ennemis en tête. Et en effet c'a été plutôt la faveur 
de la cour et la complaisance de feu M. de Turenne 
pour Mme d'Humières, qui lui procura le bâton de 
maréchal, que pour s'être dès lors fort signalé ou dis- 
tingué dans la guerre. Le grand ménagement qu'il a 
continué depuis d'avoir pour la cour, et en particulier 
pour M. de Louvois, et le manège de la maréchale 
d'Humières ont contribué dans la suite à appuyer son 
crédit, et à lui procurer même, non seulement le gou- 
vernement des pays conquis en Flandres et autres du 
Pays-Bas espagnol, mais encore la charge de grand 
maître d'artillerie, qui lui fut conférée par le Roi en 

i. Le signe du féminin a été effacé après coup. 
2. Combat des 25 et 26 août 1689. Spanheim a laissé le nom en 
blanc. 



33S RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

1685, lorsque l'emploi en vint à vaquer par la mort 
du duc du^ Lude. 

DU MARâCHAL DE DURAS. 

Le maréchal duc de Duras, qui le suit et ainsi est 
aujourd'hui le troisième en rang des maréchaux de 
France, a commandé, comme on sait, l'année passée 
et la précédente, l'armée du Roi en Allemagne : la 
première sous le nom et avec la présence du Dauphin, 
au siège de Philipsbourg, et l'autre sans le Dauphin, 
la campagne dernière, sinon que, sur la fin de la même 
campagne et dès le conmiencement de l'hiver , le maré- 
chal de Loi^e , son frère , fut envoyé pour le relever 
et conmiander en sa place. Aussi apprend-on par les 
derniers avis de France qu'il ne commandera pas cette 
année et qu'il restera auprès du Roi à faire seul la 
fonction de capitaine des gardes du corps, les trois 
autres capitaines des gardes étant destinés, cette cam- 
pagne, à conunander chacun une armée, le maréchal 
duc de Luxembourg en Flandres, le maréchal de 
Lorge susdit en Allemagne, et le duc de Noailles en 
Roussillon. Ce changement à l'égard du maréchal de 
Duras, et qui met en sa place son frère puîné pour le 
conunandement susdit de l'armée en Allemagne, après 
l'avoir eu deux campagnes de suite, ne peut pas lui 
être avantageux et ne donner un assez grand préjugé 
que le Roi n'aura pas été trop satisfait de sa conduite 
dans la dernière campagne, et qu'on en attendoit plus 
de conduite, et apparenmient plus de résolution et de 
vigueur, soit pour secourir Mayence, soit pour en 

1. De, dans le manuBcrit. 



PAR ÉZÉGHIEL SPA19HEIM. 333 

détourner le siège ; à moins qu'on ne veuille croire 
que l'indisposition dudit maréchal n'y ait donné part, 
puisqu'il a été même obligé, suivant les avis de France, 
de subir depuis peu la grande opération par une 
inconunodité pareille à celle que le Roi a eue^. D'ail- 
leurs, quoique ledit maréchal ne manque ni de valeur, 
ni d'expérience même dans la guerre, si est-ce qu'on 
ne l'avoit pas vu jusques ici, et avant ces deux dernières 
campagnes, à la tète d'une grosse afi&ire et d'un com- 
mandement en chef d'une armée royale, hors l'emploi 
qui lui en fiit donné d'abord après la mort de M. de 
Turenne, en 1675, mais qu'il ne garda pas même 
longtemps, le feu prince de Gondé ayant été envoyé 
pour la commander et pour s'opposer à l'armée impé- 
riale, qui étoit alors sous la conduite du général-lieute- ' 
nant Montecuculi. Au reste, ce maréchal a appris ce 
qu'il sait dans la guerre en premier lieu auprès du 
même prince de Gondé, auquel il s'étoit attaché durant 
les guerres civiles , l'avoit suivi parmi les Espagnols, 
et y avoit commandé dans la cavalerie ; et ensuite et 
depuis le retour de ce prince en France, il avoit conti- 
nué de servir dans la campagne de Lille, en 1667, et 
depuis dans la guerre passée contre la Hollande. D'ail- 
leurs, par son changement de religion, il obtint de la 
cour la charge de capitaine des gardes du corps et la 
qualité et le brevet de duc , eut ensuite le bâton de 
maréchal de France en 1675, et, en dernier lieu, le 
gouvernement de la Franche-Gomté. Et conmie tous 
ces emplois susdits à la guerre, avant qu'avoir été 

i. Dangeau dit en effet que le maréchal resta malade à Paris 
pendant toute la campagne, mais sans parler de la nature de son 
mal. Il mourut d'hydropisie. 



334 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

fait maréchal , étoient dans la cavalerie , aussi dit-on 
que feu M. de Turenne, son oncle, le jugeoit plus 
propre à commander un corps de dix mille à douze 
mille dievaux, qu'à commander en dief une grosse 
armée et fournir à tout le détail d'un si grand emploi. 

DU MARÉCHAL DE LORGE. 

 l'égard de son frère puîné, le marédial de Lwge, 
il paroit que la cour en fait un jugement plus avanta- 
geux, puisqu'elle lui a confié en sa place le conmian- 
dément de l'armée en Allemagne. U s'étoit attadié dès 
sa jeunesse auprès de M. de Turenne, son onde, avoit 
servi sous lui dans les campagnes de la guerre passée, 
et entre autres en Allemagne, et y étoit actueUemeot 
quand ce grand capitaine fut tué d'un coup de canon. 
Aussi le grand mérite de sondit neveu fut la belle 
retraite, après la mort de l'oncle, qu'il fit faire à l'ar- 
mée de France à la vue de l'armée impériale com- 
mandée par un chef aussi expérimenté que le général 
Montecuculi. Le service important qu'il rendit par là 
à la France parut au Roi assez considérable pour le 
récompenser de la charge de capitaine des gardes du 
corps, et bientôt après du bâton de marédial de France; 
et ainsi par où il se vit presque en même temps honoré 
de ces deux grandes charges aussi bien que l'étoit déjà 
son aine. Cependant, comme il se trouva par là plus 
élevé en emploi et en dignité qu'il n'étoit avantagé du 
côté du bien, il crut être en droit d'y pourvoir par 
un mariage, quoiqu'assez inégal, qu'il fit avec la fille 
du principal receveur ou fermier général Frémont, 
moyennant une pension de cinquante mille livres de 



PAR ÉZÉGHIEL SPÂMHEDf. 335 

rentes qu'elle lui portoit pour dot, et d'ailleurs l'obli- 
gation d'être entretenu avec ses domestiques, durant 
quelques années, dans la maison du beau-père. Au 
reste, quoiqu'avec un génie assez borné, il a toujours 
pris grand soin à se maintenir dans l'estime et la con- 
sidération que le Roi avoit témoigné d'en faire : ce 
qui, joint à l'expérience qu'il s'est acquise dans la 
profession des armes et dans une si bonne école que 
celle de feu M. de Turenne, son cmcle, et à en suivre 
la méthode et les maximes, surtout à savoir se camper 
avec avantage et ménager toutes les occasions à incom- 
moder l'ennemi, d'ailleurs à la connoissance qu'il a du 
pays pour y avoir servi dans la guerre passée sous 
ledit M. de Turenne, ce qui, dis-je, n'aura pu que 
porter le Roi à lui confier le commandement le plus 
important dans la guerre présente, qui est celui de 
l'armée qu'on prétend opposer en Allemagne aux 
années et aux forces de l'Empereur et de l'Empire. 

DU MARÉCHAL DUC DE LUXEMBOURG. 

Le maréchal duc de Luxembourg, et aussi un des 
quatre capitaines des gardes du corps, et le dernier 
maréchal dont il échoit ici de parler, et qui précède de 
quelques mois le maréchal de Loi^e en date de récep- 
tion à cette dignité. Ce duc est, comme on sait, de 
l'illustre maison de Montmorency et fils posthume du 
comte deBouteville qui fiit décapité en Grève ^ en 1 6S8, 
à raison des divers duels qu'il avoit faits, et le dernier 
même dans la place Royale à Paris , au grand mépris 

i. A^ève, dans le manuscrit. 



336 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

des défenses expresses du feu roi. Son fils porta dans 
sa jeunesse ce même nom de comte de BoutevîUe, 
s'attacha dans les guerres civiles au feu prince de 
Gondé, conune ayant Thonneur de lui être parent assez 
proche du côté de la mère dudit prince, qui étoit aussi 
de la maison de Montmorency, le suivit en Flandre 
dans le parti des Espagnols, où ce prince se jeta, et y 
servit sous lui, et dans la cavalerie, contre la France. 
Depuis le retour et le rétablissement de ce prince par 
la paix des Pyrénées, et ainsi de tous les seigneurs 
fi^ançois qui Favoient suivi, ce comte de Bouteville se 
vit bientôt après duc et pair de France de Piney- 
Luxemboui^ par son mariage avec l'héritière de ce 
duché, de la maison de Glermont-Tallard, et ainsi en 
a depuis porté le nom de duc de Luxemboui^. Il 
acheta ensuite, avec l'agrément du Roi, la charge de 
capitaine des gardes du corps qui vint à vaquer par la 
disgrâce et la prison du comte de Lauzun, et fut fait 
peu de temps après maréchal de France dans la créar 
tion qui s'en fît de huit à la fois, en 1675, et durant 
le cours de la guerre passée, savoir, outre ce duc : tes 
maréchaux d'Estrades, Navailles, Schônberg, Duras, 
Yivonne, [la] Feuillade et Rochefort, et dont il n'y a plus 
aujourd'hui que trois en vie ou au service de la France : 
les ducs de Duras, la Feuillade, et le duc susdit de 
Luxembourg. A l'égard de ce dernier, il ne s'est fait 
que trop connoitre dans la guerre passée de Hollande 
et durant le poste qu'il eut de commander à Utrecht 
et les conquêtes de France, par toutes les cruautés, 
pillages^ et incendies qu'il y a exercés et qui auroient 

1. Pillage, au singulier. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAIQIEIM. 337 

eu de terribles suites, si son expédition entreprise au 
milieu de l'hiver pour aller passer jusques à la Haye et 
la mettre à feu et à sang n'eût été miraculeusement 
arrêtée par le dégel qui survint. En suite de l'évacua- 
tion faite par la France des places et provinces prises 
sur les HoUandois, il eut le conunandement de l'armée 
de France^n 1 676, et durant le siège de Philipsbourg, 
pour aller secourir cette place : ce qui ne lui réussit 
pas et lui attira aussi, à son retour, bien des pasqui- 
nades en France, et des chansons qui s'en cbantoient 
sur le Pont-Neuf. Gomme il s'étoit mis fort avant dans 
les bonnes grâces de M. de Louvois et détaché du 
prince de Gondé, malgré ses anciennes dépendances 
et l'honneur d'une parenté assez proche avec lui, il ne 
laissa pas, nonobstant ce peu de succès et ces vaude- 
villes, d'être continué dans l'emploi et chargé du com- 
mandement de l'armée du Roi en Flandre. Gomme ^ on 
tenoit Mons bloqué, en 1 678, et que le prince d'Orange, 
aujourd'hui roi d'Angleterre, se trouvoit à la tête de 
l'armée des alliés pour secourir cette place, cela donna 
lieu à la bataille qui se fit proche de Mons, et où le 
prince susdit eut le plus d'avantage. La paix qui fut 
publiée en même temps, et qui venoit d'être conclue 
à Nimeguen^ entre le Roi et les Ëtats, y compris les 
Espagnols, en arrêta les suites. L'année suivante, ledit 
duc de Luxembourg, qui s'étoit depuis brouillé avec 
H. de Louvois, se vit tout d'un coup mis à la Bastille, 
et de là transféré au bois de Yincennes, sur une accu- 
sation de sortilège et d'empoisonnement. Ce fut à 



1 . n n'y a aucune ponctuation avant comme, 

2. Ici, Niemeguen. v 



340 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

et parmi les troupes, et au reste beaucoup de valeur, 
de courage et d'intrépidité à entreprendre et à exécu- 
ter des résolutions hardies et vigoureuses. Ce n'est 
pas aussi qu'il ne puisse être plus habile pour Faction 
que pour le conseil, pour exécuter que pour résoudre ; 
que d'ailleurs il n'ait du penchant à la paresse et beau- 
coup pour les plaisirs, et qu'enfin il ne puisse man- 
quer au besoin dans la conduite et dans le ménagement 
d'une grosse affaire. D'ailleurs, il faut avouer que sa 
réputation n'est pas trop bien établie du côté de la 
probité, des vertus morales et chrétiennes, de la bonne 
foi, de la franchise, du désintéressement. Il ne s'est 
même guère soucié jusques ici d'en sauver les appa- 
rences ou de déguiser ses inclinations, outre que tout 
lui devient licite pour parvenir à son but, ainsi que sa 
conduite en bien des rencontres, et celle, entre autres, 
susmentionnée du sujet de sa prison , ne l'a que trop 
fait voir. En sorte qu'on peut dire, sans lui faire tort, 
que le défaut de sa taille n'est pas celui qui lui fait le 
plus de tort. 



DES LIEUTENANTS GÉNÉRAUX QUI COMMANDENT 

DES ARMÉES. 

Après ces maréchaux de France, le Roi a encore 
quelques autres généraux qui, bien que jusques ici d'un 
ordre inférieur, comme de lieutenants généraux, ne 
laissent pas d'être destinés à commander en chef des 
corps d'armées ou des armées même dans la guerre 
présente, témoin : le duc de Noailles, qui en doit com- 
mander cette campagne et l'a déjà fait, l'année passée, 



PAR iZÉGHIEL SPANHEaM. 341 

en Catalogne, le marquis de Boufflers sur la Moselle, 
et le lieutenant général Gatinat en Italie. 

DU DUO DE N0ÂILLE8. 

Pour le duc de Noailles, outre sa qualité de lieute- 
nant général dans les années du Roi, celle qu'il a 
d'ailleurs de capitaine des gardes du corps de la pre- 
mière compagnie, de commandant dans la province 
de Languedoc sous le duc du Maine ^, mais surtout de 
gouverneur du comté de Roussillon, l'a mis en passe 
de commander l'armée du Roi. Aussi lui confiera-t-on 
plus aisément ce poste, où Ton ne croit pas avoir 
beaucoup à craindre ou à risquer, qu'un autre plus 
important et plus dangereux. D'ailleurs, tout dévot 
qu'il est ou qu'il veut paroitre , il n'en est pas moins 
attaché aux intérêts et aux volontés de la cour, et 
aussi plus en réputation d'un courtisan soumis et 
assidu que d'un grand et expérimenté capitaine. 

DU MARQUIS DE BOUFFLERS. 

Le marquis de BoufiQers, qui doit commander cette 
campagne un corps d'armée considérable sur la Moselle, 
est un gentilhomme du Dauphiné^qui, en peu d'années, 
a eu le bonheur de se tirer du pair des officiers de 
son rang et de son âge, et d'être avancé presque tout 
à coup à des postes de faveur, de confiance et de dis- 
tinction. C'est ainsi qu'il se vit presque en même temps 



i . De Maine, dans le manuscrit. 

2. De la Picardie, et non du Danphiné. 



342 RELATION DE LA COUR DE FRAIfCfl 

lieutenant général et général des dragons ; que, dans 
la revue générale de la cavalerie de France qui se fit 
sur la Saône» auprès de Dijon, en 1 683, il eut l'hon- 
neur d'y donner les ordres à toute cette cavalerie et 
d'être chaîné du soin de cette revue, quoique, dans 
l'ordre, cela appartint au comte d'Auvergne conune 
colonel général de la cavalerie Françoise. U fut fait 
gouverneur de Luxemboui^, dont le poste vint à vaquer 
par la mort du marquis de Lambert, et, après celle du 
maréchal de Gréquy, qui suivit bientôt après, fut honoré 
d'un gouvernement de provinces, et aussi important 
que celui de la Lorraine et du duché de Luxembourg, 
qui y demeura joint, c'est-à-dire d'un emploi dont il 
n'y avoit point de prince, de duc ou de maréchal en 
France qui ne l'eût pris à honneur. Après quoi, il y a 
moins lieu de s'étonner si, dès l'engagement de la 
guerre présente et du siège de Philipsbourg, il eut 
ordre de s'avancer vers Hayence avec un corps de 
cavalerie et de dragons, pour ruiner le pont sur le 
Rhin et tenter la voie si cet électeur pourroit être 
porté à recevoir garnison françoise dans la citadelle : 
ce qui ayant eu plus de succès qu'on ne s'étoit attendu 
à la cour de France, comme j'en puis parler pour en 
avoir depuis ouï assez raisonner et avant mon départ, 
n'a pu aussi qu'être suivi des commandements qu'il a 
eus, dès la campagne passée, sur la MoseUe et vers 
Hont-Royal, et de celui plus grand encore qu'on lui 
destine pour cette année, savoir : pour l'y mettre à la 
tête d'une armée complète. Tout ce grand et assez 
subit avancement de ce général, et à des postes conune 
celui susmentionné de gouverneur en chef de la Lor- 
raine et du duché de Luxemboui^, et qui ne s'étoit 



/ 



PAR tx6amji SPAimEDI. 343 

donné jusque-là qu'à des maréchaux de France, n'avoit 
pas manqué de lui attirer de la jalousie. On peut dire 
cependant que si Yétailej comme on parle, dudit mar- 
quis de Bou£Qers et la faveur particulière de M. de 
Louvois y avoit la meilleure part, que ce n'est pas 
après tout sans raisons, ni sans mérite dudit général. 
Outre les agréments extérieurs de sa personne et les 
dehors d'un courtisan souple, docile et adroit, il a la 
réputation d'être d'une vigilance et d'une application 
incroyable à s'acquitter des devoirs de sa charge ou 
des postes et des conunissions qui lui sont confiées. Il 
dort peu ou presque point, passe les nuits la plupart 
à songer à son affîure, à rendre compte par lettres à 
M. de Louvois ou au Roi même, suivant le besoin, de 
tout le détail dont il croit à propos de les instruire, et 
emploie les journées, sans se donner de relâche, à 
mettre en exécution tout ce qu'il échoit de faire ou 
d'entreprendre : en sorte que, vigilant, actif, laborieux, 
appliqué comme il est, il ne doit pas être fort étrange 
s'il a eu le bonheur de se tirer de pair d'avec ses 
égaux, de gagner la confiance et l'estime particulière 
du ministre de la guerre, et même celle du Roi, auquel 
on a su faire valoir toutes ses bonnes qualités ; ce qui 
ne pourra, à moins de quelques malheureux succès, 
et où il pût y avoir de sa faute, que le pousser encore 
plus loin et lui procurer le bâton de maréchal dans la 
première promotion qui â'en pourra faire. 

DU SIEUR GATmAT. 

Je n'ai rien à dire de particulier du sieur Gatinat, 
qui est destiné à commander cette campagne l'armée 



344 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

d'Italie , sinon qu'il a été capitaine aux gardes , qu'il 
fut fait depuis brigadier d'infanterie, et qu'on lui donna 
le commandement en Italie des troupes françoises et 
de la citadelle de Casai dès que la place fut remise ou 
vendue à la France par le duc de Mantoue, dans l'an- 
née 1681. n fut maréchal de camp quelque temps 
après, et ensuite lieutenant général dans la dernière 
promotion qui se fit des officiers généraux peu avant 
le siège de Philipsbourg, en 1 688, où^ il fut employé, 
et s'y distingua dans une ou deux ^ncontres, et les 
plus vigoureuses qui s'y passèrent. Aussi en ai-je ouï 
parler, durant mon séjour en France, comme d'un 
officier de valeur, hardi et entreprenant : ce qui, joint 
au poste qu'il a déjà eu ci-devant décommandera Casai, 
aura donné lieu à l'y renvoyer et à lui confier même 
le commandement de l'armée qu'on prétend d'avoir 
cette campagne dans ces quartiers d'Italie. 

DES AUTRES OFTIGIERS GÉNÉRAUX DE GONSmÉRATION. 

A l'égard des autres officiers généraux qui sont en 
considération en France et destinés la plupart à servir 
cette campagne dans les armées de Sa Majesté ou à 
la garde des places frontières, on peut dire que ceux 
qui ont la réputation d'être des plus entendus dans le 
métier sont : dans la cavalerie, le marquis de Montclar, 
qui conmiande en Alsace ; le comte de Choiseul, qui a 
commandé les troupes de feu l'électeur de Cologne 
à la réduction de la ville de Liège, il y a cinq ou six 
ans ; M. Rose^, livonien, et M. Danger, un nouveau cann 
verti, oonmie on parle ; dans l'infanterie, le marquis 

i. Bt où, dans le manuscrit. — 2. Rosen. 



PAR ÉZÉGHIEL SPÂIOIEIM. 345 

de Joyeuse, le comte de Maulévrier^, irère de M. de 
Croissy, le marquis de la Trousse, M. Galvo, le duc de 
Yilleroy, le marquis d'Huxelles, le prince de Bîrkeu- 
feld, qui n'est point sur la liste de ceux qui doivent 
servir cette campagne, Magalotti, gouverneur de Yalen- 
dennes, le comte de Ghamilly, gouverneur de Stras- 
boui^ ; et parmi lesquels , et ceux dont je viens de 
parler un peu auparavant, ceux qui semblent le plus 
en passe d'avoir part à la première promotion qui se 
fera des maréchaux de France ou d'y entrer en consi- 
dération, sont, autant que j'en puis juger, le duc de 
Noailles, le duc de Yilleroy, le marquis de Boufflers, 
le comte de Ghoiseul, le marquis de la Trousse, et 
peutr^tre le marquis de Tilladet, ou même le marquis 
d'Huxelles : le premier de ces deux derniers, comme 
proche parent de M. de Louvois, et pour en tirer occa- 
sion que sa charge de capitaine des cent Suisses de la 
garde du Roi demeure tout entière au marquis de 
Gourtenvaux, son associé dans ledit emploi et fils aîné 
de ce ministre ; l'autre, par la faveur pareillement et à 
la recommandation du même ministre. Après tout, et 
à l'égard ^e cette promotion, qui ne manque jamais 
d'avoir biea des prétendants, les divers événements de 
cette campagne et de la suite de cette guerre, et l'oc- 
casion qui en pourra arriver aux uns de s'y faire valoir 
et d'y faire des actions d'éclat et de distinction, à 
d'autres de n'avoir pas le même succès ou d'y payer 
de leur vie, tout cela, dis-je, ne pourra qu'y apporter 
au besoin des changements considérables et faire place 
à d'autres qui en paroissent aujourd'hui plus éloignés. 

i. Montlewier, dans le manuBcrit. 



346 REEATIOlf DE LA 60UR DE IBAirGE 



CONSIDÉRATIONS 

SUR LA SITUATION PRÉSENTE. 

DES AFFAIRES DE FRANGE ET DES ALLIÉS 
EN GUERRE CONTRE ELLE. 



Ce que j'ai remarqué jusques ici, dans tout le cours 
de cette relation, et particulièrement dans cette seconde 
partie, des Conseils, des ministres, des finances et des 
forces de la France par mer et par terre, peut aucune- 
ment fournir de justes idées de la situation de ses 
affaires et de ce qu'on en doit croire ou attendre dans 
la conjoncture de la guerre présente : ce qui ne m'em- 
pêchera pas néanmoins de faire ici quelques réflexions 
particulières sur les avantages ou sur les suites que le 
parti des alliés contre la France peut tirer de ces 
éclaircissements susdits, ou de ce qu'on y peut encore 
ajouter pour y prendre plus sûrement ses mesures, 
et surtout ce qui devra servir à faire connoitre que, 
si la France est en effet un ennemi redoutable et qu'il 
n'est pas aisé de vaincre, elle n'est pas après tout 
invincible. Sur quoi, je m'arrêterai aux considérations 
suivantes : 

DES CONJONCTURES DIFFÉRENTES DE LA GUERRE PRÉSENTE 
ET DES GUERRES PASSÉES AVEC LA FRANGE. 

La première, à l'égard de la nature et de l'engage- 
ment de la guerre présente, qui se trouve assez diffé- 



PAR tEtCHWL BPANHEDI. 347 

rent de celui des guerres passées sous ce règne et 
depuis que le Roi gouverne par lui-même ; témoin la 
pramère de cette sorte, qui fut en 1667, pour se 
rendre maître des meilleures villes de Flandre sous 
prétexte des droits de la Reine, comme il arriva, et ce 
qui ne pouvoit guère lui manquer dans une guerre 
entreprise, non seulement au fort d'une paix aussi 
solennellenent [jurée] que celle des Pyrénées, mais 
d'ailleurs dans un pays voisin, attaqué à l'impourvu, 
dénué de troupes, d'argent et d'alliances pour le sou- 
tenir, en outre avec les premiers généraux de l'Europe 
en tète, la présence du Roi, et ses trésors remplis par 
les soins de feu M. Golbert. La situation n'étoit guère 
différente à l'égard de la guerre qu'on entreprit contre 
les Hollandois en 1 673, soit du côté des généraux et 
des forces de la France, soit de celui des associés avec 
elle dans cette guerre, l'Angleterre, la Suède, l'élec- 
teur de Cologne et l'évèque de Munster, qu'elle avoit 
su ménager et y engager avant que de l'entreprendre , 
soit à l'égaixl des mesures prises avec la cour impé- 
riale par le traité secret qui avoit été conclu l'année 
auparavant avec le ministre de France, soit enfin à 
l'égard de l'ennemi, qu'on attaquoit en même temps 
par mer et par terre, avec toutes les forces de la France 
et celles de ses alliés, mais, qui plus est, un ennemi 
qui se trouvoit divisé au dedans par les différents par- 
tis dans le gouvernement, affoibli par l'oppression du 
prince d'Orange, et soutenu par des généraux peu 
accrédités, par des troupes peu aguerries et par des 
places mal pourvues de ce qui étoit requis pour leur 
défense. La campagne contre les Espagnols de l'an 
1 684, qui fut suivie du siège et de la prise de Luxem- 



348 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

boui^, et qui n'avoit que œ butrlà, ne pouvoit man- 
quer non plus de réussir par les mêmes raisons ou à 
peu près pareilles, soit de l'état et de la foiblesse des 
Espagnols dans le Pays-Bas, soit des divisions susd- 
tées et fomentées en Hollande par les intrigues de la 
France entre le prince d'Orange et la ville d'Amster- 
dam, soit de Tétat alors de la guerre contre les Turcs, 
que l'Empereur avoit sur les bras et qui avoient été 
sur le point de lui enlever Vienne l'année précédente, 
soit d'ailleurs pour n'avoir rien à craindre du côté de 
l'Angleterre en ce temps-là. Â quoi on peut encore 
ajouter : eu égard aux alliés que la France avoit alors 
dans le Nord ou dans l'Empire , qui , sans approuver 
cette expédition ou y avoir aucune part, étoient partie 
en état de s'en prévaloir pour leurs fins, conune le 
roi de Danemark à l'égard du Holstein et du Slesv\ng, 
dont il prit le temps de se mettre en possession, partie 
n'avoient autre vue, conune feu Son Altesse Électorale 
de glorieuse mémoire , que d'arrêter de bonne heure 
les suites funestes de cette guerre et des progrès de 
la France, conmie il arriva par le traité de trêve ^ qui 
suivit bientôt après. Il n'est pas difficile de reconnoitre 
que non seulement tout cela ne se trouve point dans 
la guerre présente que la France a engagée en premier 
lieu contre l'Empire, et ensuite contre les Hollandois 
et les Espagnols, au préjudice des traités publics, mais 
même, et ce qui est ici le plus à considérer, dans un 
temps que la France n'avoit aucun des avantages sus- 
dits en l'entreprenant, et au contraire point d'alliés 
ou d'apparence d'en faire, point de préparatifs dispo- 

1. Trêves, dans le manuscrit. 



PAR iZÉGHIEL 8PANHEIM. 3i9 

ses à cet effet de longue main ou suffisants pour Ten- 
treprise d'une si grande affaire, point de conjonctures 
favorables pour s'y engager, et qui n'y fussent même 
opposées, soit du côté de l'état et des forces sur pied 
et aguerries des ennemis qu'elle attaquoit, soit du côté 
des grands et heureux succès des armées de l'Empe- 
reur contre le Turc et de ses conquêtes dans la Hon- 
grie, soit du côté de la situation des affSures d'Angle- 
terre et des grands préparatifs en Hollande pour y 
donner lieu à la mémorable révolution qui y est arri- 
ifée. Ajoutez : eu égard à l'état de la France au 
dedans, affbiblie^ et par la diminution et par la ruine 
du commerce qui ne pourrait qu'en suivre, et par 
la retraite hors du royaume des gens de la Religion, 
et par le peu de confiance dans ceux qui y étoient 
restés, ou les nouveaux convertis, conmie on les 
appelle, et enfin par la conjoncture des démêlés 
avec la cour de Rome et avec le défunt pape, qui 
étoit alors plein de vie et de ressentiment contre la 
France, d'où il résultoit aussi, savoir : d^s manifestes 
publiés contre le pape et la cour de Rome, et en même 
temps de la déclaration et de la première démarche 
de cette guerre contre l'Empereur par le siège de 
Philipsboui^ , d'ailleurs des traitements plus que 
barbares qui ont suivi inunédiatement contre les 
princes et États catholiques-romains et même ecclé- 
siastiques, et, d'autre part, des menaces, saisies et 
déclarations de guerre contre les HoUandois, et bientôt 
après contre les Espagnols ; il en résultoit, dis-je, un 
engagement des catholiques et des protestants dans 

1. Affaibli, an masculin, dans le manuscrit. 



350 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

la même querelle et à les obliger de se lier , comme 
il est arrivé, d'intérêts, de forces et de conseils contre 
la France, et de s'y associer même avec le plus grand 
et le plus redoutable ennemi que le roi de France 
croit d'avoir, et qu'il a en effet, qui est le roi d'Angle- 
terre d'aujourd'hui ; et ainsi d'où on laisse à juger s'il 
y a eu, je ne dirai pas de la justice, de l'équité et de 
la bonne foi (dont on ne se met guère en peine en 
France, et passera^ même condamnation au besoin), 
dans cette conduite qu'on a fait tenir au Roi à enga- 
ger cette guerre, mais bien s'il y a eu de la prudence, 
de la sûreté et de la convénience à l'engager et à 
l'entreprendre comme on a fait. Surtout y a-tnl lieu 
de réfléchir qu'une situation aussi différente de l'état 
des guerres passées entreprises par ce roi depuis 
qu'il gouverne, d'avec celle^ de la guerre présente, en' 
doit aussi faire attendre des succès et des événements 
assez opposés. On en peut même déjà prendre un 
assez grand préjugé de ceux de la campagne passée, 
et qu'on peut dire la première de cette guerre où It 
France ait eu des ennemis en tête, et qui lui ont enlevé 
des places considérables, défendues par des grands 
corps de leurs ^ meilleures troupes, et sans même 
qu'elle en ait osé tenter le secours. 

FAUSSES VUES DE LA FRANGE DANS L'ENGAGEMENT 

DE CETTE GUERRE. 

La seconde considération, c'est qu'en effet ce n'étdt 

1. C'est-à-dire dont on passera. 

2. Celles, au pluriel, dans le manuscrit. 

3. Bt, dans le manuscrit. — 4. Sic, pour ses» 



PAR ÉZÉGHIEL 6PAKHEIM. 351 

pas la vue du Roi, ou même du ministre qui l'y a 
porté, de s'attirer une si grande guerre et autant 
d'ennemis à la fois sur les bras. Il crut ou se flatta^, 
quoique mal à propos, comme il a paru, qu'on en seroit 
quitte à meilleur marché ; que la proposition portée par 
le manifeste publié en même temps du siège de Phi- 
lipsbourg, savoir : avec les offi^s d'évacuer la place 
et de la remettre à l'évêque de Spire après l'avoir 
prise et démolie, et de rendre Fribourg à l'Empereur, 
place de son ancien patrimoine, trouveroit d'autant 
plus de lieu auprès du Conseil de Vienne que la guerre 
contre le Turc n'étoit pas finie ; qu'ainsi l'Empereur 
trouveroit plus d'avantage à la continuer et à achever 
les conquêtes qu'il lui restoit encore à faire, qu'à hasar- 
der de perdre celles qu'il avoit déjà faites en tournant 
ses armes contre la France pour des intérêts plus éloi- 
gnés, plus incertains à l'égard du succès, et au fond 
moins de sa convénience; que, par ce moyen, on 
pourroit porter les choses à convertir la trêve ^ en paix 
avec l'Empire, et après quoi on auroit les mains libres 
à veiller aux affiiires d'Angleterre, à la conduite à cet 
égard des HoUandois et du prince d'Orange , et dont 
le roi Jacques, en ce temps-là (je veux dire du dessein 
formé du siège de Philipsbourg), faisoit espérer une 
meilleure issue ; qu'en tout cas, et que le transport se 
fit sur les côtes d'Angleterre des forces que les HoUan- 
dois et le prince d'Orange sembloient préparer à ce 
sujet, il ne pourroit servir qu'à y faire consumer les 
prrincipales forces maritimes et les meilleures troupes 



i. Flatter, à l'infinitif, dans le manuscrit. 
2. Id encore, Trêves. 



358 lUELATION DE LA COUR DE FRAIfCfi 

par terre que les Hollandois eussent alors sur pied. 
Et, à l'égard des Espagnols, ou se flattoit que le cré- 
dit de la reine d'Espagne, alors pleine de vie, les pro- 
positions et les offires que les ministres de France 
tàchoient de ménager en ladite cour par son canal, 
trouveroient lieu à endormir la cour de Madrid, ou 
même à la porter à s'y entendre. Tant il est vrai qu'on 
n'envisageoit point alors à la cour de France, comme 
on auroit eu d'aiUeurs assez de sujet, toutes les suites 
de cet engagement de guerre où on entroit par le 
siège de Philipsboui^ , et qu'on croyoit au contraire 
en tirer l'avantage d'une paix, pour ainsi dire forcée, 
avec l'Empereur et l'Empire, de détourner même pour 
l'avenir les orages qu'on en pouvoit craindre devoir^ 
tomber un jour sur la France et sur les frontières, au 
àijet des infractions passées de la trêve ^ et d'autres 
griefs qu'on seroit en droit de lui reprocher ; qpie 
d'ailleurs le public en seroit détrompé que la France 
ne fût pas en état, comme des ministres de l'Empereur 
l'auroient publié et qu'on s'y fondoit à la cour de 
Rome, savoir : de mettre des forces considérables sur 
pied, ni d'oser rien entreprendre, de vigoureux dans la 
méchante situation des afi^res du dedans du royaume 
et de la santé même du Roi. Ce qui fait voir après 
tout combien il plait aux ressorts^ de la Providence de 
confondre les vues de la fausse politique ou d'une 
fausse gloire, puisque, pour éviter une guerre éloi- 
gnée, incertaine, que mille accidents ou circonstances 
pouvoient détourner , on en a cependant engagé , ou 

1. A devoir, dans le manuscrit. — 2. Ici, trêve. 
Z. Au est au singulier dans le manuscrit; ressorts seul a été 
corrigé au pluriel après coup. 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEOf. 353 

platôt précipité une de gaieté de oo^ir contre tant de 
puissances qui se trouvoient armées, et ainsi en expo- 
sant par là les conquêtes passées et toute la gloire de 
oe règne au hasard de cette même guerre, je ne dirai 
pas seulement injuste et cruelle, mais je dirai, comme 
on vient de voir, mal entreprise et mal concertée. 

dbs dispositions du roi et des suttes 
qu'elles peuvent avoir. 

La troisième considération s'arrêtera sur la personne 
du Roi, dont on peut assez juger par ce que j'en ai dit 
en parlant de lui. Je veux dire que son génie n'est 
pas naturellement martial, qu'il fait plus la guerre par 
hauteur ou par prévention que par choix ou par incli- 
nation, qu'aussi la guerre ne s'accommode guère, ni 
avec sa constitution présente, ni avec ses attachements 
connus , ni avec l'état du dedans de son royaume , ni 
avec âes vues les plus chères d'y consommer son 
ouvrage favori, savoir : d'y affermir Y extirpation totale 
de T hérésie ^ comme on parle en France. Â quoi on 
peut ajouter qu'il est peu accoutumé , vu les succès 
passés et heureux de son règne, à en soutenir les dis- 
grâces ou à risquer beaucoup dans ses entreprises ; 
qu'aussi ne s'esi-îl engagé de depuis qu'il gouverne , 
comme nous venons déjà de voir un peu auparavant , 
que dans la vue des événements et des conquêtes qu'il 
pouvoit juger conune infaillibles, soit par les mesures 
prises, soit par les conjonctures : en sorte qu'il ne 
faut pas douter que, fier d'ailleurs et sensible outre 
mesure à la gloire, un revers de fortune ne fût capable de 
le toucher vivement, de déconcerter même ses mesures 

93 



354 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

présentes, son repos, sa grandeur, sa gloire, son état, 
et avoir des suites avantageuses au parti des alliés, 
et qu'ainsi il n'en arrivât à son égard comme de ces 
gens forts et robustes qui, après avoir joui toute leur 
vie d'une santé parfaite, sont accablés de la première 
maladie qui les attaque. Et ce qui donne d'autant plus 
lieu à le croire, c'est que l'assiette de son âme a plus 
de roideur et de dureté, pour ainsi dire, que de véri- 
table fermeté, que cette dureté s'amollit à la vue du 
péril ou des disgrâces, et qu'au travers des dehors 
d'un grand roi on s'aperçoit du foible de l'honune : ce 
qui, après tout, ne laisse pas ^ d'être accompagné en 
même temps d'un grand entêtement pour les choses 
qu'il se propose , et surtout où il croit que sa gloire 
et son honneur peuvent être aucunement engagés, et 
à quoi aussi il est capable de sacrifier ses véritables 
intérêts. Je ne parle pas à présent des révolutions qui 
pourroient arriver dans la cour et dans l'État au cas 
que le Roi vint à manquer durant le cours de la guerre 
présente ; je me contenterai seulement de dire qu'on 
a quelque sujet de croire que les affaires du gouver- 
nement ne pourroient que changer de face et tomber 
en d'autres mains, et par là donner lieu apparemment 
à une autre conduite et à d'autres maximes , ou , en 
tout cas, en causer plus d'embarras et d'irrésolution 
dans les affaires de la France suivant la situation où 
elles pourroient se trouver. 

i. Pas a été ajouté après ooup, à la fia de la ligne. 



PAR ÉZÉGREEL SPANHEIM. 355 

DES VUES ET DISPOSITIONS DIFi^RENTES DES MINISTRES 

DU ROI DANS CETTE GUERRE. 

La quatrième considératioD doit réfléchir sur ses 
nûmstres, dont je ne retoucherai pas ici eo détail la 
portée et le caractère après ce que j'en ai représenté 
assez amplement ci-dessus. Je me contenterai seule^ 
ment de remarquer qu'ils ont plus de talent et d'ha- 
bitude à soutenir de bonnes affaires qu'à en redresser 
de mauvaises ; que d'ailleurs ce Conseil du Ministère 
demeure encore partagé entre deux différents partis, 
et ainsi qui ne peuvent qu'y avoir de différentes vues ; 
qu'ils ne peuvent même qu'en avoir ou de trop vastes 
ou de trop intéressées par des égards particuliers à 
leur poste ; qu'il ne peut surtout y avoir de véritable 
intelligence entre le ministre qui a la direction de la 
guerre par terre, et celui qui l'a par mer ; que tout 
cela ne peut qu'embarrasser au besoin les résolutions, 
et quelquefois, par des ressorts cachés, en accrocher 
l'exécution ; que le premier de ces deux ministres^, et 
qui a eu jusques ici le plus de part dans le crédit et 
dans la confiance du Roi et dans, la direction générale 
des affaires hors même de son département, a une 
tète plus propre à engager une guerre qu'à la con- 
seiller, ou à la soutenir plutôt par la force et par la 
violence que par la solidité des vues et des ménage- 
ments à y employer. D'ailleurs, comme sa santé a eu 
diverses atteintes fâcheuses depuis quelques années 
en çà, qu'elles ne pourroient que redoubler par le peu 

1. Louvois. 



356 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

de ménagement qu'il y apporte, et surtout par la nature 
et rimportance des affaires dont il doit être nécessai- 
rement accablé dans une conjoncture pareille à celle 
de la guerre présente, on peut dire aussi que sa perte, 
si elle arrivoit dans une telle situation, ne pourroit 
que faire faute et embarrasser beaucoup Tétat de la 
guerre en France ; elle ne pourroit surtout que fietire 
une peine extrême au Roi, qui se repose entièrement 
sur lui du conseil et du détail des opérations de la 
guerre et de tout ce qui peut y être requis à Tégard 
ou des personnes ou des moyens qu'on y emploie, et 
qui d'ailleurs n'est guère d'humeur à s'en rapporter 
de même à tout autre avec lequel il n'auroit pas la 
même habitude, ni en qui il ne prendroit pas la même 
créance. Â l'égard de l'autre ministre^, qui a le dépar- 
tement de la mer, et qui n'est pas le moins important 
de la guerre présente, on peut dire sans lui faire tort 
qu'il est plus propre à s'y gouverner dans le calme 
que dans l'orage ; qu'il y a véritablement de l'applica- 
tion et du zèle dans sa conduite , mais aussi bien de 
l'emportement et de la présomption. Quant au ministre 
des af&ires étrangères^, elles ne peuvent pas lui donner 
beaucoup d'occupation dans la guerre présente, hors 
celle de ménager et de gagner, si on peut, le nouveau 
pape, de tenter la même chose auprès des deux cou- 
ronnes du Nord et de la cour et république de Pologne ; 
on y peut joindre hardiment le Turc après ce qu'on 
sait des mesures que la France a prises pour le porter 
à continuer la guerre avec l'Empereur. D'ailleurs, 



1. Seignelay. 

2. Groissy. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAIfHEIll. 357 

comme oe ministre, et par son penchant, et par la 
nature de son poste, et par celle de ses indispositions 
assez fréquentes de goutte, et par son peu de rapport 
avec les vues et les intérêts de M. de Louvois, a eu 
peu de part à engager cette guerre, il y a lieu de croire 
qu'il voit les suites de cet engagement avec peine et 
avec diagrin, et que, s'il n'étoit d'ailleurs aussi bon 
François et sujet du Roi qu'il est, il ne seroit pas fâché 
que des mauvais succès pussent faire des afibires au 
ministre susdit de la guerre et attirer sur lui le blâme 
d'y avoir donné lieu. 

DBS FINANCES ET DES MANQUEMENTS 
QUI Y PEUVENT ARHIVER. 

La cinquième considération regarde les finances, 
dont^ on a déjà vu ci-dessus que quelque grandes et 
considérables qu'elles fussent, soit dans les revenus 
fixes et ordinaires du Roi et de la couronne, soit dans 
les moyens extraordinaires qu'on y emploie dans le 
besoin, qu'après tout à peine peuvent-elles, ou ont- 
elles pu sufiBre aux dépenses immenses qui ont été cau- 
sées, [tant] d'un côté par les bâtiments, le luxe, le faste, 
les fêtes, les pensions de la cour et maison royale, et 
sous le présent règne en particulier, que, d'autre part, 
par l'entretien de grosses armées sur pied et les for- 
tifications de tant de places et de citadelles ou autres 
ouvrages entrepris et achevés avec des frais incroyables. 
On peut juger de la vérité de ce dernier article par le 
nombre de tant de millions employés seulement, conmie 

1. Et dont, dans le xxuiQuscrit. 



358 REEATION DE LA GÔUR DE HIANGE 

il a été dit ci-dessus S pour la fortification et pour le 
havre de Dunquerkea. Outre que, si le pouvoir du Roi 
ou la forme du gouvernement présent porte, ainsi 
qu'il a aussi été remarqué, tout Taisent qu'on tire 
dans les trésors du Roi, aussi a-tril notablement dimi- 
nué l'abondance des particuliers et appauvri le royaume : 
en sorte qu'il y a peu même de grands seigneurs en 
France qui soient à leur aise ou qui jouissent de grands 
biens, et qui' ne subsistent aujourd'hui la plupart que 
des revenus de leurs charges et des bienfaits du Roi. 
Je ne parle pas à présent du commun peuple, et sur- 
tout de celui de la campagne, qui est fort pauvre et 
misérable et épuisé par les tailles , par les gabelles , 
par les exactions ou par les logements et les passages 
des gens de guerre ; à quoi on peut ajouter que l'affaire 
de la persécution des gens de la Religion en France 
n'a pu encore que contribuer considérablement à 
appauvrir le royaume, à ruiner le négoce, à affoiblir 
le commerce, à diminuer les revenus , surtout dans les 
provinces maritimes ou d'ailleurs qui étoient les plus 
remplies des gens de la Religion, comme en Norman- 
die, en Poitou, en Aunis, Languedoc, Guyenne et 
autres, et ce par la retraite d'un grand nombre de 
bons et fidèles sujets du Roi, par la perte de gens 
habiles en toutes sortes de professions, pour la guerre, 
pour la marine, pour les manufactures, pour les 
métiers, par le transport de grandes sonunes d'ar- 
gent qu'ils ont portées hors du royaume, par la 
misère, la défiance, la contrainte des gens de ht Reli- 
gion ou nouveaux convertis ^ cooune on les appelle, 

1. Pages 297 et 301. ^ 2. Peut-^tre pour qu'iU. 



PAR ÉantoHTKIi SPANHBIM. 359 

restés en Fraaoe sans y être satisfaits de leur oondi- 
ticm, et plutôt avec des vues qui y sont bien oppo- 
sées ; mais à quoi ne peuvent^ surtout que contribuer, 
je veux dire aux dépenses prodigieuses de ce règne, 
les conjonctures de la guerre présente et la conduite ^ 
que la France y a tenue à se faire autant d'ennemis 
de toutes les puissances presque de l'Europe ; et ainsi 
oe qui en résulte nécessairement ou en a suivi , d'un 
côté des firais immenses qui sont indispensablement 
requis pour soutenir la guerre qu'elle a engagée par 
mer et par terre contre les nations les mieux armées 
ou les plus redoutables dans l'un et dans l'autre élé- 
ment, ce qui ne peut que requérir des sonmies et 
minières d'argent incroyables pour fournir à la longue 
à l'équipage et à l'entretien des grosses armées en 
campagne, d'un grand nombre de places à garder, de 
grandes flottes sur les deux mers et des secours à 
faire passer de fois à autre, au cas que cela vint à 
durer, en Irlande, et, d'autre part, la diminution con- 
sidérable des sources des finances ou revenus du Roi 
en France, qui ne peut que suivre de la défense du 
commerce avec les puissances voisines, et avec un pré- 
judice aussi palpable, tant pour les particuliers du 
royaume à l'égard de la vente et du transport de leurs 
denrées hors de France, comme des vins, des laines, 
des toiles, des grains, des fruits, des manufactures de 
toutes sortes, et de l'entretien du commerce et du 
négoce du dedans, qu'à l'égard du Roi au sujet des 
droits d'entrée et de sortie hors du royaume, du main- 
tien au dedans des établissements du commerce et des 

1. Peut, au singulier. — 2. A la amduite, dans le manuscrit. 



360 RELATIC»^ DE LA COUR DE FRANGE 

manufactures, et aussi des grands droits qu'il en tire ; 
et ce encore sans toucher au besoin des denrées qu'il 
y faut avoir des pays étrangers, et surtout de l'or et 
de l'argent qu'on y tire par le commerce en Espagne 
et le retour à Cadix des galions qui en sont chargés, 
et en quoi le Conseil de Madrid pourroit prendre 
d'autres mesures qu'on n'a pas prises dans les guerres 
passées. En sorte qu'on peut recueillir que les sources 
des finances ou des revenus du Roi et de la couronne, 
quelque abondantes qu'elles soient, ne peuvent que 
tarir peu à peu, ou au moins diminuer considérable- 
ment au cas d'une continuation de quelques années 
de la guerre présente, les charges de l'État s'augmen- 
ter, le moyen d'y fournir s'épuiser, et les particuliers 
du royaume s'appauvrir de plus en plus, surtout au 
cas que les succès d'une ou deux campagnes ne répon- 
dissent pas aux grands efforts qu'on fait du côté de 
la France par terre et par mer, que ses ennemis 
vinssent à avoir de l'avantage sur elle, que l'affaire 
d'Irlande se terminât bientôt, comme il y a lieu d'es- 
pérer, en faveur du roi d'Angleterre, que, par là et 
par la jonction des forces maritimes de l'Angleterre et 
de la Hollande, les François vinssent conune à être 
bannis de la mer, et qu'on pût enfin disposer les deux 
couronnes du Nord à se passer du commerce de 
France. 

DES FORGES DE LA FRANGE PAR UER, 
ET EN QUOI ELLES PEUVENT MANQUER. 

La sixième considération peut avoir lieu au sujet des 
forces de mer dont il a été parlé ci-dessus, et d'où on 



PAR ÉZÉCHIEL 8PAimiDK. 361 

peut assez recueillir qu'en eflPet elles ne sont point à 
mépriser eu égard à l'avantage de la situation des 
ports, du nombre et de la qualité des vaisseaux, de la 
valeur et de Texpérienoe des officiers, capitaines, sol- 
dats, ou des généraux à les commander, et surtout du 
bon ordre et du grand soin qu'on y apporte ; en sorte 
que ces mêmes avantages de la marine n'ont jamais été 
en France , ni à beaucoup près , au point où on les a 
mis sous ce règne et où on s'efforce extraordinaire- 
ment de les porter de plus en plus. Cependant il n'y a 
pas moins lieu de réfléchir : 

1 . Qu'à l'égard de la construction des vaisseaux, la 
France n'a pas suffisamment de quoi fournir à tout ce 
qui est requis ; qu'elle a besoin , comme il a déjà été 
remarqué, du transport de bois de Norwegen, surtout 
pour les gros mâts, du chanvre qu'elle tire de Riga et 
par la mer Baltique pour les gros câbles, et des bonnes 
toiles d'Hollande pour d'autres usages ; qu'aussi, le 
transport pouvant lui en manquer ou se rendre plus 
difficile dans la conjoncture de la guerre présente, la 
France ne pourroit pas, avec la même facilité que l'An- 
gleterre ou la Hollande, fournir à la longue de nouveaux 
vaisseaux et réparer la perte de ceux qui viendroient 
à manquer. 

2. Qu'on peut dire la même [chose] à l'égard de 
l'armement maritime, comme, entre autres, de canons 
de fer , que la France a tirés de Suède jusques ici , 
puisque, bien qu'il y ait beaucoup de foires et de 
mines de fer dans le royaume, on a trouvé cependant 
que le canon n'en vaut rien; en sorte que plus de 
miOe canons faits en France par un fondeur qu'on y 
avoit fait venir de Suède, n'y servent que de montre 



368 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

dans les havres, saos que personne en veuille emimr- 
quer ; et, à Tégard des canons de fonte, on sait que 
le métal doit être porté pareillement en Franoe. Quant 
à la poudre, quelque quantité qu'on en fasse, ou quelque 
grands magasins qu'on en ait dans le royaume, on a 
de la peine d'en avoir assez pour y fournir à ce qui y 
est requis pour les vaisseaux sans le secours de celles 
qu'on a tirées des pays étrangers , et surtout vu le sal- 
pêtre, dont le meilleur, comme on sait, et pour la 
poudre à canon, vient des Indes orientales. Aussi me 
souviens-je d'avoir ouï dire, et peu de temps avant 
mon dépsurt de France, à un des intendants de marine, 
qui venoit de Brest et qui en rendoit compte, en ma 
présence et sans me connoltre, au premier commis de 
M. de Groissy, savoir : que l'on hàtoit en diligence 
l'équipage des vaisseaux de guerre à Brest et qu'ils^ 
n'auroient faute de rien , hors qu'ils pourroient bien 
manquer de poudre, au moins qu'on auroit assez de 
peine d'y fournir. 

3. Qu'il ne pourra qu'en arriver de même de bons 
pilotes et de matelots, surtout depuis, comme il a déjà 
été remarqué, la grande désertion qui s'en est faite 
sur les côtes de Poitou et de la Rochelle de ceux de la 
Religion, et que la persécution a chassé la plupart en 
Angleterre. C'est une perte qu'on regrettoit déjà fort 
en France assez longtemps avant la guerre présente 
ou qu'on la prévit, et qu'on auroit de la peine, à ce 
qu'on y avouoit dès lors, de réparer. D n'en est pas 
de même non plus^ des puissances voisines et mari- 



i. Qui, dans le manuscrit. 

2. Non plits a été ajouté en interligne par Spanheim. 



PAR ÉgfcimCli 8PÂI9H1&IM. 363 

times avec qui la France est aujourd'hui en guerre, et 
qui sont en état à ne point manquer ni des uns ni des 
autres, savoir : ni de bons pilotes, ni de bons matelots. 
4. Qu'à regard des bons oflBders ou généraux par 
mer, il semble que la France ne manque en effet ni de 
bons lieutenants généraux, ni de bons chefs d'escadre 
pour commander des convois et des détachements de 
flotte, non plus que de bons capitaines de vaisseaux ; 
que cependant, à l'égard du commandement en chef 
d'une flotte capitale, ceux qui sont aujourd'hui sur les 
rangs en France à y être employés n'ont pas, ce 
semble, hors le seul maréchal d'Estrées, toute l'expé- 
rience, l'autorité et la considération, même dans la 
marine, qui peut y être requise. On ne parle point de 
l'amiral S qui n'est qu'un enfant de neuf à dix ans. 
Pour ce maréchal, bien qu'il ne manque point des 
avantages susdits et qu'il n'y ait même que lui pré- 
sentement en France, et depms la mort de M. du 
Quesne, dont il a été parlé ci-dessus^, qui en ait com- 
mandé en chef, ou d'ailleurs qui soit revêtu jusques ici 
de la qualité de vice-amiral de France, il sen]Â)le cepen- 
dant que, soit par la vue qu'il n'a pas été trop heureux 
dans ses commandements passés, ou pour s'être rendu 
moins agréable à M. de Seignelay, quoique, durant 
mon séjour en France, il fût bien avec lui et fort atta- 
dié à la famille Golbert , ou par autre raison , on n'a 
pas dessein de lui faire commander la flotte que la 
France pourra mettre en mer cette campagne, et qu'on 
se contente de s'en servir sur terre pour la sûreté des 

1. En marge : « Le jeune comte de Toulouse, t 

2. Pages 305-306. 



364 RELATION DE LA GQUR DE FRANCE 

côtes dé Bretagne : en sorte que ce commandement, 
à défaut dudit marédial, regarde le chevalier de Tour- 
ville, qui n'a commandé jusques ici que des escadres 
de vaisseaux et des convois et ne parolt élevé au 
poste où on le destine que par la faveur particulière de 
M. de Seignelay ; et ce qui ne sera pas même sans 
quelque jalousie ou émulation d'autres ofiBciers géné- 
raux dans la marine, qui ne sont pas accoutumés 
d'obéir audit de Tourville ou se croient ses égaux , et 
ce qui donna lieu, dès Tan passé, à M. de Seignelay, de < 
vouloir monter sur la flotte pour les accorder par sa 
présence et par sa direction. Après tout, c'est un 
inconvénient qui ne se surmonte pas aisément, qui se 
réveille dans les occasions, et peut avoir, dans les ren- 
contres, des suites fâcheuses pour la France et avan- 
tageuses pour les alliés. Il s'en faut toujours beaucoup 
qu'il y ait aujourd'hui en France un général dans la 
marine de la considération , de l'expérience et de la 
réputation de feu M. du Quesne, et surtout pour être 
à la tête d'une aCBûre capitale. 

5. Qu'il résulte de tout ce que dessus que la France 
aura moins de ressources à l'égard des bâtiments, 
équipages, matelots, pilotes, généraux, à se remettre 
d'un combat naval qu'elle pourroit perdre, que non 
pas les alliés et puissances maritimes avec qui elle est 
présentement en guerre : ce qui l'obligera apparem- 
ment à se tenir sur la défensive du côté de la mer, 
aussi bien qu'elle fait jusques ici du côté de la terre, 
et à ménager ses forces maritimes le plus qu'elle 
pourra ; surtout elle continuera de prendre, comme 
elle fait, toutes les précautions possibles pour éviter 
ou empêcher une descente de ses ennemis en Francef ; 



PAR ÉZÉGHIEL 8PANHBIM. 36S 

que cela, vu la grande étendue de ses côtes qu*elle a à 
garder sur les deux mers, ne peut que lui causer bien 
des embarras, de la diversion et de la dépense, et ce 
qui ne manqueroit pas de redoubler au cas que TaflPaire 
d'Irlande vint à être heureusement terminée par le roi 
d'Angleterre régnant. 

6. Qu'on peut encore juger de Tembarras que les 
afiEedres de la mer peuvent donner à la France par la con- 
duite qu'elle vient de tenir à l'égard des Algériens, qui est 
de faire, et d'acheter même une paix honteuse avec des 
corsaires qu'elle avoit voulu humilier et même anéan- 
tir ces années dernières, et ainsi ce qui, ayant si peu 
de rapport avec la hauteur et les traitements dont elle 
s'étoit servie jusques ici à leur endroit, marque assez 
le besoin qu'elle croit d'avoir de mettre tout en c^vre 
pour se soutenir du côté de la mer et y diminuer le 
nombre de ses enn^nis. 

DES FORCES DE TERRE, ET AVEC DES RÉFLEXIONS. 

La septième considération ne peut que réfléchir sur 
les forces de la terre, et ainsi sur les troupes, les 
généraux et les places fortes (dont il a été parlé d-des- 
sus) en quoi elles consistent. 

SUR LES TROUPES DE FRANGE. 

Quant aux troupes , il est constant en premier lieu 
que le nombre de celles qui étoient sur pied quand la 
France a engagé cette guerre et entrepris le siège de 
Philipsbourg, étoient beaucoup inférieures en nombre 
à ce qu'elle en pourroit avoir besoin pour la garde de 



366 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

ses places et pour mettre en campagne contre ses 
ennemis , et qu'ainsi il a fallu avoir recours à de nou- 
velles levées, et en grand nombre, qui pussent y sup- 
pléer ; que, dans ce besoin, et assez pressant par la 
nécessité où on s'y étoit mis du c6té de la France, et à 
proportion des ennemis qu'on s'attiroit sur les bras, 
on n'a pu avoir égard au choix des hommes qu'on 
levoit, mais bien s'est^on vu obligé de prendre et 
enrôler indiflPéremment, et souvent par force et par 
surprise, tout ce qu'on trouvoit ; qu'ainsi il ne peut^ 
qu'y avoir un grand nombre de méchantes troupes 
parmi toutes ces nouvelles levées faites de cette 
manière, et d'ailleurs qu'on n'a pas le temps de dres- 
ser avant que de s'en servir; qu'on pourra même 
trouver dans la suite assez de peine à continuer de faire 
des levées et de fournir aux recrues , surtout depuis 
qu'on est réduit à ne pouvoir tirer du monde des pays 
étrangers, ni même de la Suisse. En second lieu, qu'on 
aura surtout de la peine à trouver assez de chevaux 
pour monter la cavalerie qu'on lève, remonter celle 
qui est sur pied, ou fournir à la longue à celle qui est 
d'ailleurs requise pour le transport de l'artillerie et des 
provisions ; que cet inconvénient se rendra d'autant 
plus difficile au cas que, du côté des Pays-Bas et de 
l'Allemagne, on prenne et observe toutes les mesures 
et précautions requises pour empèdier les passages et 
le transport des chevaux en France, et, entre autres, 
par la Suisse et la Franche-Comté ; à quoi il faut ajou- 
ter que ces deux inconvénients que je viens d'alléguer 
touchant la difficulté des nouvelles levées, ou d'hommes 

1. Pût, dans le manuscrit 



PAR ÉZâCHIEL SPAlVHEQf. 367 

OU de chevaux, n'ont pas lieu et ne sont pas également 
à craindre à Tégard des alliés qui sont aujourd'hui en 
guerre contre la France, mais qu'outre qu'ils sont plu- 
sieurs à s'y pouvoir prêter la main, leurs ^ pays ont 
8u£Bsanmient de quoi leur en fournir, et en sont même, 
pour ainsi dire , des abondantes et inépuisables pépi- 
nières. En troisième lieu, qu'à l'égard des troupes qui 
étoient déjà sur pied en France au conun^icement de 
la guerre présente , il est constant qu'elles n'étoient 
pas déjà d'une même bonté ni réputation ; qu'il n'y 
avoit guère que les troupes de la maison du Roi ou 
les vieux cùtpSy qu'on appelle, et qui consistent dans 
les r^iments qui portent le nom ordinairement ou des 
personnes royales ou des provinces de France, sur qui 
on comptât particulièrement, ou en qui on pût prendre 
créance pour une grosse affaire. Que surtout, en qua- 
trième lieu, et de l'aveu des François mêmes, la cava- 
lerie firançoise, hors celle de la maison du Roi et quelque 
peu de vieux régiments, n'étoit pas sur un bon pied, 
étoit d'ailleurs en assez petit nombre, et avoit bien 
déchu de la réputation et de la valeur de la cavalerie 
françoise des temps passés : ce qui venoit en partie 
de la grande réduction qu'on fit de la cavalerie après 
les traités de Nimeguen et la paix faite en 1 679, par- 
tie de ce que, par les ordres de la cour, on fit divers 
et firéquents changements et transports de compagnies 
ou d'officiers de cavalerie en d'autres corps , et que 
par là on affoiblit la confiance mutuelle et qui est 
requise entre les officiers et les troupes, partie encore 



i. Leur, an singulier, dans le manuscrit, bien que ont soit au 
pluriel. 



368 RELÀTKM DE LA GOUR DB FRANCE 

par les vues qu'on eut, dans les recrues ou nouveUes 
levées qu'il^ fut question de faire depuis la paix susdite, 
et par les ordres encore de la cour ou du ministre de 
la guerre, à y avoir plus d'égard à la taille et à la montre 
extérieure qu'à la bonté et au service des hommes et 
des chevaux qu'on levoit et qu'on étoit obligé de 
prendre ou de changer même sur ce pied-là. En sorte 
que, dans l'état où est aujourd'hui la cavalerie fran- 
çoise, il est certain qu'on ne la tient pas en France, à 
beaucoup près, si bonne, et à proportion, que l'infan- 
terie ; que cela parolt aussi dans la plupart des partis 
et des rencontres avec les ennemis. En échange, la 
cavalerie allemande, et surtout ceUe des troupes impé- 
riales, y est fort estimée, et redoutée même conune 
aguerrie par le continuel exercice et pleine de confiance 
par ses grands et heureux succès remportés contre le 
Turc, d'ailleurs en réputation de ne donner ni ne 
demander point de quartier. Tellement que tout cela 
contribuera à faire éviter du côté de la France un 
combat avec les armées allemandes et à n'y venir qu'à 
l'extrémité, à moins ^ que, du côté de l'armée de 
France, elle ne se trouvât ou ne se crût fort avantagée 
du côté du nombre et du poste. À quoi je puis ajouter 
en cinquième lieu les désertions fréquentes des troupes 
françoises, qui ne peuvent qu'affoiblir beaucoup leurs 
troupes et en déconcerter souvent les mesures. Conune 
elles viennent ou du peu de paye qu'on leur donne, ou 
du travail continuel où on les oblige, ou de la persé- 
cution pour la Religion à l'égard des nouveaux conver- 
tis, ou enfin de l'inquiétude ordinaire de la nation, et 

1. Qui, dans le manuscrit. — 2, Ou à moins, dans le manuscrit. 



PAR ÉZÉCmEL SPANHBIM. 369 

« 

que ces mêmes raisons subsisteront, il y a aussi lieu 
de croire que le nombre des déserteurs ne diminuera 
pas dans la suite, et même qu'il ne pourroit que s'aug- 
menter à proportion des facilités qu'on en donnera du 
c6té des alliés et des avantages qu'ils pourront rem- 
porter sur la France. 

SUR SES GÉNÉRAUX. 

Quant aux généraux, c'est en quoi la France, aujour- 
d'hui, est d'une condition bien différente de celle où 
elle se trouvoit jusques ici sous ce règne et dans les 
guerres passées. Elle y avoit alors, et de l'aveu même 
de ses ennemis, les premiers capitaines de l'Europe 
pour la guerre de campagne ou pour celle de siège. Il 
se trouva même, dans la dernière guerre, qu'outre le 
prince de Gondé et M. de Turenne, à qui la voix 
publique en donnoit le prix, les maréchaux de Gréquy 
et de Schônbei^ eurent occasion de s'y distinguer 
par des actions de conduite, de valeur et d'éclat, c'est- 
à-dire le premier dans les deux dernières campagnes 
après sa défaite et sa prison à Trêves, et l'autre à la 
levée du siège de Maestricht; au lieu qu'il se trouve 
aujourd'hui que ces quatre généraux manquent à la 
France par la mort des trois premiers, et que le qua- 
trième est même bien avant dans le parti de ses enne- 
mis : en sorte que des gens sensés, en France, et capa- 
bles d'en bien juger avouoient eux-mêmes, avant mon 
départ de France, de n'y savoir aujourd'hui aucun 
général qui ait tout ce qu'il faut pour conunander une 
armée de trente mille hommes. Il paroit même qu'on 
y est maintenant réduit au choix du duc de Luxem- 



370 RELATION DE LÀ COUR DE FRANGE 

boui^ et du maréchal de Lorge , dont il a été assez 
parlé cndessus. Il semble. Dieu merci ! que cette con- 
sidération doit diminuer beaucoup des préjugés qui 
faisoient pour la France dans les guerres passées, ou 
qui en donnoient une idée f&cbeuse à ses ennemis ; 
d'autant plus qu'ils ne manquent point de chefs et de 
généraux capables de soutenir la gloire des armes et 
l'intérêt des alliés dans la guerre présente, et qui 
viennent même d'en donner déjà des preuves contre la 
France dans la campagne passée. Je ne m'arrêterai 
pas ici à les nonuner, ni à en faire l'élc^e en détail, 
non plus que de la juste réputation que leurs grands 
exploits dans la Hongrie et contre l'ennemi commun 
de la chrétienté en ont^ si justement acquise^ aux prin- 
cipaux d'entre eux. 

SUR LES PLACES FORTES. 

Pour les places fortes , on peut bien dire que c'est 
en quoi la France met aujourd'hui sa plus grande con- 
fiance, et aussi faut-il avouer que c'est là son endroit 
le plus fort et le plus capable de faire de la peine aux 
alliés. Ces places ne gardent pas seulement de tous 
côtés les frontières de la France, mais il s'en trouve 
même bien avant, et dans le cœur, pour ainsi dire, du 
pays de ses ennemis. Je laisse à part ici toutes ces 
grandes et belles villes et citadelles, en Flandres, dans 
le Hainaut, l'Artois, dont la France étoit ou est demeu- 
rée en possession avant et par les traités de Nime- 
guen, et ou elle a fait faire des fortifications si belles, 

1. A, dans le manuBcrit. — 2. Acquis. 



PAR ÉZÉGHIEL 8PÂNHEIM. 371 

si régulières et si achevées. Je ne toucherai ici, en pas- 
sant, que ceUes dont elle s'est emparée ou qu'elle a fait 
construire depuis ces mêmes traités, comme Stras- 
bourg, le fort de Kehl, Huninghen sur le Rhin, le fort 
Saint-Louis sur la Saar, d'autre part Luxembourg 
et Casai en Italie, ou qu'elle a fait faire encore depuis 
au préjudice de la trêve et contre les traités de West- 
phalie, comme le fort vis-à-vis de Huninghen, le fort 
Louis et MontrRoyal sur la Moselle, et, en dernier 
lieu, par la prise de Philipsboui^. Je ne doute pas 
même que , quelque injuste qu'en ait été le projet et 
l'exécution, M. de Louvois ne s'applaudisse aujour- 
d'hui d'en avoir été l'auteur et le promoteur, comme 
ayant par là taillé bien de la besogne aux alliés, et dans 
leur propre pays, et mis autant de barrières à leur 
emp^her ou leur disputer l'entrée en France. Mais, 
comme les ressorts de la Providence divine sont bien 
différents de ceux de la poUtique du monde et ont 
coutume même de la confondre , surtout quand elle 
est aussi injuste et violente que celle dont je viens de 
parler, il y a lieu aussi, à cet égard, d'en attendre et 
d'en espérer des effets conformes en faveur des alliés. 
Déjà il lui a plu de bénir leurs armes, et en particuUer 
celles de Son Altesse Électorale, à enlever, dans la 
première campagne qu'on a faite l'an passé, toutes les 
places fortes que la France occupoit sur le bas Rhin, 
comme Nuys, Kaiserswerth, Rhinberghen, et Bonn en 
dernier lieu, sans parler de Mayence sur le haut Rhin, 
quoique l'une et l'autre de ces. deux dernières places 
fussent gardées par des corps d'armées, et des meil- 
leures troupes que la France ait sur pied. Tout cela 
ne peut être qu'un bon augure pour attendre des suc- 



37SI RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

ces non moins avantageux de la campagne prochaine , 
outre qu'on ne jugera pas peut-être nécessaire, du 
côté des alliés, de s'embarrasser du siège de plusieurs 
places qui pourroient emporter beaucoup de temps et 
consumer bien du monde, qu'on se contentera appa- 
^remment d'ôter à la France, du côté de l'Empire, 
Mont-Royal et Trêves sur la Moselle, et, si on peut 
ou y voit jour , Philipsboui^ , Huninghen et son fort 
vis-à-vis : le tout pour délivrer les pays du même 
Empire du joug et des ravages de la France, et au 
besoin se faire un passage d'autant plus avantageux 
et plus sûr pour y entrer ; ce que je touche en pas- 
sant, sans prétendre de régler ici les opérations de la 
campagne prochaine ou des suivantes, qui dépendent 
même souvent des conjonctures imprévues qu'on peut 
tirer de la conduite de son ennemi, outre que je m'eu 
rapporte aux gens du métier ou aux ministres, qui 
sont instruits et autorisés pour en délibérer et pour 
en résoudre. 

AVANTAGES DES ALLIÉS DANS LA GUERRE PRÉSENTE. 

Aussi la huitième et la dernière considération sera 
que tout ce que je viens de dire ne doit pas empêcher 
qu'il ne faille regarder la France comme un ennemi 
redoutable et réfléchir sur les avantages qu'elle a même 
sur les alliés par le nombre et la qualité de ses places 
fortes dont je viens de parler, par la situation, par 
l'union et la dépendance de ses forces, par la subordi- 
nation à un même maître, un même Conseil, par l'au- 
torité établie de son gouvernement , par les mesures 
et les précautions pour l'entretien et la subsistance 
des troupes, et enfin par le but auquel il semble qu'elle 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 373 

prétend de se tenir dans la continuation de cette 
guerre, savoir : sur la défensive, et ainsi par les avan- 
tages et les facilités plus grandes qu'elle y peut trou- 
ver, vu les considérations susdites, que si elle avoit 
en vue de faire de grandes conquêtes sur les alliés. 
D'où il résulte aussi combien il leur importe de ne rien 
négliger de tout ce qui peut contribuer au but qu'on 
y doit chercher de leur côté, qui est de s'affranchir 
une fois du joug de la France ou du danger d'y tom- 
ber, se mettre à couvert de toute inquiétude de vio- 
lence et de mauvaise foi de son gouvernement, enfin 
de la faire rentrer dans son devoir et de la renfermer 
dans ses véritables bornes. C'est à quoi sans doute la 
conjoncture ne parut jamais plus belle, comme on 
peut assez recueillir de ce que j'en ai touché dans les 
réflexions précédentes, et si on se sert comme il faut 
de cette conjoncture, ainsi qu'il y a lieu de l'attendre. 
La France y a attaqué la première, et de gaieté de 
coeur, toutes les puissances avec qui elle est aujour- 
d'hui en guerre, catholiques-romains et protestants, 
l'Empereur, l'Empire, l'Espagne, les Provinces-Unies 
et l'Angleterre, sans parler du pape défunt et de la 
cour de Rome. Elle a attaqué même , non seulement 
d'une manière également indigne et atroce, mais dans 
le temps que ces mêmes puissances se trouvoient avec 
de grosses armées et de bonnes flottes sur pied. Elle 
les a jointes d'un même intérêt par cette agression, et 
ainsi les a engagées à la société des mêmes conseils et 
à la jonction des mêmes forces, sans que la diversité 
des religions y pût apporter de l'obstacle. Il se trouve 
même que des plus anciens, des plus voisins et des 
plus constants alliés de la France, comme les cantons 
protestants et, suivant les derniers avis de France, le 



374 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

duc de Savoie, branlent au manche, comme on parle, 
et prennent ou ont pris déjà des mesures peu agréables 
à cette couronne et fort opposées à ses intérêts. 

RÉFLEXIONS SUR LA CONDUITE DES ALLIÉS 
DURANT CETTE GUERRE. 

Tout cela ensemble ne peut que raisonnablement 
faire espérer des suites conformes à une situation 
pareille des affaires publiques et de celles des alliés en 
particulier, surtout si on s'attache de leur côté avec 
une fermeté et une application égale : 

1. À ne se laisser point surprendre ou diviser par 
de faux ou vains prétextes de religion dont la France 
ou ses partisans, au sujet de la révolution d'Angle- 
terre, tâchent de plus en plus de couvrir leur jeu 
auprès des catholiques-romains, et à quoi il semble 
que la conjoncture ou la facilité du nouveau pape donne 
plus de jour et d'ouverture que sous le défunt, qui 
n'avoit point donné dans ce piège. Aussi en voit-on 
déjà des marques assez évidentes dans la conduite du 
nonce en Suisse et dans celle des cantons catholiques- 
romains : en sorte qu'il paroit d'autant plus nécessaire 
d'y réfléchir de plus en plus du côté des alliés protêt 
tants, et de prévenir ou de détruire par leur conduite 
et par leurs ^ ministres les vues ou les suites d'une 
pareille intrigue. Il semble même assez à propos que 
ce leurre de la France, comme il n'est pas difficile, fût 
mis en son vrai jour, et que, par la plume ou sous le 
nom d'un catholique-romain, on prévint ou détrompât 

1. Leur, au singulier. 



PiOl ÉZÉÛHIEL SPANHEIM. 375 

les bigots et les esprits foibles capables de donner 
dans ce panneau, au moins de s'en laisser ébranler , ou 
même de tâcher à en ébranler d'autres. 

II. A être et demeurer liés ensemble par une évi- 
dence constante et reconnue de même intérêt, ou plu* 
t6t de même nécessité ; à ne s'en point détacher, et 
ainsi à prévenir et à détourner avec soin tout ce qui 
pourroit altérer cette bonne union et ferme intelligence 
ou causer la moindre défiance entre lesdits alliés, ou 
diminuer entre eux une communication sincère et con- 
fidente des vues qui doivent aller à un même but ; 
d'autant plus que la France ou ses émissaires ne 
perdent aucune occasion d'en faire naître ou d'en 
fomenter sous main, d'y employer même la ruse et 
l'artifice quand ils n'auront pas lieu de le faire ouver- 
tement ; et auquel sujet il parolt requis qu'ail y ait des 
ministres également habiles et bien intentionnés dans 
les cours des principaux alliés, de la part de leurs 
associés, et qui sachent au besoin pénétrer les conseils, 
démêler les intrigues, éclaircir les scrupules et ména- 
ger les esprits et les conjonctures. 

m. À éviter pour ce sujet, et avec soin, tout ce qui 
pourroit faire naître de la division et du mécontente- 
ment entre les alliés, soit à l'égard des quartiers et de 
la subsistance des troupes, soit pour le commandement 
ou le partage des armées, soit par la jalousie et la 
concurrence des chefs, soit par la nature des opéra- 
tions : écueil qu'il importe d'autant plus d'éviter qu'il 
a été souvent et peut devenir aisément fatal aux ligues 
et aux résolutions d'ailleurs les mieux concertées, 
qu'on s'y peut même d'autant plus aheurter dans un 
grand nombre d'alliés à peu près égaux en puissance. 



376 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

en dignité ou en caractère, et qu'enfin c'est un piège 
où la France et ceux qui la gouvernent sous le Roi, ou 
qui ont engagé la guerre, ont mis une bonne partie de 
leur confiance. J'en puis parler avec fondement coomie 
ayant eu assez d'occasions de le reconnottre durant 
mon séjour en France, et surtout depuis la campagne 
du siège de Philipsboui^, qui précéda de quelques 
mois mon départ. 

lY. À concerter mûrement et avec ces précautions 
susdites, d'ailleurs avec celle du secret, s'il se peut, 
les opérations de la campagne, mais en sorte qu'elles 
ne soient point trop reculées ni affoiblies par le retar- 
dement, et qu'ainsi la France n'en puisse tirer avantage 
de prévenir, d'embarrasser, ou de déconcerter même 
les mesures qu'on auroit pu prendre ou concerter à 
agir contre elle ; et ce qui paroit même d'autant plus 
requis à l'égard des alliés, qu'ils peuvent être séparés 
ou éloignés les uns des autres , qu'ainsi il leur faut 
plus de temps qu'à la France à unir leur Conseil et à 
ramasser leurs ^ forces, que d'ailleurs ils doivent avoir 
le but d'attaquer pendant que la France se peut tenir, 
comme on a déjà reniarqué, à celui de se défendre, et 
là-dessus n'est pas réduite à en attendre ou recevoir 
de loin les moyens et les secours. 

y. À s'attacher plus, s'il m'est permis de dire, du 
côté des alliés, et autant que la situation des lieux et 
des affaires le peut permettre, à faire une guerre de 
campagne que de siège ; à attaquer la France avec 
plus d'une grosse armée, par plus d'un endroit, et, 
s'il se peut, par mer et par terre en même temps, et 

1 . Leur, ici encore, est au singulier. 



PAR ÉZteHIEL SPAimElM. 377 

ainsi par des descentes, s'il y a lieu d'en faire, ou, 
en toat cas, par des approches des côtes et ports de 
France, et au besoin par des combats de mer aussi 
bien que de terre. Â quoi je n'ai pas besoin d'ajouter 
les ménagements ou les intelligences qu'on peut avoir 
ou pris ou à prendre avec les gens delà Religion dans 
le royaume, et les facilités par là qu'on en peut trou- 
ver, non seulement pour les opérations de mer, "mais 
aussi pour celles^ de terre, au cas qu'il y ait occasion 
d'en faire ou par le Milanois, ou par la Suisse et par 
la Franche-Comté, pour se faire par là des passages 
dans les vallées du Piémont et les provinces voisines 
du Dauphiné, du Yivarez et du Languedoc. Ce n'est 
pas qu'une telle entreprise ne veuille beaucoup de con- 
duite, de ménagement, de résolution ; avoir à la tète 
des gens d'expérience, de valeur, et accrédités dans le 
parti ; d'ailleurs, n'ait besoin d'être appuyée sous main 
du côté des Espagnols dans le Milanois, et au besoin 
des Grisons ; surtout qu'il ne soit à propos qu'une telle 
expédition se trouve secondée des conjonctures favo- 
rables, comme celles de puissantes diversions par mer 
et par terre, du côté des alliés, contre la France. 
Autrement, il est à craindre que l'entreprise susdite 
qu'on pourroit tenter, et dans l'expérience ou la vue 
d'y être secondé des nouveaux convertis ou persécutés 
pour la Religion en France et de les soulager, n'eût 
des suites qui leur seroient fatales et qui ne feroient 
que hâter et précipiter leur ruine totale. 

yi. Il est aisé surtout à comprendre combien il 
importeroit à tout le parti desdits alliés de détacher 

i. Celui, dans le manuscrit. 



378 R£LATI03f DE LA COUR DE FRAlfGE 

les Suisses des eogagements de neutralité qu'ils ont 
pris avec la France , de se prévaloir des dispositions 
favorables qui se trouvent déjà du côté des cantons 
protestants par la levée de quatre mille hommes accor^ 
dée au roi d'Angleterre malgré toute l'opposition et 
les grandes ofltes de l'ambassadeur de France, et 
ainsi des ressentiments que la même couronne ne 
pourra manquer d'en garder et d'en faire éclater au 
besoin contre les mêmes cantons, surtout contre ceux 
qui sont les plus exposés. Aussi peut-on considérer 
par tous ces endroits ce traité conclu avec le roi d'An- 
gleterre, et qui apparenunent ne pourra manquer d'en 
être ratifié, conune une planche faite à de plus forts 
engagements des mêmes cantons protestants avec les 
alliés, si on ménage bien, conmie il n'en faut pas dou- 
ter , toutes les conjonctures et les personnes d'entre 
eux qui y peuvent le plus contribuer. Quant aux can- 
tons catholiques-romains, la chose ne parolt pas aussi 
aisée, d'un côté par la bigoterie assez grossière, sur- 
tout des petits cantons j qu'on appelle, et qui se trouve 
même fomentée par le nonce du nouveau pape, d'autre 
part par la circonstance assez essentielle parmi cette 
nation, savoir : de l'aident et des pensions de France 
qui n'y sont pas épargnés, et qui s'y répandent en plus 
grande quantité qu'on n'est en état ou en humeur de 
faire du côté de l'Empereur ou de l'Espagne. Je ne 
parle point de la jalousie que la France et ses partisans 
parmi ces cantons ne manquent pas d'y vouloir réveil- 
ler et de faire valoir, s'entend : du danger de la puissance 
et du voisinage d'une maison^ qui en a prétendu assez 

i. En marge : c maison d'Autriche ». 



PAR ÉZlfiGHlEL 8PAKHBIM. 379 

longtemps la souveraineté ; c*est de quoi sans doute 
il n'est pas difficile de les guérir, quand ils ne devroient 
pas Tèbre suffisamment par la disposition même des 
traités de Miinster et par toutes les autres considéra- 
tions assez palpables du voisinage et du pouvoir bien 
phis à craindre de la part de la France, surtout depuis 
la conquête de la Franche-Comté, pour ne rien dire 
des traitements et des refus non mérités ni attendus 
que des députés des mêmes cantons catholiques- 
romains, aussi bien que ceux des cantons protestants, 
ont remportés de la cour de France durant mon séjour 
en ladite cour , peu avant même l'engagement de la 
guerre présente. Après tout, il y a assez lieu de croire 
ou de craindre que ces ressentiments ou ces considé- 
rations ne remporteront pas aisément sur l'intérêt de 
quelques particuliers de leurs corps et qui gouvernent 
ces petits cantons, et ainsi tant que les louis d'or y 
auront plus de cours que les pistoles d'Espagne ou 
que les guinées. 

VII. Une observation exacte et rigoureuse de la 
défense du commerce avec la France, suivant qu'elle 
a déjà été arrêtée et qu'elle subsiste, dès les commen- 
cements de la guerre présente, du côté de l'Empereur 
et de l'Empire, des Provinces-Unies, des États et pays 
du roi d'Espagne et de l'Angleterre. Après quoi, ce 
seroit sans doute un coup de partie si on pouvoit por- 
ter les deux couronnes du Nord à s'y conformer ; 
mais ce qui sera, ce semble, assez difficile, vu l'intérêt 
contraire qu'elles y peuvent avoir, à moins de les y 
engager par d'autres avantages que ces mêmes cou- 
ronnes pussent trouver avec les alliés. Quoi qu'il en 
soit, le dommage qui revient à la France de la défense 



380 RELATION DE LA COUR DE FRANGE 

du commerce avec les alliés susdits qui sont en guerre 
avec elle, ne peut qu'être très grand et avoir même 
des suites fort avantageuses à leur égard et fort pré- 
judiciables à la France. On en peut d'autant plus juger 
que, dans la guerre passée contre la Hollande, le pro- 
jet d'une pareille défense fîit souvent mis sur le tapis 
comme un des plus assurés moyens de mettre la France 
à la raison, sans qu'il eût Ueu cependant ni dans les Pro- 
vinces-Unies, ni dans les pays et États du roi d'Espagne. 
Vin. De terminer, s'il se peut, du côté de l'Empe- 
reur, la guerre avec le Turc par une paix sûre et avan- 
tageuse, et qui, en établissant les conquêtes de l'Em- 
pereur contre l'ennemi de la chrétienté, le mette plus 
en état de tourner toutes ses forces contre l'ennemi 
conunun des princes ou états chrétiens qui sont aujour- 
d'hui en guerre avec la France et qu'elle a attaqués. 
La prise de Gamisiha^ jointe à l'extrémité, à ce qu'on 
apprend, du Grand-Varadin et à la suite des désordres 
et du méchant état des affaires de la cour ottomane, 
semblent frayer le chemin à cette paix et lever par 
avance les seuls obstacles qui auroient pu l'accrocher ; 
outre qu'à l'égard des alliés de l'Empereur en cette 
guerre, l'acte de la diète présente de Pologne qui a 
été remis ad acta et laisse le pouvoir absolu au Roi de 
faire la paix avec le Turc quand et conmient il vou- 
dra, marque assez l'intention de ladite cour et répu- 
blique. Et pour celle de Venise, la prise de Naples- 
de-Malvasie, au cas qu'elle se trouve confirmée, lui 
assurant la conquête entière de la Morée , la met par 
là en droit d'en conserver la possession par la paix 



i. Kanisa, sur les frontières de Styrie, prise par les Impériaux 
en 1690. 



PAR ÉZÉGHIEL SPAI9HEIM. 381 

qu'il seroit question de faire avec le Turc : ce qui 
n'est pas un petit avantage que cette république aura 
tiré de cette guerre , surtout dans la situation de ses 
autres États et lies voisines qu'elle possède déjà sur 
lesdites mers. 

IX. Que la réduction de l'Irlande, qu'il faut attendre 
de l'expédition prochaine du roi d'Angleterre en ce 
royaume avec les forces de terre qu'il y a déjà envoyées 
ou qu'il y doit amener, puisse donner lieu à tourner 
toutes les forces maritimes de l'Angleterre et de la 
Hollande contre la France et achever de mettre le roi 
susdit dans une sûre et paisible possession de ces trois 
royaumes. Il n'est pas besoin de réfléchir combien 
cette réduction de l'Irlande importe, non seulement au 
même roi, mais à la cause commune et à tous ses alliés, 
ni de^ toucher ici les grands avantages qu'elle ne peut 
que tirer après soi dans la continuation de la guerre 
présente, et au contraire les inconvénients palpables 
qui ne pourroient que suivre au cas que cette même 
réduction n'eût pas lieu et que le roi Jacques vint à 
s'affermir dans ce royaume et se voir par là en état 
de fomenter les rebelles ou les malintentionnés en 
Angleterre et en Ecosse. D'autant plus que, moyennant 
cette réduction, il n'y auroit, ce semble, plus lieu de 
douter que les deux flottes angloise et hollandoise, ou 
jointes ensemble, ou au cas qu'elles voulussent agir 
séparément, n'en fussent plus en état de demeurer 
maîtres^ de la mer, de porter la terreur dans les pro- 
vinces maritimes de France, d'y essayer ou d'y faire 
des descentes, d'y être soutenues et renforcées au 



1. A, dans le manuscrit. 

2. Sic. 



388 RELÀTIOlf DB LA GOUR DE FRANCE 

bes(Mn de toutes les forces de l'Angleterre et de la 
présence de ses meilleurs chefs ; et ainsi, par tous ces 
endroits, ce qui ne pourroit qu'animer les alliés , en 
augmenter même d'autant plus aisément le nombre» 
comme des deux couronnes du Nord ou des Suisses , 
en tout cas en maintenir d'autant mieux, parmi les 
confédérés qui sont déjà en action , l'union et la coo» 
fiance, les deux points les plus importants de la guerre 
présente. 

X. En dernier lieu, à avoir l'œil et à prendre les 
précautions requises à ce que la France ne tire avan* 
tage des deux morts qui viennent d'arrivor sur le pmnt 
que j'allois finir cette relation, savoir : de Madame la 
Dauphine^ et du duc de Lorraine'. Â l'égard de la pre- 
mière, on doit s'attendre que, du c6té de la France, 
on ne manquera point de leurrer plusieurs cours de 
l'Europe où il y a de jeunes princesses d'un mariage 
avec le Dauphin. On a su déjà que les ministres de 
France en Pologne n'avoient pas même attendu la 
mort de la Dauphine pour flatter cette cour que la 
princesse de Pologne^, qu'on dit être bdle et bien 
élevée, en pourroit remplir la place. Après quoi, il ne 
faut pas douter qu'ils n'en redoublent à présent leurs 
insinuations et leurs pratiques pour en tirer occasion 
de rompre le mariage du prince de Pologne avec la 
princesse palatine de Neubourg ^, affoiblir ou changer 
au besoin les bonnes intentions de la cour polonoise, et 

i. Marie-Aime-Ghri8tine«Yictoire 4e Bavière, morte le 20 avril 
1690. 

2. Charles V, mort le 18 avril 1690. 

3. Elle épousa l'électeur de Bavière en 1694. 

4. Ce mariage se fit le 25 mars 1691. 



PAR ÉZtfCHnX SPANHEIM. 383 

rengager, s'ils peuvent, en des mesures préjudiciables 
aux intérêts des alliés et surtout à ceux de Son Altesse 
Électorale. En ce cas-là, je suis fort persuadé que la 
coor de Polc^ne en seroit la dupe, ne voyant encore 
aucune apparence que celle de France, qui n'a pas 
cru jusques ici le marquis d'Àrquien, père de la Reine, 
d'assez bonne maison pour en faire un duc et pair de 
France, malgré toutes les vives et pressantes sollicita- 
tions du roi et de la reine de Pologne, voulût faire 
épouser sa petite-fille au Dauphin, et qu'ainsi, de 1^ 
fflle d'un roi électif et d'une reine qui n'ont autre avan- 
tage de naissance, l'un que d'être né gentilhomme 
polonois, et l'autre demoiselle françoise, on en voulût 
faire une reine future de France, et qui y auroit autant 
de parents et de parentes dans le royaume d'une con- 
dition privée, ordinaire et bien éloignée du trône. En 
sorte qu'il n'y auroit, à mon avis, que le seul cas 
d'une grande révolution qui arrivât, et d'une nécessité 
bien pressante des affidres de France, qui pût porter 
cette coqr-là à passer par^lessus toutes les considé- 
rations susdites pour faire épouser la princesse de 
Pologne au Dauphin : à quoi se pourroit^ alors joindre 
celles que, le Dauphin ayant déjà trois jeunes princes, 
et les prétendus héritiers à la couronne , il y auroit 
d'autant moins d'apparence que les enfants qui vien- 
droient à naître d'un mariage du Dauphin avec la prin- 
cesse de Pologne y pussent avoir part, et qu'ainsi la 
dignité de la couronne se trouveroit moins intéressée 
ou ravilie par ce mariage, outre l'exemple qu'on ne 
manqueroit pas de faire valoir en pareil cas, savoir * 

i. Sic, au singulier. 



38i RELAnorf db la cour db frangb 

du mariage du dauphin de France Henri II avec Cathe- 
rine de Médicis, qui tiroit son plus grand lustre d'être 
nièce du pape Clément YII, et d'ailleurs n'avoit autre 
avantage de naissance que d'être fille d'une maison 
noble et marchande (suivant la coutume du lieu) de 
la ville de Florence, et laquelle maison n'étoit pas 
encore alors en droit ou en possession de la souverair 
neté de sa patrie. D'ailleurs, conune il y a eu encore 
depuis une autre reine de France de la même maison 
de Médicis, la grand'mère du roi régnant, et qu'elle 
s'est fort illustrée en titres, en dignité^, en pouvoir et 
en mariages avec les maisons d'Autriche, de France, 
de Bavière et de Lorraine , il y a Ueu aussi de croire 
que la princesse de Toscane qui est à marier ', qu'on 
dit être belle, bien faite, et qui est déjà de la maison 
de France du côté de la Grande-Duchesse sa mère, ne 
manquera pas d'être mise sur les rangs et d'être 
même des plus considérées pour en faire une Dau- 
phine. Il n'y a peutrêtre que l'infante de Portugal ' qui 
pourra y apporter du contre-poids, et en qui, outre 
les avantages de la naissance, de la beauté et de l'es- 
prit, suivant les bruitis publics, se rencontrent encore 
ceux d'être seule héritière de tous les eJBTets de la feue 
reine sa mère, et d'ailleurs d'avoir son droit incon*- 
testable à la succession à la couronne et aux États du 
Portugal, en cas que l'infant né du second mariage du 
roi son père vint à mourir ou n'eût point d'autres 
frères mâles après lui et qui lui survécussent, outre 

1. Le signe du pluriel a été effacé à la fin de ce mot. 

2. Elle épousa Télecteur palatin en 1691. 

3. L'infante qui avait été accordée et presque mariée avec le duc 
de Savoie en 1681, et qui mourut le 21 octobre 1690. 



PAR ÉZÉGHIEL 8PANHEIM. 385 

Tavantage présent que la France ne manquerait pas de 
vouloir tirer de cette alliance pour engager le Portugied 
dans ses intérêts et en profiter contre TEspagne. Je ne 
parle pas maintenant d'une princesse de Neubourg, et 
me rapporte si TÉlecteur son père ne pourrait point 
avoir en vue qu'une des deux princesses qui lui restent 
à marier pût devenir dauphine, et par là, un jour, 
reine de France , et ainsi pour se voir, par un rare 
et unique bonheur, pèra en même temps d'une impé- 
ratrice, d'une reine d'Espagne, d'une raine de Por- 
tugal, d'une reine un jour de Pologne (si le mariage 
qui en est sur le tapis et la succession du prince de 
Pologne a lieu), et enfin d'une future reine de France, 
pour ne parler pas maintenant d'une duchesse de 
Parme. Mais, outre qu'on dit que les deux princesses 
de Neubourg qui restent à marier, y compris celle 
qu'on destinoit au prince de Pologne, n'ont aucun 
avantage de beauté, et que la cadette doit être encore 
d'un trop bas âge, je laisse à juger si les conjonctures 
et les dispositions même de la cour de France pour- 
roient donner lieu aux vues d'un pareil mariage, 
savoir : du Dauphin avec une de ces deux princesses, 
et d'ailleurs si, au cas que ladite cour y inclinât, il 
pourrait contribuer à consolider toutes les plaies faites 
récemment, et qui continuent tous les jours, à cette 
maison électorale, et, en un mot, la dédommager de 
la ruine et désolation entière de son électoral. Après 
tout, comme les résolutions de la cour de France se 
conforment assez aux conjonctures et aux besoins de 
ses affaires, il est constant d'ailleurs qu'elle n'a rien 
tant en vue que de diviser les alliés, et surtout de 
détacher ou de . gagner les puissances catholiques- 

25 



386 RELATION DE LA COUR DE FRANCE 

romainesy pour n'avoir plus en tête que le roi d'Angle- 
terre et ses alliés protestants ; et, vu que l'ouverture 
ou la négodation d'un mariage du Dauphin avec une 
princesse de Neubourg pourroit y donner quelque jour, 
ou au moins l'en flatter, et d'y pouvoir disposer l'Em* 
pereur et le roi d'Espagne, comme deux futurs beaux- 
frères du Dauphin, par l'entremise du nouveau pape, 
il pourroit bien arriver que ladite cour de France en 
laisseroit entamer la proposition au présent pape, 
quand même elle n'auroit pas un véritable dessein de 
l'accomplir. Mais, après tout, conune on n'en parle 
ici que par conjectures et qu'on n'en est pas moins 
persuadé de la fermeté et des intérêts opposés de 
l'Empereur et de l'Espagne à ne se détacher point des 
alliés et à ne prendre pas aisément le change, comme 
on dit, par le leurre d'une pareille alliance, il y a lieu 
de croire que de semblables vues, quand eJBTectivement 
on pourroit en avoir du côté de la France ou même de 
l'électeur palatin, n'auront point d'effet, ou au moins 
point de suites préjudiciables à la cause commune, et 
en particulier au bien de l'Empire. 

O faut espérer la même chose de l'autre mort funeste 
qui vient d'arriver, savoir : celle du duc de Lorraine. 
On ne peut nier de vrai qu'elle ne soit d'un contre- 
temps fâcheux pour l'Empereur et ses alliés ; qu'on 
ne perde par là un général de poids, prudent, sage, 
vaillant et heureux par les glorieux succès de la guerre 
en Hongrie, et déjà par ceux de la campagne passée 
contre la France , d'ailleurs accrédité dans les troupes 
et dans le parti, et enfin qui y avoit joint à la qualité 
d'un grand capitaine celle d'un généreux prince engagé 
bien avant dans le parti contre la France par sa nais- 



PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 387 

sance et par son propre et puissant intérêt, et avec un 
droit, comme on sait, aussi clair et aussi légitime à 
recouvrer la Lorraine, dont il étoit aussi injustement 
dépouillé, en sorte qu'il semble avoir été enlevé, 
comme un autre Moïse, à la veille ou dans Tespérance 
prochaine de rentrer dans le pays et Théritage de ses 
pères. Aussi peutron aisément croire que la France, 
par ces mêmes considérations susdites, se flattera de 
tirer de grands avantages de cette mort, et il ne faut 
pas douter qu'elle ne la compte même, comme autre- 
fois Tibère la mort de Germanicus, entre une des plus 
grandes prospérités de ce règne, et surtout dans les 
conjonctures de la guerre présente. Après tout, les 
héritiers ou princes mâles que ce duc a laissés après 
lui, rintérét public et domestique de l'Empereur à 
conserver leurs droits, celui des autres alliés, et de 
tout l'Empire en particulier, à les appuyer, d'ailleurs 
le nombre des chefs et des généraux de réputation et 
de valeur qui se trouvent au service et à la tète même 
des armées de l'Empereur ou de l'Empire, ne pourront 
que soutenir. Dieu aidant, avec succès la gloire de 
leurs armes, surtout au cas, dont j'ai parlé ci-dessus, 
qu'il y eût lieu de faire la paix avec le Turc, et ainsi 
d'employer uniquement contre la France les généraux 
de l'Empereur qui pourroient autrement être destinés 
ou partagés à commander ses armées en Hongrie ; et 
ainsi ce qui semble redoubler la convénience visible 
qu'il y auroit pour tous les alliés à voir finir au plus 
tôt cette guerre avec le Turc. Après tout, il n'y a qu'à 
réfléchir en cette occasion sur l'exemple de la France 
dans la guerre passée, qui, après la mort de M. de 
Turenne, sur lequel il paroissoit qu'elle ce reposoit 



388 RELATION DE LA GOim DE FRANCE 

uniquement de tout le succès de ses armes dans l'Emr- 
pire et contre tant d'alliés qu'elle y avoit eus sur les bras, 
n'a pas laissé, dis-je, non seulement de s'y soutenir et 
d'empêcher les entrées, ou à prendre poste en France, 
et même dans la Lorraine à ce même duc, quoiqu'à 
la tète d'une armée de quarante mille hommes , mais 
encore eut le bonheur de prendre une place impor- 
tante et du patrimoine de l'Empereur, comme Fri- 
bourg, et de finir par là heureusement la campagne et 
la guerre. En sorte qu'il y a lieu d'espérer qu'à plus 
forte raison la Providence divine ne permettra pas que 
la mort de ce vaillant prince apporte aucun préjudice 
considérable à la cause conunune, et en particulier du 
côté de l'Allemagne et de ses généreux défenseurs, ni 
retarde ou affoiblisse aucunement les opérations de la 
campagne prochaine, ni ainsi que la France en tire les 
avantages dont elle se peut vainement flatter. 



APPENDICE 



REMARQUES SUR L'ÉTAT DE FRANGE'. 

Le Dauphin est un prince de bonne santé et de grand exer- 
cice, qui a de la modestie et de la retenue, et tant de bonté qu'il 
n^a jamais fâché ni désobligé personne, qui a conservé pour le 
Roi un tel respect, une obéissance si grande, qu'il ne s'est 
jamais émancipé de demander aucune grâce ni pour lui-même 
ni pour un autre, et a attendu de Sa Majesté le traitement 
qu'elle a voulu lui faire avec une soumission extrême. Une 
conduite si étudiée et si constante paroit être d'un honmie de 
bon entendement, qui connolt avoir à faire à un père et à un 
maître jaloux de son autorité et capable de la soutenir. La 
princesse douairière de ConU, sœur naturelle du Dauphin, est 
assez avant dans sa confidence ; mais il a une estime particu- 
lière pour le prince de Conti, qui est vaillant, spirituel, ambi- 
tieux, et que la seule crainte du Roi contient dans de justes 
bornes. Lorsqu'il fit le voyage de Pologne, le Dauphin s'ouvrit 
à quelqu'un qu'il trouvoit toujours le prince de Conti à redire, 
et, dans l'occasion, ce prince ne prétendroit pas moins qu'à 
être premier ministre. Après lui, le duc de Vendôme paroit 
être le plus avant dans la faveur du Dauphin : c'est un des 

1. Cette série de portraits, rédigée par Spanheim à la fin de 
son second séjour en France, se trouve en tôte du volume, immé- 
diatement après la table analytique dressée par Fauteur lui- 
môme. Les noms des personnages ont été ajoutés après coup, 
en manchette, à la première ligne de chaque article. Les six 
premiers sont écrits de la main de Spanheim. 



390 APPEm>iGE. 

meilleurs hommes du monde, qui fait les délices de la cour, 
mais aimant les plaisirs; il lui fliudroit un second pour lui 
aider à soutenir le poids des affaires, tel que le cardinal d'Estrées, 
son parent, qui n'oublieroit rien pour s'introduire : à quoi il y 
a peu d'apparence, le prince de Conti et le duc étant ennemis 
secrets. 

Le Dauphin ne fait pas remarquer une grande vivacité ; j*ai 
OUI dire que le Roi son père n'en faisoit pas autrefois éclater 
davantage, et qu'il n'a commencé à se montrer qu'à la mort du 
cardinal liazarin. 

Le duc DE BouBGOGNB est le prince de la plus grande espé- 
rance qu'il y ait jamais eu ; qui, dans un corps délicat que l'âge 
peut rendre plus robuste, a un esprit d'une vivacité, d'une 
étendue et d'une ambition extraordinaire. Avec cette vivacité, 
il est taciturne, partie rare dans un même si^^et. Non seulement 
il s'élève de lui-même à la connoissance de toutes les sciences, 
comme les langues, la philosophie et les mathématiques, mais, 
ce qui est Important, à la connoissance de l'histoire ancienne 
et moderne, à la connoissance des intérêts des princes, et Ikit 
la lecture de Tacite dans l'original latin, et, ayant la mémoire 
heureuse, fiedt des progrès surprenants'dans tout ce qu'il veut 
apprendre. H a méprisé tous les jeux et divertissements des 
enfants pour s'enfermer dans son cabinet, enrichi d'une biblio- 
thèque choisie, d'instruments de mathématique, de cartes de 
géographie, de plans de places fortes. Il passe plusieurs heures 
chaque jour à s'instruire de tout ce qu'un grand prince doit 
savoir. Ù sait dessiner parfaitement : on prendroit presque pour 
des estampes ce qui part de sa plume ] il sait lever des plans et 
les faire comme un ingénieur. 

Il est d'une humeur hautaine et fière, d'un abord fort peu 
prévenante 

Le duc d'Anjou, nouveau roi d'Espagne, a la même ouver- 
ture d'esprit, mais est mieux fait et a l'humeur plus douce. U 

1. Cette dernière phrase a été ajoutée après coup sur une partie 
du blanc laissé à la suite de cet article comme des solvants. 



APPENDICE. 391 

tient un peu de la taciturnité de son aîné. Cette douceur le rend 
plus agréable à la cour. 

Le duc m Berat parle beaucoup, est vif, ardent, et d'une belle 
espérance. 

Mme DE MAirr TENON sortiroit de la cour si le Roi venoit à mou- 
rir, et même avec peu de satisfaction, non qu'elle fasse du mal 
à personne, elle se conduit avec une grande modestie, mais 
parce qu'elle est à charge et odieuse à toute la famille royale et 
qu'on impute à son ambition la facilité des conditions de la paix 
de Ryswyk^ si désagréable à toute la France. Aussi, ayant 
beaucoup d'esprit, elle ne se le feroit pas dire et auroit bientôt 
pris son parti. 

La duchesse de Bourgogne est fine et méchante. Elle hait à 
la mort, sans sujet, la duchesse du^ Lude, sa dame d'honneur, 
la contre&it et s'en moque ; mais elle a une comfdaisance ser- 
vile pour Mme de Maintenon, qu'elle appelle en particulier sa 
bonne-maman. Le duc et la duchesse de Bourgogne se montrent 
fort indifférents l'un pour l'autre. 

Le maréchal de Duras. L'âge a tout à fait affbibli le peu de 
bon sens qu'il avoit, et, hors le souvenir de sa bravoure antique 
q[ui donne encore une espèce de respect pour lui, on ne feroit 
pas attention qu'il est au monde, non seulement parce qu'il n'a 
jamais brillé dans la conduite d'une campagne, mais aussi 
parce que son intelligence est très médiocre pour tout ce qui 
regarde l'armée. La mauvaise manœuvre qu'il fit la première 
campagne de la dernière guerre le fait assez connoitre'. Ainsi on 
ne doit plus le regarder comme un homme propre à la moindre 
chose. U n'a plus d'ouverture pour le commerce de la vie et 
pour ses afllsdres même, et, l'âge convenant fort à ses raison- 
nements, on pourroit dire, ce me semble, sans lui faire tort, 
qu'il commence un peu à radoter. U est pourtant bon homme, 

1. Ces deux mots c de Ryswyk t ont été ajoutés en interligne. 

2. De Lude, dans le manuscrit. 

3. Voyez ci-dessus, p. 332-333. 



39S APPENDICE. 

mais fort dénuigé, et, sans le bon esprit de Madame sa femme, 
il le seroit tout à &it. Le prince ne le considère que parce que 
c'est un vieux domestique qui a toujours été affectionné à son 
service. C'est dommage qu'il soit à la tête d'un corps où son 
peu de lumière apporte beaucoup de préjudice au public, qui 
souffre de sa lenteur et de son peu de constance. 

Le maréchal d'Ests^bs vieillit dans l'oubli. Ce qu'il a foit 
autrefois ne tait point souvenir de lui. C'a été un très brave 
homme, mais peu intelligent pour de longues suites. H est de 
ces gens que l'on élève quelquefois par caprice ou par quelque 
sollicitation cachée. Il est demeuré^ presque inutile dans cette 
dernière guerre, et, quoique le ministre qui étoit de ses ennemis 
fût mort, il en a laissé une si mauvaise idée à son successeur, 
que Ton n'a pas voulu lui confier des affaires de conséquence. 
Je crois que l'on n'a pas eu tort, parce que l'esprit de ce maré- 
chal^ a extrêmement baissé, et je le crois incapable, non seule- 
ment de conduire une armée dans une action d'éclat, mais 
même de faire une campagne sans désavantage. U a la satisfac- 
tion, supposé qu'il ait l'esprit de la goûter, de voir dans son fils 
beaucoup plus de ce qu'il a été. Le père est doux, tranquille et 
aisé dans sa maison; je ne crois pas qu'il le soit dans ses 
affaires, et il est du nombre des grands seigneurs qui font plus 
de flgure qu'ils ne peuvent. Le Roi n a pas pour lui meilleure 
opinion que le ministre qui étoit son ennemi ; mais Sa Majesté, 
connoissant son affection pour son service, lui fait plaisir dans 
des occasions, n est inutile à ceux qui sont sous lui, parce qu'il 
n'a aucun crédit, et il n^a jamais le pouvoir d'avancer aucun 
ofiQcier de terre, parce qu'il n'a jamais commandé des armées 
plus nombreuses que de trois mille hommes. 

Le maréchal de Joyeuse s'est toujours fUt admirer par sa 
valeur ; mais il s'est toujours fait haïr et mépriser par son 
emportement et par sa brutalité. Le prince avoit envie de lui 

1. Spanheim écrit « demuré t. 

2. Ce maréchal est écrit au crayon dans un blanc qui avait été 
laissé primitivement. 



APPENDIGB. 393 

Aire du bien ; mais son avarice sordide l'en a empêdié. Que 
peutron en effet de plus violent que de se foire quatre ou 
dnq cent mille livres de sauvegarde en six semaines de 
temps qu'il a commandé sur une frontière considérable? 
Mais, quand on fera réflexion qu'il n'a pas huit mille livres 
de rente de patrimoine et qu'il n'étoit que gouverneur 
de Nancy, peut-être lui fera-t-on grâce. Cependant il a cela 
de commun avec une personne qui n'a pas foit la même 
manœuvre ^ Un caractère si peu propre pour commander 
d'honnêtes gens rend M. de Joyeuse' méprisable aux uns, indif- 
fiarent aux autres, et insupportable à ceux qui ont à faire à lui. 
n est aisé de juger par là que c'est un saint qui ne guérit de 
rien à la cour. Peu de personnes aussi l'importunent pour sa 
protection : au contraire, il auroit besoin lui-même d'être pro- 
tégé, à cause du peu d'attention que le Roi foit à sa fortune et 
à celle de toute sa fjsunille. Il tient à peu de personnes ; mais 
ceux à qui il tient ne s'embarrassent pas fort de lui. 

Le maréchal de Ghoiseul a tout ce qu'il fout pour faire un 
grand capitaine, il en a toujours donné des marques, et cepen- 
dant il n'a pas été heureux, parce que le ministre dernier mort 
avoit toujours été de ses ennemis à cause que le maréchal ne 
lui avoit jamais voulu vendre sa terre : ce qui l'a fait rester 
longtemps sans occupation ; mais enfin son mérite Ta emporté 
sur ses ennemis, à qui le Roi dit un jour que, si le maréchal de 
Ghoiseul» avoit la vue bonne, il verroit les ennemis de plus près. 
Sa Bfagesté en a été fort contente avec justice, puisque Ton ne 
peut mieux marcher ni mieux camper qu'il a fait, et il auroit 
combattu de même si l'on lui avoit donné des troupes sufBsam- 
ment ; mais un reste de haine dans le successeur du ministre 
lui a 6té tous les moyens de briller comme les autres. On peut 
pourtant dire que ses marches et ses campements ont été beau- 
coup plus utiles à l'État, sur la fin de la guerre, que les mou- 

i. Sans doute le maréchal de Lorge, ci-après, p« 405, ou le 
maréchal Gatinat, p. 396. 

2. Le nom est écrit au crayon dans un blanc laissé primitive- 
ment. 

3. Ge nom est aussi écrit au crayou. 



394 APPENDICE. 

vements hors d'œuvre et excesaib qu'on s'est donnés sur 
d'autres frontières. H est très désintér^sé, quoique sans bien. 
D est doux à TofOcier et bon pour le soldat. S'il a un dé&ut, 
c'est de promettre ce qu'il ne peut pas tenir ; ce n'est pas &ate 
de bonne volonté. Il ne tient à personne qui lui puisse procurer 
du bien. Il est malheureux dans son ménage, ayant épousé une 
femme indigne de liA par son humeur et par sa conduite. II en 
est séparé depuis longtemps. D est très commode dans son 
domestique, ne se laissant jamais aller à l'emportement. U 
seroit libéral, s'il en avoit le moyen, et il est le premier à s'excu- 
ser sur son pouvoir. Il ne seroit pas longtemps sans être placé, 
parce que le Roi l'estime ; mais il faut des gens pour feire sou- 
venir Sa Majesté dans le cabinet. 

Le duc DE BouFFLBRS *. Le public croit M. de BoufBers brave 
parce qail est maréchal de France et parce qu'il a une fois tiré 
répée à la brèche de Namur, où son nom fit plus de tort -que 
son bras ne fut utile. Il n'auroit pas si bonne opinion de lui, si 
quelqu'un avoit eu la charité de l'instruire qu'il doit moins son 
élévation à son mérite qu'à la haine que M. de Louvois avoit 
pour lui dans les commencements : ce qui engagea le Roi à 
avancer ce général pour mortifier le ministre, qui devint à la 
fin de ses amis. Occupé ssm cesse, avec cinq ou six secrétaires, 
à faire des mémoires pour la cour, il a eu le déplaisir qu'on n'a 
jamais suivi aucun de ses avis pour des affaires d'Ëtat et de 
conséquence. En 4 690, il passoit les nuits à projeter le âège de 
Nieuport pendant qu'on faisoit les préparatifs de celui de Mons 
dans la place même où il commandoit le quartier d'hiver. De 
toutes les qualités nécessaires pour un homme de guerre, les 
connoisseurs ne lui accordent que le mouvement *, mais il s'en 
donne si souvent sans nécessité, que les troupes appréhendent 
plus de servir sous lui que de combattre les ennemis. Il a ^ 
l'esprit de manger' deux ou trois fois sa légitime pour avoir plus 
de grâces^ de son prince, et il a réussi ; mais, depuis qu'il en est 

1. Boufleur, dans le manuscrit. 

2. Ménager, corrigé en manger, 

3. Grâce, au singulier, dans le manuscrit. 



APPENDICE. 395 

comblé, il ménage comme le maréchal de^ , et il 

commence à négliger le payement de ses dettes. Pendant qu^il 
a servi, il s'est plus' distingué par son équipage et par sa can- 
tine que par ses actions. Je ne sais pas s'il entend la guerre ; 
mais je sais bien qu'on n'en est pas persuadé à la cour, et qu'on 
ne l'a jamais bien loué que pour être infatigable et parce qu'il 
sait établir des contributions. Deux choses l'ont gâté : le bâton, 
et ses conférences avec mylord Portland. Depuis qu'il a négo- 
cié avec lui, il se croit capable des plus importantes négocia- 
tions, et il s'imagine que la paix auroit été faite plus avanta- 
geusement pour la France, si elle avoit roulé sur lui. En un 
mot, il se croit de l'esprit et il affecte même de le cacher en 
parlant peu, pour le mieux persuader au public ; mais ses amis 
et ses gens ne peuvent s'empêcher de publier le contraire. Il 
est bon gentilhomme *, mais il croit venir de quelque chose de 
plus : depuis qu'il est maréchal de France, il s'est fait une idée 
de la charge de Beauvoisis qu'avoit son père comme de celle 
de connétable, et il semble que ce soit Hugues-Gapet qui Ta fait 
duc. n a une Qerté et une ambition cachée qui deviennent insup- 
portables à ceux qui ont le malheur de tomber sous sa coupe. Une 
négligence envers sa personne lui parolt un attentat à sa dignité : 
il fout des amis pour l'apaiser. Il n'a pas moins de foible pour le 
feste que pour sa femme. U n'est pas fâché que ses domestiques 
profitent, aux dépens d'autrui et de son crédit ; mais il les outre 
de travail, principalement ses secrétaires. La cour seroit un 
siècle à faire exécuter tous les avis qu'ils ont dirigés^ depuis 
huit ans. n est à charge aux ministres, à qui il demande tou- 
jours ; mais, parce qu'il est en place, on ne lui reftise rien. U 
est attaché au prince comme un vieux domestique l'est à son 
maître, et c'est son plus grand mérite que son assiduité. 

Le maréchal de Gitinat est ce qu'on appelle un vrai homme 

i. Le nom est resté en blanc, et Spanheim a oublié de Pajonter 
au crayon. H s'agit sans doute du maréchal de Joyeuse, ci-dessus, 
p. 393. 

2. Piva est ajouté en interligne. 

3. Sic, pour Tédigéi f 



396 APPEICDIGB. 

de guerre. Les batailles considérables qu'il a gagnées, les sièges 
difficiles qu'il a formés en font foi. Il n'a pas assez d'activité 
pour gâter une action, ni assez de lenteur pour la manquer. 
Capable des grands et des petits détails * d'une guerre, il est 
pour ainsi dire le maître de ses événements. Quoiqu'il ait £Bdt 
sa fortune en peu de temps, son mérite la demandoit encore 
plus prompte'. D est fort entendu, et il peut bire la guerre sans 
généraux : il n'a besoin que de bons officiers. Il sait faire trou- 
ver douce au soldat et à l'offlder son exactitude en toutes 
choses, et les troupes le suivent partout, parce qu'elles l'aiment 
et qu'elles ont de te confiance en lui. Ses vues leur ont toujours 
paru grandes pour une campagne, pour un combat et pour un 
siège. Il sait admirablement bien se servir d'un pays et le fhire 
durer longtemps. Sans intérêt, sans vanité, sans présomption, 
on ne diroit pas qu'il commande une armée, qu'il est maréchal 
de France et qu'il est né sans biens. Il tient la politique de cour 
au-dessous de lui, autant qu'il possède celle de l'État. Il a trop 
de valeur pour n'aimer pas la guerre , il est trop bon suyel 
pour ne procurer pas la paix quand il le' peut. Celle de Savoie, 
qu'il a ménagée par ses heureuses et spirituelles négociations, 
en est une preuve. Son expérience pour la campagne et son 
savoir pour le cabinet empêchent de juger qui l'emporte en lui 
du général ou du ministre. On pourroit lui reprocher qu'il est 
trop savant pour un capitaine de ce temps ici, s'il n'employoit 
pas la science à des grandes choses. U aime son prince par 
devoir et par honneur ; il en est aimé comme un homme rare et 
utile. 

Le prince de Corti est un vrai héros. D est né pour la gloire 
sans en être l'esdave; il la désire en prince, mais elle le 
cherche comme un aventurier : elle paroît dans ses moindres 
actions. Ce prince est d'une grande valeur, et il ne s'ennuieroit 
jamais à la guerre, si on y donnoit tous les jours des batailles. 

1. Ce mot a été corrigé, mais si mal qu'on lirait plutôt défaits 
que détails, 

2. Prompt, corrigé en prompte, 

3. Ce pronom est ajouté en interligne. 



ÂPPEEn>iCE. 397 

n y combat àvee un sang-firoid et avec une prudence dont peu 
de généraux sont capables. Les plus jeunes guerriers ne font 
pa» paroitre tant d'ardeur dans Faction. Son expérience sur- 
I»aaae celle des officiers les plus consonunés. H a gagné le soldat 
par sa bonté, et l'officier par son affabilité, et Tun et l'autre 
ont une entière confiance en lui, parce qu'il est toujours brave, 
toujours prudent , toujours heureux dans les occasions qui 
roulent sur lui. Il a su la guerre avant que de la faire, il en 
eounoit le métier, il l'aime, il en fait toute son application. La 
{pénétration d'un grand capitaine, l'activité et la vigilance d'un 
brave officier, le travail et la fermeté d'un bon soldat se ren- 
contrent en M. de Gonti. Le jour d'une bataille, il voit clair 
dans un combat ; sans être présomptueux, il s'y expose avec 
une valeur incroyable, sans témérité ; il y est ferme sans être 
opiniâtre. Le gain de deux Êuneuses batailles^ qui lui est dû en 
font foi. Aimé de toute la France, estimé de toute l'Europe, il 
en &it l'admiration. Il est grand homme parce qu'il le veut. 
C'est un des plus savants princes qu^il y ait jamais eu , et il 
sait bien parce qu'il est incapable de rien foire de mauvais 
goût. Il est plein de probité, de zèle et d'attachement pour le 
Roi, dans les bonnes grâces de qui Monsieur le Prince le remit 
avant que de mourir : il le conduisit pendant un an et le mit 
dans les sentiments tels que Sa Majesté pouvoit le souhaiter 
avant que de lui proposer cette réconciliation. Je ne sais rien 
à reprocher à ce prince qu'un peu d'absence, et d'avoir une 
étoile malheureuse et peu de bien, ce qui l'empêche de faire 
paroître autant de grandeur d'âme qu'il en a. Les Polonois l'ont 
cru avec justice digne de les commander ; mais la couronne 
qu'ils lui ont offerte est au-dessous de lui^ et, s'il lui a été glo- 
rieux de la mériter, il lui a été encore plus avantageux de la 
manquer. 

Le duc DE NoAiLLEs a conquis une grande étendue de pays. 
Il a gagné de fameuses batailles, enlevé des places en aussi peu 
de temps qu'il en faut pour les investir et pour établir des 

1. Spanheim avait commencé par écrire d'une &. — H s'agit des 
b:itaille8 de Steinkerque et de Nerwinde. 



398 APPEIfDICE. 

quartiers. Il a conduit ceg sièges avec prudence et avec vigueur ; 
il ne désemparoit point de la tranchée ; il a feit lever des sièges 
par des marches difficiles et incroyables, et avec des années de 
beaucoup inférieures ; il a toujours réussi sur le pays ennemi. 
En un mot, toujours victorieux et jamais vaincu, il a toujours 
marché en avant, sans craindre le feu et les fittigues, et cepen- 
dant le public n'est pas prévenu en fhveur de sa bravoure et de 
son savoir-feire, parce qu'il est fier, dévot, aimé du prince, n 
manque au public de Téquité et du bon sens *, qu'il examine 
sans passion et de près les qualités de ce général, il trouvera 
que, commissaire des vivres, commandant d'artillerie, inten- 
dant et général tout ensemble, il a si bien arrangé ses desseins 
dans sa tête, qu^on pouvoit les compter pour heureusement exé- 
cutés avant qu'ils fussent commencés. Des gens du métier, et 
bons connoisseurs^ en ont jugé ainsi avant moi. S'il s'étoit fait 
un revenu considérable de son emploi, s'il eût souffert que l'on 
eût pillé le pays où il a fait la guerre, et qu'il n'eût pas tenu le 
soldat et l'officier dans une exacte discipline, ce seroit un héros ; 
mais un grand désintéressement, une piété sincère, beaucoup 
de ménagement pour les habitants du pays ennemi et un atta- 
chement inviolable pour les intérêts de son prince, dans les 
petites comme dans les grandes choses, n'ont pas été du goût 
de l'officier : cela l'a révolté contre lui. Quand il a parlé de £on 
général, il n'a songé qu'à s'en plaindre. Il veut trouver son 
compte à la guerre, il veut être traité doucement : sans ces deux 
agréments, le plus grand héros ne le conduiroit pas. Gela 
manque à M. de Noailles. Cependant, si l'on fait réflexion que 
sa politique pour les habitants de ' lui a donné les 

moyens d'y faire la guerre longtemps en sûreté et avec honneur, 
quoiqu'avec des armées inférieures et peu nombreuses, que sa 
piété et que son affection pour la personne du Roi lui en ont gagné 
les bonnes grâces, on trouvera autant d'esprit que de bonheur 
dans sa conduite. Il a besoin pourtant des grâces et de l'estime 
de Sa Majesté pour soutenir sa réputation, que ses actions n'au<- 
roient pu garantir de l'envie de ses ennemis. Sa dévotion est 

1. En marge : c M. de Luxembourg. • 

2. Le nom est resté en blanc; il s'agit sans doute de la CSatalogne. 



ÂPPEin)iGE. 399 

smoère ; mais il y entre bien autant de tempérament que de 
oonveraion^ Le choix des places au temple, les emportements 
firéquents contre les domestiques et un peu d'orgueil gâtent le 
dehors de cette dévotion, qu'il ne sait pas ménager, ni en cour- 
tisan, ni en homme simple : ce qui la fait quelquefois paroltre 
affectée, quoiqu'elle ne le soit nuUement à l'examiner de près. 
Tout dévot est difficile : celuinsi Test plus qu'un autre ; qui- 
eonque le satis&it peut satisfaire tout le monde. U est dur à 
payer, mais il paye *, sa conscience le lui fait feire. H est hai- 
neux, défaut ordinaire aux dévots, et, le plus souvent, il hait 
sans examiner et sans Maison : c'est pure prévention. Le bon- 
heur le ravit, le revers l'accable-, il reçoit humainement quand 
est serein, mais, la moindre chose étant capable de lui causer 
de Paltération, on est souvent exposé à son caprice et à sa 
mauvaise humeur. U a cela de bon quMl ne caresse point son 
ennemi: au contraire, il l'évite. Dans le premier mouvement, il 
le desserviroit ; mais la conscience et la raison prennent bientôt 
le dessus. U adore sa femme, qui est son maitre ; il adore le 
prince, qui l'aime, qui l'accable de bienfaits parce qu'il s'en voit 
adoré. Il aime à servir ceux qu'il estime ou qu'il protège; mais 
il est timide à demander, autant que le caprice l'emporte à éle- 
ver un inconnu dont il a presque toujours le malheur d'être 
payé d'ingratitude, parce quil place souvent son estime sur les 
apparences. Si l'on est mécontent pendant qu'on est à lui ou 
qu'on lui rend des services, que l'on s'en sépare'. Ton n'en 
recevra plus de bienfaits. U a eu de très beaux commencements 
de science; mais il ne les cultive pas. U hait la lecture, il ne lit 
que les saints livres très régulièrement; mais il gronde les 
yeux sur le Nouveau Testament. Ses jugements, ses vues sont 
étendues et pénétrantes ; il ne lui manque que de la lecture 
pour les perfectionner. U est infatigable dans le cabinet par le 
travail d'autrui. U l'ordonne longtemps et avec esprit; mais il 
ne fout' pas compter sur le sien : il ne peut durer plus d'une 
heure ; son feu est trop violent pour aller plus loin. Le même 

1. Ne faudrait-il pas lire conviction ? 

2. Spanheim avait commencé par écrire senpare, 

3. Fait, dans le manuscrit. 



400 ÂPPsm)iGB. 

travail l'ennuie, le changement l'anime. Rien n^égale son exac- 
titude, son détail, sa mémoire ; tout lui est toujours présent, 
et, si l'on doit craindre quelque chose de lui, c'est qu'il est trop 
occupé des petites choses pour qu'on le croie capal)le des plus 
grandes quand on les lui confiera. Cependant on doit tout 
espérer de son zèle et de son affection pour le bien de l'État : 
ils prévalent à sa gloire, à son intérêt, et même à son honneur ; 
tout le monde Ta vu. Si la guerre revient, on le verra à la tôte 
de plus grandes affaires, si sa faveur continue, n s'en tirera 
honorablement, quand il n'auroit que le seul talent de se choisir 
d'habiles gens pour le secourir dans l'exécution de ses desseins. 
Si l'on peut reprocher positivement quelque chose à M. de 
[Noaiiles^], c'est qu'il se tâte un peu trop. Il iroit volontiers au 
combat et sur la brèche en robe de chambre et bonnet de nuit, 
pour être plus à son aise. Les médecins et les apothicaires ont 
l'accès plus libre dans sa chambre que ses amis et que les ofQ- 
ciers. n prend la peine et la fatigue sans hésiter ; mais, si l'on 
l'en croit, personne n'en a tant eu que lui, et ses peines sont 
tom'ours les plus violentes parce qu'il le croit. 

Le maréchal de VaLEBor est homme de médiocre valeur, si 
l'on en croit les apparences. Comptant pour beaucoup les 
moindres périls, où il ne s'expose qu'avec ostentation, il sait 
éviter les actions d'éclat ; il exteute mal les petites, où le sang- 
froid et la tranquillité lui manquent. On ne sait point s'il dis- 
pose bien un combat, puisqu'il n'en a jamais donné *, mais il 
paroit se tirer passablement de la suite d'une campagne. D sait 
mieux qu'un autre manquer par sa lenteur et par son incerti- 
tude les occasions de nuire à un ennemi. Il entre un peu dans 
le détail ; mais il n'y est point naturel, et, s'il n'y étoit point 
secouru par des gens d^une trempe au-dessus de la sienne, il 
auroit de la peine à s'abaisser jusqu'aux menuités, ou bien il 
les prendroit pour de grandes choses. Ses vues sont très courtes 
et son discernement assez grossier, et, si l'on doit juger de sa 
capacité par l'événement, il n'y a point d'offlcier qui ne le trouve 
plus propre à briller dans une fête qu'à la campagne. La pre- 

i. Le nom est resté en blanc. 



APPENDICE. 401 

mière année qu'il a commandé, il a pris Tarmée pour sa maison, 
et il traiioit les officiers comme ses domestiques; je n'en excepte 
pas même les princes : on les a vus attendre quatre heures dans 
son antichambre pour lui parler d'affaires sérieuses et de con- 
séquence. Mais il a vu qu'il falloit s'humaniser. Le soldat et 
rofflcier le suivent parce que c'est leur général ; il n'entre ni 
estime ni confiance dans leur exactitude. Son ambition va beau- 
coup au delà de sa portée : elle l'empêche souvent de se con- 
noitre ; il s'égare à tous moments, et il prend des airs de diffé- 
rence même avec des personnes à qui il ^oit un respect infini ; 
il les fatigue de mauvaises plaisanteries , le plus souvent hors 
de leur place. On a été surpris, dans les commencements, de le 
voir dans la scène, parce que c'étoit celui qu'on en croyoit le 
moins capable : la suite a répondu au jugement qu'on en avoit 
Eût ; mais, sur les fins, on s'est accoutumé à ne plus attendre 
de grands événements du côté où il a commandé. La magniâ- 
oenee est sa folie, mais elle est de mauvais goût chez lui : il y 
a toujours du Mascarille dans sa personne. Pour trop vouloir se 
donner un air de cour aisé, il sort du respect. Il n'a pas assez 
de fonds pour ménager la délicatesse, et, en voulant paroitre 
supérieur, il se montre domestique trop familier. Son faste 
l'occupe nuit et jour. Ses amis ne le touchent guère. Il ne pense 
point à son métier, où il auroit besoin d'étude. Il est à charge 
à la cour, surtout à son maître. Il est méprisé ; mais on ne 
laisse pas de vouloir tenir à lui, parce qu'il a été choisi, parce 
qu'il est opulent. U tire plus de vanité de briller dans un car- 
rousel, dans une revue, par son habit, par le hamois de son 
cheval, quMl n'ambitionne la gloire de donner une bataille, de for- 
mer un siège. En un mot, M. de [Villeroy*] est un des moindres 
généraux de ce temps-ci. C'est un courtisan fastueux et mal- 
habile \ c'est un anii indolent et souvent inutile ; c'est un maître 
supportable parce qu'il ne gronde et ne se fait servir qu'en 
h^os. C'est le seul endroit où il ait attrapé ce caractère. 

Le duc DE LA Rochefoucauld ^ est trop sincère, trop honnête 

1. Le nom est resté en blanc. 

2. Spanheim écrit : • le duc de Rochefoucanlt. » 

26 



402 APPENDICE. 

homme pour un courtisan. C'est le protecteur des malheureux, 
qui en recevroient toute sorte de secours s'ils trouvoient un 
prince autant disposé à leur flûre du bien qu'il l'est lui-même à 
leur en procurer ; mais sa bonne volonté Ta fotigué, et il n'a pu 
se conserver que la liberté de parler, sans avoir, le plus souvent, 
la satisfaction de réussir. Les injustices n'ont pas de plus cruel 
fléau que lui ; il les reproche même à son maître. Ce noble et 
généreux caractère lui a plus attaché des malheureux, qu'il ne lui 
a acquis les bonnes grâces de son prince, qui l'estime à la vérité, 
mais qui l'évite. Il est aisé dans ses manières, grand dans ses dis- 
cours, plus qu'aucun des courtisans. On remarque bien en lui le 
respect qu'il a pour son maître ; mais on n'y voit point cet air 
de domesticité qui se rencontre dans tous les autres. Il ^t facile 
à servir, à aborder, plus qu'il n'est ordinaire dans un homme 
de cour. Il ne &it point essuyer de mauvais moments à personne, 
et, toijûours l'esprit porté au bien, il voudrait totyours en faire. 
U est d'un grand goût pour toutes choses. Il conserve son bien 
par raison; il le prodigueroit par inclination. Son esprit répond 
à son cœur, et, jugeant de tout sainement, il en est capable. U 
est estimé, aimé ou indifférent à tout le monde ; il n'est envié 
ni haï de personne. C'est peut-être l'unique. 

M. DB RicniE a passé du théâtre à la cour, où il est devenu 
habile courtisan, dévot même. Le mérite de ses pièces drama- 
tiques n'égale pas celui qu'il a eu l'esprit^ de se former en ce 
pays-là, où il faittoutes sortes^ de personnages. Qu'il complimente 
avec la foule, ou il blâme et crie dans le tête-à-tête, ou il s'ac- 
commode à toutes les intrigues dont on le veut mettre -, mais 
celle de la dévotion domine chez lui : il tâche toujours de tenir 
à ceux qui en sont le chef. Le jansénisme, en France, n'est plus 
à la mode ; mais, pour paroitre plus honnête homme et pour 
passer pour spirituel, il n'est pas fâché qu^on le croie janséniste. 
On s'en est aperçu, et cela lui a fait tort. 11 débite la science avec 

1. Ce mot en corrige un autre qui a été biffé et gratté. 

2. Il semble que Spanheim ait biffé les deux s de toutes et de 
sortes. 

3. Spanheim a biffé l'accent sur cet où, comme sur le suivant. 



APPEimiGE. 403 

beaucoup de gravité, il donne ses décisions avec une modestie 
suffisante qui impose. D est bon grec, bon latin ; son françois 
est le plus pur, quelquefois élevé, quelquefois médiocre, et 
presque toujours rempli de nouveauté. Je ne sais si M. de Racine^ 
s'acquerra autant de réputation dans l'histoire que dans la 
poésie ; mais je doute qu'il soit fidèle historien. Il voudroit bien 
qu'on le crût propre à rendre service-, mais il n'a ni la volonté 
ni le pouvoir de le faire. 'C'est encore beaucoup pour lui que de 
se soutenir. Pour un homme venu de rien, il a pris aisément les 
manières de la cour. Les comédiens lui en avoient donné un 
Ikux air : il l'a rectifié, et il est de mise partout, jusques au 
chevet du lit du Roi, où il a l'honneur de lire quelquefois, ce 
qu'il fait mieux qu'un autre. S-il étoit prédicateur ou comédien, 
il surpasseroit tout en Pun et Tautre genre. C'est le savant de 
la cour ; le duc et la duchesse est ravie de l'avoir à sa table 
ou' après son repas, pour l'interroger sur plusieurs choses 
qu'elle ignore : c'est là qu'il triomphe. 

M. DB TouRviLLB a passé tout d'un coup du particulier au 
général. Il ne se seroit peut«étre pas aperçu quHl pouvoit être à 
la tète des^ grandes affaires, si le Roi ne l'en eût chargé. Son 
élévation a été un songe pour ses amis, un étonnement pour ses^ 
camarades et pour iui-mème. « Quoi ! dit-il, on me tait maré- 
chal de France I » Il ne s'attendoit à rien moins qu^aux der- 
nières faveurs de son prince, et il s'en croyoit encore bien éloi- 
gné ; mais, quand il en a été honoré, il a fait comme les héros 
qui les ont méritées : il a cru que son maître avoit le discerne- 
ment trop délicat pour se tromper ; il est persuadé présentement 
quMl est héros. C^est un bon matelot, un bon pilote, un brave 
homme. H a été injustement attaqué sur son courage, car il en 
a autant qu'un officier puisse avoir. Peut-on faire plus que ce 

i. On remarquera que Spanheim, par mégarde sans doute, a 
écrit ici le nom de M. de Racine tout au long; cela du reste est 
déjà arrivé deux fois pour le duc de Noailles et pour le prince de 
Ck)nti, dans les articles ci-dessus. 

2. Ici encore, Spanheim a biffé un accent sur ouê 

3. De, corrigé en des. 



404 APPEIfDIGE. 

qu^il a ftiit dans son dernier combat *7 Mais il seroit embarrassé 
d^e longue suite : il ne lui faut que des coups de main, de 
pilotage et de manœuvre, qu'il entend parfaitement bien. Sur 
les fins, il s'est gâté chez le ministre, pour n'avoir pas voulu 
fidre l'impossible. Le raisonnement n'est pas de mise à la cour; 
il Aiut tout tenter sans pénétrer dans les moyens de Texécution. 
L'événement a pourtant justifié M. [de Tourville^] ^ mais il ne l'a 
que plus éloigné du ministre, dont les vues se sont trouvées 
fitusses. Ce général est estimé dans son corps, parce qu'il sait 
son métier ; mais il n'en est pas aimé, parce qu'il est sur 
répargne. L'avarice étoit sa passion dominante; mais sa femme 
Ta réduit à l'économie. On ne le connolt que dans son bord et 
dans les gazettes en temps de guerre. D ne brille point à la 
ville ', il y est médiocre en tout : c'est un gentilhomme de fortune 
qui s'est plus attaché à sa profession qu'à se polir et à se donner 
de l'esprit; le sien est simple. Son amitié est fort aisée, mais 
elle est fort indolente, et je ne la crois sincère que pour sa per- 
sonne. Il ne sort point, et il laisse aux commissaires de placer 
les officiers selon le caprice et selon l'intérêt, sans se mettre en 
peine si le mérite en souffre. Il se tâte trop pour un marin, et 
je lui voudrois moins de façon. 

Le maréchal db Lorge a soutenu jusqu'à la fin la haute repu- 
tation où il a toujours été. On ne peut avoir rendu des services 
plus importants à l'État que ceux qu'il a rendus pendant cette 
guerre. Quoique foible, il a toujours résisté aux efforts des 
Allemands sur le Rhin, et il a marché et campé de manière 
qu'il n'a pas manqué la moindre action ni le moindre événe- 
ment. S'il avoit eu des troupes comme ceux qui ont gagné des 
batailles, il a eu Toocasion de remporter deux ou trois victoires 
-dont il auroit su bien profiter ' ; mais le ministre a toujours ftiit 

1. La prise de la flotte de Smyme au cap Saint-Vincent 
(28 juin 1693), ou peut-être le combat de la Hougue (29 mai 1692). 

2. Le nom est resté en blanc. 

3. La ponctuation de ce passage est défectueuse dans l'auto- 
graphe : il y a une virgule entre événement et sHl avoit eu , et un 
point après batailles. 



APPENDICE. 405 

en sorte qu'il n'ait pas eu autant de troupes qu'il lui en falloit, 
parce que M. de Luxembourg et H. de Villeroy ont voulu tout 
avoir, et que Ton ne pouYoit en refuser à M. de Gatinat. Le Roi 
n'a point eu de général plus affectionné à son service, ni plus 
soumis à ses volontés, que M. de Lorge l'a toujours été. Il sait 
la guerre autant qu'on doit la savoir, et, si les grands événe- 
ments ont manqué à sa réputation, cela n'a point été faute 
d'intelligence et de bravoure, mais faute de moyens. U ménage 
parfsdtement bien un pays, et il sait en tirer un bon parti, soit 
pour les fourrages, soit pour les contributions ou pour les cam- 
pements. Dans le temps qu'il tomba malade, il perdit en appa- 
rence les bonnes grâces de Sa Majesté, à qui ses ennemis firent 
comprendre que son esprit s'étoit tellement affoibli qu'il étoit 
devenu incapable de commander : ce qui détermina M. d. L. 
à prévenir le Roi sur le compliment qu'il auroit fait indubita- 
blement pour le remercier de ses services. Il dit au Roi que, ses 
infirmités et son grand âge ne lui permettant pas de continuer 
ses services, il supplioit Sa Majesté de trouver bon qu'il se 
retirât : ce qui lui fut accordé avec plaisir. Dès quMI fût déplacé, 
ses^ ennemis en dirent du bien et firent comprendre au Roi qu'il 
n'avoit jamais eu de général moins intéressé que lui : ce qui 
obligea Sa Majesté de lui demander s'il étoit vrai qu'il n'eût 
jamais rien pris des sauvegardes, et, après qu'il eut répondu 
qu'oui, le Roi lui dit que cela étoit beau. Ce qui Ût dire un jour 
à la maréchale de Noailles qu'elle vouloit faire son fils capitaine 
des gardes de M. d. L., qu'il lui avoit laissé toujours les sau- 
vegardes. Ce n'a pas seulement été dans cette occasion que ce 
général a fait paroitre la beauté de son caractère et son désinté- 
ressement, car jamais on ne s est plaint de lui sur cet article, pas 
même les habitants du pays |où il fait la guerre. Tant de grandeur 
d'âme le rend fort aisé dans son ménage et fort mauvais cour- 
tisan, et je doute qu'il parût fort à la cour, si sa charge ne l'y 
arrêtoit. Il étoit né sans biens, jusqu'à le rendre nécessiteux : 
ce qui l'obligea à se mésallier en épousant la Ûlle d'un partisan, 
qui lui apporta de grands biens, et avec laquelle il en a usé 
d'une manière si noble que Ton ne sauroit trop l'en louer ; et 

1. Spanheim avait commencé par écrire f sa(?) ». 



406 APPEin>i€B. 

sa femme s'est comportée de sorte que ce mariage, si dispro- 
porliomié par la qiudité des personnes, s'est cependant trouvé 
bien assorti par la conformité des esprits. C'est une maison de 
paix et de règle, sur laquelle il n'y a rien à redire^ Il y a un 
peu d'indifierenoe dans les sentiments que le Roi a pour lui. 

Le duc D£ Bbautiluer. Sa vertu faisoit beaucoup de bruit 
avant qu'il fût en place, mais elle n'a point soutenu la première 
dignité dont il a été honoré. On en a murmuré, et le prince 
même prévint sa cour en la lui donnant sur le choix qu'il en 
avoit foit. Peu de personnes le connoissent, parce qu'il se com- 
munique peu, moins par réserve que par nonchalance. Sa 
dévotion est simple, bien ménagée, et il n'y paroit aucun fiiste. 
Il charme au milieu de la populace, dans un temple, sans faire 
élection de place. Ses prières sont modérées, il n'entend qu'une 
messe. Il ne gronde jamais ; il est toujours complaisant, même 
avec son domestique. La douceur extrême dont il use avec ses 
gens me semble plus foiblesse que vertu. Son ménage est tran- 
quille, parce qu'il laisse tout faire à sa femme. Il est régulier à 
payer ses dettes, il dépense convenablement à son rang, et 
rien, en un mot, ne semble gâter la réputation qu'il s'est 
acquise; mais, à entrer dans le particulier, je ne lui trouve pas 
les manières assez nobles, assez aisées, pour élever un prince. 
Il est bien vrai qu'il nja point de bassesse, mais cela ne sufBt 
pas : il faut de la vigueur et une attention vive à tout ce qui 
peut façonner un prince, que je ne trouve point dans M. d. B. 
Il est sage, il est courtisan, mais il n'ose rien prendre sur 
lui. n le &ut cependant quelquefois dans le poste où il est. 
On Ta cru janséniste, puis quiétiste ; mais le grand soin qu'il 
a pris d'en détromper son maître, s'étant même servi d^artifloe 
pour réussir, me feroit croire qu'il n'est ni vrai janséniste ni 
quiétiste. Il a beaucoup d'amis en apparence ; mais je les crois 
faux, parce quUl les entretient mal. U veut trop paroitre attaché 
à ce qu'il tait à son prince, pour qu'on le i^roie partagé. On ne 
compte pas trop aussi sur son pouvoir à la cour, et c'est un 

i. Spanheim avait d'abord écrit dire; il a ajouté re en inter- 
ligne. 



APPENDICE. 407 

des seigneurs les moins importunés, quoiqu'il paroisse toiiyours 
bien dans les bonnes grâces de son maître, qui Ta accablé de 
bienfadts au-dessus de sa portée. Néanmoins, il n^est plus tant 
à la mode ; si ce n'étoit un choix de caprice, peut-être qu^il ne 
subsisteroit plus. C'est un des courtisans qui écrit le mieux en 
françois et qui est le plus pédant en latin. 

H. [le] PsLBTiEa s'est acquis Testime de son prince avec justice, 
et il Ta méritée par sa candeur et par son bon sens ; mais il n'a 
pas assez de politique ni d'esprit pour satisfkire à ses intentions. 
Il l'a reconnu lui-même, et, comme honnête homme, il a laissé 
à des gens plus habiles que lui des emplois qui étoient au-des- 
sus de sa portée. Cette démission volontaire lui a fait plus 
d'honneur que tous les moyens qu'il auroit pu trouver de rem- 
plir tous les coffres du Roi. Son conseil est très bon, mais lent; 
il ne sauroit le donner sans réflexions, et la réflexion en France 
n'est pas trop de mise. Chargé de rien, il vit tranquillement, 
sans se mettre en peme que d'aller au Conseil, où il fait une 
figure assez médiocre. Il n'a pas gagné son bien au service de 
son prince, il n'a point élevé ses parents pendant qu'il étoit en 
place, il soulageoit le peuple autant qu'il le pouvoit, il voyoit 
au-dessus de ses forces l'emploi de son prédécesseur : tout cela 
marque beaucoup'dé probité et n'a pas laissé de lui attirer la 
confiance de son maître, qui prit un homme (M. de Pontchar- 
train) * de sa main pour remplir sa place. Le dehors de M. [le] 
Pdetier^, sa maison, sa piété, sont fort unies, et on y voit 
régner une grande simplicité. Il se mêle si peu des affliires 
sur son compte, que personne ne le réclame dans ses besoins, 
et, quand il manquera, on ne s'en apercevra pas. 

M. DB PoNTCHAETRAiN, à préscut Chancelier de France,^ a passé 
du médiocre à toute l'élévation qu'il pouvoit espérer sur le 
rapport qu'un de ses amis a fait de sa capacité sans en avoir 
qu'une connoissance fort légère. La suite n'a pas répondu au 

i. Ce nom entre parenthèses parait avoir été ajouté postérieure- 
ment par Spanheim, dans le blanc laissé à cet effet. 
2. Ici encore, Spanheim a écrit le nom tout au long. 



408 ilPPENDIGE. 

bien qu*il en a dit et a développé la personne en question. On ne 
le troure bon que pour les affaires du droit. U a besoin, pour 
l'invention, de plusieurs personnes ^ qui lui four- 

nissent tous les moyens d'avoir de l'argent. Il est bon pour le 
rapport, soit qu'il entende ou quMl n'entende pas une affidre. 
Il a le don de la &ire connoitre aisément à son prince, et d'y 
glisser de la passion avec un air simple qui impose et qui cache 
ses vues. D ne fait rien sans en avoir d'intérêt, et il met tout 
en usage pour y parvenir, jusqu'à la douceur même, qu'il a 
toujours affectée. Elle a surpris le prince pendant longtemps ; 
mais il s'est aperçu, sur les fins, que M. d. P. étoit très 
passionné et beaucoup secouru : ce qui fiiit que son crédit 
balance extrêmement. A prendre les choses très sérieusement, 
ce ^ est déplacé, et, de tous ceux qui travaillent sous 

lui dans les différents emplois dont il est honoré, il n'y en a 
pas un qui n'en soit plus digne que lui. Il n'est pas propre pour 
approfondir et pour le détail, et il aime (pour l'examen) mieux 
s'en rapporter à d'habiles gens qui scmt attachés à lui, que pas- 
ser son temps à s'instruire à fond d'une affaire de conséquence. 
Un petit chien, un oiseau, sa famille, un valet, font le plus 
souvent ses occupations lorsque le public croit qu'il en a de 
fort sérieuses. Son abord est très fôu^ile, gracieux même, ne 
rebutant jamais personne qu'il n'y soit forcé par des outrages 
ou par des demandes tout à &it iiyustes. Si ses dehors étoient 
soutenus par un bon cœur, on lui passeroit son petit mérite ; 
mais il est réservé pour sa haine et pour sa vengeance. Il a 
trouvé l'art de satisfaire tous les grands seigneurs, soit qu^il 
accorde, soit qu'il refuse, ne s'étant jamais &it un ennemi per- 
sonnel à la cour ; mais, en récompense, il est bien haï du peuple. 
En un mot étendu ' pour les affaires du dedans et du dehors, 
on peut dire que c'est un médiocre ministre, mais très habile 
courtisan. Sa fortune seroit assurée avec un prince peu éclairé; 
mais elle est douteuse avec celui-ci. Il aime sa famille jusqu'à 
faire des ii\justices perpétuelles pour l'avancer. Ces sentiments, 

1 et 2. Un blanc au manuscrit. 

3. Les premières lettres de ce mot ont été corrigées; c'étaitd'abord 
entendu. 



APPENDICE. 409 

à la Yérité, lui sont suggérés par sa femme, qui est d'un très 
mauvais caractère, dure, injus)^ et méchante : elle n'a jamais 
fut du bien à personne seureté ^ . Ses domestiques sont fort dou- 
cement et fort heureusement placés chez lui. II en a reçu des 
reproches de son prince, parce que le moindre de ses gens 
attire des sommes considérables dé tous ceux qui ont à ftjreau 
maître. 

M. le chancelier de Boughbbât ^ est hors de sa place et un de 
ceux qui sont les moins capables de Foccuper : aussi n'y a-t-il 
été mis que par politique. Moins il y aura des gens spirituels et 
entreprenants dans ce poste, plus on disposera des choses qui 
en dépendent. Celui-ci est peu savant, et, si ce n'étoit sa grande 
expérience et le secours qu'il tire de plusieurs personnes très 
habiles, à peine pourroit-il s'acquitter des moindres devoirs de 
sa charge : embarrassé des petites affaires et n'ayant aucune 
lumière pour les grandes, il seroit tous les jours à la veille de 
Êdre des fautes considérables. Il est d'un fort petit caractère : 
les emportements de joie qu'il ût paroitre à son élévation l'ont 
fait assez connoitre. On n'a jamais vu une opiniâtreté pareille 
à la sienne, et, quand il est une fois prévenu, bien ou mal, il 
faut désespérer de le faire revenir. Son ambition mal réglée 
paroit dans ses moindres actions, et son insensibilité pour les 
malheureux le fait mépriser de tous ceux qui le connoissent. La 
justice qu'il est obligé de rendre seroit en de très mauvaises 
mains s'il la rendoit seul. On veut, mais je ne le crois pas, qu'il 
entre dans tout le commerce de son, domestique. Ce seroit un 
bon revenu amassé ensemble, car il n'y a guère de petites 
charges qui dépendent de lui qui ne coûtent cher à celui qui 
en est pourvu. Une chose qui fait contre M. B., c'est que 
ses créatures ne sont pas toutes d'une réputation bien éta- 
blie, et que les gens droits et sensés qui étoient attachés à ses 

1. Ce mot est très lisible, mais ne présente pas de sens pour nous. 

2. Le nom est ici inscrit au milieu de la première ligne de 
Tarticle, et non pas ajouté après coup en manchette. Mais, à la 
marge, Spanheim a écrit : c Mort à présent, et sa charge donnée 
à M. de Pontchartrain. » 



410 APPENDICE. 

intérêts dans le commencement s'en sont retirés. La eoar est 
lasse d'avoir à foire à lui : il ne fiiit distinction de personne, plus 
par caprice et par brutalité que par envie de rendre justice; 
mais, à la i)n, on le mâtine. Le courtisan est souvent rebuté, et 
il ne trouve point auprès de lui les égards que l'on doit avoir 
pour le rang et pour la qualité. 

M. [de] PoMPorrifE * n'est plus ce qu'il étoit autrefois : son exil 
lui a fait oublier le fln de son emploi, et son grand âge ne lui 
permet plus de pénétrer dans les affaires avec autant de capa- 
cité qu'il le faisoit, et l'on peut dire, sans lui foire tort, qu'il ne 
fait plus que tenir nombre, et que, s'il n'étoit secouru par 
celui ' qui paroit le secourir, il n'auroit plus la force de rien 
entreprendre. Il est d'une candeur et d'une droiture peu com- 
mune aux gens de sa sorte. Doux et aifoble à tout le monde, 
il voudroit lui faire du bien ; mais les gens rappelles et de son 
ftge n'ont guère de pouvoir en ce pays ici. 

i. Le nom est ici inscrit en marge, et, au-dessoas, Spanheim a 
ajouté postérieurement : c Mort étant ministre et secrétaire 
d'État pour les affaires étrangères. Son collègue le marquis de 
Torcy resta seul dans ce département après sa mort. Ledit Torcy 
est gendre de M. [de] Pomponne, dont il a épousé la fille. » 

2. Eu marge : « Le marquis de Torcy. t 



APPENDICE. 41 1 



QUAUTÉS BONNES ET MAUVAISES*. 



Louis XIV, roi de France et de Navarre. — Toutes les fois 
que Sa Majesté a été à un siège, il n'a p^ manqué un jour 
d'aUer à la tranchée quand sa santé le lui a permis. 

Louis de France, Dauphiti de Viennois. — Quand il prit Phi- 
lipabourg, il donna des marques de valeur. 

Louis de France, duc db Bouhgogne. — Il aime fort les 
3ciences. 

1. CSette nomenclature, écrite de la main de Spanheim jusqu'au sei- 
zième article, et placée par lui, sans titre aucun, après les Remarques 
sur Vétat d$ France dont nous venons de reproduire le texte, et avant 
la Relation de la cour de France, est disposée en forme de tableau et 
comprend neuf colonnes : 1* noms ; 2* chaiges ; 3* femmes ou maris ; 
4* fils ou filles ; 5* pères ; 6* mères ; 7," frères ou sœurs ; 8* oncles 
ou tantes ; 9* notes. Le défaut, d'espace ne nous permet de repro- 
duire que les colonnes 1, 2 et 9, en réduisant par conséquent le 
tableau à sa plus simple expression. — A partir du duc d'Albret 
(n* 24), qui commence la liste des simples courtisans, Spanheim 
a jugé prudent de dissimuler ses appréciations des qualités ou des 
défauts sous des signes hiéroglyphiques, qui sont au nombre de 12 
pour les c bonnes qualités t, et de 25 pour les c mauvaises t. Mais 
il a eu soin d'en donner la clef sur une petite feuille volante, qui 
est actuellement attachée par une épingle au premier feuillet. La 
difficulté de leproduire les signes eux-mêmes nous a décidé à n'en 
donner que la traduction entre parenthèses. — La date de ce tableau 
est à peu près la môme que celle des Remarques qui le précèdent, 
avec les mêmes incertitudes, car certains détails ue peuvent être 
que de l'année 1701 , tandis que d'autres sont un peu antérieurs : 
ce qui ferait croire que les notes prises par Spanheim à diverses 
époques de sa seconde mission en France n'ont été réunies ef 
Biises en œuvre que plus tard, pendant son séjour en Angleterre, 
sans souci de l'homogénéité. 



418 APPENDICE. 

La duchesse de Bouboogne {Marie-AdéUade de Savoie) . — 
Elle a une grande vivacité d'esprit. 

Philippe de France, aoi d^Espagiie sous le nom de Philippe Y. 
— Il a donné de grandes marques de générosité. 

Charles de France, duc de Beert. — Il est vif et d'une humeur 
agréable. 

Philippe de France, duc D'OaLEins. — Il a gagné la bataille 
de Gassel. Il est aimé du peuple. Il donne dans les divertisse- 
ments de la cour. 

Madame [Charlotte' Elisabeth de Bavière). — Elle est aimée 
de tout le monde. 

Le duc DE Chartres [Charles d* Orléans] , et, depuis la mort 
de son père, duc jd'Orléaiis. — Savant, curieux, connoisseur et 
brave. 

Mme la duchesse de Chartres [Marie-Françoise^ légitimée 
de France), présentement Mme la duchesse d'Orléans. 

Mme la Grande-Duchesse [Marguerite-Louise dF Orléans]. 

M. LE Prince [Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé] , pre- 
mier prince du sang, pair et grand maître de France, chevalier 
des trois ordres du Roi, gouverneur de Bourgogne. — D a beau- 
coup d'esprit et de savoir. 

Mme LA Prlncesse [Anne, comtesse palatine, duchesse de 
Bavière]. — Elle est d'une grande vertu et piété. 

M. LE Duc [Louis de Bourbon)^ pair et grand maître de France 
en survivance, chevalier des trois ordres du Roi, gouverneur 
de Bourgogne en survivance. — Bon et généreux. 

Mme LA Duchesse [Louise-Franpoise de Bourbon, légitimée de 
France) . — Spirituelle, agréable et enjouée. 

Mme la princesse de Conti douairière [Marie^Anne, légiti- 
mée de France). — Bonne, généreuse et d'une humeur fort 
agréable. 

M. le prince de Conti [François-Louis de Bourbon], chevalier 
des trois ordres du Roi. — Grand capitaine, brave soldat, beau- 
coup d'esprit, aimé de tout le monde, surtout des gens de 
guerre. 

Mme la princesse de Conti [Mlle de Bourbon]. 

M. le duc DU Maine [Louis-Augtute de Bourbon^ légitimé de 
France) , prince souverain de Bombes, pair de France, gouverneur 



APPENDICE. 41 3 

de Languedoc, grand maître de l'artillerie. — Bon, pieux et 
généreux. 

M. le comte db Toulouse (Loui»- Alexandre de Bourbon, 
légitimé de France) , amiral de France, chevalier des trois ordres 
du Roi, gouverneur de Bretagne, colonel de cavalerie et d'inbn- 
terie, lieutenant général des armées du Roi. 

M. le duc DE Vbndômb {Louis-Joseph) , prince d'Anet, pair de 
France, lieutenant général des armées du Roi, chevalier des 
trois ordres du Roi, général des galères, gouverneur de Pro- 
vence, colonel d'in&nterie. — Il a pris Barcelone. 

M. le Gbind-Peieua (Philippe de Vendôme) y grand prieur de 
France, lieutenant général des armées du Roi. 

Mme la duchesse db Nemoubs (Marie-Anne d'Orléans de 
JjonguevUle) , princesse souveraine de Neufchàtel. — Beaucoup 
d'esprit et fort généreuse. 

M. le duc d'Albret (Emmanuel-Théodose de la Tour d'Au" 
vergne) , — Honnête homme. (A qui on ne fait point d'attention* .) 

M. le marquis d'Antiti (N. de Crondrin) , lieutenant général 
en Alsace, maréchal de camp, un des seigneurs que le Roi a 
choisis pour être assidus auprès de Monseigneur. ^ Fort estimé 
du Roi et de Monseigneur. Il a donné dans toutes les occasions 
des marques d'une véritable bravoure. 

M. le comte d' AaiiAGifAc, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, 
grand sénéchal héréditaire de Bourgogne, gouverneur d'Anjou, 
pair et grand écuyer de France. — Le Roi a beaucoup d'égards 
pour lui, non seulement à cause de ce qu'il est, mais parce qu'il 
est fort attaché à la personne de Sa Majesté et lui fait plaisir en 
toutes sortes d'occasions. (Foible. Dont les femmes sont les 
maîtresses. Affable, doux, honnête.) 

M. le duc D'AuMOFir (Louis-Marie d'Aumont)^ chevalier de 
l'ordre du Saint-Esprit, gentilhomme de la chambre, gouver- 
neur dé Boulogne et du Boulonois. — (Brave homme. Hon- 
nête homme. Méprisé^. Riche.) 

i. Ici commence remploi des signes hiéroglyphiques; cepen- 
dant il n'y en a point à Tarticle de M. d'Antin, qui suit. 

2. Le signe de méprisé a dû être placé ici par erreur ; voyez, 
dans la Relation, p. 135, Farticle du duc d'Aumont. 



414 APPENDÎGE. 

M. la comte d'Auysagni (Frédérie-Mauriee de la Tour d'Au^ 
vergne], marquis de Berg-op-Zoom, gouverneur et sénéchal du 
haut et bas Limousin, lieutenant général des armées du Roi. — 
(Peu estimé. Foible. Méprisé. Joueur. Peu de mMte.) 

M. le comte d'Ater (Adriet^Maiitriee de Noailles) , mestre de 
camp de cavalerie, reçu en survivance des gouvernements de 
Berry et de Roussillon. — Il a beaucoup d'esprit. Le Roi lui a 
donné des marques, par ses bienfaits, de Testime qu'il a pour 
lui. Il est savant en littérature, en musique et en peinture. 
(Beaucoup d'esprit. Aimé et considéré du Roi.) 

H. le marquis de BiaBEsnsiix (Louis-Français le Tellier), 
Mort au mois de janvier \ 704 . Chancelier de Tordre du Saint- 
Esprit, secrétaire d'État et des commandements de Sa Majesté. 
— Il a le département de la guerre, dans lequel il est secouru 
par M. de Saint-Pouenge et de très habiles commis. (Peu estimé. 
Glorieux, ambitieux. Aime les femmes. Dur, cruel. Haï à la 
cour. Brutal.) 

M. le duc DE BBAOViLLnm, duc de Saint -Aignan, pair de 
France, chevalier du Saint-Esprit, ministre d'État, chef du Conseil 
des finances, premier gentilhomme de la chambre du Roi et 
de celle des trois princes enfants de France, leur gouverneur, 
surintendant de leurs maisons, gouverneur du Havre-de-6rftoe 
et de Loches. — Il est très pieux et un des seigneurs de la cour 
qui donne le plus de marques d'une solide vertu. Très attaché 
au Roi. Il dirige en perfection sur le papier. Il a beaucoup de 
science et une douceur extraordinaire. (Dévot. Foible.) 

Le marquis de Beringhex, chevalier de Tordre du Saint- 
Esprit, premier écuyer du Roi, gouverneur des citadelles de 
Marseille. — Très sincère, fort savant , curieux, connoisseur, 
estimé du prince. Il a beaucoup d'amis. (Généreux. Estimé de 
tout le monde. Affable, doux, honnête.) 

M. le marquis de Bliiaville, grand maitre. des cérémonies de 
France, brigadier d'armée, colonel du régiment de Champagne, 
intendant de mines et minières de France. — Fort attaché à la 
guerre, estimé des honnêtes gens. (Honnête homme. Brave 
homme. Estimé de tout le monde. Affable, doux, honnête.) 

Le duc DE Bouilloiï {Godefroy^Frédéric^Maurice de la Tour 



APPENDICE. 41 5 

d* Auvergne) j pair et grand chambellan de Franee, gouverneur 
de la haute et basse Auvergne. — (Peu estimé. Haï à la cour. 
Glorieux, ambitieux. Méprisé. Peu d'esprit.) 

M. le cardinal db Bouillon , ci-devant grand aumônier de 
France et commandeur des ordres du Roi, évêque de Brt\ 
docteur de Sorbonne, abbé de Gluny, d$ Toumus, de Saint- 
Ouen, de Saint-Yast d'Arras, de Yicogne et de Saint-Martin 
de Pontoise. — (Glorieux, ambitieux. Peu estimé. Fat.) 

M. le maréchal db Boufflebs, duc et pair de France, cheva- 
lier des ordres du Roi, gouverneur de Flandres et de Hainaut, 
de la ville et citadelle de Lille, grand bailli et gouverneur héré- 
ditaire de Beauvoisis et de Beauvais, colonel du régiment des 
gardes flrançoises. — D a défendu Namur. Il est d'un très grand 
mouvement et infatigable. (Fastueux. Aime les femmes. Brave 
homme. Peu d'esprit.) 

M. le prince de Bournonville, enseigne des gendarmes. — 
(Honnête homme. Peu d'esprit. Affable, doux, honnête. Estimé 
de tout le monde.) 

M. le duc de Beangas {Louis). — H est venu de ce comte de 
Brancas dont les distractions étoient si extraordinaires. (A qui 
on ne fait point d'attention.) 

Le comte de Beionne {Henri de Lorraine) , chevalier de l'ordre 
du Sain^Esprit, reçu en survivance de la charge de grand écuyer 
de France et du gouvernement d'Anjou. — (Honnête homme. 
A qui on ne fait point d'attention.) 

M. le duc de Beissag (Timoléon de Cossé)^ grand panetier de 
France, mestre de camp de cavalerie. — (A qui on ne fait point 
d'attention.) 

M. DE Gatinat, maréchal de France, chevalier de Saint-Louis, 
colonel d'infonterie et de dragons. — C'est un des plus grands 
généraux de ce temps-ci, et qui a gajgné la bataille de la Mar- 
saille et celle de Staffarde. Il a pris Montmélian, Nice, Ath, etc. 
(Honnête homme. Beaucoup d'esprit. Brave homme. Peu riche.) 

1. Spanheim a bien écrit : évesque de Brt, avec un signe d'abré- 
viation à la fin. On ne sait ce qu'il veut dire, M. de Bouillon 
n'ayant eu d'autre évôché que celui d'Albano, en Italie. 



41 6 APPENDICE. 

M. DE GHÀicnuET, contrôleur général des finances, ministre 
et secrétaire d'Ëtat pour le département de la guerre. — Le 
commencement de l'estime que le Roi a eue pour lui Yient de ce 
quMl jouoit souvent avec Sa Majesté au billard, dont il joue 
parfaitement bien. (Honnête homme. Aimé et considéré du 
Roi. Beaucoup d'esprit. Estimé de tout le monde.) 

H. le GHirrcBUBE (Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain) , 
chancelier de France, chef de la justice et des Conseils du Roi, 
garde des sceaux. — H. d'Argouges, premier président du par- 
lement de Bretagne, le proposa au Roi pour être à sa place. 
M. [le] Peletier le proposa aussi pour être à la sienne, dont le 
Roi Ta tiré pour être chancelier. Il sait bien les finances ; mais 
il juge encore mieux. Il aime fort la chasse. (Beaucoup d'esprit. 
Riche. Extrêmement avare. Dur, cruel.) 

M. le duc DE Ghàrost {Armand de Béthune)^ pair de France, 
président de la noblesse aux États de Bretagne, lieutenant géné- 
ral en Picardie et ancien pays conquis, gouverneur de Doullens 
et colonel d*infanterie. — (Dévot. A qui on ne fkit point d'atten- 
tion.) 

M. le marquis de Ghàteauneuf de la Vrillière {Balthazar 
de Phély peaux) , secrétaire d'État et de l'ordre du Saint-Esprit. 

— Il a le département des aflaires du clergé. Mort au mois 
d'avril \ 700 ; le marquis de la Yrillière, son fils, a pris son 
nom et sa place. (Honnête homme. A qui on ne Mt point d'atten- 
tion. Foible. Peu d'esprit.) 

M. le duc DE Ghitillon {Paul-Sigismond de Montmorency- 
Luxembourg)^ brigadier d'armée, colonel d'infanterie, grand 
sénéchal de Poitou, capitaine du château de Poitiers. — Mme de 
Ghâtillon est très bien avec Mme la princesse de Gonti. (Honnête 
homme. A qui on ne fait point d'attention.) 

M. le duc DE Ghevreosb (Charles'Honoré d'Albert, duc de 
Luynes), pair de France, chevalier du Saint-Esprit, capitaine- 
lieutenant de chevau-légers de la garde, gouverneur de Guyenne. 

— (Dévot. Honnête homme. Foible. A qui on ne fait point d'at- 
tention. Dont les femmes sont les maîtresses.) 

M. le duc DE Ghoiseul, lieutenant général des armées du Roi. 

— (Dont les femmes sont les maltresses. A qui on ne fledt point 
d'attention. Peu estimé. Brave honune. Peu d'esprit.) 



APPENDICE. 41 7 

M. le maréchal db Ghoisbul, chevalier des trois ordres, gou- 
yemear de Saint-Omer et de Langres. — (Brave homme. Hon- 
nête homme. Estimé de tous. Fastueux. Estimé du Roi.) 

M. le duc DB GoisLUf (Armand du Cambaut) , lieutenant géné- 
ral des armées du Roi. — (Honnête homme. Foible. A qui on 
ne taài point d'attention. Dévot. Estimé du Roi.) 

M. le cardinal db Goislih (Pierre du Cambouf), grand aumô- 
nier de France, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, évêque 
d'Orléans, abbé de Saint-Victor de Paris, de Saint-Jean d'Amiens, 
de Saint-Gildas-des-Bois, d'Argenteuil, de Longpont, de Saint- 
Pierre d*Abbeville et de Notre-Dame-de-Guais. — D est extrême- 
ment attaché à la personne du Roi et aux fonctions de sa charge. 
(Dévot. Honnête homme. Joueur ^) 

M. le marquis db Gourtbnviux (Miehel-François le Tellier)^ 
capitaine des cent Suisses de la garde ordinaire du corps de Sa 
Majesté. — H. de Louvois l'avoit destiné au ministère; mais, lui 
ayant trouvé peu de disposition pour cela, il lui acheta la 
charge quil occupe. (Aime les femmes. Peu de mérite. Débau- 
ché. Peu d'esprit. Mauvaise conduite.) 

M. le marquis de GaéQur, lieutenant général des armées du 
Roi. — G'est pour foire un des plus grands généraux de ce 
temps-d. (Brave homme. Honnête homme. Beaucoup d'esprit. 
Aime le plaisir.) 

M. le marquis db DiifCBiu (N. de CourciUon)y chevalier du 
Saint-Esprit, gouverneur de Touraine, l'un des seigneurs mis 
par le Roi près de Monseigneur, chevalier d'honneur de Mme la 
duchesse de Bourgogne, grand maître de l'ordre de Saint- 
Lazare. U est de TAcadémie françoise. — G'est un des plus 
beaux esprits de ce temps-ci. G'est par là et le jeu qu'il s'est 
avancé à la cour. H est fort aimé. (Honnête homme. Beaucoup 
d'esprit. Gépéreux. Riche. Estimé du Roi.) 

M. le maréchal de Duras (Jacques-Henri de Durfort)^ duc et 
pair de France, chevalier des trois ordres du Roi, gouverneur 
du comté de Bourgogne et de Besançon, capitaine des gardes du 

1. Le dernier signe est inadmissible. Spanheim a sans doute 
voulu mettre celui qui a poar traduction beaucoup d'esprit, et 
dont la forme est presque semblable. 

27 



418 APPENDICE. 

corps. — Il a bien (kit la guerre autrefois; mais son grand âge 
ne lui permet pas seulement de faire son quartier. (A qui on ne 
^it point d'attention. Joueur ^ Honnête homme. Fastueux.) 

H. le duc DE Duras. H. son père lui a cédé son duché. — (A 
qui on ne fait point d'attention. Glorieux, ambitieux. Riche.) 

M. le prince d'Espmot (N. de JMtm), colonel du régiment de 
Picardie, brigadier d'armée. 

M. le duc d^Elbbuf (Henri de Lorraine) , du second lit, aîné 
de cette maison en France , pair de France, gouverneur de 
Picardie y d'Artois et de Hainaut, gouverneur particulier de 
Hontreuil. — (Glorieux, ambitieux. Peu riche. Débauché. Fas- 
tueux. Aime les femmes. Aime le vin. ) 

M. le duc D'EsTRiss, gouverneur de TIle-de-France et Sois- 
sonnois, gouverneur particulier de Laon, Noyon, Soissons et 
Domme. — (Étourdi. Fat. Aime les femmes. Riche. Peu d'esprit.) 

M. le maréchal d'Estr^es, vice-amiral du Ponant, chevalier 
des trois ordres du Roi, vice-roi de l'Amérique, commandant 
en Bretagne. — Il est trop vieux pour qu'il soit jamais à la tête 
des affaires, et ses ennemis lui en ont beaucoup ôté dans le 
temps. (Emporté. Honnête homme. Peu d'esprit. Fastueux.) 

M. le cardinal d'Estr^ks, commandeur des trois ordres du 
Roi et abbé de Saint-Claude. ^ Peu aimé à la cour de Rome 
pour y avoir trop soutenu les intérêts de son maître. G^est un 
esprit fort prppre pour le ministère. (Honnête honune. Beaucoup 
d'esprit. Foible*. Aimé et considéré du Roi.) 

M. le duc DE LA FERT^-SEif ifETERRB, pair de France, lieutenant 
général des armées du Roi, gouverneur de Metz et des évêchés 
de Toul et de Verdun. — (Aime le vin. Aime les femmes. Peu 
estimé. Fat. Débauché. Peu riche. Étourdi.) 

M. le duc DE LA Feuilladb et d'Aubusson, colonel d'infan- 
terie, gouverneur de Dauphiné. — (Étourdi. Aime Iç vin. Beau- 
coup d'esprit. Peu estimé. Aime le plaisir.) 

M. le duc DE Foix-RAifDAïf . — (A qui on ne fait point d'atten- 
tion.) 

i. Môme observation que ci-dessus pour le cardinal de Goisiin. 
2. Ce signe, à demi biffé et défiguré, est peut-être le même que 
celui qui suit, et on ne devrait pas en tenir compte. 



APPEm>iCE. 41 9 

M. le duc DB LA FoBCE (JaequâS'Nompar de tiaumotU)^ pair 
de France. — (A qui on ne fait point d'attention.) 

M. le duc DB Oestres (Léon Potier), pair de France, cheira- 
lier du Saint-Esprit, premier gentilhomme de la chambre, gou- 
vemeor de Paris et grand bailli du Valois, capitaine des chasses 
de Montceaux et de Meaux. — (Fastueux. Peu riche. Emporté. 
Peu estimé. Peu de mérite. Peu d'esprit. Dur, cruel.) 

M. le duc DB GRiMOifT, pair de France, chevalier du Saint- 
Esprit, gouverneur du royaume de Navarre, de Béam, de 
Bayonne et de Saint-Jean-Pied-de-Port. — (Aime les femmes. 
Aime le vin. Brutal. Beaucoup d'esprit. Glorieux, ambitieux. 
Aime le plaisir. Emporté. Riche.) 

M. le prince de Gvémrd {Charles de Rohan), pair de France. 
— (A qui on ne fait point d'attention. Honnête homme.) 

IL le duc DE GuicHE (Antoine de Gramont)^ pair de France, 
eolonel général des dragons de France, brigadier d'armée. — 
(Brave homme. Beaucoup d'esprit. Honnête homme. Aime le 
vin. Aime le plaisir. Débauché. Généreux.) 

M. le prince d'Hibgouet (N, de Lorraine). — Il fkit sa rési- 
dence à Lyon, où il s'amuse & trafiquer de chevaux. — (Méprisé. 
Aime les femmes. Débauché. Peu riche. Peu d'esprit.) 

BL le duc D'HuHiiRES d'Aumont, dont il a épousé l'héritière 
d'Humières, et a quitté celui d'Aumont; du second lit, colonel 
d'mfanterie. — (A qui on ne fait point d'attention. Honnête 
homme. Riche.) 

H. le cardinal de Janson (Totusaint de Fourbin)^ évêque et 
comte de Beauvais, pair de France, commandeur de l'ordre du 
Saint-Esprit, abbé de Gorbie et de Gerberoy. — C'est une per- 
sonne très Insinuante, suivant bien une affaire, et qui ne se 
rebute point, qui parle avec beaucoup dé grâce, fort affectionné 
à son prince. (Fin et adroit. Estimé du Roi. Aimé et considéré 
du Roi. Beaucoup d'esprit.) 

M. le maréchal de Joteusb, maréchal de France, chevalier 
des trois ordres du Roi. — Après la dernière maladie de M. de 
Lorge, il conmianda sur le Rhin le reste de la campagne , dont 
il passa sur les côtes de Normandie. (Peu d'esprit. Aime les 
femmes. Aime le plaisir. Emporté. Extrêmement avare. Fas- 
tueux. Dur, cruel.) 



420 APPENDICE. 

M. le duc DE liAUzuif (Antoine-Nompar de Caumont]^ capilaine 
de rancienne bande et première compagnie de cent gentils- 
hommes ordinaires de la maison du Roi, dits becs-de-corbiny 
lieutenant général des armées du Roi, chevalier de Tordre de 
la Jarretière. — Il sauva de Londres la reine d'Angleterre et le 
prince de Galles, qu'il enunena en France. Il commandoit les 
troupes du Roi au dernier passage que le roi d'Angleterre y fit. 
(Beaucoup d'esprit. Aime les femmes. Étourdi. Fastueux. 
Emporté. Joueur.) 

M. le duc DE Lesdiguiâres, colonel du régiment de Sault. — 
C'est le plus riche duc qu'il y ait en France. (A qui on ne foit 
point d'attention. Joueur. Débauché. Riche.) 

Mme la princesse de LisleboniXe (Anne de Lorraine). — M. le 
prince de Gommercy est présentement en Allemagne, lieutenant 
général des armées de l'Empereur. (Dévote. Honnête femme.) 

H. le maréchal de Lorge {Guy-Alfonse ^ de Durfart, duc de 
Large) ^ chevalier des trois ordres du Roi, capitaine des gardes 
du corps de Sa Msyesté. — D a commandé sur le Rhin pendant 
la dernière guerre, avec honneur pour lui et avec utilité pour 
l'État. (Honnête homme. Brave homme. Estimé du Roi. Géné- 
reux. Peu riche. Estimé de tout le monde.) 

M. le chevalier de LoaaAiifB, autrement le prince Philippe^ 
maréchal de camp, chevalier de Tordre du Saint-Esprit. — Il 
s'est entièrement attaché à la personne de Monsieur, qui avoit 
beaucoup de confiance en lui. (Glorieux, ambitieux. Riche. Peu 
d'esprit. Aime le plaisir. Peu estimé. Mauvaise conduite.) 

Mme la duchesse de^ Lude (N. de Béthune)^ dame d'honneur 
de Mme la duchesse de Bourgogne. — C'est une des dames de 
la cour qui a les plus belles manières. (Beaucoup d'esprit. Esti- 
mée du Roi. Riche. Généreuse. Estimée de tout le monde. Aimée 
et considérée du Roi.) 

H. le duc DE Luxembourg [Charles-Frédéric de Montmorency] , 
pair de France, gouverneur de Normandie, maréchal de camp, 
premier baron et premier chrétien. — (Honnête homme. Estimé 
de tout le monde. Riche.) 



i . Sic, pour Aldonce, 
2. Sic, pour DU. 



APPENDICE. 421 

Mme DE MiiHTENON (Françoise d^Aubignfj. — Si on connois- 
soît Mme de Maintenon en particulier, on conviendroit qu'il n'y 
a point de dame plus vertueuse el qui ait plus d'esprit sans 
chercher à le fkire valoir. (Extrêmement avare^ Beaucoup d^es- 
prit. Dévote. Aimée et considérée du Roi. Honnête femme.) 

M. le comte de Mabsan [Charles de Lorraine), chevalier de 
l'ordre du Saint-Esprit. — (Étourdi. Riche. Aime le plaisir. 
Aime les femmes. Peu d'esprit.) 

M. le duc DE MizAEiri (Armand de la Porte^ duc de la MeU-- 
leraye et de Rethelais) , pair de France, chevalier de l'ordre du 
Saint-Esprit, gouverneur de la haute et basse Alsace et du 
Port-Louis, surintendant des poudres et salpêtres. — (Dévot. 
Foible. Joueur.) 

M. le duc DE LA Meillerate (N, de Mazarin), — (Peu brave. 
Honnête homme. Débauché. Peu riche. Mauvaise conduite.) 

M. le prince de Monaco (Louis de Grimaldi)^ pair de France, 
chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, ambassadeur à Rome. — 
Les paroles et les démarches ne lui coûtent point pour réussir. 
Il comble d'honnêteté ceux qui ont affaire à lui. (Beaucoup d'es- 
prit. Aimé et considéré du Roi. Fastueux. Riche. Fin et adroit.) 

Mme DE Montespan (Diane^-Françoise de Rochechouart], — 
Elle s'est retirée dans la communauté des filles de Saint-Joseph, 
qu'eOe a fondée. Elle n'a point vu M. de Montespan depuis leur 
séparation. (Extrêmement avare^. Glorieuse, ambitieuse. Haie 
à la cour. Riche. Emportée.) 

M. le duc DE MoNTBAzoN (N. de /toAan). — (Peu d'esprit. 
Débauché. Fat. Méprisé. Étourdi. Brutal. Haï à la cour.) 

M. le duc DE MoifTFOKT [N. d'Albert de Luynes). — A qui on 
ne fait point d'attention.) 

M. le duc DE MoKTEHART (Louis de Rochechouart). — (A qui 
on ne fait point d'attention. Étourdi. Peu estimé.) 



i. Ou peut-être de bonne extraction. Les deux signes se res- 
semblent. 

2. Sic, pour Athénaîs. 

3. Môme observation que pour Mme de Maintenon. CSependant, 
ici, la différence peu considérable des deux signes est plus 
marquée. 



i%% APPENDICE. 

M. le duc DE Netkbs (Philippe Mazarini^Maneini)^ chevalier 
de Tordre du Saint-Esprit, gouverneur du Nivemois. — (A qui 
on ne foit point d'attention. Riche. Dévot. Joueur.) 

M. le duc DB NoiiLLBs, pair et maréchal de France, chevalier 
des trois ordres du Roi, capitaine de la première compagnie des 
gardes du corps de Sa Majesté, vice-roi de Catalogne, gou- 
verneur du Roussillon, Gonflent et Cerdagne, de la ville et cita- 
delle de Perpignan, lieutenant général de Guyenne et de la 
haute Auvergne, colonel dMnfanterie. — Ha pris Campredon, 
laSeu-d'Urgel, Roses, Palanlos, Girone, Castelfoliitet Hostalrich, 
et élevé les murs de Belver devant l'ennemi. Il a gagné la 
bataille du Ter. (Dévot. Beaucoup d'esprit. Aimé et considéré 
du Roi. Honnête homme. Dont les femmes sont les maîtresses. 
Brave homme. Emporté.) 

M. le cardinal db Noiillbs (Louis^ Antoine), pair de France, 
commandeur de Tordre du Saint-Esprit, archevêque de Paris, 
duc de Saint-Cloud, docteur de Sorbonne. — D reilisa trois fois 
Tarchevêché de Paris. U est fort attaché [à ?] les ecclé- 

siastiques et à secourir les pauvres de son diocèse. (Dévot. Hon- 
nête homme. Aimé et considéré du Roi. Beaucoup d'esprit. 
Généreux.) 

M. le duc d'Oevil. — (A qui on ne tait point d'attention.) 

M. le comte de PoNicjuBTEAiri (N, de Phélypeaux]^ secré- 
taire d'État et surintendant de la marine. — Il a le département 
de la marine, où il est secouru par l'intendant général, M. Amoul, 
et par plusieurs commis qui y sont consommés. (Joueur. Dur, 
cruel. Méprisé. Glorieux, ambitieux.) 

M. Tarchevêque-duc de Reims [Charles-Maurice le Tellier), 
premier pair ecclésiastique, commandeur des trois ordres du 
Roi, conseiller d'État ordinaire, surintendant de la musique du 
Roi, maître de la chapelle, proviseur de la Sorbonne. — (Brutal. 
Beaucoup d'esprit. Aime les femmes. Estimé du Roi. Riche. 
Aime le plaisir. Ennemi des Jésuites.) 

M. le duc DE Richelieu (Jean-Armand du Plessis de Vignerot)^ 
héritier du cardinal de Richelieu à condition d'en porter le 
nom et les armes. — (Dévot. Joueur.) 

M. le duc BB LA Rochefoucauld, pair de France^ chevalier du 
Saint-Esprit, grand maître de la garde-robe du Roi et grand 



APP£ia)iGB. 423 

Teneur. — Il n'y a guère de courtisans qui aient de plus belles 
manières. (Dévot. Estimé du Roi. Honnête homme. Beaucoup 
d'esprit. Estimé de tout le monde.) 

M. le duc Ds u RocHBGUTON (Françiris de la Rochefoucauld] , 
maréchal de camp, reçu en survivance des charges de grand 
maître de la garde-robe et de grand veneur. 

M. le duc DE RoHiii {I/mù de Rohan^Chabot) ^ pair de France, 
président de la noblesse des États de Bretagne. — (Honnête 
homme. Généreux. Estimé de tout le monde. Peu riche.) 

M. le prince db Rohan. — (Honnête homme. Généreux.) 

M. le duc DB RoQ0£z^0RE, gouverneur de la ville et de la cita> 
deile de Lectoure, maréchal de camp. — (Beaucoup d'esprit. 
Débauché. Peu riche. Brave homme. Estimé de tout le monde.) 

M. le duc DB Saint-Simon, pair de France, gouverneur de 
Blaye^ bailli et gouverneur de Senlis, capitaine de Pont^Sainte- 
Maxence, mestre de camp de cavalerie, vidame de Chartres. — 
(A qui on ne fait point d'attention.) 

M. le prince db Soubise [François de Rohan]^ second lit, 
lieutenant général des armées du Roi, gouverneur de Champagne 
et de Brie, capitaine-lieutenant des gendarmes. — (Hoxmête 
homme. Glorieux, ambitieux. Aimé et considéré du Roi. Estimé 
du Roi.) 

M. le duc DB SuLLT (Maximilier^Pierre' François-Nicolas de 
Béthune), lieutenant général du Yexin firançois et gouverneur 
de Mantes. — (A qui on ne tali point d'attention.) 

H. le marquis de Torct (Jean'Baptiste Colbert)^ ministre et 
secrétaire d'État et des commandements de Sa Majesté, grand 
trésorier de ses ordres. Après la mort de M. de Barbesieux, il a 
eu la charge de chancelier de l'Ordre et a quitté celle de tréso- 
rier en faveur de M. de Saint-Pouenge, moyennant un retour 
de \ 50,000 Uvres, que cette charge vaut plus, à l'égard du revenu, 
que celle du chancelier de l'Ordre, qui est plus honorable. — 
n deviendra un des plus grands ministres qu'on ait vus en 
France. H a le département des affaires étrangères. (Beaucoup 
d'esprit. Honnête homme. Estimé de tout le monde. Estimé du 
Roi. Peu riche.) 

1. Le manuscrit porte : Blau. 



424 APPENDICE. 

M. le maréchal os Tourvillb (Anne^Hilarian de Cotentin) , 
chevalier de Saint-Louis, vice-amiral du Levant. — (Joueur. 
Extrêmement avare. Foible. Glorieux, ambitieux. Riche.) 

M. le duc DE LA TrjêmoIllb {CharleS'Belgique-HoUanéUjy pair 
de France, chevalier de Tordre du Saint-Esprit, premier gentil- 
homme de la chambre du Roi. — (Honnête honune. Généreux. 
Estimé de tout le monde. Aflkble, doux, honnête. Joueur.) 

M. le duc DE ViLBiTTiifOis (Antoine de Grimaldil , colonel d'in- 
fknterie. — (Méprisé. Débauché. Peu estimé.) 

M. le marquis de la YALLiiRs (N. de la Baume le Blanc), 
gouverneur du Bourbonnois, colonel de cavalerie, l'un des sei- 
gneurs assidus près de Monseigneur. — (Beaucoup d'esprit. 
Brave honune. Estimé de tout le monde. Estimé du Roi. Riche. 
Affable, doux, honnête. Aime le plaisir.) 

M. le duc DE YEifFADOua {Louis-Charles de Levis)^ second 
lit. — (Débauché. Beaucoup d'esprit. Aime les femmes.) 

M. le marquis de Yillequiee {Louis d'Aumont)^ premier lit. 
— (Honnête homme. Débauché. Aime les femmes. Riche.) 

M. le maréchal de Yillerot (François de Neufmlle)^ capitaine 
des gardes du corps, gouverneur de Lyon et du Lyonnois. — 
(Fastueux. Peu riche. Estimé du Roi. Glorieux, ambitieux.) 

M. le duc DE Yillerot (François de Neufville] , pair de France, 
brigadier d'armée, colonel d'in&nterîe, lieutenant général du 
Lyonnois. — (A qui on ne fait point d'attention.) 

M. le duc D'Uzis {Jean-Charles de Crussol)^ pair de France, 
gouverneur de Saintonge et d'Angoumois , d' Angoulême et de 
Saintes. — (A qui on ne fait point d^attention. Débauché. Peu 
d'esprit. Honnête homme.) 



TABLE DES MATIERES 



INTRODUCTION i 

RELATION DE LA COUR DE FRANCE FAITE AU 
COMBIENCEMENT DE L'ANNÉE 1690. 

Louis XIV, roi de Frange 1 

De sa constitution » 

De ses qualités personnelles 2 

Suite des bonnes qualités du Roi 4 

Mauvaises qualités du Roi 6 

Suite du môme sujet et des amours du Roi .... 9 

Pour la nièce du cardinal Mazarin 10 

Pour autres demoiselles de la cour de France. . 11 

Pour Mademoiselle de la Vallière 12 

Pour Madame de Montespan 13 

Pour Mademoiselle de Fontanges 15 

Pour Madame de Maintenon 16 

De rétablissement de la maison de Saint-Cyr par 

Madame de Maintenon 22 

De la démesurée passion du Roi pour la gloire. . . 25 

De la dévotion du Roi et de ses effets 26 

Des favoris ou seigneurs les plus accrédités auprès 

du Roi 31 

Du comte de Lauzun 32 

Du duc de la Rochefoucauld 35 

Du maréchal de Bellefonds 36 

Du duc et maréchal de la Feuillade 37 

Fahillb royale 40 

De la Dauphine 48 

Du duc d'Orléans, frère du Roi ........ 55 

De Madame, seconde femme du duc d'Orléans ... 59 



426 TABLE DES MATIÈRES. 

De son mariage 59 

Des enfants du duc d'Orléans 66 

Des princesses filles du duc d'Orléans 70 

Des princes et princesses du sang et enfants du Roi 

LÉaiTiMés 78 

De la princesse de Gondé mère 88 

De la princesse de C!ondé d'aujourd'hui 89 

Du duc de Bourbon 90 

De la duchesse de Bourbon 9i 

Du prince de Gonti 92 

De la princesse de Gonti 94 

De la princesse de Gonti la veuve 96 

De la princesse de Garignan 99 

Des enfants légitimés du Roi «... 100 

Du duc de Vermandois 9 

Des enfants légitimés du Roi et de Madame de Mon- 

tespan 102 

Des enfants légitimés et descendants de Henri FV. . 105 
Des princes âtranoers et autres grands seiqneurs de la 

COUR DE Frange 108 

Des princes de Savoie en France 109 

Des ducs de Nemours i 

Du prince Thomas de Savoie ou de Garignan ... > 

Des comtes de Soissons descendants du prince Thomas 111 

Des princes de la maison de Lorraine 113 

De la branche du duc de Guise 114 

De la branche Lorraine d'Elbeuf 115 

De la branche Lorraine d'Armagnac .... 118 
Des princesses françoises mariées à des princes sou- 
verains 120 

De la duchesse douairière de Hanover 121 

D'autres maisons en France qui ont rang de prince . 124 

Prérogatives des princes en la cour de France ... • 

De la maison de Bouillon » 

Du duc de Bouillon 125 

Du cardinal de Bouillon 127 

Du comte d'Auvergne 128 

De la maison de Rohan 129 

Les deux branches de la maison de Rohan. . . » 

De la branche de Montbazon 130 

Du prince de Monaco 131 



TABLE DES MATIÈRES. 427 

Db8 PREMIÈ1IE8 GHAR0B8 DE LA COUR 132 

Des premiers gentilshommes de la chambre. ... 133 

Des capitaines des gardes du corps 137 

Des gouverneurs du Dauphin ou duc de Bourgogne . 138 
Des chevaliers d'honneur de la Reine ou de la Dau- 

phine 140 

De la charge de capitaine des cent Suisses .... 142 

D'autres charges considérables de la cour .... 143 

De quelques autres seigneurs ordinairement en cour. 144 

REFLEXIONS OÉNàBALBS SUR LA COUR DB FrANGE 145 

Des diverses entrées au lever du Roi » 

De la soumission et affluence des courtisans ... 148 
De Tordre et de l'économie dans la dépense, et des 

tables de la cour 149 

Du bon ordre dans la police et de la régularité pré- 
sente des dames de la cour 151 

De la contrainte et autres ménagements présents de 

la cour de France 154 

Différence de la cour d'aujourd'hui avec celle des 

temps passés 156 



SECONDE PARTIE DE LA RELATION DE LA COUR 

DE FRANGE, ACHEVÉE A LA FIN D'AVRIL 1690 . 158 

Des Conseils en oânéral » 

Du Conseil du Ministère et des ministres en général. 159 

De la nature du Conseil du Ministère » 

Des ministres d'État depuis la mort du cardinal Ma- 

zarin 160 

Des ministres d'État depuis mon dernier emploi en 

France 161 

Du petit nombre des ministres d'Étal, et pourquoi . 163 

Des ministres d'État en particulier 164 

De M. Colbert, de sa conduite dans le règlement des 

finances et autres établissements 165 

Du foible ou de la vanité de M. Colbert 178 

Le feu chancelier le Tellier 180 

Des quatre ministres d'État 182 

Du marquis de Louvoie b 



428 TABLE DBS MATIÈRES. 

De rétablissement et de la conduite de M. de 

Louvoîs 183 

Des bonnes qualités de M. de Louvois .... 191 
Des mauvaises qualités de M. de Louvois . . . 195 
De la constitution, enfants et biens de M. de Lou- 
vois 198 

Des biens de M. de Louvois 200 

Du marquis de Groissy 201 

De son département des affaires étrangères . . i 

De ses emplois précédents 203 

De sa conduite et de ses vues dans ses emplois . 206 

Son véritable caractère 212 

De ses sentiments à Tégard de la Sérénissime 

Maison Électorale 216 

De M. le Peletier 220 

Du marquis de Seignelay 223 

De rétablissement de ce ministre » 

Caractère de M. de Seignelay 229 

Du Conseil royal des Fn«AMGEs 233 

De rétablissement du Conseil royal ...... » 

Du chef et des membres du Conseil royal .... 234 

Des intendants des finances 235 

Du Conseil des dépêches 236 

De ceux qui assistent au Conseil des dépêches ... » 

Des quatre secrétaires d'État 237 

Du département du secrétariat de M. de Louvois . . » 

Du département du secrétariat de M. de Seignelay . 238 

Du secrétariat dé M. de Chàteauneuf » 

Du secrétariat du marquis de Croissy 240 

Du Conseil de conscience 243 

De la nature du Conseil de conscience » 

De l'archevêque de Paris 244 

Caractère de Tarchevôque » 

De son engagement contre le Pape 245 

Des imputations faites à Tarchevôque 246 

De la part qu'il a eue dans les affaires de la Religion 247 
Du maintien de Tarchevéque dans les bonnes grâces 

du Roi 248 

Du Père la Chaise 251 

Caractère du Père la Chaise » 



TABLE DES MATIÈRES. 429 

Des engagements du Père contre les Jansénistes et le 

défunt Pape 252 

De la part que le Père a eue dans les affaires de la 

Religion 253 

Du crédit du Père dans la collation des bénéfices . . 256 

De la curiosité du Père pour les antiquités .... 257 
Dbs cardinaux et quelques autres prâlats de la cour de 

France . 259 

Du grand aumônier de France . . . s 

Des cardinaux françois 260 

Du cardinal de Bonsy » 

Du cardinal d'Estrées 263 

Du cardinal le Camus 266 

Du cardinal Forbin 267 

De quelques autres prélats françois. . . 269 

De Tarchevôque de Reims ......... » 

De sa conduite à Tégard des Jansénistes et du 

Pape 270 

De quelques bruits sur sa conduite 272 

De l'évéque de Meaux 273 

De sa conduite dans les affaires de la Religion . 274 

Des vues de ce prélat pour son avancement . . 275 

Caractère de cet évoque et de ses œuvres . . . 276 

Du clergé de France 278 

De la collation des bénéfices » 

Des finances ou des revenus et des Dépenses du Roi . . 281 

Des revenus ordinaires du Roi 283 

Des fonds et ressources extraordinaires des finances . 291 

Dépenses du Roi 296 

Des forces du Roi par mer et par terre 299 

Avantages des forces de la France par mer et par 

terre i 

Des forces de mer 300 

De la situation avantageuse et des ports de France 

sur les deux mers » 

Du nombre des vaisseaux de guerre et des ga- 
lères du Roi 302 

Des équipages, des écoles et des provisions pour 

la marine 304 

Des généraux ou officiers de marine en France . 305 

Des câpres françois et de leurs avantages . . . 307 



430 TABLE DB8 MATIÈRE8. 

Des forces de terre 308 

Avantages des forces de France par terre : . . » 

1. Dans ses revenus et moyens pour les mettre 

sur pied et pour les entretenir i 

2. Dans sa situation 309 

3. Dans le nombre et la qualité de ses forteresses » 

4. Dans les moyens pratiques pour empocher les 

entrées en France 310 

5. Dans les facilités pour les levées de troupes . 311 

6. Dans le nombre et valeur de ses généraux et 
officiers 312 

7. Dans le bon ordre pour la subsistance des 
troupes 314 

8. Dans le secret des opérations de la guerre . . » 

Des troupes de France par terre. 315 

Des troupes ou armées du Roi 316 

De la cavalerie et des dragons . . . 317 

Des troupes de la maison du Roi » 

Des dragons 320 

De rinfanterie françoise 321 

Des forces extraordinaires 323 

Dans le ban et Tarrière-ban 324 

Dans la milice du royaume 325 

DbS QÉMÉRAUX FRANÇOIS 326 

Des chefs des armées en France > 

Du Dauphin 327 

Du duc d'Orléans » 

Des princes du sang 328 

Des princes étrangers » 

Des maréchaux de France « • • 329 

Du maréchal de Bellefonds 330 

Du maréchal d'Humières • 

Du maréchal de Duras 332 

Du maréchal de Lorge 334 

Du maréchal duc de Luxembourg 335 

Des lieutenants généraux qui commandent des armées . . 340 

Du duc de Noailles 341 

Du marquis de Boufflers » 

Du sieur Gatinat 343 

Des autres officiers généraux de considération . . . 344 



TABLE DES MATIÈRES. 431 

CONSIDÉRATIONS SUR LA SITUATION PRÉSENTE 346 

Des affaires de France etdes alliés en guerre contre elle » 

Des conjonctures différentes de la guerre présente et 

des guerres passées avec la France » 

Fausses vues de la France dans l'engagement de cette 

guerre 350 

Des dispositions du Roi et des suites qu'elles peuvent 

avoir 353 

Des vues et dispositions différentes des ministres du 

Roi dans cette guerre 355 

Des finances et des manquements qui y peuvent arriver 357 

Des forces de la France par mer, et en quoi elles peu- 
vent manquer 360 

Des forces de terre, et avec des réflexions : . . . . 365 

Sur les troupes de France » 

Sur ses généraux 369 

Sur les places fortes 370 

Avantages des alliés dans les guerres présentes. . . 372 

Réflexions sur la conduite des alliés durant cette guerre 374 

APPENDICE. 

Rbharquis sub l'É^tat de France 389 

Qualités bonnbs et mauvaises des principaux personnages 

de la cour 411 



VARIANTES 



TIRÉES DU TEXTE DE LA RELATION PUBLIÉ PAR DOHM* 



Le texte de Dohm débute par ces pages, qui manquent dans 
notre manuscrit (p. 1 et 2) : 

Ll BELATION DE LA COUR D8 FIUNGE DIYISiE EU DEUX PARTIES, FAITS 

AU COMMENCEKENT DE l'aNNMe 4690. 

« L'état présent de la cour de France peut être considéré en 
premier lieu dans la personne du Roi, dans toutes les personnes 
de la famille royale, dans les princes et princesses de son sang 
et enfants légitimés^ de France, dans les princes étrangers et 
autres grands seigneurs ou principaux ofQciers de la cour de 
France, et enfin dans quelques réflexions générales sur ladite 
cour; 

« En second lieu, dans les Conseils et ministres du Roi en 
détail, dans les directeurs de sa conscience, dans les cardinaux 
et autres prélats de cour ou du clergé, dans Tétat de ses finances, 
revenus et dépenses, dans ses forces par mer et par terre, et 
enfin dans la situation présente de la cour de France. 

DU ROL 

« Pour la personne du Roi, qui mérite sans doute des réflexions 
particulières, elle peut être considérée dans sa constitution, 
dans ses qualités bonnes et mauvaises, ses inclinations, ses 
maîtresses et ses fovoris. 



1. Voyez rintroduction, p. xliv. 

2. Le texte porte : légitimes. 



VARIANTES. i33 



DE Ll CONSTITUTION DU EOI. 

« Le roi Louis XIY aujourd'hui régnant, et qui se trouve 
dans la cinquante-deuxième année de son âge et dans la qua- 
rante-sixième de son règne, pourroit fournir une «unple matière 
aux réflexions quil y auroit lieu d'en faire; mais, conmie je ne 
prétends pas de ikire ici son histoire, il me sufQra d'en remar- 
quer les traits qui ont tant de part aux révolutions de nos 
jours et aux conjonctures présentes. 

« Aussi sa naissance assez extraordinaire, et qui lui attira le 
nom de Deodatus ou de Dieudonné, pour être venu au monde 
après la stérilité d'un mariage de yingt- trois années de 
Louis Xm et de la feue reine sa mère, sembla déjà être un 
présage des événements divers dont elle seroit un jour suivie. 

c Cette même naissance parut heureuse par les avantages 
extérieurs de sa personne, qui redoublèrent avec l'âge et paru- 
rent avec tout l'éclat qu^on peut tirer de la taille, du port, de 
l'air et de la bonne mine, enfin d'un dehors plein de grandeur 
et de majesté. ^ 

« A quoi se joignit la constitution d'un corps qui parut 
propre à soutenir les fatigues et le poids d'un si grand poste, 
et à fournir aux diverses fonctions où elles pourroient l'attirer 
ou l'engager, soit par les besoins des affaires^ soit par le pen- 
chant de son tempérament. Le régime de sa vie assez réglé et 
uniforme, auquel il s'accoutuma, ou qu'il s'imposa dès^ sa jeu- 
nesse, ne put encore que contribuer à entretenir ou affermir 
la bonté de sa constitution ; ensuite , qu'on l'a toujours vu 
réglé dans son manger et dans sa boisson, modéré dans les 
divertissements et sa conduite particulière, hors des attache- 
ments connus à quoi il s'est laissé entraîner par l'âge, le 
tempérament, les mauvais exemples et les occasions, qui ne 
pouvoient^ lui en manquer dans une cour aussi galante et 
aussi soumise à la volonté de son roi. Mais c'est de quoi il y 
aura lieu de faire des réflexions dans la suite. 

1. Le texte porte : de, 

2. Pour oient. 

SI8 



434 VARIANTES. 

DE SES MAUDIES. 

c Ce ne fût que dans le commencement de Tannée 4 686 que, 
hors des vertiges où il auroît été quelquefois sujet, sa santé [fut] 
attaquée d'une fSu^heuse indisposition qui en flt appréhender^ 
les, suites. G^est à quoi ne pouvoit que contribuer la nature 
d'un mal qui a âiit trop de bruit dans le monde pour n'ea 
point parler, et assez difficile à guérir entièrement, soit par la 
qualité de la maladie, soit par la nature des remèdes à y appli- 
quer ; d^où vient aussi qu'il ftit déguisé quelque temps et ignoré 
de tout le monde, hors de son médecin, de ses valets de 
chambre, et des personnes qui, quoique par différents égards, 
étoient honorées de toute sa confidence , comme le marquis de 
Louvois et Mme de Maintenons. 

« Cependant il fallut cesser* d'en faire un secret, et les 
retraites fréquentes jointes au régime à quoi ce mal contrai- 
gnit le Roi, ne purent en dérober plus longtemps la connois* 
sance aux courtisans et au public. Et ce qui fit d'autant plus 
d'éclat que, comme le mal s'augmentoit sans être soulagé par 
les remèdes palliatifs qu'on y apportoit, on prit la résolution 
d'en aller chercher la guérison dans l'usure des bains deBarèges^, 
au fond des Pyrénées. La résolution en fut prise subtilement et 
surprit assez tout le monde, qui ne manqua pas d*en juger 
que le mal dont on alloit chercher si loiQ le remède devoit être 
plus considérable qu'on n'avoit cru jusque-là. Mais, comme la 
chaleur se rendit extraordinaire dans le même temps, et même 
de la saison, qui étoit encore du mois de mai, ceux qui n'ap- 
prouvoient pas ce voyage ou en craignoient les suites âicheuses 
pour la santé même du Roi prirent occasion d'en détourner 
l'effet. Le marquis de Louvois Ait des premiers à le dissuader 
fortement et à s'y faire seconder du chirurgien de Paris le plus 
estimé, nommé Bessière', qui, à cette occasion, ayant été appelé 

1. Apprendre, 

2. M. de Maintenon, 

3. Assez. 

4. Bareit, 

5. Bezières. 



VARUNTES* i35 

à Yersailles pour consulter de la maladie du Roi avec son pre- 
mier médecin et le valet de chambre (qui étolt en même temps 
le chirurgien ordinaire de S. M., et qui étoit jusque-là le seul 
à l'en traiter), opina fortement contre le voyage de Barèges, s'y 
appuya sur les inconvénients de la saison et d'un si long voyage, 
qui ne pourroit, à son avis, que redoubler le mal et mettre 
la santé du Roi dans un danger évident, etenfln^ en se faisant^ 
fort d'en guérir le Roi par les remèdes de son art et par le 
régime qu'on lui ordonneroit : ce qui ât tomber tout à coup le 
dessein d'aller à Barèges, et révoquer les ordres et abandonner 
les préparatifs qu'on avoit déjà commencé d'en f!ûre. Cependant 
le mal ne laissa pas de continuer, et sans se laisser surmonter 
par les remèdes palliatifs qu'on y apportoit jusque-là ; et ce qui 
dura jusques au voyage de l'automne suivant à Fontainebleau, 
où la cour a coutume de se rendre \ et enfln, avant que d'en 
sortir pour retourner à Versailles, le Roi y prit exactement la 
résolution d'essayer la grande opération^ ainsi qu'on l'appelle 
en France, dès^ son retour à^ Versailles, conune le seul 
remède qu'on jugeroit le pouvoir guérir. Il n'y eut que Mme de 
Maintenon et le marquis de Louvoie, outre son premier médecin 
et son valet de chambre chirurgien, qui furent dépositaires du 
secret, et qui aussi se trouvèrent présents à l'opération qui 
s'en ât à Versailles , par le sur-nommé chirurgien de Paris , 
Bessière^, peu de jours après le retour de Fontainebleau, en 
novembre \ 686. Le Roi soi^rit avec beaucoup de fermeté ladite 
opération, qui se fit par plusieurs incisions réitérées à la partie, 
et des fontes' ensuite qu'on y appliqua. On ne laissa pas même 
de tenir, vers le soir, le Conseil du Ministère dans la chambre 
et devant son lit, le même jour de l'opération qui s'étoit faite le 
matin, et suivant qu'on continua de le tenir devant lui durant 
tout le oours de ce mal. Aussi, conune la nature du remède 
l'obUgea à garder le lit quelque temps, il s'y fit voir aux heures 

1. Taisant. 

2. De, 

3. Âus, 

4. La Bezière. 

5. Toutes. 



436 VARIANTES. 

qui! prenoit ses repas * ; et, comme il parut soulagé au bout de 
quelques semaines, il commença peu à peu à reprendre ses 
fonctions ordinaires, ainsi que de se lever et de manger en 
publie, d'assister à la chapelle du château, et de se promener 
en carrosse ou en calèche. Enfin, dans la suite, on le tint entiè- 
rement guéri de ce fâcheux mal, contre Popinion de bien des 
gens, surtout dès^ lors qu'on le vit monter à cheval. Il ne laissa 
pas de sentir des commencements de goutte, qui l'obligèrent à 
garder la chambre de fois à autre, et ensuite d'avoir, de diverses 
reprises, des accès de fièvre intermittente', dont il ne s'est 
guéri que par Tusage redoublé, et qui avoit pris grand cours à 
Paris depuis quelques années, et qu'on appeloit le remède du 
médecin anglais^ qui Tavoit introduit, à savoir : du quinquina. 
Tout cela cependant, joint à la nature du mal dont le Roi avoit 
été atteint, fit douter de fois à autre qu'il en lût entièrement 
guéri comme on vouloit qu'on crût, ou au moins il ne Ait sujet 
à des rechutes. 

< Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que, soit l'âge, ou les 
affaires, ou quelque suite même ou reste de Pincommodité 
sur-dite, qu'il ne paroisse de fois à autre quelque abattement 
dans son air et dans son visage, et qu^il ne l'eut nommé ^ depuis 
quelque temps, et à mon départ de Paris, plus concentré et plus 
sérieux que ci-devant. 

DE SBS QUALITlfs PERSORNBtLBS , BT SUBTOUT DES BONNES. 

a A regard des qualités personnelles du Roi, on ne peut 
disconvenir' qu'il n^en ait des grandes et des recommandables, 
et qui ont paru avec plus d'éclat depuis la mort du cardinal 
Mazarin, lequel, malgré les guerres civiles arrivées dans la 
minorité du Roi par l'ambition des grands et la haine des 
peuples contre ce ministre, recouvra bientôt toute l'autorité du 

1. Repos. 

2. De. 

3. JntermettanU, 

4. Sic, peut-être pour nommément, 

5. Desconvenir, 



YARiAiavs. . 437 

gouTernement, et la conserva jusqu'à la mort, arrivée dans 
l'année 4 664 . Ce fkit aussi depuis ce temps-là que le Roi com* 
mença de régner par lui-même, après avoir régné jusque-là 
par le Cardinal. Aussi, quoique le changement que S. M. apporta 
dans les a£fkires des finances par la disgrâce et l'emprisonne- 
ment de M. Foucquet, qui en disposoit en maître plutôt qu'en 
surintendant, fût une suite des conseils que ce même Cardinal 
donna au Roi avant sa mort, la conduite cependant que le Roi 
y apporta surprit la France et le public par la profonde dissi- 
mulation qu'il y fit parottre et par les biais dont il s'y prit, 
et qui fit tomber dans le piège un ministre d'ailleurs habile, 
lorsqu'il se croyoit au comble de sa Êiveur, et qui avoit eu soin 
de se Ikire autant de créatures et de pensionnaires qu'il y avoit 
presque des coiu*tisans considérables et des principaux officiers 
de la couronne. On voit par là, etc. > 

Page 3, dernière phrase. Le texte de Dohm porte : c Aussi ne 
parut^-il pas avoir des ministres que pour s'en servir suivant 
leur portée et le besoin des affaires, sans les en rendre les arti- 
sans et les maîtres, et des favoris et des maîtresses que pour, etc. » 

Page 4, lignes 3-4, bouillant, au lieu de brillant; ligne 5, véri' 
Utble, au lieu de grand; ligne 12, les mots et nation sont suppri- 
més; ligne 14, il écrit bien et juste. 

Page 40. Dans le texte de Dohm, le portrait du Dauphin, sous 
ce titre : Famille royale, est précédé de ces quatre lignes : « La 
considération de la famille royale ne peut que suivre celle du Roi, 
et, là-dessus, que donner lieu à réfléchir premièrement sur le 
Dauphin, son fils unique et l'héritier de cette monarchie. ■ 

Même article, ligne 2, au lieu d^au-dessous de la médiocre, il y a 
au-'dessus, et en effet Monseigneur était c plutôt grand que petit •. 
{Saint-Simon, tome VIII, p. 261.) 

Page 45. Nos lignes 3-8 : a qui, après.... de préjugé •, manquent 
dans le texte de Dohm. 

Page 55, ligne 3 en remontant. Le texte de Dohm contient, de 
plus que le nôtre, cette fin de l'article de la Dauphine, et ce por^ 
trait des Bmfants de Frange : 

c (si le mauvais état de sa santé n'abrège ses jours), 

et qui d'ailleurs se trouve et l'épouse et la mère des héritiers de 
la couronne, outre que, sans parler de la circonstance sur-men- 
tionnée de mon envoi en France, pour l'emploi que j'y commençai 



438 VARIANTES. 

immédiatement après son arrivée, et qui, durant un séjour de neuf 
années, n*a que me fourni assez d'occasion * de m'éclaircir au juste 
de ce qui la regarde, j'ose bien dire ici qu'elle y a encore donné 
lieu par les accès obligeants et môme distingués que nous avons 
eu le bonheur de trouver auprès d'elle toutes les fois que nous 
avons eu celui de nous présenter, et avec des marques visibles, et 
qui étoient môme assez connues à la cour de France, d'une bonté 
particulière dont elle nous honoroit : ce qui étoit d'autant plus 
agréable qu'on la voyoit d'ailleurs réservée dans les manières de 
son proche, et à n'être nullement prodigue d'un accueil et d'un 
entretien aussi obligeant, mais ce qui, après tout, ne m'a pas 
ébloui ni préoccupé pour en faire ici un portrait flatteur, et pour 
ne rien dire dans cette relation que je ne croie ou sache môme très 
véritable, et qui ne soit aussi entièrement conforme aux justes 
idées qu'on en peut avoir. A quoi j'ajouterai seulement celle qu'on 
put prendre de son bon naturel, et que je ne dois passer ici : je 
veux dire les larmes qu'elle versa en présence de la cour, [au récit] 
que le Roi môme lui fit des circonstances d'une mort aussi héroïque 
et aussi chrétienne que celle de feu 8. A. Ë. de glorieuse mémoire, 
et particulièrement des derniers adieux qu'il fit, à Postdam, la 
veille de sa mort, à son sérénissime successeur, à sa famille et à 
son Cîonseil. Gela s'étoit bien répandu à .la cour de France et 
m'avoit été redit, savoir : de la manière que cette princesse s'étoit 
trouvée sensible à ce récit, mais de plus me fut confirmé obli- 
geamment par elle-même au sujet de la notification que je lui 
faisois de cette mort de Sadite A. Ê., et ensuite de ce qu'il lui plut 
de m'y répondre dans l'audience publique que j'en prenois. C'est 
où, après avoir satisfait aux formalités ordinaires de la réception 
et à ses réparties toujours justes, sensées et honnêtes, elle se leva 
de son siège comme je me retirois, et, en s'avançant vers moi, 
voulut elle-même m'apprendre, et le dire tout haut au milieu 
d'une grande assemblée, savoir : les larmes que lui avoit causées 
le récit susdit que le Roi lui avoit fait des circonstances de 
la mort et des derniers adieux de M. l'Électeur. On en put 
même assez recueillir, aussi bien que de ce que dessus, qu'elle a 
un bon et un grand cœur, une âme droite et sensible, des senti- 
ments nobles et généreux, qu'elle en a conservé de fort obligeants, 
et môme de tendres, pour sa patrie, pour sa maison, pour les 
électeurs ses frères en particulier. C'est aussi par ces sentiments 

1. Sic. 



VARIANTES. 439 

qu'elle a vu avec regret rengagement où la France est entrée au 
sujet de l'élection de Cologne contre l'un de ses frères, et en faveur 
d'on compétiteur qui étoit, de même que ceux de sa famille, aussi 
obligé et attaché ci-doTant aux services des princes de sa maison : 
en sorte qu'elle ne put qu'avoir été touchée du sujet que la France 
en a pris pour faire la guerre à l'Empereur et à l'Empire, à la 
faire même d'une manière aussi cruelle, et à s'y porter à toutes les 
extrémités qui ont suivi cet engagement, et qui durent encore. 
Mais, après tout, je n'ai ajouté foi aux bruits répandus dans les 
gazettes depuis mon départ de France : je veux dire de quelque 
prétendue et entière disgrâce de cette princesse à ce sujet, et de 
ce qu'on prétendoit s'y trouver contraire aux intérêts du Roi et 
de la couronne; car, outre que je n'ai point vu ou appris que 
cela fût marqué ou confirmé depuis dans aucun endroit de Paris 
ou de Versailles, la suite de Tétat où Mme la Dauphine conti- 
nue d'être à la cour, autant qu'on sait, sans qu'il y ait eu de 
l'interruption ou de retour, n'y a pas répondu ; outre cela, dis^-je, 
je ne trouve rien dans ce bruit qui ait du rapport avec son véri- 
table caractère de princesse éclairée, sage et avisée, qui d'ailleurs 
a toujours fait paroitre un grand respect pour le Roi, un véritable 
attachement pour le Dauphin et la due considération pour le rang 
qu'elle tient en France, et qui la regarde comme les enfants de 
France qui sont les siens, et ainsi pour rendre au fond ses inté- 
rêts inséparables de ceux du poste et de la condition où elle se 
trouve. 

c Les enfants de France, comme on les appelle, et qui sont du Dau- 
phin et de la Dauphine dont je viens de parler, sont les ducs de 
Bourgogne, d'Anjou et de Berry, tous trois élevés par les soins 
de la maréchale de la Motte, leur gouvernante, et qui l'a déjà été 
autrefois du Dauphin leur père. 

c Le duc de Bourgogne, né en août 1682, est à présent dans la 
huitième année, et à qui on vient de donner pour gouverneur le duc 
de Beauvillier, un des quatre gentilshommes de la chambre du 
Roi et chef du Conseil royal des finances. Ce jeune prince est bien 
fait de toute sa personne, grand pour son êge, d'un visage plein 
et beau, les yeux bruns et grands, le teint admirable, mêlé de 
blanc et d'incarnat, d'une constitution forte et robuste, la taille 
aisée, la contenance assurée, et, pour mieux l'exprimer, d'un air 
et d'un port vif et hardi et qui témoignoit déjà de se ressentir de 
son rang, de sa naissance, et à quoi elle le destine un jour : ce 
qu'il faisoit encore plus remarquer par les manières fières, les 



440 . VÂRIAKTES. 

saillies d'une humeur altière, difficile à ployer aux volontés de sa 
gouvernante et à ce qu'on pouvoit exiger de lui ou dans sa nour- 
riture ou dans d'autres circonstances de son éducation, ou enfin 
par les réparties impérieuses et hautaines. D'ailleurs, elles ne 
faisoient pas moins paroître une conception vive et prompte, une 
facilité merveilleuse à réussir dans les choses où il s'applique, une 
pénétration au delà de la portée de son âge, et enfin tous les traits 
d'un génie martial, autant qu'on le peut déjà recueillir. Je tou- 
cherai, sur ce dernier, une circonstance qui en donnera quelque 
idée. C'est que, Mme la Dauphine, se trouvant un jour au 
cercle, environnée de ses trois enfants sus-nommés, se prit à 
dire qu'elle ne connoissoit point encore les humeurs de ses trois 
enfants : qu'il lui semhloit que, pour le duc d'Anjou, le pufné, 
il seroit ivrogne et aimoit les vices ; le duc de Berry, qui est le 
plus jeune, aimeroit les dames ; mais, pour le duc de Bourgogne, 
qui est l'aîné, elle ne sauroit ce qu'il aimeroit. A quoi ce dernier, 
qui étoit présent à ce discours de la Dauphine sa mère, prit la 
parole, dit sur-le-champ, et d'un air [un] peu outré de ce qu'on 
le croyoit sans inclination : c U aimera les armes. Madame ; voilà 
« ce qu'il aimera. » J'ajouterai à cela une autre circonstance, et 
qui peut encore servir de quelque préjugé d'une partie de ce que 
je viens de dire touchant l'humeur et la portée de ce jeune prince : 
c'est que, dans les audiences d'adieu que je pris à la cour de 
France il y a un an, et en [m']a,pquittant, suivant la coutume, de 
celles auprès des^ enfants de France, et ainsi du duc de Bour- 
gogne en premier lieu, en présence de sa gouvernante la maré- 
chale de la Motte, et conduit par les introducteurs des ambassa- 
deurs, il témoignoit beaucoup de répugnance à me saluer de son 
bonnet, comme il se pratique, et môme à répondre quelque mot 
à mon compliment, à mesure que sa gouvernante susdite lui vou- 
loit parler, et qui fut contrainte de le faire pour lui. Au sortir de 
là, la môme gouvernante, qui nous honoroit de son amitié, vou- 
lut m'excuser le procédé de ce jeune prince, et en m'apprenant 
en souriant que, sur ce qu'elle l'exhortoit à me saluer, à me remer- 
cier de mon compliment, et me souhaiter bon voyage, il lui avoit 
répliqué d'un air brusque : « Non, marna (c'est ainsi qu'il l'ap- 
c pelle) ; non, marna, c'est l'ennemi du Roi » ; ce qu'elle attri- 
buoit, comme on le peut aisément croire, à quelque discours qu'il 
auroit ouï faire, dans les conjonctures d'alors, à ceux qui l'ap- 

1. Le texte porte : les, et, plus loin, de au lieu de du. 



YARlAimSS. 441 

prochent, que M. l'électeur de Brandeboui^, comme elle disoit 
(pour lequel nom d'ailleurs ce jeune ptince avoit témoigné d'ayoir 
quelques égards), et au nom duquel je m'acquittois du compli- 
ment, s'étoit déclaré contre le Roi et pour les ennemis de la France. 

« Le duc d'Anjou, second fils de France, né en décembre 1683, 
et ainsi qui vient d'entrer dans la septième année de son âge, 
est beau et blond. Il a plus de ressemblance avec le Dauphin son 
père, du reste d'un visage et d'une constitution plus délicate que 
son aine, de plus petite taille pour son âge, et d'ailleurs d'une 
humeur plus souple et plus ployable à ce qu'ion veut de lui, et 
même qui témoigne jusqu'ici beaucoup d'égard et de déférence 
pour le duc de Bourgogne, son frère aine. 

c Pour le duc de Berry, qui est né en et ainsi année de 

son âge, il est fort beau de visage, blond comme le duc d'Anjou, 
mais d'ailleurs sans lui ressembler, plus grand et plus fort pour 
son âge, et ainsi qui, à cet égard, a plus de rapport avec son aîné 
le duc de Bourgogne ; on lui voit d'ailleurs l'air plus adouci que 
son aîné, et l'humeur plus complaisante, en sorte qu'il ^ fait aussi 
l'inclination de la Dauphine sa mère. • 

Page 61. Entre a l'estime de toute la cour ■ et le paragraphe 
suivant : « Pour la personne de Madame, etc. », Dohm a ce 
passage, que ne renferme pas mon manuscrit : 

« U ne me doit pas être difficile à faire ici le portrait de cette 
princesse, pour avoir eu Thonneur de la connoître au château 
d'Heidelberg dès son enfance, et même pour en avoir eu d'autant 
plus d'occasion que j'étois chargé en ce temps-là de la conduite 
en chef de l'éducation du prince électoral, son frère unique (qui 
est le dernier électeur Charles, décédé en 1685), qu'ils prenoient 
ensemble leurs repas et leurs divertissements sous la conduite et 
avec l'assistance de sa gouvernante et la mienne. C'es^t de quoi 
aussi Madame se ressouvient fort obligeamment, et en donna 
même des marques assez éclatantes et agréables pour moi, déjà 
à mon dernier envoi en France en 1680, et la première fois que, 
peu de jours après, je me trouvai présent à la belle fête dont 
Monsieur régaloit à Saint-Gloud Mme la Dauphine, avec la 
présence du Roi et de toute la cour. Elle a continué depuis, dans 
toutes les rencontres de mon séjour de neuf années en France, de 
me donner des marques obligeantes de bonté et de support et de 
bienveillance, et ce tant par la familiarité de son abord que par 
celle de ses entretiens, t 

1. Qui, dans le texte. 



443 YARIAmiBS. 

Page 64, lignes 20-22. Le texte de Dohm porte : i en servoient 
malheareusement de prétexte. C'est déjà le fâdienx état où elle étoit 
il y a un an, et qui n'a pu que redoubler par l'exécution, suivie 
avec tant de fureur, des menaces qui s'en faisoient seulement dans 
ce temps-là. • 

Page 67, ligne 12. Après « du Roi son oncle », le texte de Dohm 
porte : c Ce qui lui fut un contre-temps d'autant plus fâcheux 
que cette mort arriva dans une conjoncture où on s'y attendoit le 
moins en France, et qui en effet fut bientôt suivie de la rupture 
ouverte et déclarée entre les deux couronnes. » 

Page 70. L'article de la Pbtitb Mademoiselle se termine daae 

Dohm par ces lignes, que nous n'avons pas : < à l'allemande. 

Aussi y a-t-il sujet de croire que, malgré la guerre présente, on 
ne perd pas encore de vue ce mariage à la cour de France, et d'en 
faire un jour, si on peut y réussir, une des conditions ou des 
gages de la paix avec l'Empereur et sous des offres de quelque dot 
fort avantageuse, dont le Roi, qu'aime d'ailleurs tendrement cette 
jeune princesse, ne feroit pas difficulté de se charger. Mais il y a 
plus sujet de douter si la cour de Yienne y fera quelque réflexion 
et aura du penchant, ou trouvera de l'intérêt solide à donner lieu 
à ce mariage : ce qui, en tout cas, ne peut que dépendre de la 
suite des conjonctions publiques et des événements de la guerre 
présente. » 

Page 74, lignes 1-6 en remontant. La phrase : « Je n*ai point 
appris.... de préjugé > manque dans le texte de Dohm. 

Page 78. L'omission que je signalais dans la note 1 se trouve 

ainsi réparée dans le texte de Dohm : c non seulement 

d'autres princes ou princesses, mais encore de celui des princes 
et princesses du sang, etc. > 

Page 79, ligne 7. L'article du prince de Gondâ commence 
ainsi dans le texte de Dohm : a Pour le feu prince de Gondé, 
comme il n'est mort que vers la fin de l'année 1687, j'eus l'hon- 
neur de le voir lorsqu'il quittoit sa belle retraite de Chantilly pour 
venir de temps en temps faire sa cour au Roi à Versailles ou à 
Fontainebleau. Ce grand prince est d'ailleurs assez, etc. » 

Page 84, ligne 8 en remontant. Le texte de Dohm a, de plus 

que le nôtre, les lignes suivantes : c cette pratique, et de 

laquelle je me souviens, pour le dire en passant, d'avoir ouï faire 
un récit assez particulier à un abbé françois qui y fut employé 
en Pologne, y courut bien des hasards dans une négociation aussi 
dangereuse que celle qui tendoit, par une intrigue étrangère, à 



YAïUAirrES. &&3 

détrôner un roi vivant et soumis aux lois de la République : ce que 
j'ai oui raconter audit abbé, qui se trouvoit aux traités de paix de 
Pologne [Cologne) en 1678, à la suite du duc de THaunes (Chaulnes)^ 
premier ambassadeur de France auxdits traités. Mais, pour en 
revenir, etc. • 

Page 89. L'avant-demière phrase de l'article de la pbingbssb db 
ComA MÈBB se termine ainsi dans le texte de Dohm : c ..... de tout 
commerce du monde. G'est l'état où elle se trouvoit encore à mon 
départ de France , sans qu'elle ait paru en cour il y a longues 
années, ni même qu'on y parle d'elle non plus que si elle n'étoit 
plus an monde il y a longtemps. Elle eut les déplaisirs pour, etc. » 

Page 99, ligne 19 : « Elle (la princesse de Garignan) se trouve pré- 
sentement dans la quatre-vingt-quatrième année de son âge. Aussi 
garde-t*elle ordinairement le lit sans en sortir que très rarement, 
et d'ailleurs où elle ne laisse pas de faire bon accueil et bonne chère 
aux personnes de qualité qui la viennent voir. Il ne se peut même 
rien voir de plus §^ant et de plus singulier que son appartement 
où elle les reçoit, et où il y a de quoi satisfaire agréablement les 
sens par tout ce qui peut flatter la vue, Todorat et le goût. Elle 
vouloit aussi, malgré son grand âge, se trouver avec la marquise 
de Bade, sa fiUe, qui étoit encore en vie et n'est morte que Tan 
passé, au régal que le comte de Lobkowitz, envoyé de l'Empereur, 
donna chez lui à Paris, en automne 1686, au sujet de la prise de 
Bade [Bude)^ et où elle assista, et au repas de soir et au bai 
qui le suivit. Au reste, c'est une princesse, etc. » 

Page 103, ligne 5. Après c mathématiques • le texte de Dohm 
porte : « Gomme j'ai eu assez souvent occasion de lui rendre mes 
devoirs, et que j'étois connu particulièrement d'un gentilhomme 
françois, neveu du célèbre Saumaise, et qui étoit joint au précep- 
teur de ce jeune duc pour contribuer à lui de tout le brillant et le 
solide qu'on lui trouvoit également, et dans une aussi grande jeu- 
nesse que la sienne. D'ailleurs, il n'est, etc. » 

Page 108. L'article des ducs de Longueville se termine ainsi 

dans le texte de Dohm : « de son tuteur le feu prince de 

Gondé. Mais c'est de quoi il y aura lieu de parler plus à fond 
dans un autre endroit de cette relation, ou dans une information 
séparée des droits, biens et procès sur-dits qui concernent la suc- 
cession du prince d'Orange, aujourd'hui roi de la Grande-Bre- 
tagne, et qui regarde S. A. Ë. et ses sérénissimes descendants à 
défaut d'enfants qui naissent dudit roi et prince. » 

Page 122. Nos lignes 4 (depuis cette) à 14 manquent dans le texte 
de Dohm. 



414 vARiAim&s. 

Page 123, ligne 15. Dohm a ici un membre de phrase qui 
nous manque : c en fut délivré : ce qui n'a pas guère donné lieu 
de connoitre cette duchesse, et de me persuader qu'elle a présen- 
tement [....] de soixante ans passés. • La suite a été supprimée. 

Page 139. Cette page, depuis la ligne 2 jusqu'à la ligne 24, est 
supprimée. 

Peige 143. Après « au fils susdit du marquis de Louvois, » le 
texte de Dohm porte : « Ce qui doit être arrivé à présent, que 
j'aperçois par les avis de Paris que ce marquis de Tilladet a 
quitté la cour pour embrasser une vie religieuse. > 

Pages 216-220. Tout le paragraphe sur les Sentiments de M. db 
Gboissy a l'égard de la séRÉNissniB Maison électorale est sup- 
primé. 

Pages 227-229. La fin de ce paragraphe, depuis la quatrième 
ligne en remontant de la page 227, manque dans le texte de Dohm. 

Page 233. Le texte de Dohm contient le préambule qui suit 
avant le titre du Conseil des finances : « C'est aussi par où finit 
ce que j'avois à dire ou de ce Conseil en général, ou des ministres 
en particulier qui le composoient durant mon dernier séjour en 
France, ou qui le composent encore à présent. Sur quoi aussi il 
y a eu d'autant plus de sujet de s'arrêter et d'en dire ce que j'en 
savots, ou d'ailleurs ce que j'en puis juger, que l'intérêt ou la destinée 
des affaires de l'Europe, et surtout les conjonctures présentes, ou 
en particulier celles que S. A. Ê. y peut avoir ou y peut prendre 
à l'avenir, y ont beaucoup de part. Comme la même chose n'a 
pas lieu à l'égard des autres Conseils où Sa Majesté ne laisse pas 
d'intervenir, on pourra aussi y passer plus légèrement, comme 
sont le Conseil royal des finances, celui des dépêches et celui de 
conscience. » 

Page 257. Les dernières lignes du premier paragraphe, après : 
c à Berlin, avec lui », et tout le paragraphe suivant manquent 
dans le texte de Dohm. 

Page 260. Idem, pour le paragraphe du premier aumônier. 

Page 273, les lignes 9 et 10 manquent. 

Page 299, les lignes 9 à 11 manquent 

Page 303, ligne 15, au lieu de a trente ou environ », le texte de 
Dohm porte : a trente-six ou quarante. • 

Page 305, ligne 16, le texte de Dohm porte : c de Riga » après 
« chanvre ». 

Page 313, la dernière phrase manque dans le texte de Dohm. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES NOMS. 



A 



Académie française^ 167. 

Africaine (Compagnie), 231. 

Afrique, 167. 

Aire. 310. 

Aix-la-Chapelle (Paix d'), 184, 

204. 
Albret (Duché d*), 125. 
Albret (Emmanuel -Théodose 

de la Tour d'Auvergne, duc 

d'), 413. 
Albret (Gésar-Phébus, maré- 
chal d^. 120. 
Alenqon /Mademoiselle d'); voy. 

Guise (Duchesse de). 
ALEXAin)RE YII, pape, 49. 
Alger, 306, 365. 
Allemagne, 40, 106, 328, 329, 

332, 334, 335 ; voy. Empire. 
Alsace, 19, 204, 207, 237, 287, 

320, 322, 324, 344, 413, 421. 
Ambleteuse. 302. 
Amérique, 167, 254, 418. 
Amfrbville (Marquis d'), 306. 
Amsterdam. 348. 
Andely (Abbesse d'), 247. 
Anet, 48, 413. 
Angleterre, 29,74, 205,217, 232, 

286, 295, 296, 298, 307, 325, 

337, 347, 350, 351, 360, 362, 

373, 378, 381, 420. 
Angoumois (Province d'), 139, 

140, 240, 287, 424. 



Anjou (Province d'), 118, 238, 

319, 413j 415. 
Anjou (Philip{)e de France, duc 

d"), puis roi d'Espagne, 51, 

390, 412. Var. 439441. 
Anne d'Autriche, 180, 433. 
Antin (Marquis d'), 13, 413. 
Argy (Marquis d'), 68 n. 
ArgenteuilJAbbé dM, 417. 
Argouges (François a), 235, 416. 
Armagnac (Branche de Lor- 
raine-), 115, 118-120. 
Armagnac (Louis de Lorraine, 

comte d'), 58, 118-120, 131, 

133, 151. 157, 413. 
Arnauld (Ântome), 246. 
Arnoul (Pierre), 422. 
Arpajon (Duchesse d'), 45, 150. 
Arquien (Marquis d'). 383. 
Artaonan (M. d'), 321. 
Artois (Province d'), 237, 370, 

418. 
Ath, 415. 
AuBiGNÉ (Françoise d*), 16; voy. 

Maintenon (Madame de). 
AuBiGNÉ (Agrip])a d'), 16. 
AuBiGNÉ (Marquis d'). 21. 
AuBiONÉ (Mademoiselle d'),21 n. 
AuBussoN (Maison d'), 39. 
Augsbourg (Ligue dM, 210. 
AuMONT (Duc (T), 133-137, 257, 

331, 413. 
AuMONT (Duchesse d'), 11, 200, 

272. 



&46 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



AuMORT (Duc d'Humiëres d') ; 

Yoy. HuMTÈREB (Duc d*). 
Aunis (Pays d'), 287, 358. 
AcssoN (M. d'), 228 (errata). 
AuyERQifB (CiOmte d'), 125, 128, 

132, 320, 342, 414. 
Auvergne (Province d'), 125, 

238, 322, 416, 422. 
AvAux (Comte d*), 205. 
Avesnes, 82. 
Aysn (Ck)mte d'), 414. 

B 

Bade (Ferdinand, marquis de), 

99, 121. 
Bade (Louise-Christine de 8a- Bénédictins (Religieux), 290. 

voie, marquise de), 99, 121, Bereen-op-Zoom (Marquisat de), 



Béam (Province de), 240, 419. 
Bbaufort (Duc de), 109, 156. 
Bbaufobt (Ducliesse de), 106; 

voy. EsTRÀES (Gabrieile d'). 
Beauvais (Évoque de); voy. 

FoRBni. 
Beauvais (Mademoiselle de), 

111. 
Beauvaisis (Pavs de), 395, 415. 
Beauvillier (Duc de), 23, 27, 

37, 46, 133, 134, 177, 234, 

235, 406, 414. Var. 439. 
Becs-de-corbin (Les), 420. 
Bellefonds (Maréchal de), 36, 

143, 221. 306, 330. 
Belver, 422. 



443. 

Bade (Prince Louis de|, 99. 

Balbazàs (Marquis de Los), 66. 

Baluze (Etienne), 168. 

Barbbsdiox (Marquis de), 199. 
237. 414, 423. 

Barcelone, 413. 

Barèges, 102. Var. 434, 435. 

Bastnie (La), 72. 

Bavière (Maximilien-Philippe, 
duc de), 49. 

Bavière (Mazimilien - Emmar 
nuel, électeur de), 48, 69, 
206, 382 n. 

Bavière (Louise-Hollandine de), 
abbesse de Maubuisson, 90. 

Bavière (Marie- Anne -Chris- 
tine- Victoire de), Dauphine 
de France, 45, 47-55, 65, 
140, 142, 152, 155, 171, 273, 
382. 



128, 414. 
Beroeret (M. de), 207, 215. 
Beringhen (Marquis de), 136, 

143, 414. 
Berlin, 217, 257. 
Berry (Crouvemeur de), 130, 

414. Var. 439, 440. 
Berry (Charles, duc de) , 51 , 391 , 

412. 
Besançon, 310, 417. 
Bessière, chirurgien. 434, 435. 
Besscla (Mademoiselle), 53, 54. 
Bètbunb (Fr.-G., marquis de), 

68. 
Béziers (Evégue de); voyez 

BoNST (Cardinal de). 
BlELKE (M.), 208. 
BioNON (Thierry), 136. 
Bigorre (Pays de), 240. 
Bingen, 117. 
BiRKENFBLD (Princc de). 345. 



Bavière (Marie - Antoinette Blainville (Marquis de), 177, 

d'Autriche, électrice de), 53. 240, 414. 

Bavière (Thérèse- Cunégonde Blavet, 301 ; voy. Port-Louis. 

Sobieska, électrice de), 382 n. Blaye, 423 



Bavière (Charles, prince élec- 
toral de}, 122. Var. 441. 

Bavière (Clément, princede), 69, 
263. 



Blois, 75, 224, 238. 

Blois (Françoise-Marie de Bour- 
bon, dite Mademoiselle de), 
102, 412. 



Bavière (Yolande-Béatrix, prin- Bockenheim, 313. 



cesse de), 76. 
Bavière (Sophie de), 141 ; voy. 

Lbvenstbin (comtesse de). 
Bayonne, 304, 419. 



Bonn, 310, 371. 
Bonne-Espérance (Gap de), 308. 
BoNSY (Caidinal de), 127, 260- 
262. 



DBS mus. 



U7 



Bordeaux, 303. 

BoMuiT (Jacques - Bénigne) > 
évoque de Heaux, 41, 273- 
277. 

BoncHBBAT (Louis), chancelier, 
234, 235, 409. 

BouFFLBBS (Maréchal duc de), 
316, 320, 341-343, 345, 394, 
415. 

Bouillon (Cardinal de), 125, 
127, 128, 259, 260, 415. 

BouiLLOH (Duc de), 125, 126, 
133, 320. 414. 

Bouillon (Marie-Anne Mancini, 
duchesse de), 126. 

Bouillon (Maison de), 124, 126, 
132. 

Boulogne^ 302, 413. 

Boulonnais (Gouyemeur du), 
135, 413. 

BouBBON (Louis de Bourbon, 
m* du nom, duc de), ap- 
pelé Monsieur 1$ Duc, 90, 91, 
328, 412. 

Bourbon (Louise -Françoise de 
Bourbon, dite Mademoiselle 
deNantes, femme de Louis III, 
duc de), appelée Madame la 
Duchesse, 91, 92, 97 n., 102, 
104, 412. 

Boubbon-Soissons (Marie de); 
YOY. GABiaNAN (Princesso de). 

Bourbonnais (Province de), 238, 
322, 424. 

Bourgogne (Province de), 83, 
238, 285, 288, 319, 322, 413, 
417. 

BouBGOONB (Louis de France, 
duc de), 24, 27, 51, 138, 390, 
391, 411. Var. 439, 440. 

BouBoooNB (Marie-Adélaïde de 
Bavoie, duchesse de), 391, 
412, 417. 

BouRNONViLLE (Prince de), 415. 

BouTEViLLB (Comte de), 122: 
voy. LuiBHBOUBO (Maréchal 
duc de) . 

Bbàngas (Louis, duc de), 415. 

Bbanbebouro (Frédéric - Guil- 
laume, lecteur de), 72, 204, 
207-209, 216-220, 228, 231, 
232, 269, 324, 348. Var. 438. 



Bbândeboubo (Frédéric m , 

électeur de). 310, 371, 383. 

Var. 441, 443, 444. 
Bréda (Traité de), 223, 257. 
Bresse (Pays de). 238. 
Brest, 301, 302, 304, 362. 
Bretagne (Province de), 129, 

240,285, 288,325,413,418. 
BBBTEmL (Baron de), 145. 
Brbtbuil (M. de), intendant des 

finances, 235. 
BRBTOHviLLiBas (Présideuto de), 

247. 
Bb2z6 (Maréchal de), 82. 
Bbionnb (Comte de), 119, 120, 

415. 
Brisach, 310. 

Brissag (limoléon, duc de), 415. 
Brunswick (Maison de), 207. 
Bude (Ville de), 443. 
Bugey (Pays de), 238. 



C 



Cabaval (Duc de), 119. 

Cadix, 360. 

Calais, 301, 302. 

Calvo (M. de), 345. 

Cambout (Du) ; voyez Goislin. 

Cambray, 310. 

Camisiha (Kanisa), 380. 

Gampredon, 422. 

Canada (Pays de), 17. 

Candalle (Duc de), 156. 

Candie (Sièee de), 39. 

Garionan (Marie de Bourbon- 
Boissons, princesse de), 79, 
99-101, 110. Var. 443. 

Casai, 118, 237, 297, 309, 344, 
371. 

Casimir, roi de Pologne ; voy. 
Jean-Gasoiir V. 

CastelfoUit, 422. 

Catalogne Pays de), 204, 316, 
330, 398 n., 422. 

Gatinat (M.), 343, 393 n., 395, 
396, 405. 

Cavoyb (Marquis de), 143. 

Gatlus (Marquise de), 21. 

Cerdagne (Pays de), 422. 

Chabot (Henri), 130. 



U8 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Ghaisb (Le Père de la), 20, 243- 

245, 251-258. 
Ghaloms (Maison de), 108. 
GhâlonB-sur-Mame, 49. 
Ghamillart (M.), 416. 
Ghamilly (Gomte de), 345. 
Ghampagne (Province de), 111, 

240, 285, 322, 339, 423. 
Ghantilly, 48, 80, 83, 92, 105, 

442. 
Ghare'nton (Bataille de), 122. 
Gharleb II, roi d'Angleterre, 

205. 
Ghables U, roi d'Espagne, 66. 
Gharles-Emmanubl, duc de Sa- 
voie, 70, 72, 99, 110. 
Gharles n, électeur palatin, 

441. 
Gharles-Louis, électeur palatin, 

5, 59, 60, 65, 67, 83, 90, 116, 

121, 122, 161, 384. 
Gharlotte-Ëlisabeth ; voy. Or- 
léans (Duchesse d'). 
Gharles de LoRRAmE (Le prince), 

84; voy. Lorraine (Duc de). 
Charonne (Abbaye de), 253, 265. 
Gharost (Duc de), 446. 
Ghartrbs (Philij)pe d'Orléans, 

duc de), 68, 98, 412. 
Ghartres (Francoise-Marie de 

Bourbon , ducbesse de) , 102, 

412. 
Ghartres (Vidame de), 423. 
Ghateau - Renault (Chevalier 

de), 306. 
Ghâteau - Thierry (Duché de), 

125. 
Ghateaunbuf (Balthazar Phé- 
' lypeaux de la Vrillière, mar- 
quis de), 237-240, 416. 
Ghàtellerault (Duché de), 71. 
Ghatillon (Gaspard de Goligny, 

duc de), 122. 
Ghatillon (Duchesse de), 122, 

123, 416 ; vov. Meklenbouro 

(Duchesse de). 
Ghatillon (Paul-Sigismond de 

Montmorency - Luxembourg, 

duc de), 416. 
Ghaulnes (Gharles d'Albert, duc 
^ de), 443. 
Ghauvet (Général), 117. 



Ghevredse (Gharles - Honoré 
d'Albert, duc de Luynes et 
de), 115, 177, 3i8, 416. 

Ghevreusb (Duchesse de), 23, 
339. 

Ghiosi 306. 

Ghoiseul (Auguste, duc de), 416. 

Ghoiseul (Glaude, maréchal de), 
344,345, 393,417. 

Glaude (Le ministre), 274. 

Glêment VII, pape, 384. 

Glèbes (Gomte de), 68 n. 

Glbrmont-Tallard (Maison de), 
336. 

Glèves (Pays de), 203, 204, 217, 
219. 

Gluny (Abbaye de), 127, 280, 
415. 

Goblenz, 185. 

Gognac (Gouvernement de], 21. 

GoisLiN (Pierre du Gambout, 
cardinal de), 260, 417. 

GoiSLiN (Armand du Gambout, 
duc de), 417. 

Golbbrt (Jean -Baptiste), mi- 
nistre, 37, 134. 150, 160-162, 
164-176, 188, 201, 202, 204, 
206, 221-224, 230, 234, 237, 
240, 248, 281, 291, 298, 300, 
318. 

Golbert (Famille), 23. 339. 

Gologne, 117, 185, 217, 257, 
263, 310, 323. Ver. 439, 443. 

GoLOONE (Électeur de), 128, 344, 
347. 

GoLONNE (Connétable), 10. 

Colonne (Marie Mancini, femme 
du connétable), 10, 126. 

Gommercy (Prince de), 117, 329, 
420. 

Gommercy (Princesse de), 117. 

CoNDÉ (Louis de Bourbon, 
prince de), appelé Monsieur 
le Prince et surnommé U 
grand Condé, 33, 79-82, 84, 
92, 93, 107, 108, 133, 146, 
156, 186, 326, 333, 336-339, 
369. Var. 442, 443. 

GoNDé (Henri-Jules de Bour- 
bon, duc d'Enghien, prince 
de), appelé Monsieur le Due, 
puis Monsieur le Prince, 48, 



DBS NOMS. 



U9 



8W8, i33, 146, 224, 328, 412. 

CoNDÉ (Claire-Glémeiice de 
Maillé , princesse de), femme 
du grand Gondé, 88, 89. 

GoNDé (Anne, comtesse pala- 
tine, duchesse de Bavière, 
princesse de), femme de Hen- 
ri-Jules de Bourbon, 89, 90, 
121,412. ' 

GoNTi (Louis-Armand de Bour- 
bon !•«•, prince de), 30 n., 79. 

GoNTi (Louis-Armand de Bour- 
bon, !!• du nom, prince de), 
92, 96, 101. " 

CoNTi (François-Louis de Bour- 
bon, prince de la Roche-sur- 
Yon, puis prince de) , 6, 81 , 92- 
94, 101, m, 389, 390, 396. 
397,412. ' ' ' » 

CoNTi (Anne-Marie Martinozzi, 
princesse de), 92. 

Goim (Anne-Marie de Bourbon, 
princesse de|, femme de 
Louis-Armand, n» du nom, 
47 96-98 {errata), 100, 102 
15è,389, 412. ' ' 

GoNTi (Marie-Thérèse de Bour- 
bon-Gondé, dite Mademoiselle 
de Bourbon, princesse de), 
femme de François-Louis, 94, 
95,412,416. ' 

Gonflans, 247, 249. 

Gonstantinople, 306. 

Gorbie (Abbé de), 419. 

Gorses ( Affaire des), 49. 

GosNAC (Daniel de), évéque de 
Valence, 267. 

GouRTENVAux (Michel-Frauçois 
le Tellier, marquis de), 143, 
199,345,417. ' ' 

GouRTiN (Honoré), 204, 257. 

Courtray, 101. 

Ghécy (Louis Verjus, comte de), 
257. 

Gréquy (François, maréchal de), 
45. 136, 106, 187, 188, 342, 

Gbéquy (Charles, duc de), 49, 
133,137. " ' 

Gréquy (François, marquis de), 
45, 136, 272, 417. ^ '' 



Gréquy (A.-Gh. d'Aumont, mar- 
quise de), 137. 

GaoïssY (Marquis de), 48, 150. 
161-163, Ifl, 177, 182 188* 
190, 201-209, 229, 231 232, 
237, 240-242, 269, 339, 345 
362.Var. 444. ' ' 



D 



Danemark (Royaume de), 68 n., 
170, 207. 209, 216, 348, 

Danoeau (Abbé de), 145. 

Danqeau (Marquis de), 141, 142, 
417. 

Danobau (Sophie de Bavière- 
Levenstein , marquise de) , 
141, 142. 

Dauoer (M.), 344. 

Dauphin (Le) ; voy. Louis de 
France. 

Dauphine (La); voy. Bavtèrb 
(Marie - Anne - Ghristine- Vic- 
toire de). 

Dauphine (Province de), 38, 
240, 286, 288,341,377,418! 

Depengb (M. de) ; voy. Épknsb 
(Marquis d*). 

Deux-Ponts (Duché de), 208. 

Dieppe, 301. 

Digne (Évoque de), 269. 

Dijon, 313,342. 

Dombes (Principauté de), 33, 
71, 73, 103. " ' 

DouUens, 416. 

Douvres, 205. 

Dunkerquen, 297, 301, 304, 
310,358. ' 

DuNois (Comte de), 106. 

Duquesne; voy. Quesne (Du). 

Duras (Maréchal duc de), 46, 

138, 316, 318, 332, 333, 336 
391,417. ' ' ' ' 

Duras (Duc de), 418. 

Duras (Mademoiselle de), 274 n. 



E 



Ecosse, 178, 319, 381. 
Edouard, prince palatin, 59, 83, 
90, 121. » » » 

29 



450 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Elbbuf (Branche de Lorraine-), 

H5. 
Elbbuf (Duc d'), 145, 116, 418. 
Elbbup (Prince à'), 115. 
Elbbuf (Mademoiselle d'), 11, 

115. 
Embrôn (Archevêque d*) ; voy. 
Fbuilladb (Georges d'Aubus- 

son de laj. 

Emmanubl-Philibbrt ; voy. Sa- 
voie. ^^^ 

Empire (L'), 26, 170, 206-208, 
216, 286, 298, 309, 319, 329, 
335 348, 349, 351, 352, 356, 
373, 378-380, 386-388. Var. 
439, 442. Voy. Allemagne. 

Enohibn (Duc d') ; voy. Ck)NDÉ 
(Henri - Jules de Bourbon , 
prince de). 

Épbnsb (Marquis d'),217 {errata). 

Épbrnon (Duc d'), 17, 83, 156, 

223. ^„ ^, 

Espagne, 26, 58, 68 n., 82, 99, 
iW, lîO, 111, 126, 170, 204, 
206-208, 216, 295, 296, 298, 
309, 336, 347-349, 352, 360, 
373, 378-380, 385, 386. Var. 

442. 
Espagne (Rois d') ; voy. Ghab- 

LBS II et Philippe V. 
EspiNOY (Prince d'), 418. 
EsTBADBS (Maréchal d'), 68 n., 

205, 336. 
EsTBÉBs (Cardinal d*), 210, 260, 

263-265, 390, 418. 
EsTBÉES (Duc d'), 263, 265,418. 
EsTBÉES (Maréchal d*), 144,263, 

305, 306, 329, 363, 392, 418. 
EsTBÉBS (Gabrielle d'), 106. 
États-Généraux (Les), 204, 205, 

217 ; voy. Hollande. 
Eu (Comte d'), 71. 
EuQÊNB DB Savoie (Prince), 100, 

112. 



Fbbtâ*Sbniœtbbre (Duc de la), 

418. 
Fbuilladb (Maréchal duc de la), 

37, 133, 151, 321, 329, 336, 

418. 
Fbuilladb (Georges d'Aubusson 

de la), archev&ue d'Embrun 

et év^ue de Metz, 40. 
Fbuquière (Marquis de), 339. 
Flandre (Province de), 40, 85, 

130, 144, 237, 328, 330-332, 

347, 415. 
Florence, 75, 77, 260, 261, 384. 
Florence (Grand-duc de), 260 ; 

voy. Toscane. 
Foix-Randan (Duc de), 418. 
Fontainebleau (Château de), 15, 

80, 92, 97, 172, 234, 435. 
FoNTANGES (Mademoiselle de), 

15, 18. 

Forbin-Janson (Toussaint, car- 
dinal de), évèque de Beau- 
vais, 260, 267-269, 419. 

FoRGB (Jacques - Nompar de 
Caumont, duc de la), 419. 

Forge (Mademoiselle de la), 44- 

46. 

Forges (Eaux de), 190, 211. 

FoucQUET (N.), surintendant, 2, 
165, 174, 233. Var. 437. 

FouRBiN ; voy. Forbin. 

Francfort, 204. 

Franche-Comté (^Province de), 
79, 85, 108, 287, 288, 309, 
328, 333, 366, 377, 379. 

François I", roi de France, 279. 

Franconie (Pays de). 190. 

Frémont (Nicolas), fermier gé- 
néral, 334. 

Fribourg, 88, 310, 351, 388. 

FucHS (M.), 218 (errata). 

FûRSTENBBRQ (Guillaume-Egou, 
cardinal de), évéque de Stras- 
bourg, 127, 128. 141, 142, 
185, 190, 210, 263, 279. 



Falaisbau (M.), 228. 
Faure (Antoine), 273. 
Fbrribb (Le Père), 251. 
Fbrté (Maréchale de la), 107. 



Gabarbt (M.), 306. 
Galles (Prince de). 34. 74, 420, 
Gênes, 131, 226, 231, 306. 
Genève, 17. 



DB8 NOMS. 



451 



Gerberoy (Abbé de), 419. 
Gbsthbs (Dac de], 133, 137, 419. 
GiQAULT (Famille), 36; Yoy. 

Bbllefonds (Maréchal de). 
Girone, 422. 
GoDRYiLLB (M. de), 221. 
Ghamont (Duc de), 11, 32, 58, 

131, 144,156,204,419. 
Gramort (Comte de), 45. 
Ghana (Marquis de). 217. 
Geamgbt (Madame ae), 58. 
GaAN^-PanuR (M. le) ; yoy. 

Vehdômb (Philippe de). 
Grand- Yaradin (Le). 380. 
Grandb-Dughbssb (Madame la) ; 

Yoy. Toscane. 
Grenoble (Évéque de); yoy. Ls 

Camus. 
GaouLDi (Maison), 11, 119,131. 
Grisons (Les), 321. 377. 
Gboot (M. de), 122. 
GuéMBNÉ (Branche de Rohan-), 

129, 130. 
GuinBMi (Charles de Rohan, 

prince de), 419. 
GuicHE (Comte de), 58. 
GuiGHB (Antoine de Gramont, 

duc de), 419. 
Onn^LAUME in: voyez Oranos 

(Prince d'). 
Guise (Duc de), 78, 114, 115, 

156. 
GuisB (Duchesse douairière de), 

70, 77, 114. 

GuisB (Mademoiselle de) , 115 

{errata), 
Guyenne (Province de), 83, 104, 

m, 285, 325, 358, 416, 422. 



H 



Hainaut (Pays de), 237, 370, 

415, 418. 
Hâhover (J.-Fr., duc de), 90, 

121, 209. 
Hahovbb (Duchesse douairière 

de), 121, 122. 
Harcodrt (Abbé de Lorraine-), 

119. 
Hargourt (Comte de Lorraine-), 

118, 327. 



Haegourt (Prince de Lorraine-), 
115, 116, 419. 

Harlat db Champvallom (Fran- 
çois de), archevêque de Paris, 
244-250, 270. 

Harlay (Maison de), 244. 

Haro (Don Luis de), 82. 

Havre (Le), 301, 414. 

Haye (La), 209, 337. 

Heidelberg, 47. Var. 441. 

Heilbronn, 117. 

Hbnri n, roi de France, 287, 
384. 

Henri HI, roi de France, 291. 

Henri Iv, roi de France, 16, 
47, 105, 106. 

Hbsse-Cassbl {[Amélie, prin- 
cesse de). 13à. 

Hollande, 36, 37. 42. 79, 85, 
170, 184, 197, 204-206, 210, 
231, 232, 286, 287, 296, 298, 
307, 309, 316, 325, 330, 333, 
336, 347-349, 351, 360, 361, 
366, 370, 373, 379. 

Holstein (Pays de), 348. 

Hongrie, 39, 69. 90, 94, 99, 
118. 199, 320, 380, 381. 

Hostalrich, 422. 

HuBT (Daniel), évoque de Sois- 
sons 41. 

HuMiÈRBs (Maréchal d*), 130, 
144, 187, 316, 322, 327, 330- 
332. 

HuMiàRBS (Maréchale d'), 331. 

HuMièRBS (Duc d'). 331. 419. 

Huninghen, 310, 371. 372. 

Huxellbs (Marquis d ), 345. 



Ile-de-France (Province de F), 

137, 224, 418. 
Iloen (M.), 217. 
Indes (Les), 167, 362. 
Irlande, 34, 232, 306, 359, 360, 

365, 381. 
Isola (Baron d'), 217. 
ItaUe, 309, 344. 



Jacques H, roi d'Angleterre, 29, 



454 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Îagne, reine de France, iO, 
9, 58, 116, 140, 155. 
Mareaille (Bataille de la), 415. 
BfARBAM (Charles de Lorraine, 

comte de), 119, 120, 421. 
Marseille, 269, 301-303, 414. 
Martinozzi ; voy. Gonti (Anne- 
Marie Martinozzi, princesse 

de). 
Mationon (Famille de), 108, 225. 
Maubuisson (Abbesse de), 90. 
Maulâysibr (Comte de), 345. 
Maupbrtuis (m. de), 318. 
Mayence, 112, 118, 310, 329, 

332, 342, 381. 
Mazarin (Cardinal), 5, 7, 10, 71, 

82, 92, 148, 160, 164, 204, 

256, 298, 300, 390. Var. 436, 

437. 
Mazarin (Armand-Charles de 

la Porte, duc de la Meille- 

raye et), 421. 
Mazarin (Hortense Mancini , 

duchesse), 126. 
Mbgklbnbouro (Duchesse de), 

121-123, 338. Var. 444. 
Megklenbouro - SwERiN (Duc 

de), 106. 
Mâdigis (Catherine de), 260. 384. 
Meilleraye (Duc de la), 421. 
Mein(Le).311. 
Meinder (M. de), 217. 
Menin, 310. 
Mergceur (Duc de), 106. 
Mergy (Baron de], 324. 
Messine, 39. 

Metz, 60, 204, 207, 237, 418. 
Metz (ÉYèque de) ; voy. Fbuil- 

LADE (La). 
Meudon, 188, 200, 227. 
Michel, roi de Pologne ; voy. 

WlEGNOWIBGKI. 

Milanais (Le), 377. 
Modène (Duc de), 98, 110, 111. 
Monaco (Maison de), 124. 
Monaco (Louis Grimaldi, prince 

de), 119, 131, 132, 421. 
Monaco (Gat.-C!h. de Gramont, 

princesse de), 11, 32. 
Mons, 337, 394. 
Monsieur ; voy. Orléans (ducd'). 



Montauban (Branche de Ro- 

han-), 130. 
Montadsier (Duc de), 13, 40-42« 

138, 139, 150. 
MoNTBAzoN (Branche de Ro- 

han-), 129, 130. 
Monte AZON (Duc de), 421. 
Mont-Cassel (Bataille de), 57, 

327, 412. 
Montceaux, 419. 
MoNTGHEVRBuiL (Marquis de), 21 , 

322. 
MoNTCLAR (Baron de), 320. 
MoNTGLAR (Marquis de). 344. 
MoNTEGUGUU (Raymono de), 80, 

333, 334. 
MoNTBSPAN (Marquis de), 13, 

321. 
MoNTESPAN (Athénaïs-Françoise 

de Rochechouart, marquise 

de), 12-14, 16-19, 33, 34, 40, 

73, 91, 98 n., 100, 102, 103, 

153, 305, 306, 421. 
MoNTPORT (Duc de), 421. 
Montmartre (Monastère de), 76. 
Montmélian, 415. 
Montmorency (Maison de), 122, 

335 ; voy. Chatillon, Luxem- 

BOURQ, TlNORY. 

MoNTPBNSiBR (Henri de Bour- 
bon, duc de), 71. 

MoNTPENSiER (Anne-Marie-Loui- 
se d'Orléans, duchesse de), 
surnommée la grande Mode- 
moiselU, 33, 34, 70, 103. 

Montreuil, 418. 

MoNTREVBL ( Comto de), 320. 

Mont-Royal, 310, 342,371, 372. 

Morée (Pays de), 380. 

MoRNAY (Marquis de), 21. 

MoRTEMART (Louls de Roche- 
chouart, duc de), 13, 177, 
306, 421. 

Moselle (La), 310, 311, 341, 342, 
371. 

Motte (Maréchale de la), 11, 
40 («T.), 136. Var. 439, 440. 

Munich, 48, 53, 206, 264. 

Munster, 107, 204, 347, 371, 
379. 



DES NOMS. 



455 



N 



Naraur, 394, 415. 

Nancy, 117, 393. 

Nantes (Édit de), 182, 277. 

Nantes (Mademoiselle de) ; voy. 

BouBBON ( Louise - Françoise 

de). 
Naples-de-Malvasie, 380. 
Narbonne (Archevêque de); 

voy. Bons Y (Cardinal de). 
Navaillbs (Duc de), 68 n., 115, 

336. 
Navarre (Province de), 240, 322, 

419. 
Neckar(Le), 311. 
Nègrepont (Siège de), 116. 
Nemours (Ducs de Savoie-), 107, 

109. 

Nemours (Marie - Anne d'Or- 
léans de Longueville, du- 
chesse de), 413. 

Nerwinde (Bataillé de), 397 n. 

Neubouro (Duc de), 82, 84. 

Neubourq (Princesse palatine 
de), 382, 385. 

Neufchâtel (Comté de), 108. 

Neupchatbl (Princesse de); voy. 
Nemours (Duchesse de). 

Nevers (Philiope Mancini-Ma- 
zarini, ducàe), 422. 

Nevebs (Princesse palatine de), 
59, 83, 121. 

Nice, 415. 

Nieuport, .394. 

Nimeguen (Traités de), 66, 171, 
185, 187, 188, 197, 204, 205, 
207, 217, 243, 269, 289, 298, 
309, 337, 367, 370. 

Nissa (Victoire de), 99 n. 

Nivernais (Province de), 238, 
422. 

Noailles (A.-J., duc de), 103, 
138, 316, 317, 332, 340, 341, 
345, 397-400, 422. 

Noailles (Louis-Antoine, car- 
dinal de), 422. 

Noailles (Louise Boyer, maré- 
chale de), 405. 

Nordlinguen (Bataille de), 88. 

Normandie (Province de), 106, 



108, 138, 140, 238, 285, 325, 

358, 420. 
Norvège (Pays de), 305, 361. 
Notre - Dame-de - Guais (Abbé 

de), 417. 
Noyon, 418. 
Nuys, 310, 371. 







Olonne (Marquise d'), 87. 
•Orange (Principauté d'), 108, 

219,241,242. 
Orange (Guillaume de Nassau, 

? rince d'), roi d'Angleterre, 
08, 209, 337, 347,348,351, 
378, 381, 386. Var. 443. 

Oratoire (Pèi-es de 1'), 107. 

Orléans, 224, 248, 260, 417. 

Orléans (Gaston-Jean-Baptiste 
de France, duc d'), frère de 
Louis XIII, 70, 75. 

Orléans (Philippe de France, 
duc d'), frère ae Louis XIV, 
appelé Monsieur, 33, 48, 55- 
59, 62, 63, 65-67, 72, 163, 
236,326, 327, 412,420. Var. 

441. 

Orléans (Anne-Henriette d'An- 
gleterre, duchesse d'), appelée 
Madame, 12, 58, 66, 67, 205. 

Orléans (Elisabeth-Charlotte de 
Bavière, duchesse d'), appelée 
Madame, 19, 59-65, 67-70, 90, 
133, 155, 412. Var. 441, 442. 

Orléans (Anne-Marie d'j ; voy. 
Savoie (Duchesse de). 

Orléans (Elisabeth - Charlotte 
d') , surnommée la petite Made- 
moiselle, 62, 69. Var. 442. 

Orléans (Françoise «Madeleine 
d') ; voy. Savoie (Duchesse 
de). 

Orléans (Marguerite-Louise d'); 
voy. Toscane (Grande- du- 
chesse de). 

Orléans (Marie-Louise d'), reine 
d'Espagne, 66. 

Orval (Duc d'), 422. 

Oxbnstiern (Benoît), 217. 



456 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Palais-Royal (Le), 57. 
Palamos, 422. 

Palatin (Électeur); voy. Char- 
les n. Gharles-Louts. 
Palatin (Prince) ; voy. Edouard. 
Palatinat (Pays du), 116, 117, 

190. 
Palatine (Princesse), 121 ; voy. 

Nevers (Princesse palatine 

de). 
Pamiers (Vicaire général de), 

247 n., 251 n. 
Paris, 39, 72, 122, 137, 207, 224, 

238, 292, 419. 
Paris (Archevêques de); voy. 

Péréfixe et Harlay de Ghahp- 

VALLON. 

Parme (Dorothée-Sophie, prin- 
cesse de), 385. 

Paulbt (Charles), 290. 

Pavie (Siège de), 100. 

Pays-Bas ; voy. Hollande. 

Peletier ; voy. Le Pbletter. 

Pâréfixe (Hardouin de), 245 n. 

Péri^rd (Pavs de), 287. 

Perpignan, 422. 

Phélypeaux de* la Vrillière; 
voy. Chateauneuf (Marquis 
de). 

Philippe II, roi d'Espagne, 110. 

Philippe V, roi d'Espagne, 412. 

Philippe, duc de Savoie, 109. 

Philippe, prince de Savoie, 112. 

Philipsbourg (Siège de), 46, 94, 
190, 199,211,292, 319, 322, 
323, 327, 332, 337, 342, 344, 
349, 351, 352, 371, 372, 376. 

Picardie (Province de), 115, 238, 
285,322,341 n., 416, 418. 

Piémont (Pays de), 322, 377. 

Pierre U, roi de Portugal, 95, 
109. 

Pignerol, 34, 237. 

PiNEY-LuxBMBOuRO ( Duc de ) , 
336; voy. Luxembourg (Duc 
de). 

Plotho (Baron de). 223. 

Poitou (Province de), 204, 237, 
285, 287, 358, 362, 416. 



PoLiQNAG (Marquis de), 44. 

Pologne (Royaume de), 68 n., 
84, 261, 268, 269, 356, 380, 
382, 383, 385, 389. Var. 442. 

Pologne (Prince de), 95. 

Pologne (Princesse de); voy. 
Bavière (Thérèse-Cunégonae 
Sobieska, électrice de). 

Pologne (Reine de) ; voy. Ma- 
rie-Casihire de la Grange. 

Pologne (Rois de); voy. Jean- 
Casimir V et WlECNoViECKI. 

Pomponne (M. de), 161, 171, 
184, 185, 188, 20è, 215, 246, 
410. 

Ponant (Yice-amiral du), 418. 

PoNTGHARTRAiN (L. Phélvpeaux 
de), 235, 407, 408, 409 n., 
416, 422. 

Pontoise (Abbesse de), 247. 

Pont-Sainte-Maxence, 423. 

PoRTLAND (Lord), 395. 

Port-Louis, 301,421. 

Port-Royal, 245. 

Portugal (Royaume de), 216, 
231. 

Portugal (Roi de), 95, 109. 

Portugal (Reines de) ; voy. Ma- 
rie DE Savoie - Nemours et 
Marie - Elisabeth de Ned- 

BOURG. 

Portu^l (Elisabeth - Marie - 
Louise-Josèphe, infante de), 
fille de Pierre H, 93, 384 {err.). 

Postdam, 438. 

Protestants ; voy. Religion - 
naires. 

Provence (Province de), 204, 
240, 241, 285, 288, 304, 413. 

Provinces-Unies ; voy. Hol- 
lande. 

PussoRT (Henri), 221, 234, 235. 

Pyrénées (Paix des), 10, 26, 40, 
79, 82, 113, 336, 347. 

Q 

Quesnb (Abraham du), 226, 
306, 363, 364. 

R 

Racine (Jean), 402. 



DES IfOM8. 



457 



Rambubbs (Mademoiselle de), 44. 
Ratisbonne (TrÔYe de), 208-210, 

216, 264. 
Raulé (M.), 232. 
Ré (De de), 305. 
Rebenàg (Comte de), 209, 217, 

339. 
Reims, 178. 
Reims (ArchoYèqae de); voy. 

Religionnaires, 24, 26-28, 130, 
182, 227, 228, 238, 239, 241- 

244, 247, 248, 251, 253-255, 
258, 262, 267, 274, 275, 305, 
349, 358, 362, 368, 377. 

Rhin (Le), 79, 84, 107. 
Rhinberghe, 310, 371. 
Rhodes (Ile dé), 39. 
RiGHBLiBu (Gardinal de), 82, 

148, 164, 167, 256. 
RiGHBLiEu (Jean - Armand du 

Plessis de Vignerot, duc de), 

140, 422. 
Riga, 361. Var. 444. 
R0A.NNAI8 (Duc de), 37. 
RocHB-suR-YoN (Prince de la); 

voy. CoNTi. 
Rochefort, 301, 303-305. 
RoGHEFORT (Maréchal de), 336. 
RoGHSFORT (Maréchale de), 18. 
RoGHBFOUGAULD (Fninçois VI, 

duc de la), 35. 
RoGHBFOUGAULD (Françoîs Vn, 

duc de la), 15, 35, 36, 133, 

151, 199, 401, 422. 
RoGHBGUYON (Fninçois de la Ro- 
chefoucauld, duc de la), 199, 

423. 
Rochelle (la), 301, 305, 362. 
RoHAN (Henri, duc de), 130. 
RoHAN (Marguerite, duchesse 

de), 11. 
RoHAN (Louis, chevalier de), 35. 
RoHAN (Hercule-Mériadec, prin- 
ce de), 423. 
RoHAN (Maison de), 11, 124, 

129-132. 
Rohan-Ghabot (Louis, duc de), 

11, 130, 423. 
Romains (Roi des) ; voy. Josbph. 
Rome (Cour de), 29, 49, 210, 

245, 247, 248, 250, 261, 263, 



265, 276, 279, 349, 352, 373, 

374, 418. 
RoQUELAURB (G.-J.-B., duc de), 

423. 
Rosbn (Conrad de), 344. 
Roses, en Espagne, 422. 
RoTHBLUf (Famille de), 108. 
RouRB (Comte du). 45. 
Roubb (Comtesse au), 44-46. 
RoussiLLB (Comte de), 15. 
Roussillon (Pays de), 237, 316, 

332, 341, 414, 422. 
RoYB (Comtesse de), 275 n. 
RuBBNTBL (M. de), 321. 
RuTTER (Amiral), 306. 
Ryswyk (Paix de), 391. 



S 



Sàint-Aignan (Duc de), 141; 

voy. Bbauvillibr (Duc de). 
Saint-Claude (Abbé de), 418. 
Baint-Cloud, 57, 58, 422. Var. 

441. 
Saint^Cyr (Maison de), 22, 279. 
Saint-Eiianis (Abbaye de), 22, 

279. 
Saint-Esprit (Ordre du), 132, 

134, 143, 144. 
Saint-Germain-des-Prés (Ab- 
baye de), 83, 105, 279. 
Saint-Germain-en-Laye, 15. 
Saint-Gildas-des-Bois (Abbé de), 

417. 
Saint-Gothard (Bataille de), 39. 
Sadit - Hbrminb (Mademoiselle 

de), 21 n. 
Saint-Jean d'Amiens (Abbé de), 

417. 
8aint-Jean-Pied-de-Port, 419. 
Saint^Louis (Le fort), 310, 371. 
Saint-Martin de Pontoise (Abbé 

de) 415. 
Saint^Omêr, 57. 310, 327. 
Saint-Ouen (Abbé de), 415. 
SaintrPierre d'Abbeville (Abbé 

de), 417. 
Sauit-Pol (Comte de), 107. 
8aint*Poubnob (M. de), 414, 

423. 
SAnvT-RoMAiN (Abbé de), 93. 
Saibt-Sakiis (GhevaUer de), 63. 



458 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Saint-Soion (Louis, duc de), 

423. 
Saint- Yast d'Arras (Abbé de), 

280, 415. 
Saint- Victor de Paris (Abbé 

de), 417. 
Saintes, 424. 
Saintonge (Pays de), 240, 285, 

287, 424. 
Salle (Marquis de la), 144. 
Salm (Prince de), 90, 122. 
Sarre (La), 310, 313, 371. 
Savoie (Ducs de); voy. Charles- 
Emmanuel, Victor- Ahéoée et 

Philippe de Savoie. 
Sauhaise {Claude). Var. 443. 
Savoie (Françoise - Madeleine 

d'Orléans, duchesse de), 70, 

72. 
Savoie (Anne-Marie d'Orléans, 

duchesse de), 48, 67, 69. 
Savoie (Emmanuel - Philibert 

de), 99, 110. 
Savoie (Princes de) ; voy. Eu- 
gène, Philippe et Thomas de 

Savoie. 
Savoie (Maison de), 100, 108, 

109, 112, 131, 132, 329. 
Sgarron (Paul), 16, 17. 
Sceaux, 226. 
Schletstatt, 310. 
ScHÔNBERG (Maréchal de), 186 

[errata), 336, 369. 
Segkendorf (M. de), 275. 
Sedan, 99, 125, 240. 
Séguier ( Pierre ), chancelier, 

260. 
Seionelay (Marquis de), 23, 162, 

163, 168, 173, 177, 182, 189, 

223-232, 237, 238, 304, 306, 

339, 363, 364. 
Seionelay (G. -Th. de Matignon, 

marquise de), 108, 225. 
Seneff (Bataille de), 79, 85. 
Sénégal (Compagnie du), 231. 
Senlis, 423. 
Seu-d'Urgel (La), 422. 
Sicile (Pays de), 306. 
Sleswig (Pays de), 348. 
SoHRE (Comte de) ; voy. Solee. 
Soissons, 41, 238, 418. 



SoissONs (L. de Bourbon, comte 
de), 79, 99, 110. 

Soissons (Eugène- Maurice de 
Savoie, comte de), 99, 100, 
110-112, 329. 

Soissons (L.-Th. de Savoie, 
comte de), 99, 100, 111. 

Soissons (Olympe Mancini, com- 
tesse de), 100, 111, 126. 

Soissons (Uranie de la Cropto 
de Beauvais, comtesse oei, 
111. 

SoLRB (Comte de), 219 (err,). 

Souabe (Pays de}, 190. 

SouBisE (François de Rohan, 
prince de), 130, 131, 318, 423. 

SouBiSB (Princesse de), 11. 

SouRCHEs (Marquis de). 143. 

SouvRÊ (Marquis de), 199. 

Spanheim (Ézechiel), 5, 19, 24, 
60, 135, 136, 146, 161, 171, 
190, 198, 199, 201-203, 205, 
206, 208, 210-212, 217-223, 
227-229, 231, 232, 234, 235, 
241, 242, 257, 258, 261, 263, 
264, 266, 268, 269, 273-275, 
303, 313, 315, 338, 342, 344, 
362, 376. Var. 436-438 , 440- 
444. 

Spire (Ëvêquede), 351. 

Staffarde (Bataille de), 415. 

Steinkerque (Bataille de), 397. 

Stoppa (Pierre), 321. 

Stoup ; voy. Stoppa. 

Strasbourg, 309, 310, 345, 371. 

Strasbourg (Évoque de) ; voy. 
Fûrstenberg (Cardinal de). 

Suède (Royaume de), 184, 205, 
208, 216, 217, 228, 347, 361. 

Suisse, 319, 321, 366, 374, 377, 
378, 382. 

Sully (Duc de), 423. 

Sully (Duchesse douairière de), 
105. 



Tarbnte (Prince de), 133. 
Tellier ; voy. Le Teluer. 
Ter (Bataille du), 422. 
Tess6 (Comte de), 241 {errata), 
320. 



DES NOMS. 



459 



Théobon (Mademoiselle de), 63. 
Thomas, prince de Savoie, 79, 

99, 109-411. 
TxLLADBT (Marquis de), 142, 143, 

199, 345. Var. 444. 
TmoRY (Prince de), 339. 
ToNNAY - Charente ( Mademoi - 

selle de), 240. 
ToRGY (Marquis de), 216, 237, 

410 n. 
Toscane (Gôme, grand-duc de), 

75, 76, 261. 
Toscane (Marguerite - Louise 

d'Orléans , grande - duchesse 

de), appelée la Grande-Dit^ 

chesse, 70, 75-77, 260, 412. 
TouGY (Mademoiselle de), 11, 

136 : Yoy. Aumont (Duchesse 

d'). 
Toul, 207, 237, 418. 

Toulon, 106, 301, 302, 305. 

Toulouse (L.-Â. de Bourbon, 

comte de), 102, 104 (crr.), 305, 

413. 
Tour - d'Auvergne (Emmanuel- 

Théodose de la) ; voy. Albret 

(Duc d'). 
Tour -d'Auvergne (Maison de 

la), 124 ; voy. Auvergne et 

Bouillon. 
Touraine (Province de), 141, 

238, 417. 
Toumay, 310. 
Tournus (Abbé de), 415. 
Tourville (Maréchal de), 306, 

364, 403, 404, 424. 
Trémoille (Charles - Belgique- 
Hollande, duc de la), 133, 

134, 424. 
Trêves, 190, 369, 372. 
Trêves (Électeur de), 185. 
Trousse (Marquis de la), 345. 
Turcs (Les), 39, 210, 211, 348, 

349, 351, 356, 380, 381, 387. 
Turenne (Maréchal de), 37, 80, 

125, 186, 187, 273, 331, 333- 

335, 369, 387. 

Turenne (Prince de), 156. 
Turin, 68 n., 112. 



U 



Urbanistes (Religieuses), 247, 

253. 
UtrechL 185, 336. 
UzÈs (Emmanuel de Crussol, 

duc d'), 13, 140. 
Uzàs (Jean-Charles de Crussol, 

duc d*), 424. 



Valcourt (Affaire de), 331. 
Valence ( Évoque ae ) ; voyez 

COSNAG. 

Yaleuciennes, 19, 310, 345. 

Yalentinois (Antoine Grimaldi, 
duc de), 119^131.424. 

Valette (Cardmal ae la), 327. 

Vallière (Francoise->Louise de 
la Baume-le-Élanc, duchesse 
de la), 6, 12, 13, 47, 92, 96, 

100, in. 

Vallière (Marquis de la), 424. 
Valois (Duc de), 62. 
Valois (Grand bailli du), 419. 
Vardes (Marquis de), 111. 
Vauban (M. de), 46 {errata), 
Vaudémont (Prince de), 11. 
Vaudèmont (Princesse de), U, 

115. 
Vaujours (Duchesse de), 12 ; 

voy. Vallière (Duchesse de 

la). 
Vendôme (Louis- Joseph, duc de), 

47 ierr.), 105, 112, 389, 413. 
Vendôme (Philippe de), grand 

prieur de France, 47, 105, 

413, 
Venise, 261 , 380. 
Ventadour (Louis-Charles de 

Levis, duc de), 424. 
Verdun, 207, 237, 418. 
Verjus (Le Père), 257. 
Vermandois (Duc de), 6, 100, 

101, 104. 

Vbrneuil (Duc de), 103, 105. 

Verneuil (Marquise de), 105. 

Versailles, 9, 12, 15, 18, 22, 34, 
39, 55, 67, 74, 77, 91, 146, 
151, 172, 176, 226, 279, 296, 
435. 



460 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS. 



Vexin (Payg de), 423. 
Ybxin (Duc de), 104. 
Vicogne (Abbé de), 415. 
Victoire (Place de la), 39. 
Vigtob-Amâdéb, duc de Savoie, 

49, 67, 99, 374. 
Vienne, en Autriche, 348. 
ViBUYiLLB (Duc de la), 68 n., 140. 
ViLLARNOU (Biarquise de), 228 

{errata), 
ViLLÀRS (Marquis de), père, 68 n. 
ViLLARS (Marquis de), fils, 320. 
ViLLEQuiBR (Louis d'Aumout, 

marquis de), 135, 136, 424. 
ViLLBROT (Nicolas de Neufville, 

duc de), maréchal de France, 

27, 37, 161, 234. 
VU.LER0T (François de Neuf- 

viUe, duc de), maréchal de 

France, 119, 144, 345, 400, 

401,405,424. 
ViLLETTB - MuRSAY ( Mademoi- 
selle de), 21 n. 
Vincennes (Ghàtean de), 123, 

337. 



VivoHRB (Duc de), 13, 306, 336, 
339. 

Van^uiRB (Marquis de la), 239, 
416; voy. GHATBàuiŒUF (Mar- 
quis de). 

W 

Waldegk (Prince de), 130. 
Westphalie (Traités de), 371; 

voy. Munster. 
Widdin (Victoire de), 99 n. 
WiEGNOwiEGKi (Mlchel, duc de), 

roi de Pologne, 84, 107, 261. 
Wildfang (Affaire du), 117. 



York (Duc d'), 319. 

Z 

Zélande, 308. 
ZeU (Traité de), 207. 
ZoLLBRM (Henriette, princesse 
de), 128. 



ERRATA. 461 



ERRATA. 



Page il, ligne 12, et p. 40, 1. 10. Lisez Motte au lieu de Mothe. 

— 14, 1. 1. Lisez défiante au lieu de déffUnte. 

— 21, note 4. La confusion faite par Spanheim vient peut-être 

de ce qu'on nommait Mmes de Gaylus, de Mailly et de 
Momay les c trois comtesses. » {Dangeau, tome n, p. 97- 
98.) 

— 46, 1. 23. Vauban n'eut jamais le titre d'intendant; il avait, 

depuis 1678, celui de commissaire général des fortifications, 
et le grade de lieutenant général depuis 1688. 

— 47, 1. 2 (en remontant). Lisez arrière^iits-pu, au pluriel. 

— 61, 1. 2 (en remontant). Supprimez la virgule entre fatigues 

et durant. 

— 72, note. L'emploi de «um se rencontre plusieurs fois dans 

les pages précédentes. 

— 85, 1. 21. n faudrait peut-être lire qui suvoit, au lieu de 

qu'il suivoit, 

— 93, 1. 2. Ajoutez une virgule après prince. 

— 97, note. C'est dans l'automne de 1685 que la princesse de 

Gonti fut atteinte de la petite vérole; son nud fut peu de 
chose tandis que le prince, qui la soignait, succomba fort 
vite (9 novembre 1685). 

— 98, note 3. Au lieu de 1693, lisez 1692. 

— 104, 1. 3. Né le 6 juin 1678, le comte de Toulouse avait 

donc cinq ans, lJ non dix ans, quand il fut fait amiral, 
en 1683. 

— 107, 1. 12. Supprimez la virgule avant dspuis. 

— 115, 1. 4. Mademoiselle de Guise mourut en 1688, et non 

en 1686. 

— 168, 1. 21. Supprimez la virgule entre bibliothèque et qu'il. 

— 186, 1. 15. Lisez Sehônberg. 

— 196, 1. 24. Le manuscrit porte bien un point avant Plus 

jaUmx; mais il ne faudrait peut-être qu'une virgule. 



46S BRRATA. 

Page 217, 1. dernière. M. de Depence est Louis de Beauyau, mar- 
quis d'Ëpense, en Champagne, qui, étant protestant, avait 
quitté la France pour s'établir dans le Brandebourg. Il 
mourut en 1688. On lit dans un recueil de nouvelles de 
1682 (ms. fr. 10265, fol. 21 v*) : « M. le marquis de 
Dépense (sic), de la maison de Beauvau, qui a un emploi 
très considérable auprès de l'électeur de Brandebourg, a 
fait faire une calèche d'une nouvelle invention, et qui est 
magnifique, qu'il envoie ici à Monseigneur. Il envoie 
aussi au président de Mesmes douze petits chevaux isa- 
belles, pareils à ceux que ce président a déjà, qui est une 
certaine race de chevaux de Poméranie qui est fort estimée. » 

— 218, 1. 10. Nous avons eu tort de croire que Fuchs était une 

abréviation ; c'est le nom du secrétaire d'État de PËlecteur. 

— 219, 1. 10 (en remontant). Le nom est écrit Sorre dans le 

Journal de Dangeau^ t. Il, p. 141, où est raconté le procès 
auquel Spanheim fait allusion; mais un passage des 
Mémoires du marquis de Sourches nous apprend qu'il s*agit 
du comte de Groy-Solre, beau-frère du prince de Bour- 
nonville. 

— 228, 1. 4. La marquise de Villamou, par son mari et son 

beau-frère, M. d'Ausson (et non d'Aussonne), apparte- 
nait à la maison de Jaucourt, très importante dans le parti 
protestant. 

— 236, note 1, 1. 2. Au lieu de en place des deux commissions, 

lisez : outre les deux commissions qui existaient déjà. 

— 241, 1. 23. Le marquis de Tessé, ainsi qualifié par erreur, 

n'est autre que le comte de Tessé, plus tard maréchal de 
France, qui est cité plus loin, p. 320. 

— 283, article des Finances. Le manuscrit contient un mémoire 

de quelques pages, daté de 1691, qui semble être de la 
.main de Spanheim, et où Ton troVive des détails un peu 
plus circonstanciés sur les fermas, les aides, tailles, dons 
gratuits, décimes, etc. ^ 

— 384, note 3. Spanheim a raconté plus haut (p. 93) qu'il avait 

été question de marier cette infante avec le prince de Gontl. 

— 389, note. Se reporter à l'Introduction, p. xlvij et suiv. 



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